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Les travaux et les jours

14/04/2019 Aucun commentaire

1 – Les travaux

Parlons peu parlons travail. Parmi les écrivains dont le travail m’inspire et qui se battent sur ma table de chevet, Flaubert ne jure que par le travail, comme remède, discipline et accomplissement ; Debord gueule sur les murs Ne travaillez jamais ! Débrouille-toi avec ça.

Et puis Olivier Josso avec les deux tomes de son stimulant Au travail. Et puis Bretecher avec son immortelle mise en garde contre la procrastination : « Arrête de dire que tu bosses et bosse ! Si tu bossais tu bosserais. » (On peut comparer ici deux gags identiques sur le « travail » de l’écrivain dessinés à 30 ans d’écart par Posy Simmonds et Bretecher).

Que travailler ? Pourquoi travailler ? Comment travailler ?

Prétexte à remettre ces questions sur le métier : « Du pain sur la planche, métiers et travail« . Ça se passe à la Maison de l’Illustration de Sarrant (32), ça dure jusqu’au 17 juin, et l’affiche est signée JP Blanpain. Sont exposées avec un à-propos magnifique les pages originales de Double Tranchant du même Blanpain et moi-même, livre qui restera pour les siècles des siècles plus un jour ou deux le plus bel objet d’art produit par Le Fond du Tiroir. Du beau travail, précisément, noble et âpre artisanat en forme d’éloge et tragédie de l’artisanat âpre et noble.

Double Tranchant est un travail né d’affres sur le sens de mon travail. On y peut lire notamment ces phrases : « Lors du déclin de notre atelier, les autres, ah, les autres peu à peu sont partis, un par un, comment les retenir, il n’y avait plus assez de travail pour tous. Certains ont trouvé un emploi, je ne dis pas un métier, je dis un emploi, l’adéquation à l’emploi est le seul critère pour juger l’excellence de l’outil. En peu d’années il n’est resté que moi. » Double Tranchant est toujours en vente au moyen de ce bon de commande à imprimer ou recopier (légèrement trompeur puisque deux références y sont épuisées telles des travailleurs ayant trop travaillé, L’échoppe enténébrée et Reconnaissances de dettes) et si nous nous débrouillons correctement il sera aussi en vente à Sarrant pour accompagner l’expo.

2 – Les jours

Pendant ce temps, tu veux tu veux pas, les jours s’écoulent déguisés en travaux. Ces derniers jours, j’étais plus souvent sur scène que devant mon ordinateur, à la faveur de performances variées et musicales. Hector Berlioz a suggéré autrefois que la musique est supérieure à l’amour parce que la musique est capable de donner une idée de l’amour, tandis que l’amour est incapable de donner une idée de la musique. (Idée réincarnée un siècle plus tard dans la fameuse litanie de Frank Zappa incluse dans Joe’s Garage : « L’information ne vaut pas le savoir. Le savoir ne vaut pas la sagesse. La sagesse ne vaut pas la vérité. La vérité ne vaut pas la beauté. La beauté ne vaut pas l’amour. L’amour ne vaut pas la musique. Rien ne vaut la musique. »)

Le paradoxe berliozo-zappaesque est applicable, au-delà de la seule musique, à l’art en général : la poésie, le théâtre, la danse, les images de toutes sortes, surclassent l’amour parce qu’ils le porte en eux tandis que l’amour ne porte que lui-même. L’art existe afin de donner une idée de l’amour même quand il est absent, pour l’incarner, le garder un peu par-devers soi, le ressentir encore, le partager, le célébrer. Dès lors peut-être que la solution au problème initial du travail est ici : travailler d’accord mais seulement pour créer, pour donner des idées de l’amour, sinon ce n’est pas la peine.

Souvenir enchanté d’une aventure fulgurante déjà engloutie dans le puits sans fond des jours qui passent : le 11 avril dernier se donnait le spectacle de musique, de danse, de poésie, et, en gros, d’amour Cartas de amor. Christine Antoine (violon), Bernard Commandeur (piano), Pablo Neruda (poète),Laura Grosso et JuanJo Garcia (danseurs flamenco), moi (narration). Ci-dessous quelques photos prises par Jean-Claude Durand, merci à lui, série dite de la danse du châle.

 

La bière c’est comme si c’était mon frère

04/04/2017 Aucun commentaire

Lire des livres ou boire des bières, il faut choisir.

Ou pas.

Baudelaire d’ailleurs le disait approximativement, « Pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise », son combo à lui c’était vin + poésie, mais bière + livre ça marche aussi.

Cette semaine deux événements simultanés se tiennent dans la bonne ville de Grenoble. Deux « fêtes » pour tout dire, deux « événements participatifs porteurs d’un projet convivial et d’une dimension forte sur la relation partenariale avec les associations » tels que les affectionne la Mairie, deux rituels communautaires cosmogoniques quasiment.

D’un côté la fête du livre, de l’autre la fête de la bière.

Devinette sociologique niveau débutant : laquelle des deux se tient dans un stade, laquelle se tient dans un musée de peinture ?

