De l’énergie pour votre pénis (Le retour du roi de la réclame)

04/07/2009 Aucun commentaire

Ici, c'est M. Sébastien Joanniez qui fait son show au paradis des chaises longues, et on aperçoit Melle Marilyne Mangione assise au premier rang

Comment occuper l’été qui s’installe et dedans et dehors ?

Comme justement cette question me taraudait, à point nommé je recevais un mail provenant d’un ami, enfin, un ami, disons une lointaine connaissance, pour être franc je ne me souviens plus exactement de lui, heureusement que son mail est signé, « Benoît », il ne met pas son nom de famille, c’est dire si nous sommes intimes, ça va me revenir d’une seconde à l’autre, d’où le connais-je, en tout cas il est très sympa Benoît, bon vivant mais relax, bonne franquette, un parfum de vacances d’été déjà, sacré Benoît, ah ah, son mail s’intitule « Pour la plage », et je vous en fais profiter bien volontiers :

Bonjour,
Ca va etre le moment d'aller a la plage
et de faire des rencontres.
Comme tu le sais les filles vont te regarder
et voir de suite comment tu es "membré"
Alors fais une bonne impression de suite avec
http://lescalbutsquidebordent.com et tu verras
de suite la difference dans leurs regards.
Crois-moi, ton taux de reussite va etre accentue de suite.
Benoit

Je n’arrive pas à mettre un visage sur son prénom, c’est énervant. Benoît, Benoît, tu es une énigme pour moi ! Cette évocation des plages, des filles… Est-ce là l’un de nos souvenirs communs ? Je me souviens vaguement d’un type, à Palavas-les-Flots, en 1997… S’appelait-il Benoît ?

Je ne sais trop quoi lui rétorquer, je ne voudrais pas commettre un impair. Je compose alors une réponse sur un ton que j’espère cordial, tout en dissimulant diplomatiquement, afin de ne le point froisser, que je ne le remets pas du tout  :

« Cher Benoît, merci pour ton précieux conseil, que je ne manquerai pas de suivre. C’est tellement vrai, nous sommes jugés avant tout sur la façon dont nous sommes membrés ! On sent que tu as roulé ta bosse et que tu connais la vie ! En échange, je te donne à mon tour un bon tuyau d’été : si tu ne sais pas quoi faire en juillet, je te recommande de surveiller la programmation du Cabaret frappé de Grenoble, et particulièrement celle des lectures à la roseraie. Figure-toi que, dans ce cadre, je donnerai mon spectacle adapté des Giètes, le mercredi 22 juillet, à 20 heures, dans le jardin de ville de Grenoble. J’avais prévenu Carine d’Inca (j’espère que tu connais Carine ? si tu la croises  sur la plage, ne manque pas de bomber le slip et de la saluer) que notre spectacle, dans sa formule complète, durait 1h15 et aurait donc du mal à s’insérer dans la case  « roseraie »  où les prestations sont priées de ne point dépasser 45 mns, mais Carine nous a aimablement autorisé à pulvériser le créneau tout à notre aise, quitte à décaler le reste de la soirée, imagine un peu l’honneur qu’elle nous fait ! J’espère que je te verrai à cette occasion, (ça me fera plaisir, depuis le temps… combien de temps, au fait ?), et je te présenterai mon camarade Christophe Sacchettini.
A bientôt cher Benoît, porte-toi bien ! que ce soit à droite ou à gauche ! Ah, moi aussi j’aime la rigolade !
Fabrice
»

(Bon sang, mais d’où est-ce que je le connais, ce Benoît ? Cet ami oublié ? Quelle honte, quel ingrat je fais… Mais un doute me pénètre insidieusement… « Benoît »  n’est… tout de même pas… un « spam »  ? Je n’ose l’envisager ! Un message aussi chaleureux et personnalisé qui masquerait un pourriel ? ce serait abuser de la crédulité, et du besoin de tendresse, et du fantasme de membritude ! Du reste, on ne me la fait pas, je m’y connais, en spam… Spécial archives : le 4 juillet 2006, il y a trois ans jour pour jour, j’étais jeune et bien membré, c’était le bon temps, je n’avais pas de blog, j’avais annoncé à la cantonade ma précédente prestation en cette même roseraie par le spam que voici. Où l’on constatera que mon sens de l’humour ne s’amende pas tellement avec l’âge.)

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Marie-Jeanne Guillaume, a.k.a. Billy Joe MacAllistair

03/07/2009 Aucun commentaire

hébé ça nous rajeunit pas

It was the third of June, another sleepy, dusty Delta day
I was out choppin’ cotton and my brother was balin’ hay
And at dinner time we stopped and walked back to the house to eat
And Mama hollered out the back door « y’all remember to wipe your feet» 
And then she said « I got some news this mornin’ from Choctaw Ridge
Today Billy Joe MacAllister jumped off the Tallahatchie Bridge» 

En 1967, la chanteuse country Bobbie Gentry débute sa carrière avec un tube planétaire, fracassant et cependant douçâtre, Ode to Billy Joe. Elle ne devait plus jamais rencontrer pareil succès, mais peu importe : cet air-là était définitivement entré dans l’inconscient, et la mauvaise conscience, mondialo-collectifs.

La narratrice de la chanson est une jeune paysanne du Mississipi (le « Delta»  du premier vers) qui, après ses travaux aux champs, rentre chez elle pour un repas en famille. Entre deux bouchées, ah tiens au fait vous connaissez la dernière, la mère annonce le suicide du jeune Billy Joe MacAllistair, qui s’est jeté dans la rivière Tallahatchie. Le père fait quelques commentaires sur ce Billy Joe qui de toute façon était un bon à rien. Puis, on change de sujet. Et au couplet final, on change même d’époque, le temps s’envole : l’événement, cette mort brutale d’un adolescent,  a été intégré, digéré par le corps social, qui quant à lui continue à vivre, de quelle vie, au fil des heures et des saisons, des semailles et des moissons.

