Porca Madonna !

15/08/2018 Aucun commentaire

Je me promène en Sicile, pays très beau très sec très chaud très vieux, conquis et occupé par nombre de peuplades successives, Sicunes, Grecs, Carthaginois, Etrusques, Phéniciens, Romains, Ostrogoths, Byzantins, Musulmans, Normands, Espagnols, Français, Napolitains, Fascistes, Mafieux, Touristes… Où, en conséquence, les traces de civilisations anciennes, ruines de temples somptueux voués à des dieux désuets (c’est qui ce Jupiter ?), reliquats de maisons splendides, vestiges de raffinements éteints et de moeurs disparues, arts et techniques magnifiques et engloutis, s’accumulent par strates comme autant de memento mori adressés aux nations et aux religions.

La leçon de vanité ne porte guère, puisque l’île se révèle excessivement pieuse, or la religion du moment est le christianisme.

C’est ainsi que chaque coin de rue recèle sa Sainte Vierge en plâtre, son Crucifié en bas-relief, son Padre Pio en plastique, son San’ Gioacchino en bronze, son San’ Calogero en massepain ou quelque autre support à superstition. Comme ce matin encore je prenais un bain de mer sous l’oeil vide d’une statue de Marie voilée, je me décide avec intrépidité à célébrer le 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge et jour férié d’un pays laïque, en glosant sur la virginité de ladite mère de Dieu.

La conception virginale (à ne pas confondre, ce que d’aucun commet fréquemment, avec l’Immaculée Conception, mystère distinct qui, lui, prend des majuscules, désigne la naissance sans péché de Marie, et se fête le 8 décembre de même que la journée mondiale du Climat – aucun rapport) a été proclamée par le concile de Constantinople en l’an 381. C’est donc à cette date que le mythe est devenu un dogme.

Les mythes m’émerveillent ; les dogmes m’emmerdent.

Si l’on me raconte qu’un barbu tout-puissant a créé l’univers en six jours, la lumière en premier pour ne point bosser dans le noir, la terre le ciel l’eau le feu les plantes les animaux, et qu’il a terminé par sa créature préférée qui tôt ou tard ne pouvait que le trahir, l’Homme, oh j’adore ça, je m’assois, j’ouvre la bouche et les yeux, encore-encore, j’estime comme Borges que « la théologie est une branche de la littérature fantastique » et puisque je kiffe à mort la littérature fantastique j’applaudis des deux mains la géniale métaphore, six jours pour rendre compte de 13,8 milliards d’années, chapeau le conteur. Mais soudain, je réalise que des individus qui sont mes contemporains croient dur comme fer à cette billevesée, et même que certains parmi les plus hardcore n’hésitent pas à partager l’humanité en deux camps : les élus, braves gens qui croient à cette fable, et les infidèles, salauds qui n’y croient pas, darwinistes et blasphémateurs (à punir plus ou moins sévèrement). Dès lors je suis terrorisé.

Idem la virginité de Marie. Magistrale trouvaille de science-fiction ! Un être extraordinaire apparait parmi les hommes, et son caractère singulier est souligné dès sa conception : sa maman, échappant au sort commun et vulgaire des mammifères, se retrouve enceinte sans qu’un zizi ait jamais craché la purée dans son ventre. Je salue l’imagination de l’auteur… Je salue les artistes pleins de grâce qui s’en s’ont inspirés, Bach, Schubert, Gounod, Bruckner, et puis Brassens, et puis Godard (1), et et puis Gainsbourg… Sauf que là aussi le mythe s’est fait dogme et les ennuis commencent. Pour le coup le dogme de la conception asexuée est prodigieusement toxique, dont la fonction explicite est de contrôler la sexualité des femmes. Celle-ci ayant trait aux mystères de la vie, elle a toujours un peu terrifié les hommes, spécialement les barbons du patriarcat monothéiste qui y voient une inadmissible concurrence à la toute puissance de Dieu-le-Père.