L’important n’est-ce pas est qu’il y ait fête, partout-partout et à la portée de tous les habitus, Festivus Festivus ! Comme trépignait Philippe Murray. Phêtons, phêtons, avec phrénésie avant les élections.

Moi qui aime passionnément les livres mais qui ne crache pas dans mon bock ni dans celui du voisin, un pied dans chaque clan je donnerai de ma personne ici et là.

1) En compagnie de mon bon camarade Hervé « pré#carré » Bougel, je tiendrai un demi-stand « Le Fond du tiroir », certainement pour la toute dernière fois, au Printemps du livre de Grenoble, Musée de Grenoble, 5 place de Lavalette. Je serai présent pour vendre à la criée mes produits frais vendredi 7 avril de 13h à 18h30, samedi 8 de 10h à 18h30, dimanche 9 de 10h à 16h30.

2) Je ferai monter la pression à la fête de la bière avec mon trombone et mon groupe, les Mother Funkers (version big) au Palais des sports pour le Grenoble Bière Festival, vendredi 7 à 20h.

3) Encore une fête ? une petite ? une dernière ? Allez, bonus pour la route. Figurez-vous qu’en ce moment même bat aussi son plein le festival de jazz de Voiron (magnifique affiche afro-turquoise, coucou Valérie). Dans ce cadre-ci je me produirai avec les Mother Funkers (version little) à la ferme « la poule aux fruits d’or » (ce serait pas un peu transgénique sur les bords tout ça ?) de Saint-Etienne-de-Crossey dimanche 9 avril à 17h.

Ci-dessous un portrait pris sur le vif du stand, Printemps du Livre de Grenoble, samedi 8 avril 2017. Photo (c) Jean-Luc Joseph.

 

Funk you up

17/08/2016 un commentaire

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Le Big Mother Funkers est un bataillon de 20 funksters en rangs serrés et habits de lumière. À ne pas confondre avec le Little Mother Funkers, brigade légère qui procède du précédent mais ne compte que six membres : Carine Serre (sax alto & sax baryton), Sylvain Dropsy (sax ténor & soubassophone), Damien « Darachide » Rabourdin (trompette), Fabrice Vigne (trombone basse & pBone  jaune citron), JC Sanchez (guitare), Baptiste Métayer (batterie et roi des beats en folie – titre). Plus, parfois, un septième membre subsidiaire, lorsque elle est décidée : Nita (un peu mascotte, un peu de percu et un peu de chorégraphie).

Le Little Mother Funkers revient d’une tournée estivale sur la côte-côte-dazure, a donné sept concerts en cinq jours et a écumé campings, marchés, restos… avant d’être repéré dans la rue (attention aux yeux qui piquent : ci-après authentique success story) par le boss du festival de jazz de Ramatuelle qui lui a proposé de jouer pour l’inauguration de son festival. Vous avez fait quoi, vous autres, cet été, sinon ? Vazi moi ça va trankchil j’ai juste inauguré oklm le festival de jazz à Ramatuelle avec mes potes, ensuite tsékoi on est allés se baigner au Cap Taillat, enfin tu vois quoi trankchil ouèche.

Vive le funk qui nous rend beaux. Le funk c’est la vie en personne, le désir dans le bas-ventre et les doigts de pied, l’énergie cosmique qui nous chauffe de l’intérieur, le plaisir d’offrir et la joie de recevoir, l’été sur la plage mais sans sable dans le maillot, sans se préoccuper diable diable de l’endroit où a pété l’attentat du jour, sans déconner ladies and gentlemen shake your booty, le bien que ça fait. Je brode sur le sujet, sous ce lien, et dans le micro amical de Jean Avezou.

Vous êtes directeur de festival de jazz ou de salle de spectacle et vous n’attendez que nous pour mettre le feu à votre public ? Vous êtes un parvenu méditerranéen ayant réussi dans l’immobilier et vous cherchez le groupe qui chauffera l’ambiance un quart d’heure dans votre jardin pour le mariage de votre fille ? Vous êtes un nouveau riche, plus ou moins russe et vaguement mafieux, et vous nous voulez sur votre yacht parce que ça commence à bien faire les DJ techno et leur bouse sonore ? Vous êtes un simple mais honnête particulier, amateur de bonne vieille fonque qui brille, vos murs sont insonorisés et d’ailleurs vos voisins c’est pas un problème, ils sont sympas et vous les avez invités à danser ? Contactez-nous, on vous fera un devis.