On ne saura rien de l’émotion qui déchira la narratrice ce jour-là. Tout au plus la devine-t-on, à partir de trois fois rien, la remarque de sa mère, « Eh ben alors, tu ne manges rien ? Finis ton assiette…»  Quand vient la fin de la chanson, à nouveau seul et en silence, on peut tenter de recomposer l’histoire, de déduire les liens que la jeune fille entretenait avec Billy Joe… On est réduit aux hypothèses : quel est au juste la chose que le couple a jeté, paraît-il, la veille du suicide, dans la rivière Tallahatchie ? Ne me dites pas que c’était un… Allez, finis donc ton assiette.

Dans les années 60, la France était à la remorque musicale des USA de façon sensiblement différente qu’aujourd’hui : on n’imitait pas les tics de production et de cordes vocales ; on traduisait, plus simplement, et plus ingénument, les chansons. Avant la fin de cette même année 1967, Ode to Billy Joe connaissait une traduction française, chantée par Joe Dassin, Eddy Mitchell, et d’autres, sous le titre Marie-Jeanne.

La transposition apporte son lot de modifications, de presque-trahisons : superficiellement, on repeint le décor, à la locale, présupposant qu’un redneck ricain est peu dissemblable d’un plouc franchouille (le Mississipi profond devient ainsi le sud-ouest français, non moins profond ; la rivière Tallahatchie se réincarne en Garonne ; Choctaw Ridge est jumelé avec Bourg-les-Essone, ce qui ne manquera pas de jouer en faveur de la fraternité et de la compréhension entre les peuples), et surtout, plus radicalement, on inverse la structure narrative : la version française de cette chanson féminine étant confiée à un homme, on change le sexe de la narratrice qui, de paysanne, devient paysan. En conséquence, le bon à rien, le mort, l’absent, le fantôme, le suicidé de la société change symétriquement : Billy Joe MacAllistair s’appelle chez nous Marie-Jeanne Guillaume.

Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que je viens d’écouter cette Marie-Jeanne de Joe Dassin, sans préméditation, à la radio, et comme il m’arrive parfois en présence de chanson dite populaire, je me suis trouvé cueilli, bouleversé par surprise, mon corps a eu un petit soubresaut, les poils de mes avant-bras se sont dressés, ma lèvre a tremblé et mes larmes ont coulé, zébrant mes joues de tragédie. Ce micro-malheur paysan m’a paru beau comme l’antique, tout au moins comme du Giono, du bon et solide malheur comme il s’en fabrique quotidiennement dans les familles, du malheur tellement gros qu’on ne peut pas même le raconter, qu’on doit s’en tenir à ses circonstances, son quotidien et son non-dit, et la guitare entre les deux, une nouvelle parfaite, une nouvelle qu’on aurait aimé écrire, enfin vous je n’en sais rien, moi oui.

Voilà, pourquoi je vous raconte. J’écris un article, pour tenter, tout repose dans la tentative, de comprendre ce qui vient de se passer, en 1967, et sur mes avant-bras. Si ce blog ne rend pas compte de mes frissons et de mes larmes, diable à quoi servira-t-il ?

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Le livre que vous ne lirez pas cet été sur la plage

26/06/2009 2 commentaires

Ceci est-il un livre ?

Les livres du Fond du tiroir, « pour tout le monde et pour personne» , sont discrets, mais cependant débusquables… Si l’on est persévérant, on finit par trouver quelqu’un au bout du fil… Ces livres nés de la cuisse du tiroir ne sont pas un mythe, ils sont en vente, et en conséquence ils sont même vendus, oh pas beaucoup… La crise, partout-partout… Mais enfin, si peu que ce soit, la possibilité d’une transaction commerciale suffit pour que leur destin public soit enclenché… Pour que leur vie de produit soit avérée… C’était encore trop… Je me disais qu’il y avait moyen de faire mieux. Pousser plus loin le bouchon, exacerber l’éclipse, la dissimulation au paroxysme, le geste encore plus gratuit et encore plus sublime…

Eh bien, voilà qui est fait.

Mon dixième livre vient de paraître. Sauf que ce verbe ne convient pas. Mon dixième livre vient de ne pas paraître.

Il s’intitule Reconnaissances de dettes, et il est publié par les éditions du Pur hasard, qui n’existent pas. En quatrième de couverture, un code-barre, un ISBN, un prix (15 euros), une adresse web (www.purhasard.fr), une mention de dépôt légal… Respect : tout ceci est pure fiction. Pourtant le livre est bel et bien là, entre mes mains, je peux l’ouvrir, le lire… Lire un livre qui n’existe pas, quelle étrange, et vertigineuse, et borgésienne expérience.

De la même façon strictement qu’avec mes neuf précédents, je suis fou de joie en le sortant du paquet, ah de quoi rire tout seul, ah j’ai fait ça, je l’empoigne, le feuillette, redécouvre mon texte mis en forme… Et de la même façon toujours, je tombe fatalement sur une page, une phrase, un mot, où ma bouche se pince, zut, scorie, je n’aurais pas dû laisser passer, il a manqué une ultime couche de correction… Oh, je connais fort bien les symptômes… Ici, ils sont à blanc. Puisque ce « livre»  n’est que pour moi.