Certes les deux autres monothéismes ne sont pas en reste d’apologie de la virginité (on sait que les abrutis du djihad sont motivés par les 70 vierges qui les attendent cuisses ouvertes dans l’outre-là, fantasme taillé sur mesure pour connard machiste puéril – faire l’amour avec une femme expérimentée étant une expérience nettement plus intéressante que dépuceler une jeunette) mais le christianisme a ceci d’original : la création d’une icône dévolue exclusivement à la sacralisation de l’hymen intact. Donner aux filles et aux femmes en exemple, en modèle de vie, un être imaginaire fait de pur esprit, sans sexualité, sans corps, sans libido, sans organe, sans désir, sans plaisir… puis culpabiliser quiconque, manquant fatalement à cet idéal impossible, découvrira qu’elle a un corps, une libido, des désirs et des plaisirs, est une torture mentale qui perdure depuis l’an 381. Porca Madonna…

En des temps plus héroïques ou philosophiques que les nôtres, le beau mot de vertu désignait « la disposition de l’âme à faire le bien, à suivre ce qu’enseignent la loi et la raison » (Furetière). Au XVIIIe siècle s’est effectué un glissement bizarre, réduisant le mot vertu à la chasteté féminine. On fera de semblables observations lexicales avec les mots pureté ou honneur. Cette distorsion du langage n’est que l’un des nombreux symptômes de l’exorbitante valorisation, dans nos contrées, y compris prétendument sécularisées, de la virginité des filles, qui reste le petit capital traditionnel des familles et la récompense des époux. On pourrait multiplier les autres conséquences collatérales de cette surcotation dans tous les recoins de la société : de la fréquence des prénoms en France (Marie est le premier prénom donné au XXe siècle, et se maintient aujourd’hui à la 7e place) à l’insulte fils-de-pute (qui ne s’adresse, remarquons-le, qu’aux garçons, fille-de-pute n’existe pas puisque pour insulter une fille on lui dira plus simplement pute, on insultera sa sexualité à elle, non celle de sa mère), depuis les rites surannés des rosières de village jusqu’à une pop star qui se fait appeler Madonna et chante Like a virgin, en passant par le cas intéressant du drapeau européen... mais revenons au coeur du sujet, le mythe.

Dans l’espoir vain et donquichottesque d’attenter au mythe débilitant de la virginité perpétuelle de Marie Théotokos, le Fond du Tiroir s’en va l’examiner comme il convient, avec la méthode d’un mythologue, en isolant consciencieusement son « mythème », c’est-à-dire sa plus petite et irréfragable unité narrative : un homme exceptionnel est conçu miraculeusement sans relation sexuelle, par une mère réputée vierge, enceinte sans contact avec l’organe sexuel masculin.

Une fois identifié ce mythème, il nous appartient de le débusquer dans d’autres sources que les Évangiles, à fin de mythologie comparée, et à nous ébaubir de la diversité des occurrences. Pour que vous ne me soupçonniez pas d’affabulation, je donne toutes les sources dans des liens prêts-à-cliquer, qui sont ô splendeur bleus comme la Vierge.

* Rien que dans le judaïsme, les annonces prophétiques de naissances miraculeuses sont loin d’être rares, pas des lieux communs mais presque, et parmi les fils de vierges on trouve par exemple un certain Emmanuel (mentionné dans Isaïe 7:14 – forcément les chrétiens ont vu dans cette prophétie de l’Ancien Testament une bande-annonce du Nouveau et ont prétendu qu’Emmanuel était un autre nom pour Jésus) ou bien Melchisédech.

* Non loin de là, en Perse, un grand classique, Zoroastre alias Zarathoustra, naquit (en riant, selon Pline l’ancien) après que sa maman, Dughdova, ait été fécondée par un rayon de lumière. 

* Mais plusieurs siècles, voire quelques millénaires avant Zarathoustra, les Perses révéraient déjà un dieu né d’une vierge : Mithra, le dieu-soleil. Du reste, celui-ci a tellement de points communs avec Jésus (naissance le 25 décembre, 12 disciples, résurrection après trois jours, etc.) qu’on pourrait presque parler de plagiat chez les inventeurs de Jésus, heureusement que ni le copyright ni les avocats n’avaient encore été créés.

* Au XVe siècle, le poète mystique Kabir, trait d’union entre les Hindous et les musulmans soufis, est dit-on né d’une mère vierge, de sa paume ouverte qui plus est.

* Et puis chez les Asiatiques, tiercé gagnant : on trouve au moins trois superstars nés d’une vierge. Lao Tseu (sa mère a mangé une prune et/ou observé une comète), Krishna (sa mère nommée Devakî a quant à elle regardé de trop près un cheveu de Vishnou), et Bouddha (sa mère s’est retrouvée enceinte après avoir rêvé qu’un éléphant blanc entrait dans son ventre).