Post-scriptum quelques mois plus tard. Je viens d’avoir avec un ami folkeu une conversation fort intéressante. Il en a surgi l’idée suivante : la musique savante occidentale, depuis le chant grégorien jusqu’à, disons, Messiaen, est imbibée jusqu’à la moelle de christianisme, par conséquent de haine du corps. Dès lors, ce que l’on appelle Musique a toujours vocation au hiératique, au sublime dans le meilleur des cas (Bach en massif central de la cartographie), au moins à l’austérité, à la cérébralité, à l’intimidation, la musique nous convoque en tant que purs esprits et nous sommes sommés de l’écouter pieusement assis et tétanisés, dans un auditorium tout comme à la chapelle, respirant à peine, niant nos organes. L’ami folkeu et moi-même, tout en nous imaginant laïcs, sécularisés, athées peut-être, avons dès notre plus jeune âge intériorisé cette conception que la musique digne de ce nom s’adresserait à notre cerveau, ou mieux, à notre âme, certainement pas à notre corps, cette guenille. Pour lutter et guérir de cette folie, chacun de nous deux durant sa jeunesse a dû emprunter un chemin qui le mène à une musique lui autorisant la reconnexion avec son corps et celui des autres, afin que des sons et des rythmes effacent en nos organes cette erreur contre-nature, cette musique qui enferme les pieds dans un bloc de béton. Lui m’avoue : « le bal folk m’a sauvé » , et c’est très amusant, ce besoin d’être sauvé de cette putain de religion qui n’a que le salut à la bouche. Quant à moi, j’ai été sauvé par le funk, via le jazz, cette musique de nègres, de païens, de danseurs, de transes, de muscles, de plaisir, de couleurs et d’odeurs, de sang, de sueur, de larmes, de sperme. Je ne saurais croire qu’à un dieu qui danse (Nietzsche).

Tu m’as fait peur

08/07/2016 Aucun commentaire

Le mardi 28 juin 2016 avait lieu l’ultime représentation des spectacles Fais-moi peur que j’ai eu le phénoménal plaisir de conduire depuis sept ans avec Olivier Destéphany, Christine Antoine et quelques autres. Vous n’y étiez pas, je crois ? Je vous ai cherché, je ne vous ai pas vu. Tant pis pour vous. Ci-dessous faute de présence réelle, un peu de numérique : quelques clichés souvenirs saisis par Jean-Claude Durand, grâces démoniaques lui soient rendues. Contient des traces samplées d’oeuvres de JP Blanpain, Marilyne Mangione, Romain Sénéchal, Johann Heinrich Füssli et Louis-Léopold Boilly.

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Diabolus in musica

28/05/2016 un commentaire

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Oyez oyez braves gens, et vous aussi, bande de gougnafiers galapiats et gredins, parce qu’on est comme ça, nous, on s’adresse à tous, on ne vous trie pas en fonction de vos mérites, on veut pas savoir si vous êtes braves ou non.

Le 28 juin 2016 à 20h, à l’espace culturel l’Odyssée, Eybens (38) sera donnée la sixième « saison » de Fais-moi peur, cycle de spectacles-qui-font-peur-aux-oreilles que je conçois depuis 2008 avec mon compère Olivier Destéphany. La cinquième édition, souvenez-vous, était à forte teneur en vironsussi ; la sixième mouture s’intitule « Saison 666 : Diabolus in musica » et invoque comme de juste le Prince des Enfers himself.

Comme d’habitude, Olivier a composé la musique (à un seul morceau près, elle sera originale, et gorgée de quartes augmentées), je jouerai tous les rôles avec ma grosse voix, et l’orchestre à cordes mêlant amateurs et professionnels sera dirigé d’une main ferme mais sûre par Christine Antoine ; pas comme d’habitude, nous bénéficierons de la participation exceptionnelle du choeur Vox Clamans (car, notre histoire impliquant des voix humaines, je me suis fait un malin (uh uh) plaisir d’écrire une messe satanique en latin de cuisine) ainsi que des élèves de l’école de danse, sous la direction d’Erasmia Kapous (car en outre, nos rituels démoniaques nécessitent quelques chorégraphies infernales bien senties… Nous escomptions également, je vous ai déjà expliqué  le processus de création avec Olivier, comment on se monte le bourrichon, sacrifier une vierge ou deux durant le bouquet final, hélas ! le pompier de service a posé son véto, soit-disant que les rivières de sang attaquent le vernis du plancher et gnougnougnou et gnagnagna c’est toujours pareil avec les pompiers, leurs intraitables normes de sécurité brident la créativité des artistes et s’assoient sur des traditions millénaires). Nous serons donc très nombreux sur scène. J’espère que vous serez plus nombreux encore dans la salle. Mais l’on n’est jamais sûr d’attirer les foules : un spectacle gratuit, ça n’inspire pas trop confiance. Ah oui au fait, c’est gratuit.

Autres guest-stars spéciales et extraordinaires de ce spectacle décidément total, nous aurons la joie de projeter sur grand écran trois oeuvres spécialement crées pour se fondre dans l’intrigue par trois artistes amis, trois auteurs (on peut le dire) publiés au Fond du tiroir, que nous avons fait plancher sur un sujet commun : Marilyne Mangione, Jean-Pierre Blanpain et Romain Sénéchal. Il a fallu, et c’était dur, choisir parmi leurs trois créations celle qui ornerait l’affiche du spectacle (ci-dessus), et c’est la peinture de Jean-Pierre qui a décroché la timbale.

Sous ce lien, une interview d’Olivier et moi-même par Jean Avezou dans son émission « Les rendez-vous culturels » sur RCF. Oui, RCF : nous prenons gentiment plaisir à invoquer le diable sur le réseau des Radios Chrétiennes Francophone. Attention, amis musiciens, repérez un gros raté durant l’enregistrement de l’interview : ce que nous présentons comme une quarte augmentée diabolique n’est en réalité qu’une banale tierce majeure. On se demande si nous ne l’avons pas fait exprès. Peut-être n’est-ce pas un lapsus, finalement. Nous aurons volontairement esquivé l’appel du diable à l’antenne bénitière.