Voilà toute l’histoire. En janvier dernier, je reçois ce mail :

Bonjour,
Je suis étudiante en troisième année d’édition au pôle « métiers du livre»  de Saint Cloud, et je suis à la recherche d’un texte, ou plus exactement d’» écrits personnels»  pour un projet éditorial qui consiste à éditer un texte (qui n’a jamais fait l’objet d’une publication) dans le cadre de mes études. Je recherche donc un roman personnel, une auto fiction, un journal, une autobiographie, un carnet de bord, des poèmes, recueils de chansons etc., en définitive, tout ce qui s’attache à ce sujet d’écriture de l’intime (je suis très ouverte quant à la forme de ces écrits pourvu qu’ils m’intéressent) en vue de les travailler, de les mettre en page et d’en imprimer un ou plusieurs exemplaires.
Ayant particulièrement apprécié
TS, je me demandais si vous auriez ce type d’écrit et, le cas échéant, si vous seriez d’accord pour me les « prêter », me les soumettre.
Il est évident que cela ne représente pas une vraie publication et que le travail d’auteur ne sera pas rémunéré (le travail abouti de sortira pas de l’université, il s’agit juste d’un exercice, il n’est en aucun cas question de violer les droits d’auteur).
Si mon projet retenait votre attention, n’hésitez pas à me contacter pour de plus amples informations.
Cordialement
Marion Hameury

Je réponds immédiatement : ah oui, bien sûr, très volontiers, j’ai ce qu’il vous faut. Je vous confie un texte intime et délicat, important extrêmement pour moi, dense, méticuleux et foisonnant, rédigé petit à petit sur une longue période (1998-2002), du temps où j’écrivais mais où personne ne me prenait pour un écrivain, ce qui évitait tout malentendu… Un projet vital à un moment donné, « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur»  (Jean-Jacques), par bien des points la matrice de tout ce que j’ai pu écrire par la suite, et que je ne souhaite absolument pas voir publié, MÊME, c’est dire, au Fond du Tiroir. Il s’intitule Reconnaissances de dettes. Faites-en bon usage.

Elle en a fait bon usage. Pas de nouvelle pendant cinq mois. Puis je reçois un nouveau mail :

Je reviens vers vous maintenant que le projet est imprimé.
Nous vous avons réservé un exemplaire, aussi, si vous vouliez bien me donner votre adresse postale, je pourrais vous l’envoyer afin que vous puissiez voir notre travail, qui est en définitive le résultat du vôtre.
Je profite de ce mail pour vous dire combien il a été intéressant et enrichissant de travailler sur vos textes,
Reconnaissances de dettes et Journal de tournée, ce que nous comptons mettre en avant lors de notre soutenance (durant laquelle nous expliquerons à nos professeurs les raisons de nos choix éditoriaux).
Je vous remercie de la confiance que vous nous avez accordée en nous confiant vos manuscrits et soyez certain que nous avons veillé à ce qu’ils ne sortent pas du cadre de notre cours d’édition.
Cordialement,
Marion Hameury

Je vous reprends là où j’en étais : devant ma boîte aux lettres, je sors le volume du paquet… Le travail éditorial est soigné, le graphisme de la couverture pertinent (une vieille caisse enregistreuse qui évoque une machine à écrire)… For my eyes only. Je suis content. Comme je ne suis pas chien (ou alors, allez savoir, parce que je suis chien spécialement vicelard, soucieux  de parfaire la frustration), je vous recopie la quatrième de couve de ce livre que vous ne lirez pas :

On ne meurt pas de dettes, on meurt de ne plus pouvoir en faire.
Louis-Ferdinand Céline

À la manière du Je me souviens de George Perec, Fabrice Vigne compose un inventaire de 100 dettes, emprunts ou empreintes, autant de facettes de son existence que l’auteur explore à travers ce jeu oulipien. Il existe en effet un point commun entre Barbe-Bleue, Hemingway, le jazz, et le vol d’un stylo : tous on laissé une trace dans sa vie, et sont les créanciers de sa personnalité.
Une partie en trois manches dont la dernière s’étiole pour finalement s’interrompre en cours de jeu.
Fabrice Vigne est né en 1969 dans l’Isère. Proclamé « auteur jeunesse»  suite à la publication de son premier roman,
TS, il aime jouer sur l’ambiguïté des catégories et brouiller les pistes, n’hésitant pas à s’aventurer hors des sentiers battus de la littérature conventionnelle et linéaire. Il est le fondateur d’une structure d’auto-édition, le Fond du Tiroir.

Moi qui, généralement, préfère avoir la main sur les quat’ de couv’, je trouve celle-ci plutôt bien torché, et je souhaite à Marion d’avoir une bonne note à son examen, puis une longue carrière dans le monde de l’édition, milieu fort difficile où il convient de s’endurcir le cuir (cf. cet article rédigé par le Syndicat Interprofessionnel de la Presse et des Médias, SIPM). Bonne chance à elle !

Et surtout, grand merci. Je suis ravi, comblé. Mon dixième livre n’est que pour moi. Je ne manquerai pas, désormais, de mentionner ce titre introuvable chaque fois que l’on me réclamera ma bibliographie, riant sous cape à l’idée que quelqu’un, quelque part, peut-être, essaiera de se procurer cet Opus X. Où diable cette passion de l’occulte va-t-elle me mener ?

Bon ! Cette fois, il n’y a plus moyen de faire mieux. Pour qu’un livre existe encore moins, il faudrait ne le point écrire, et je ne me résouds tout de même pas à cet extrémité. Je retourne au boulot, requinqué. J’ai un livre à écrire. Qui, si tout se passe bien, paraîtra. C’est bien aussi (moue et haussement d’épaules).

M le Menu

19/06/2009 un commentaire

portrait signé David Rault

JC Menu : voilà un homme.

Lorsque, pérorant à propos du FdT (l’un de mes sujets favoris), j’éprouve le besoin d’invoquer un auteur devenu éditeur par viscéral besoin d’émancipation, d’intégrité, de liberté, je cite volontiers Benoît Jacques ; mais en fin de compte, dans ce registre, le Menu est peut-être une figure tutélaire plus importante encore. Alors que Benoît Jacques n’édite que lui-même, cowboy solitaire, Menu a les épaules d’un porte-drapeau (c’est lourd un drapeau, il faut des épaules), et il a initié une émulation longue, large et profonde, une collective lame de fond où ont trouvé leur place quantité d’auteurs (parmi lesquels Benoît, d’ailleurs).