* Dans la mythologie grecque, l’origine de Dionysos est des plus tortueuses : il est né plusieurs fois, dont une fois de la cuisse de son papa. D’abord conçu par un coup de foudre de Zeus (au sens propre : le tonnerre fertilise la terre), il est ensuite tué, coupé en morceaux, et son coeur est donné à manger par Zeus à Sémélé, fille du roi de Thèbes dont il s’est épris, qui tombe enceinte (techniquement elle est toujours vierge). Notons que Dionysos (qui est, sans vouloir me la péter, mon dieu tutélaire perso, puisque dieu de la vigne) devient alors le seul dieu grec enfanté par une mortelle, ce qui fait de lui l’un des modèles historiques de Jésus.

* Dans la mythologie romaine, Romulus et Rémus, les jumeaux qui fondèrent Rome, sont les enfants d’une vestale vierge, mise enceinte par le regard de Mars (et je suis prêt à parier mon missel que c’est sur leur modèle que furent inventés deux autres jumeaux, Jacob et l’Homme-en-Noir, nés pour régner sur une île d’une mère romaine dont on ne connaît pas d’époux). Tant qu’on y est, faisons un lot avec les conquérants antiques : Alexandre le Grand, quelques Césars, les Ptolémaïques, se sont tous passés de géniteur, tellement qu’ils étaient virils.

* Même pas besoin d’être un dieu, un héros, un tyran ou un chef militaire pour être un grand homme né d’une vierge. Ça fonctionne aussi si l’on n’est que philosophe. Écoutons ce que dit Diogène Laërce de Périctioné, la mère du grand Platon : « Quand Périctioné fut nubile, Ariston voulut la violer, mais ne put y parvenir ; ayant cessé ses violences, il vit le visage d’Apollon, dont l’intervention conserva Périctioné vierge jusqu’à son accouchement. »

* Chez les Aztèques : Quetzalcoatl, le grand serpent à plumes, avait quant à lui une maman nommée Chimalman qui fut engrossée par un rêve du dieu Ometeotl.

* Chez les Amérindiens, Le Grand Pacificateur, parfois appelé Deganawida ou Dekanawida, fondateur mythique de la communauté iroquoise au XVe siècle, avait lui aussi une mère vierge.

* Au Japon, le héros traditionnel Kintaro a pour mère Yama-uba, qui l’a conçu par un éclair envoyé par le dragon rouge du mont Ashigara.

* Cette liste de beaux bébés (uniquement des garçons, au fait… tiens tiens… une fille n’est pas assez pure pour naître d’une vierge, peut-être ?) ne saurait être exhaustive, mais terminons par une mention de la religion jediiste, sans doute l’une des plus récentes sur le marché de la spiritualité, selon laquelle le prophète Anakin Skywalker, connu après son initiation mystique sous le nom de Darth Vader (quoique certaines sectes dissidentes l’appellent encore Dark Vador), est le fils unique d’une vierge nommée Shmi, ensemencée par l’Esprit Saint que les dévots locaux nomment Force.

Une citation de pleine sagesse, pour finir, que j’emprunte à un couple d’auteurs catholiques, Colette et Jean-Paul Deremble, car n’étant point sectaire je ne doute pas que l’on puisse être catho et croire cependant que deux et deux sont quatre et quatre et quatre sont huit (belle religion que l’arithmétique) :

Ce thème de la conception virginale (…) récurrent dans toutes les religions anciennes (…) reconnu indubitablement mythique pour les autres cultures, aurait-il valeur réaliste pour le seul Christianisme ? Ne serait-il pas raisonnable de reconnaître qu’il s’agit, pour l’Evangile aussi, d’un mythe, grandiose et structurant comme il en est de tous les mythes, et de se préoccuper d’en comprendre le sens ?

Amen, si je puis me permettre.

__________________________

  • (1) – À propos de Je vous salue Marie de Jean-Luc Godard (1985), on notera avec intérêt que le film a « profondément blessé » certains catholiques intégristes qui ont manifesté dans les rues et même incendié un cinéma, bref qu’il a fait scandale comme est susceptible de faire scandale auprès des cons n’importe quelle intervention publique qui évoque le mythe sans se plier au dogme, alors même qu’il est au fond extrêmement respectueux de la transcendance et du mystère de la conception virginale – excellent pitch pour grand écran. Godard ne fait rien d’autre que ce qu’ont fait les artistes durant des siècles : un remake. C’est-à-dire qu’il a peint à nouveau des personnages imaginaires, Marie, Joseph, Jésus, avec les atours, les vêtements, les moeurs et le langage de leur propre époque, en somme il les a réincarnés pour aujourd’hui. Lire cet article de Natalie Malabre : « Le film [accepte] le mystère de Marie sans jamais dévier de sa lecture catholique« .