Cette 6e saison sera, selon toute vraisemblance, la dernière. C’est comme ça. J’arrête tout en ce moment. J’arrête le Fond du tiroir. J’arrête de jouer à l’éditeur. J’arrête mon travail salarié, je veux dire que j’arrête à la fois mon travail et mon salaire (au 16 juillet je serai un héros sans emploi). Il ne me restera plus qu’à commencer d’autres choses. Qui verra saura qu’il vivra. Et en route fera péter du Faulkner :

 « Dommage qu’il y ait autant de travail dans le monde. Une des choses les plus tristes, c’est que la seule chose qu’un homme puisse faire huit heures par jour, jour après jour, c’est travailler. On ne peut pas manger huit heures par jour ni boire huit heures par jour, ni faire l’amour huit heures par jour – tout ce que vous pouvez faire pendant huit heures, c’est travailler. Ce qui est la raison pour laquelle l’homme se rend et rend tout le monde misérable et malheureux. » William Faulkner, interviewé par la Paris Review, 1956.

Reconnaissances de dettes

28/03/2016 Aucun commentaire

Projet COUV RdD 2

Le week-end prochain, je suis invité à la Fête du livre de Villeurbanne. À mon programme, une rencontre publique le samedi 2 avril à 16h dont l’intitulé est « Qui êtes-vous ?», déclinant le thème de l’identité choisi pour cette 17ème édition de la Fête. La rencontre sera partagée avec Carole Fives, Delphine Beauvois et Julia Billet.

Qui suis-je ? Eh bien, puisque vous me faites l’honneur de poser la question… Si je suis un petit peu capable de répondre, si j’ai une vague idée de qui je suis, c’est grâce à un livre que j’ai écrit. Un livre de Reconnaissances où je me suis reconnu par l’écriture. Une cartographie de l’habitus bric-à-brac d’un petit-bourgeois né vers la fin des 30 glorieuses, qui lit et écrit, et de ses ascendances : il est le petit-fils d’un mineur de fond, d’une bistrotière, d’un entrepreneur de travaux publics, et d’une institutrice ; plus haut dans son ordre généalogique, 100% de paysans.

Quiconque lira ce livre en saura presque autant que moi à mon sujet. Plus exactement, me connaîtra autant qu’on peut connaître le personnage d’un livre, c’est-à-dire environ un huitième, selon la théorie d’Hemingway, ce qu’il appelait le sommet de l’iceberg. Quand on y pense, c’est énorme le huitième d’une personne, réelle ou fictive, dans la vie ordinaire on ne connaît que zéro huitième des gens.

Donner à lire ce livre est donc étourdissant d’obscénité, comme si je me baladais nu dans la rue, homme-sandwich à épiderme en braille.

Le livre en question s’appelle Reconnaissances de dettes, il est le dernier que je publierai ici, et le bon de souscription est à télécharger sous ce lien. Patrick F. Villecourt et moi-même avons bien travaillé, l’autoportrait interminable est terminé, la maquette quasi-prête : il sera le livre le plus râblé du catalogue FDT, un petit gros de 18×11 cms et 400 pages, 20 €, ISBN 978-2-9531876-9-4.

Imprimez la souscription je vous prie, renseignez-la et adressez votre chèque au Fond du Tiroir. Le livre sera confié à l’imprimeur fin avril, le tirage dépendra du nombre de souscriptions reçues, et dans tous les cas ne dépassera pas 100 exemplaires. Le Fond du Tiroir, à l’article, ne cherche plus de nouveaux clients, seulement de vieux amis.

Paréidolie (ou : Mes aventures audiovisuelles)

09/09/2015 Aucun commentaire

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Traquer la figure humaine partout-partout : définition possible de la paréidolie. Un trou dans le mur ? Un outil ? Un panneau de signalisation ? Un légume ? Une tache à la Rorschach ? L’affaire est faite : ici deux yeux et là une bouche, bonjour smiley. L’australopithèque déjà cherchait son double dans les cailloux, témoin le galet de Makaspangat. Cette chasse à l’interlocuteur qui brisera notre solitude est plus forte que nous. La nature s’offre dans son infinie diversité mais illico c’est un selfie que nous identifions dans les nuages, dans un légume, sur les tâches d’humidité, sur le sable dévoilé par la vague, sur les nœuds du bois, sur les traces de pneu, sur la radio des poumons, jusque sur la planète Mars (ou sur une sonde qu’on lui envoie, visage sur le visage), ou pourquoi pas en pleine face des gens, j’écris ton nom, être humain.

Les plus atteints, les plus anxieux de rencontres, ou les plus avides de merveilleux iront jusqu’à reconnaître formellement Jésus sur une barre chocolatée ou sur un suaire, la Sainte Vierge sur un croque-monsieur, voire Mahomet dans une caricature (mais ça c’est interdit).