Évidemment, mon cas personnel s’inscrit plutôt, représentatif d’exclusivement moi-même au creux de mon Tiroir sur mesure, dans le sillage de Benoît… Et c’est pourquoi je le cite spontanément en tant que modèle… Cependant je revendique fermement l’influence de Menu.

Jean-Christophe Menu, homonyme sans parenté de la présidente du Fond du Tiroir, est pour mémoire le co-fondateur et principal animateur de l’Association, cette maison d’édition capitale, qui a montré par l’exemple et par la ténacité que les livres, les bandes dessinées en l’occurrence, pouvaient être autre chose que ce que l’on s’attend à ce qu’elles soient.

Voilà plus de vingt ans (oui : Meder, 1988) que je ne manque rien de son œuvre protéiforme, et même doublement protéiforme, c’est dire s’il y a de quoi manger : auteur passionnant (avez-vous lu le Livret de phamille ? Les Lock groove comix ? qu’attendez-vous, bon sang ?) et éditeur irremplaçable (les trois volumes de l’Eprouvette, quelle somme ! quelle corne d’abondance ! et l’OuBaPo ! et Lapin !). Au sein de sa bibliographie, je fais la fine bouche seulement devant les Plates-bandes, pomme de discorde certainement salutaire mais qui ne méritait peut-être pas un livre. Car Menu, en outre, est un graphiste qui soigne ses objets : le livre a de la valeur ; est une valeur. Je trouve qu’il y a dévaluation du livre avec les Plates-bandes, texte contingent, lisible mais pas relisible, bah, peu importe.

Un récent entretien paru sur le site du9 présente un Menu toujours aussi stimulant. C’est bien simple, l’écouter parler, moi, ça me donne envie d’en faire, des livres. Depuis vingt ans, presque.

Dans cet entretien on peut lire notamment ceci, position radicale, provocation primesautière, par conséquent vitamine pour l’esprit, que je me fais un plaisir de copiercoller, juste parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas parlé de « littérature jeunesse»  :

« L’Association n’a jamais fait de la jeunesse. Parce qu’on trouvait qu’il y avait plein de gens qui le faisaient déjà bien, et que faire une collection « jeunesse » à L’Association ça n’aurait pas eu de sens. On nous a souvent demandé pourquoi on ne l’avait jamais fait (…) Il y a déjà trop de choses à faire, il y a une sorte de sélection naturelle pour ce qui ne se fait pas. Et puis d’ailleurs je suis plutôt contre le fait de concevoir des livres réservés aux enfants. Ils n’ont qu’à tout lire !« 

(NB : lors d’une conversation avec Thierry Lenain, à propos du projet de ce dernier de créer une structure éditoriale « jeunesse»  alternative, gérée par les auteurs eux-mêmes, je lui avais dit « Il faudrait pour cela une sorte de Menu…»  Mais qui en aurait la carrure ? Thierry lui-même, c’est possible. Certainement pas moi !)

Le Fond du tiroir, deuxième époque

02/06/2009 un commentaire

tiroir sans fond (merci Cécile)

J’annonce un tournant dans l’histoire.

La première époque du Fond du tiroir est désormais close. Pour mémoire, elle aura duré un an et 5000 euros. Rappel de l’origine : une somme de 5000 euros m’échoit par surprise grâce à l’un de mes livres ; je décide d’engloutir la somme dans la conception d’autres livres, en un geste joyeux de flambante et flamboyante liberté. Mission accomplie : un an de consumation plus tard, mon bilan comptable établit grossièrement que les quatre ouvrages publiés par le FdT (toujours en vente), à savoir l’auto-crypto-portrait nocturne ; la carte de vœux tout-en-un/faire-part de naissance/avis de décès ; l’abécédaire en authentiques couleurs charnelles ; et le reportage viscéral en plein non-lieu, m’auront côuté quelques 8000 euros, et rapporté 3000. La cagnotte dépensée, passons à autre chose.

La seconde époque s’ouvre aujourd’hui. Les statuts de l’association loi 1901 « Le fond du tiroir»  ont été déposés à la préfecture la semaine dernière. La présidente de l’association est Laurence Menu (merci beaucoup madame la présidente – vous pouvez en cas de besoin lui écrire à l’adresse presidente(arobase)fonddutiroir.com) ; le secrétaire en est Laurent Vigne (tiens ? ce nom me dit quelque chose) ; et la trésorière Sylvie Villecourt (tiens ? celui-ci aussi).

Dès que l’association aura son compte en banque, nous pourrons déclarer ouvertes les adhésions. Mais oui, mesdames et messieurs, vous pourrez adhérer au Fond du tiroir, pour la somme dérisoire de 5 euros. À quoi bon ? Eh bien, l’adhésion vous procurera, outre la superbe carte de membre en relief confectionnée par l’habile factotum de la maison, outre les 5% de remise que l’on vous offrira désormais gracieusement sur les ouvrages du FdT (non, vraiment, je ne peux pas faire davantage, la loi Lang, vous comprenez, et puis la crise, partout-partout), vous en tirerez l’inappréciable satisfaction de soutenir cette jeune structure de création et d’encourager ses prochaines publications.

Quant à moi, je confie à l’association les stocks de livres, et je me retire. Je vais travailler un peu.