Jambon Jambon

06/08/2018 un commentaire

Je n’enverrai pas de cartolina mais je vous embrasse depuis la Sicile. Voyager est une fort bonne activité, car déplacer son corps c’est déplacer son âme et c’est loin de chez soi que l’on peut découvrir d’autres horizons, d’autres paysages, d’autres cultures, d’autres images et d’autres esprits.

C’est ainsi qu’en pleine rue de Canicattì, à la devanture d’une boucherie-charcuterie je tombe, émerveillé et confondu comme si cette apparition était l’accomplissement de mon fatum lui-même qui m’attendait ici par-delà les mers, sur la publicité la plus vulgaire du monde. Je témoigne de l’apogée et vous en fais profiter. Il s’agit d’une publicité pour du prosciutto dont le slogan est Il n’a jamais été aussi bon, il n’a jamais été aussi beau. Bouffons des culs et bon été à tous mes amis végétariens.

Laissez-moi un ou deux jours pour me remettre, relire mes notes, et je reviens avec un autre article nettement plus long, plus sérieux, plus substantiel et sans couenne, quoique toujours consacré au corps des femmes (parce que hein quel autre sujet franchement).

Cinquante ans utérins

20/07/2018 Aucun commentaire

We Blew It, Jean-Baptiste Thoret, 2017

Rappel #1 : quiconque est né en l’an de grâce 1969 est fondé à exiger du Fond du Tiroir l’attribution gracieuse, contre un PDF mentionnant la date de naissance du bénéficiaire et dans la limite des stocks disponibles, d’un exemplaire du mini-livre Le Flux, enjoué memento mori où sont notamment abordées les circonstances de ma conception à l’été 1968 et de ma naissance au printemps 1969.

Rappel #2 : quiconque souhaite faire un cadeau de bon goût à une personne de son entourage née en 1969 est encouragé à commander au Fond du Tiroir un exemplaire du mini-livre Le Flux, agrémenté d’une dédicace personnalisée audit natif de ’69, pour la somme dérisoire de 3 euros. Bon de commande à imprimer ici.

Le Flux est fluctuant. Où donc ai-je lu, où ai-je entendu que les Chinois calculaient leur âge à compter non de leur naissance mais de leur conception, neuf mois plus tôt ? Ce principe n’est peut-être qu’une légende urbaine, une excentricité plaisamment créditée au compte d’un folklore lointain, une autre vision du monde dont on affuble à la diable une civilisation exotique tiens les Chinois pourquoi pas les Chinois (d’ailleurs ça me fait penser, il paraît qu’en Angleterre ceux qui font caca par terre on leur coupe le derrière pour en faire des pommes de terre)… Peu importe : ce pas de côté mental qui intègre au compteur la vie intra-utérine est tout-à-fait charmant (du moins aussi longtemps qu’il n’est pas récupéré idéologiquement par quelque zinzin cul-bénit pro-life). Aussi chers amis fêtons sans plus attendre cet anniversaire-ci et ce sera toujours ça de fait ça de pris puisque nous ignorons l’avenir : mesdames et messieurs, « à la Chinoise » et sous vos yeux je passe en trombe le cap des 50 ans sur la terre.

Pour fêter dignement mes 50 balais, je suis allé écouter une lecture musicale du duo Les Fernandez, Corinne Lovera Vitali + Fernand Fernandez. Comme d’hab, CLV m’a empoigné par les tripes et a tiré doucement la ficelle jusqu’à me faire bouger l’intérieur de la tête. À un moment, elle a évoqué un film de 1971, qu’elle a vu par hasard et par accident à l’âge hors-sujet de 11 ans, et revu d’innombrables fois par la suite sans hasard ni accident. Elle a eu une phrase que j’ai retenue, à propos des accidents propres à cette époque-là, elle a dit quelque chose comme : « Les années 70 étaient libres et dangereuses tandis que les années d’aujourd’hui sont dangereuses seulement » .

Ensuite, toujours pour mon anniversaire qui devenait carrément soirée thématique, j’ai regardé We blew it, stupéfiant documentaire de Jean-Baptiste Thoret, road movie contemplatif et mélancolique ayant pour sujet, d’abord le cinéma d’il y a 50 ans, ensuite et surtout l’énigme de ce qui a bien pu mal tourner depuis 50 ans aux Etats-Unis. La phrase désabusée We blew it est extraite d’Easy Rider, film conçu en 1968 et né en 1969.