Circonscrire l’humain, de préférence sans l’enfermer. Qu’est-ce que l’humain ? Réponse objective : un animal. Réponse intuitive : c’est moi. Si le mètre étalon de l’espèce humaine est chacun de nous, c’est en miroir que l’on transforme le moindre paysage, c’est en se cherchant soi-même que l’on examine un mur ou une fleur, l’histoire ou la géographie. Ou que l’on écoute Francis Poulenc.

Je médite ces idées fort lointaines, je les rapproche de moi. Je les écris… Je tâche de m’y reconnaître. Les mots aussi recèlent des visages.

Et puis un jour je me frotte à l’audiovisuel, et ma propre figure devient une image, une d’aujourd’hui, faite pour être vue sur écran. Expérience étrange et banale, plus ou moins excitante et frustrante. Je ne suis pas très à l’aise, je le crains.

Tiens, tel jour par exemple, je participais à un salon du livre imaginaire, et j’en profitais pour donner avec Olivier Destéphany un extrait en duo de Vironsussi. Une équipe de France 3 Rhône-Alpes filmait, et en a tiré un petit sujet qu’on peut voir en cliquant ici. La journaliste est restée sur le salon plusieurs heures, elle m’a longuement interviouvé. Hélas, elle n’a quasiment rien conservé de ce que je lui ai dit, mais c’est la règle du genre. Notamment, j’aimais bien une de ses questions :
« Comment se fait-il que le thème du loup-garou soit indémodable dans la littérature fantastique ?
– C’est parce que l’être humain est un animal. Un animal singulier bien sûr, un animal incontestablement supérieur puisqu’il est le seul capable de faire exploser la planète… mais un animal tout de même, un grand mammifère à sang chaud, avec des instincts, de la violence, de la sauvagerie. Le mythe du loup-garou est très pratique pour parler de ça, pour assumer notre part animale ou pour la réfuter… »
J’étais drôlement content d’avoir improvisé cette tirade, dommage qu’elle ait disparu dans les archives de la demoiselle. Subsistent, pour le téléspectateur, deux yeux qui roulent et une bouche qui braille et murmure : ma trogne cabotine. Smiley !

Tiens, tel autre jour, bis repetita, j’étais pourtant resté chez moi mais j’avais répondu à domicile à des questions devant une caméra descendue exprès de Paris pour capter mes intentions en littérature jeunesse – c’était pour la série Dans les petits papiers de… commanditée par la Charte des Auteurs Jeunesse dont j’ai l’honneur d’être membre. Pendant l’interview je me suis trouvé si nul que c’en était effarant. Je n’exprimais rien du tout, je bafouillais, je regrettais de n’avoir pas plutôt une feuille et un stylo pour réfléchir à loisir, je me jugeais bien indigne de l’intérêt que me témoignait si gentiment la Charte… Je me suis demandé ce qu’il resterait de tout cela sur l’écran. La réponse est arrivée quelques mois plus tard : sur le fond, quelques fragments d’idées mises bout à bout grâce à un montage bienveillant ; sur la forme : mon visage. Deux yeux une bouche, quelques autres accessoires. Ah, tiens, c’est donc moi ça ? Une figure humaine, c’est déjà bien.

 

Moi, président ?

07/05/2015 Aucun commentaire

Le Fond du tiroir hors les murs : la chronique ci-dessous, faux dialogue remixant d’authentiques paroles échangées avec mon camarade Christophe Sacchettini, a été écrite pour la newsletter mai-juin 2015 de Mustradem. Elle n’y apparaîtra pas forcément in extenso, faute de place. Tandis que dans un tiroir, la place ne manque jamais. Retenez au moins l’actualité brûlante qui en émerge : rendez-vous à la Villeneuve de Grenoble ce samedi à partir de 11h30, pour une lecture de Fatale Spirale, texte inspiré par cet endroit même. Fête ‘n’ musique ‘n’ pique-nique, aux bons soins de l’association Sasfé.

Moi, président ?