Je m’en vais, donc, sans annoncer de date de retour. Les interventions sur le blog seront rares dans les mois qui viennent. Je sais, j’ai déjà fait mes adieux plusieurs fois ici, pas la peine de me chambrer, hein ! J’ai le droit de m’en aller ET le droit de me contredire si jamais je reviens dans trois jours. Je vous f’rai dire que « Parmi l’énumération nombreuse des droits de l’homme que la sagesse du XIXe siècle recommence si souvent et si complaisamment, deux assez importants ont été oubliés, qui sont le droit de se contredire et le droit de s’en aller.»  (Charles Baudelaire, Préface à sa traduction des Histoires extraordinaires de Poe.)

Un peu d’accordéon avant de nous quitter : connaissez-vous Chamboultou ? Ce n’est pas que le titre d’un album des Têtes raides, c’est aussi le nom d’un petit groupe de « punk champêtre»  disent-ils, en Normandie, un peu comme les Glaviots dans une chanson des Wampas… Ils ont commis une jolie chanson au titre évocateur, très écoutable ci-dessous :

Pas mort, Etienne

22/05/2009 Aucun commentaire

bouge, Etienne

En blogolangue, un article se dit « post» . Après ? Pourtant la blogosphère est oublieuse de nature, l’éphémère même, il n’y a plus d’après à Saint-Germain des blogs, le contraire de la postérité.

D’habitude, lorsqu’on publie un post, soit les lecteurs déposent des commentaires immédiatement, dans les heures qui suivent, soit ils ne le font pas, et on oublie le post du jour, au suivant… Oh certes il demeure virtuellement, tout chassé qu’il est, mais comme s’il n’avait jamais existé. Limbes digitales. On ne commente pas les vieux posts. C’est la règle.

Survient parfois une exception : l’article que j’ai publié sur Etienne l’été dernier, ce post posthume, reste le plus consulté du Tiroir. Une fois tous les 36, et la semaine dernière encore, quelqu’un, quelque part, pense à Etienne, tape « etienne delmas»  dans la gueule à Google, espère de ses nouvelles… Et c’est moi qui en donne, mauvaises, je suis navré, oiseau de malheur. Alors, la personne est triste, et elle dépose en commentaire ses propres souvenirs d’Etienne, une fleur de plus pour le bouquet. Cet usage imprévu de mon blog, registre funéraire, chapelle ardente, est très émouvant. Cinq personnes ont ainsi témoigné en neuf mois, que je ne connais pas pour quatre d’entre elles, mais voilà, il y avait Etienne entre nous. Il manque, à plein de monde, on pense à lui, il est vivant.

Je viens de lire le tout premier livre d’Etienne, que je ne connaissais pas, Son île (éditions du Hêtre rouge – n’existent plus, celles-ci non plus, je crois). Moi qui ai gardé en mémoire, à vif, les douleurs de Je suis là pour la nuit, je découvre là son pendant en plein air et en plein vent, un livre heureux, épanoui, amoureux. Ah, le bonheur, matière poétique fort fragile, et délicate… De quoi pleurer aussi, pourtant… Car on trouve aussi des deuils, dans cette douce chronique… Parce que le temps est long…

Quant à la postérité éditoriale d’Etienne, il me faut donner des nouvelles plus triviales.

Les éditions Castells, qui ont publié une quinzaine de livres, dont deux d’Etienne, et deux de moi, sont portées disparues depuis deux ans. Il semble qu’elles soient officiellement en cessation d’activité, ce qui ne vaut pas, juridiquement, une cessation d’existence. Pour ma part, j’essaye de récupérer les droits sur mes deux livres « Castells» , désormais aussi introuvables que s’ils avaient été édités au Fond du Tiroir. La veuve d’Etienne, Laurence, fait de même pour ses deux ouvrages précédents… Subsistaient en souffrance deux manuscrits d’Etienne, que Castells avait initialement promis de publier : Boucheries, un amusant exercice de style, et surtout le plus substantiel La peau des princesses. Laurence a l’intention d’auto-publier ce dernier (littéralement, dernier), comme un ultime hommage, une dernière manifestation de la vie d’écrivain d’Etienne (sa vie de musicien, elle, connaîtra d’autres avatars). Si quelqu’un dans l’assistance, tombé ici via gougueule, est intéressé par ce projet de livre, qu’il me contacte, je transmettrai les coordonnées de Laurence.

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PEEP-Show

19/05/2009 8 commentaires

serai-je tondu à la libération ?

Je travaille dans le camp d’en face. On m’a proposé, et voilà, j’ai dit oui. Eh bien, quoi ? Ne me regardez pas comme ça. Regardez plutôt Kouchner ! Il a bien fini par devenir ministre ! Et Besson, alors ! L’un de nos plus glorieux, la fierté du pays ! Brillant avenir, le gars Besson ! Le retournement de veste est dans le vent. Et attention, l’on n’appelle pas ça trahison, ni reniement, ni opportunisme, on appelle ça ouverture. C’est dire si « Dans la Société du Spectacle, quand une chose n’a pas changé, on lui donne un nouveau nom ; quand une chose a profondément changé, on lui conserve le même nom, ainsi une pomme, un steak, un diplôme.»  (Guy Debord)

Ceci pour vous avouer que moi, qui serait plutôt FCPE, voyez le genre, ces temps-ci, je travaille main dans la main avec la PEEP. Oh, ça va, hein, lâchez-moi l’éthique. Allez plutôt faire la morale à Besson. Moi, je ne suis pas nuisible. Je ne suis pas ministre.

Il se trouve que la PEEP de l’Isère m’a proposé de parrainer un joli projet, le Prix du jeune lecteur, alors que la FCPE ne m’a rien demandé du tout… D’abord, je vous le fais remarquer en passant, un livre ouvert orne du logo de la PEEP , pas celui de la FCPE… Et en outre, comme on le sait depuis que le chanteur l’a dit, « fils de la PEEP ou fils de la FCPE, tous les enfants sont comme le tien« … Mais surtout, si le sujet vous intéresse plus loin que mes fausses pudeurs, je vous recommande la lecture attentive de ce forum, émaillé d’édifiantes anecdotes, consacré aux différences entre les deux fédérations de parents d’élèves. Ensuite, vous pourrez revenir me lire vous narrer mes humeurs.

