Goya, enfin
En 2020, avec mes deux camarades Christine Antoine (violon) et Bernard Commandeur (piano), je me lançais dans l’écriture d’un spectacle consacré à Francisco de Goya y Lucientes. Ce spectacle, confinement oblige, a été repoussé jusqu’à l’été 2021, ce qui m’avait laissé le temps de peaufiner. Et notamment de me rendre sur les traces de Goya à Bordeaux, où il est mort. Ci-dessous sa statue bordelaise, qui me toise.

Ce n’est que six ans plus tard qu’enfin je visite la ville où il vécut, plutôt que celle où il est mort : Madrid. Et de nouveau je me sens bien petit au bas de sa statue, cette fois l’originale et non plus la copie. Lui-même a pris de la hauteur mais n’a pas du tout changé. Il tient son haut de forme de la même façon. C’est ce chapeau qu’il portait déjà en frontispice des Caprichos, autocaricature en bourgeois sceptique et sarcastique.

Entre temps je l’avais aussi cherché à Castres ; entre temps j’avais mesuré à quel point il avait compris avant tout le monde ce qu’on appelle la post-vérité (cf. cette archive au Fond du Tiroir) ; entre temps, surtout, ce spectacle, dont on lira ici la note d’intention a été créé puis joué près d’une vingtaine de fois et a servi de prototype à toute une série qui compte désormais quatre opus – après Goya vinrent Chagall, Courbet et F.K., autant d’artistes dont le rapport à la liberté et à la politique (deux concepts si difficiles à concilier) me fascine, voilà sans doute le thème sous-jacent de cette tétralogie.
Pour l’heure je déambule à Madrid et, moindre des politesses, je cherche le fantôme de Goya. Il a vécu dans bien des endroits, mais son adresse la plus stable, durant 21 ans, était au numéro 1 de la rue de la Désillusion (calle del Desengaño), ce qui est presque trop beau pour être vrai. Et puis j’accomplis mon pèlerinage au Saint des Saints, le musée du Prado. Et l’angoisse m’étreint en traversant, comme un cauchemar, la salle des Peintures Noires. Et la joie me soulève devant le culot des deux Majas. Et l’admiration m’emporte devant tant de portraits qui sont à la fois des commandes et des travaux si personnels. Et puis les larmes me montent aux yeux devant les Dos et Tres de Mayo, diptyque dont je n’avais pas anticipé l’ampleur, la taille épique, 2,6 x 3,5 mètres, presque la dimension de l’Histoire. J’ai beau avoir tant réfléchi et tant médité sur ces tableaux (cf. ici, par exemple, Persistance rétinienne d’un motif), l’intellectualisation ne protège en rien contre l’émotion qui poigne lors de la mise en présence d’une oeuvre réelle – au contraire, peut-être.
Notre spectacle Goya, démons et merveilles, continue de tourner, à notre grande joie et à notre petite surprise. Prochaine représentation :
* Dimanche 14 janvier 2027, 17h, Grenoble, rue J.-J. Rousseau (coordonnées sur demande, pour réservation).

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