– Président ? Président de quoi ?
– De Mustradem, pardi. Mustra, en plus d’être un collectif d’artistes, un label de musique, un éditeur, un entrepreneur de spectacles, une structure de formation, un fomenteur de bals… est une association loi 1901. Il lui faut impérativement un président.
– Elle n’en a pas déjà un ?
– Si fait, mais notre Mariette à nous, présidente historique et chérie depuis l’origine, « a fait valoir ses droits à la retraite », comme on dit dans d’autres milieux.
– Aussi sec vous me proposez le job.
– C’est ça.
– Drôle d’idée.
– Pourquoi pas ? Tu nous connais et nous te connaissons, tu nous aimes et nous t’aimons, pour autant tu n’es pas tout à fait des nôtres. Tu es compagnon de route sans être partie prenante. Tu es là mais ailleurs. On en déduit que tu es peut-être pile à la bonne place pour présider.
– Ça consiste en quoi, présider ? C’est que je ne suis pas du tout un homme de pouvoir, moi…
– Oh, t’inquiète pas pour ça, du pouvoir tu n’en auras pas beaucoup. Mais il faut que tu sois là. Que tu signes les contrats. Que tu nous représentes. Que tu nous écoutes, que tu donnes ton avis, que tu n’hésites pas à dire « Vous déconnez les gars, bande de têtes de mules, on va pas revenir là-dessus alors qu’on a réglé cette question au début du conseil d’administration il y a six heures et demie », tu vois ? Ce genre de choses. Président, quoi.
– Que je me mêle de ce qui vous regarde. Par exemple… C’est quoi, là, sur ton écran ?
– Alors justement, ça c’est le nouveau logo. Nouvelle époque, nouveau président, nouveau logo… Tu en penses quelque chose ? On ne l’a pas encore validé.
– Tant mieux. Il est joli ce logo, hein… Mais il ne m’emballe pas. Il est trop régulier, trop symétrique, trop fermé. Je n’entends pas votre musique quand je le regarde. Votre musique ? Tout le contraire, ouverte, irrégulière, asymétrique, pleine de cinq-temps et sept-temps et tempi plus excentriques encore, elle retombe sur ses deux pieds mais entre temps le gauche comme le droit ont dansé dans l’air de drôles de circonvolutions. Ce logo, il est tout raide, assis, couché, il ne danse pas.
– Parfait. On consigne que tu n’es pas fou du nouveau logo.
– Ah ? Et… Vous allez tenir compte de mon avis ?
– Si on a le même que toi, sans hésiter.
– Je commence à comprendre la fonction présidentielle.
– Tu vois, c’est facile.
– Votre musique irrégulière et asymétrique, je l’aime, et plus encore. Mais mon vrai domaine, ma prédilection, ce sont les paroles plutôt que les musiques, si tu vois ce que je veux dire, les mots. Du reste, « Musique Traditionnelle de Demain »…. Voilà trois mots superbes. Et leur juxtaposition, alors là, chapeau. Un peu comme parapluie plus machine à coudre plus table de dissection, d’un seul coup l’image parle, la poésie toute crue. Des années que je l’admire, votre paradoxe temporel, votre inactuel oxymore.
– Inactuel oxymore, comme tu y vas. On consigne aussi. On verra si on valide.
– Moi, ce que je sais faire, ce sont des livres. Tiens, une idée me vient, vous ne voudriez pas en faire un ? De livre ? Sur Mustradem ? Là, au moins, je pourrais me rendre utile.
– Heu… Pourquoi pas… Ce n’est pas vraiment la priorité…
– Attends ! Je le vois d’ici, ce serait un livre fabuleux … Mustra, ça date de quand ? Vingt-cinq ans, non ? Un chiffre rond en plus, occasion idéale ! « Mustradem 1990-2015, le premier quart de siècle », un livre-CD s’impose, regorgeant de photos, de souvenirs, d’interviews… De partitions… Non ?
– Hmmm… On y réfléchira. Quand tu seras président. On n’est pas tellement dans l’auto-célébration, tu sais.
– Ouais. Ben, pas assez, peut-être. Parce que si l’on regarde… Ce n’est pas rien, ce que vous avez accompli. Vous êtes des héros de la culture de niche. Avec Mustradem vous avez bâti une Œuvre collective, en sus de chacune de vos petites œuvres singulières. Une grande œuvre qui dure, qui palpite. Qui fait des petits. Non seulement avez-vous pratiqué votre art, ce beau mélange tradition/demain… Mais surtout vous n’avez attendu personne pour vous expliquer comment vous deviez jouer votre musique, ni un marchand de disques, ni un directeur de salles, ni quelque relai médiatique complaisant, ni un président… Vous avez puisé aux sources de la musique qui vous inspirait, vous vous l’êtes appropriée, puis vous avez conçu vous-mêmes les conditions pour la jouer et la diffuser. Vous l’avez réinventée sans relâche, remise en jeu, et toujours par vos propres moyens. La fière indépendance du « Do-It-Yourself ». Au fond, je vous soupçonne d’être un peu punks, pour des folkeux. En plus d’être vaguement jazzmen sur les bords.
– Alors, c’est oui ?
– Êtes-vous vraiment des folkeux, d’ailleurs ? J’ai tenté plusieurs fois de comprendre la différence entre « folk » et « trad », j’ai posé la question à la cantonade… Je n’ai obtenu qu’une seule réponse cohérente : « Ben c’est évident, y’a ceux qui jouent bien et ceux qui jouent mal », sauf que, c’est ballot, j’ai oublié lesquels qui quoi.
– C’est plus compliqué que ça.
– Je m’en doutais un peu.
– Il y a des forums exprès, si tu veux creuser la question. Alors, c’est oui ?
– Je reconnais que c’est tentant. Je vous ai vus tout petits ! Je vous ai vus grandir, comme on dit aux gamins qui font une tête de plus que nous. Je me souviens d’un des premiers concerts de Dédale, le tout premier si ça se trouve, dans une MJC approximative, en Savoie, c’était en… Je ne sais plus, Mustra n’existait même pas, pour te dire. Vous aviez encore de l’acné, ou alors je confonds, c’était moi, mais déjà ce qui se passait sur scène c’était vachement bien ! J’y étais, moi, monsieur ! J’y étais !
– J’y étais aussi. Mais ce n’est pas ça qui compte, on n’est pas trop dans la nostalgie, non plus.
– Pas plus que dans l’auto-célébration, j’ai compris le message. En tout cas c’était bien… Et dire que vous êtes tous encore là… Quand est-ce que vous reformez Dédale, au fait ? Allez, je suis sûr que vous l’entendez souvent, cette question. TOUS les groupes le font. Regarde autour de toi, Téléphone, les Sex Pistols, les Stooges, Pink Floyd, Police, NTM, les Monty Python…
– Qu’est-ce que tu racontes ? On n’a rien à voir avec ces vieilles stars qui remontent sur scène pour l’argent. Nous, on n’en est jamais descendus, de la scène, avec ou sans Dédale.
– Ah, ouais. Okay. Je récapitule, si tu veux bien. Votre truc, c’est : ni l‘auto-célébration, ni la nostalgie, ni l’argent. Je prends des notes, hein, pour le cas où quelqu’un me demande ce que je préside, au juste.
– On n’auto-célèbre pas notre nostalgie, pour une bonne raison : l’agenda des deux mois à venir est rempli à ras-bord, et le présent est par principe plus passionnant que le passé !
– Formule suffisante pour expliquer le bel oxymore…
– D’ailleurs, tu y es toi aussi, sur l’agenda… Une lecture déambulatoire à la Villeneuve de Grenoble, samedi 9 mai… Ce ne serait pas sur un texte de toi, ça ?
– Si, si… Tu as raison, allons de l’avant. Je serai là, promis, le 9 mai.
– Moi aussi, tu parles. Ah, et tant que je te tiens ! Tu ne voudrais pas écrire à ma place l’édito de la prochaine newsletter ?
– Une autre prérogative présidentielle, je suppose ? Riche idée… Me faire éditorialiste d’un jour, chroniqueur remplaçant, juste assez intérimaire pour me mettre dans la peau d’un intermittent (hu hu hu)… D’un autre côté, la tâche m’intimide presque, je ne sais pas si j’ai les compétences. Moi qui distingue à peine folk et trad ! Et puis, les lecteurs seront perturbés dans leurs habitudes : je ne suis pas capable de citer au débotté Jean-Luc Godard ni Alain Robbe-Grillet.
– Tu trouveras bien quelque chose.
– Du Frank Zappa, j’ai droit ? En voilà un autre, qui jouait sa musique en se contrefichant de l’étiquette qu’on collait dessus. « L’information ne vaut pas le savoir. Le savoir ne vaut pas la sagesse. La sagesse ne vaut pas la vérité. La vérité ne vaut pas la beauté. La beauté ne vaut pas l’amour. L’amour ne vaut pas la musique. Rien ne vaut la musique. » Pas mal, non ? Mais on cause, on cause… Tu crois que les lecteurs le lisent jusqu’au bout, cet édito ?
– Il y en a. Alors, c’est oui ?
– Oui.