Vous êtes revenus ? Alors sachez que j’ai passé deux heures ce matin dans les locaux de la PEEP de Grenoble, dédicaçant à la chaîne 86 exemplaires de Jean Ier le Posthume roman historique. Ces ouvrages seront offerts, le samedi 6 juin après-midi, lors d’une cérémonie à la Préfecture de Grenoble (qu’est-ce que vous croyez, j’ai des entrées, à présent que je sais choisir mes vrais amis), en guise de récompense à 86 enfants, critiques en herbe, élèves de CM1, CM2 ou 6e, ayant pris la peine de rédiger un texte pour expliquer pourquoi ils aimaient un livre, celui-ci plutôt qu’un autre. J’ai lu quelques uns de leurs textes… parfois touchants pour de bon… lorsqu’ils parviennent à se dégager de la gangue scolaire, des formules attendues, et qu’ils effleurent quelque chose de vital, à la frontière entre leur livre élu et leur sensibilité en formation. Comme des grands. Comme des vrais. Ils touchent le rapport au monde et à eux-mêmes dans les livres. Ils ne l’ont pas volé leur Posthume dédicacé.

Je ne me sens pas viscéralement « auteur jeunesse» , je l’ai dit, je n’ai pas systématiquement envie de me revendiquer tel (sauf bien sûr lorsqu’on me prend pour un « auteur adulte» , ou qu’on fait mine de mépriser en ma présence la littérature jeunesse)… Mais, au delà de mon statut dont tout le monde se fout et moi aussi un peu, je suis persuadé qu’il faut tout miser sur la jeunesse, et précisément sur l’éducation, rigoureusement tout. La littérature aussi, pourquoi pas., allez hop, dans la balance. Lire, faire lire, oui, je veux bien me faire instrumentaliser par la PEEP, un samedi après-midi à la Préfecture, je veux bien me présenter comme « auteur jeunesse» , si c’est pour la bonne cause, si c’est pour l’éducation de la marmaille. Voilà une authentique conviction de gauche, messieurs-dames.

Les Giètes, apocryphe

13/05/2009 Aucun commentaire

Abalakalot'

Dépêchons, dépêchons, plus que quatre jours pour assister à l’adaptation théâtrale des Giètes, écrite par Angéla Sauvage-Sanna, qui se donne sous le titre  Marx, Flaubert… et les icônes au Carré 30 de Lyon. Une critique du spectacle, aimable, est parue sur le site du Petit Paumé.

Moi aussi, je l’ai vue, cette pièce. Si je l’ai aimée ? Oui, oui… Voilà une expérience étrange, pas commode, émouvante, frustrante, je regarde, je suis assis, je suis muet, sans la moindre prise, une version de mon livre  m’échappe, file entre mes doigts en direct, une lecture possible mais publique, rien à voir avec une lecture privée qui appartient à son lecteur, spectacle vivant, moi qui suis si maniaque de mes mots j’en suis dépossédé devant tout le monde… Mais ces mots sont les leurs, après tout, pour ce soir… Pour cette semaine… Partageons… Pensez, j’eusse pu friser le coup de sang, sur le mode « Impossible, Monsieur, mon sang se coagule/En pensant qu’on y peut changer une virgule»  (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac)

Le point fort du spectacle, c’est le comédien, Benoît Musy, qui incarne « mon»  Maximilien, ah non, le sien pardon, le sien, et qui le porte très haut, très fort, très doux… Il m’a touché, je l’ai, ah, comment dire, reconnu. Eh bien, merci, oui, c’est ça, on a envie de rire avec lui et de le prendre dans ses bras pour le consoler.

Et le point faible ? Honnêtement, certains aspects de l’adaptation m’ont donné  l’impression, à moi qui suis charnellement attaché à cette histoire (et qui déjà estime qu’elle n’est pas sans défauts, bon, hmm), de la résumer, de la commenter, de boucher certains trous que je préférais laisser à vif… La pièce commence par « Mon voisin, M. del Plata, est mort. Sa disparition creuse en moi un vide, et sa mort me fait penser à la mienne» . Je tique un peu… Ronge mon frein… Mille excuses… Je n’aurais jamais écrit cela moi-même,  jamais, pas comme ça… Alors que je me suis efforcé de donner à sentir quelque chose d’approchant sur des pages, sans l’expliciter… Mais voilà, la logique de la scène ! le temps de la scène ! ne sont pas ceux du roman. Et puis après tout j’avais laissé entière liberté à Angéla pour adapter, elle a fort bien fait d’user de cette licence.

Angéla est allée jusqu’à écrire de toutes pièces certaines scènes, certains dialogues, dont elle avait besoin pour le liant. Ces scènes apocryphes ne m’ont pas déplu figurez-vous, elles m’ont même beaucoup intéressé, « variations sur le thème» . Son ajout le plus surprenant et le plus pertinent, je trouve, est une conversation entre Maximilien et Lilia. On y discute la foi,  « l’opium du peuple» , et Angéla a eu la très bonne idée de placer la vieille russe blanche en position de river son clou à l’ancien communiste, de citer Marx à sa place. On parle toujours, et le roman de même, de l’opium du peuple en extirpant l’expression de son contexte, en sous-entendant une condamnation sans appel de l’obscurantisme populaire instrumentalisé par la classe dominante… Eh bien ce n’est pas si simple… Je l’ai lu, votre Marx… Je vais vous en remontrer, moi… Je vais vous le citer, le contexte, cher Maximilien… De quoi réfléchir encore, d’un autre pan, d’une nuance… « La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.»  (Karl Marx et Engels, Critique de « La philosophie du droit»  de Hegel, 1844)

Pas mal. Bien joué, Angéla. Je vous souhaite de bonnes dernières représentations, et merci encore.

(Post-scriptum de circonstance : Vive la laïcité, nom de Dieu ! Signez cette pétition !)

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Revenu de tout, enchanté

05/05/2009 4 commentaires

I’m back on the escabeau ! Je reviens, de tout presque, de ceci, de cela, de quoi occuper le voyage et le retour, enchanté, mon nom est Fabrice Vigne.

Quelques nouvelles en passant… oh vraiment en passant… l’écho seulement de mes va-et-vient, au coup de vent et en images, enchantements.


1) Oui, je suis revenu enchanté de la Réunion.


Alors là, eh ben, c'est moi, je suis en train de marcher dans l'enclos du Piton de la Fournaise, ah là là qu'est-ce que c'était beau et saisissant, les marques blanches au sol c'est pour ne pas perdre sa route au beau milieu du volcan. Diapositive suivante, s'il vous plait.

Voyager, c’est beau, il n’y a pas mieux. Ah, si j’avais quatre dromadaires ! Je ne ferais rien d’autre en ma vie. Voyager permet de vérifier viscéralement ces trois essentielles vérités :
A- Les êtres humains présentent, sur la surface de la terre, une diversité tout à fait remarquable.
B – Les êtres humains sont, au fond, les mêmes partout.
C – Les fruits exotiques gagnent à être dégustés sur place.

J’ai passé une petite dizaine de jours sur l’île de la Réunion, rencontrant des êtres humains et dégustant des fruits exotiques, certes aux frais de la princesse, mais sans regarder à la tâche. J’étais attendu, les rencontres se sont déroulées dans d’excellentes conditions, nous avons bien travaillé. Au retour j’ai rédigé une sorte de compte-rendu à l’attention de la structure commanditaire, la Maison des écrivains. Je suppose que ce document n’a rien de confidentiel ? Donc il est consultable ici, si vous voulez un peu vous rendre compte, comme son nom l’indique. Et , vous trouverez la version des faits par le collège qui m’accueillait. Vous verrez, nous sommes à peu près d’équerre.


2) Oui, je suis revenu enchanté de la fête de Villeurbanne.


L'ascenseur ne vient pas ?

La fête du livre de Villeurbanne est un bel événement, que je vous recommande. Il s’y passe toujours de fort curieuses choses. En particulier, je reste saisi par ma rencontre avec les Souffleurs, commando poétique, à qui, si je tenais ce blog avec sérieux et assiduité, je consacrerais un long article, où j’essaierais de me hisser à sa hauteur, pour donner des frissons aux lecteurs de passage. Au lieu de quoi… Bah, tout le monde n’a pas la grâce…

Je n’allais pas à Villeurbanne seulement pour rencontrer, mais également pour être rencontré : Christophe Sacchettini et moi-même avons donné là deux représentations mémorables de notre spectacle musical adapté des Giètes. À la première séance étaient conviés quelques pensionnaires de maisons de retraite. Cette audience était un peu troublante, comme si des figurants de notre histoire étaient dans la salle… Une vieille dame toute racornie au premier rang a passé le temps de la lecture à dire, d’une voix qui couvrait presque la mienne, « Mais il va pas bientôt se calmer ? Ah non, tu vois, il continue, il continue…»  C’était drôle si l’on veut, un peu dur de se concentrer…

La photo ci-dessus est extraite d’une série que vous pouvez télécharger dans son intégralité, série prise par la dégourdie et malicieuse Pauline Fénéon, agent dormant du Fond du Tiroir, merci encore à elle, et à tout le monde là-bas.

Les deux représentations données au Centre culturel de Villeurbanne, outre la spécificité de leur public, étaient les premières que nous donnions avec sonorisation. Je craignais initialement que les micros ne portassent atteinte à ma liberté de mouvement et de voix… en réalité, non seulement n’ont-ils rien gâché, mais ils ont permis une surprenante gamme de reliefs, des nuances supplémentaires. En outre, les deux sessions ont pu être enregistrées, et la bande est désormais entre les mains d’un éditeur de CD, allez savoir, peut-être publierons-nous un de ces jours Les Giètes, l’album. Curieux destin que celui de ce livre, né dans une photo, réincarné dans une musique… Et ce n’est pas fini. La preuve :


3) Oui, je vais aller voir la pièce de théâtre adaptée des Giètes et j’espère que j’en reviendrai enchanté.


Un moustachu, un barbu (Trois pelés, un tondu)

L’adaptation théâtrale des mêmes Giètes, écrite et co-interprétée par Angéla Sauvage-Sanna, sera donnée sous le titre  Marx, Flaubert… et les icônes au Carré 30 de Lyon du 7 au 17 mai prochains. Quant à moi, je serai dans la salle le vendredi 8. Je suis très impatient de voir le résultat, même si, de toute façon, je me dis que la version scénique des Giètes, la première, la vraie, c’est Christophe et moi (cf. ci-dessus). Cette arrogance ne m’empêche en rien de dire « merci»  à Angéla pour son travail sur mes phrases, et « merde» , bien fraternellement, aux comédiens pour la première.


4 ) Oui, je suis revenu en chantant de la quarantaine.


Une ruelle sur le trajet entre mon hôtel et le collège Terre-Sainte

Je ne veux pas dire par là que j’ai choppé la grippe mexicaine, mais que j’ai attrapé 40 ans, il y a quelques jours. Sans me vanter, cette borne, ce pic au mitan du Flux ne m’a fait ni chaud ni froid. Sans doute parce que j’avais bien préparé le terrain au moyen du livre précité.