C’est doux d’être aimé par des gens intelligents

16/01/2015 Aucun commentaire

Affiches 16 janvier 2015

Hier j’ai mangé dans un kébab (je sais, c’est pas bon pour la santé). Comme l’après-midi était déjà bien avancé, j’étais seul dans la boutique et j’ai pas mal discuté avec le patron. De quoi aurions-nous discuté, sinon de « ça » ?
Il m’a dit des choses comme : « Moi, je suis algérien, je suis là depuis six ans. Je suis musulman, j’ai la foi, et les terroristes, là, je ne les comprends pas. C’est un beau pays, la France, il y a tout ce qu’il faut pour vivre. Si je suis parti d’Algérie, c’est parce que depuis 25 ans les islamistes font la même chose que ceux de Charlie en France, ils ont égorgé des journalistes par dizaines, des chanteurs, des hommes politiques, des femmes aussi, tous ceux qui ne sont pas d’accord. C’est ça qu’ils veulent ? Ils ne savent pas ce que c’est, l’islam. Je fais le djihad, moi, parce que je sais ce que c’est le vrai « djihad », ça veut dire « le combat », c’est le combat quotidien, ça consiste à se lever le matin, à travailler, à aimer ses proches, à méditer, à chercher la paix. »
Le lendemain matin, j’ai raconté cette conversation à la table du petit déjeuner, et je me suis remis à pleurer. Je croyais pourtant que j’avais suffisamment pleuré, que je n’avais plus de larmes. Il m’en reste.
C’est beau, la sagesse du kébab.

Et à l’instant, dans le tramway, un gars m’aborde gentiment : « Excusez-moi… On vous a déjà dit que vous ressembliez à Cabu ? »
Ben oui, depuis quelques jours ça m’est arrivé une ou deux fois, jamais avant. C’est sûrement la coupe de cheveux.

Difficile de cesser, sinon d’ « être » Charlie, du moins de penser et de parler Charlie… Le 7 janvier, nous avons basculé d’une époque dans l’autre, il va nous falloir un temps d’ajustement.

Pendant ce temps les livres continuent de paraître et, heureusement, d’être lus. Grand merci à Jean-Louis Roux pour sa fine critique (ci-dessus) de Vironsussi parue dans les Affiches du 16 janvier.