Et juste à ce moment-là, comme par hasard, car il suffit de se mettre à lire pour tomber comme par hasard sur certains mots plutôt que d’autres, j’ai lu ceci :

« Hein ? Qu’en dites-vous ? Le temps vient assez vite où l’on ne vit plus que pour durer. C’est un peu bête. On vieillit. On se donne des airs de sagesse, on bavarde, on raconte, on cite, on juge, on se répète, certains enseignent, on poursuit son bonhomme de chemin. On lit. Tenez, regardez ma petite bibliothèque. Je me suis même mis au Nouveau roman, pour ne pas me rouiller tout à fait.»  (Louis Guilloux, la Confrontation, 1967)

(spéciale dédicace à Christophe S. pour la dernière partie de cette citation.)

L’amusant cliché ci-dessus me montre, sans grand rapport avec le plat du jour, visitant en plein égocentrisme la ruelle Joseph Vigne de Saint-Pierre de la Réunion. Le bout du monde pour rencontrer son frère, c’est correct… Je me suis renseigné tant que j’ai pu, ici et là sur l’île… Qui était ce Joseph ? Que fit-il de si digne ? Qu’a-t-il vécu et quand ? Personne ne sait, voilà le sel. Sic transit gloria mundi, comme je dis toujours.

Au plaisir !

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Réunion = séparation

04/04/2009 3 commentaires

Lewis Trondheim à propos de "Ile Bourbon 1730" : "Grâce à ce livre, je vais sûrement me faire ré-inviter par le festival de la Réunion."

Une cat’ de couv’, je tourne le dos, la page aussi, au revoir, adieu, brisons là, je vous quitte, je pars, je suis parti. J’aurai la tête et le reste ailleurs, et n’alimenterai plus ce blog durant au moins une quinzaine – sans doute bien davantage.

Joyeux Presqu’anniversaire ! 9 avril 2008 – 4 avril 2009. Presqu’un an de travail de Fond dans le Tiroir, quatre livres s’il vous plait. Presqu’un an de blog, presqu’une centaine d’articles.

J’aime beaucoup les boucles bouclées, mais je crois que je leur préfère encore les boucles presque bouclées. Les cercles légèrement cabossés et discrètement ouverts, amorces de spirale, par ma chandelle verte. C’est dire s’il est grand temps, à un an moins cinq jours, de faire une pause.

Paradoxalement, l’occasion de cette séparation est fournie par la Réunion. Je m’envole voyez-vous, et c’est inespéré, vers ce gros bout de roche volcanique en plein océan indien qui, pour d’intéressantes raisons historiques, est français, département 974. Jamais encore mes livres ne m’avaient porté si loin, je me sens plein de chance, aussi de gratitude, et de curiosités, je vais voir du pays…  Moi qui, parfois, lors de rencontres scolaires, pontifie aux mômes : « Pourquoi j’écris ? Pourquoi je lis ? Parce que les livres sont un contact entre moi et le monde… On n’a pas tellement le choix, à dire vrai, pour chopper ce contact : soit les livres, soit les vrais voyages avec baluchon. Puisque je ne voyage pas, je lis, j’écris...»  Bon, eh bien  je voyage, cette fois.

Je pars grâce au dispositif A l’école des écrivains, des mots partagés piloté par la Maison des écrivains. Je rencontrerai des classes du collège Terre-Sainte, de Saint-Pierre de la Réunion. À tout de suite, jeunes gens, jeunes filles.

Et j’en délaisse mon blog. Un bilan, tant qu’on y est ? Au terme de ce presqu’an de pratique, mon sentiment sur la blogosphère a-t-il évolué ? Eh bien, presque. Voilà comment je me figure la chose. Un blog, au fond, c’est Speakers’ corner, la liberté de parole en preuves et en cause-toujours, mais exponentialisée dans l’espace infini du virtuel… Tous les jours en dimanche, et le vert du gazon… Un hurluberlu débarque dans Hyde Park, déplie son escabeau, grimpe dessus, et clame à la cantonade les choses qu’il croit devoir clamer. Qui l’écoute ? Les badauds désœuvrés, les promeneurs en quête d’une diversion, une poignée d’amis aux oreilles pré-acquises, à l’occasion quelques adversaires de fortune, ravis de croiser le fer parce qu’eux aussi aiment s’exprimer le dimanche, et surtout la foule de hasard, incertaine, distraite et sans visage, en pardessus et adresse IP. La blogosphère est l’impressionnante juxtaposition de  centaines, de milliers, de millions (allez savoir) de Speakers’ corners simultanés, et d’autant d’hurluberlus. Avantage sur le vrai Hyde Park : la possibilité d’établir un lien d’un hurluberlu à l’autre, un clic d’un coin du parc à un autre. Ah, et puis dans le virtuel il ne pleut jamais, aussi.

Je descends de mon escabeau.

Hasard objectif : j’avais repéré un autre hurluberlu avec un autre message que le mien, mais avec le même porte-voix, un autre blog qui s’appelait le Fond du Tiroir… Homonyme non apparenté, vitrine d’un styliste-designer. Eh bien cet autre FdT vient de replier son escabeau, on n’aboutit désormais qu’à une page vide qui prétend « LE FOND DU TIROIR IS DEAD !» 

Dead ? Ça me ferait mal. Je le saurais. Pour évacuer l’effet néfaste de ce que l’on pourrait prendre pour un présage, on peut relire d’anciens articles ici même, alive and kicking. Sur la centaine d’articles, certains étaient par nature périssables, contingents, emportés par le Flux, à jamais illisibles ; d’autres cependant vieillissent bien, ou alors ne vieillissent pas encore, et peuvent être lus longtemps après. J’aime bien celui-ci, par exemple. Je le trouve bien balancé.  Un écrit « de contact entre moi et le monde» , pour le coup. Bon équilibre entre « je parle de moi»  et « je parle du monde» . Équilibre précaire, toutefois. Pensez : un escabeau.

À plus tard. À l’aventure !

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