Et puis sur le même sujet, lundi 19 janvier sera diffusée à la radio une interview de ma pomme par Jean Avezou, à 11h12 et 19h12 sur RCF Isère (103.7 à Grenoble et 106.8 à La Côte Saint André). Grâce à l’amabilité de RCF (merci beaucoup) et à la diligence de mon web-maestro, cette émission est pod’castable ici même.

Remettez-moi encore deux ou trois voeux c’est pour emporter

02/01/2015 Aucun commentaire

FMP5

Chères personnes,

Bonjour-la-bonne-année, que 2015 vous soit etc. etc. très sincèrement etc.

L’an 15 en ce qui me concerne débutera par deux spectacles littéraro-musicaux, à trois jours d’écart, forts différents, mais où je mouillerai ma chemise en direct. Votre présence à ces deux happenings me ferait plaisir. Je vous invite à réserver une soirée, ou l’autre, ou les deux.

* le dimanche 18 janvier à 18h, j’aurai la joie de ressusciter un spectacle qui après avoir pas mal voyagé entre 2008 et 2013, sommeillait depuis deux ans : Les Giètes, d’après le roman du même nom, adapté pour la scène avec Christophe Sacchettini.
Lecture musicale tout terrain et en duo, se prêtant volontiers aux contraintes du « Spectacle en appartement », ce Giètes-revival sera donné au domicile même dudit Christophe Sachettini, à Grenoble, et selon les modalités désormais quasi-traditionnelles des prestations présentées dans ce cadre, « Les dimanches du 8502 » : le spectateur paye au chapeau (10 euros par tête de pipe, c’est bien) et apporte un quelque-chose à manger ou à boire pour partager et se remettre des émotions.
Jauge bien sûr très limitée, donc réservation impérative auprès de Marie ou de Christophe.
Des précisions sur le spectacle ici.
Attention : comme pratiquement toutes les représentations précédentes de ce spectacle, celle-ci sera la DERNIÈRE ! L’ultime. La finale. Cette fois c’est vrai. Ne la ratez pas.

* le mercredi 21 janvier à 20h : Vironsussi, alias « Fais-moi peur, Saison V » sera présenté à l’auditorium l’Odyssée (Eybens). Je me produirai avec Olivier Destéphany, Christine Antoine, et l’orchestre Les Aventuriers de l’Archet Perdu au grand complet.
Il s’agit de la version scénique du livre-CD baroque et fantastique « Vironsussi » dont nous fêterons la sortie pour l’occasion.
Le spectacle est gratuit et, a priori, l’auditorium comptant 310 places, réserver n’est pas indispensable. Seulement prudent.
Des précisions sur le livre ici.

(J’ai conscience que le concurrence sera rude puisque ce même mercredi 21 janvier à 20h, le CCC de Grenoble proposera la version restaurée de Change pas de main)

Vous êtes encore là ? Vous n’avez pas décroché de cet interminable curriculum ? Dites donc, vous êtes endurant, félicitations, un jour de gueule de bois, en plus. Vous avez bien mérité un peu de Modiano. Puisque nous sommes là entre nous, à deviser gentiment littérature contre musique (« tout contre »), je vous invite à lire le beau discours de Modiano, récipiendaire Nobel. Car il y déclare notamment :

Cette relation intime et complémentaire entre le romancier et son lecteur, je crois que l’on en retrouve l’équivalent dans le domaine musical. J’ai toujours pensé que l’écriture était proche de la musique mais beaucoup moins pure que celle-ci et j’ai toujours envié les musiciens qui me semblaient pratiquer un art supérieur au roman – et les poètes, qui sont plus proches des musiciens que les romanciers. J’ai commencé à écrire des poèmes dans mon enfance et c’est sans doute grâce à cela que j’ai mieux compris la réflexion que j’ai lue quelque part : « C’est avec de mauvais poètes que l’on fait des prosateurs. » Et puis, en ce qui concerne la musique, il s’agit souvent pour un romancier d’entraîner toutes les personnes, les paysages, les rues qu’il a pu observer dans une partition musicale où l’on retrouve les mêmes fragments mélodiques d’un livre à l’autre, mais une partition musicale qui lui semblera imparfaite. Il y aura, chez le romancier, le regret de n’avoir pas été un pur musicien et de n’avoir pas composé Les Nocturnes de Chopin.

L’intégralité du discours est ici.

Au revoir, et la-bonne-année.

Fabrice

Post scriptoum : si vous avez lu ce message jusqu’au bout, je vous remercie chaleureusement. Vous m’épatez, je vous félicite derechef. Pour vous récompenser, une info supplémentaire : ce mois de janvier est également marqué, pour moi, par la parution d’un album intitulé Fatale Spirale chez Sarbacane (ill. Jean-Baptiste Bourgois). Je serai présent dans l’excellente librairie les Modernes (6 rue Lakanal à Grenoble) le samedi 10 janvier à partir de 14h pour le présenter au public, rencontre, dédicace, lecture, tout le bazar. Ici encore, vous serez les bienvenus.