Pour le dire vite : sociologiquement, il s’est passé quelque chose au moment historique où les baby boomers, nés dans la foulée de 1945, ont atteint l’âge adulte et fébrile, alors même qu’ils vivaient sous la repoussante autorité de barbons et d’épouvantails, sous Nixon, sous Pompidou, sous Brejnev… Un rêve d’autre chose, un décalage mental autrement plus vaste qu’un simple décompte des jours, s’est structuré au tournant des années 60 et 70. Et puis quoi ? Et puis We blew it, et puis le monde est rentré dans le rang à la décennie suivante, et puis Reagan et les yuppies.

Sous les repoussants barbons et les épouvantails de 2018, sous Trump, sous Macron, sous Poutine, nous pouvons toujours envoyer nos bons voeux et baisers à la génération qui atteint l’âge adulte, l’âge fébrile. Et puis, sans trop verser dans une débilitante nostalgie ou dans l’éloge chauvin du pays natal, nous pouvons tenter de suggérer que les traces laissées par ces années-là, dans le cinéma, dans la musique, ainsi peut-être que dans d’autres champs que je ne connais pas (la mode…), sont toujours aussi passionnantes et stimulantes.

Jean-Baptiste Thoret, en présentant son film, cite une phrase de George A. Romero : « En 1969, il s’est passé dix ans ». Oui, le Flux est fluctuant. Pensez à commander votre exemplaire gratuit ou payant.

* N.B. : We blew it est en VOD sur le site des Mutins de Pangée, qui font un formidable boulot cinématographique et politique, ou le contraire.

Je ne vois pas du tout pourquoi tu me fais parler de tout ça

11/07/2018 5 commentaires

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L’entretien imaginaire est une pratique courante chez les artistes qui se méfient des journalistes et qui jugent plus sûr, pour s’exprimer librement et être mieux compris, d’inventer un interlocuteur, de rédiger eux-mêmes les questions et les réponses. Exemple : en 1971, Frank Zappa accompagne la sortie de son film 200 Motels non d’une tournée des popotes médiatiques mais de la publication d’une fausse interview qui lui permet de faire comme si un journaliste intelligent lui posait les bonnes questions, de s’expliquer enfin sur ce que peut bien signifier tout ce bazar, et notamment ce qu’il entend par la mythique et mystique Grande Note.

Pourtant, certains écrivains poussent plus loin le bouchon et hissent l’entretien imaginaire à la dignité de livre. Il me semble (contredisez-moi, je vous prie) que Louis-Ferdinand Céline a inventé le principe, avec les Entretiens avec le Professeur Y, fausse interview parue en même temps que le roman Normance (1955) dont Gallimard supposait, avec raison, qu’il courait au bide… Céline accepte de jouer le jeu des interviews seulement s’il peut en pervertir les règles : il crée de toutes pièces un Professeur Y, personnage bouffon et incontinent, célinien en diable, un peu intellectuel, un peu journaliste, un peu résistant, un peu écrivain, un peu jaloux (il a comme tout le monde quelques manuscrits en souffrance chez Gaston), qui recueillera ses propos et son art poétique, et qui bien entendu lui sera hostile.

Vingt ans plus tard, autre occurence fameuse mais que, tout à mes lacunes, je viens seulement de découvrir avec quelles délices : La nuit sera calme de Romain Gary (1974). Marionnettiste plus roublard encore que Céline, Gary choisit comme interlocuteur dans ce livre faussement oral et impeccablement écrit, une personne réelle, son ami d’enfance François Bondy, qui accepte de lui servir de prête-nom et de faire-valoir (un peu de la même façon que Paul Pavlovitch avait consenti à incarner pour les caméras une autre facette de son oncle Romain Gary : Emile Ajar).

Gary s’écoute parler et truffe ce dialogue feint de micro-désaccords d’opérette, qui l’autorisent notamment, après un long aparté où il aura dit très exactement ce qu’il voulait dire, à déclarer à « François Bondy » : Je ne vois pas du tout pourquoi tu me fais parler de tout ça. Comme c’est commode.

Je m’intéresse beaucoup à ce procédé pour des raisons techniques : l’une des questions que je me pose en littérature porte sur l’usage du Je, qui n’est dans tant de romans convenus qu’une ficelle, un cliché sans justification, un artifice démotivé et décourageant. Or cette question de la première personne (pourquoi est-ce que je parle comme ça ?) trouve opportunément sa résolution dans la deuxième personne (je parle parce que je te parle). Je est non seulement un autre, mais toujours une fiction. Toi aussi.

Mais au-delà de cet intérêt formel qui ne regarde que moi (sauf si toi aussi, je me permets de te tutoyer, ça me donne une contenance, sauf si toi aussi tu es en train d’écrire un roman), La nuit sera calme est fort savoureux simplement parce que Gary est un fabuleux conteur. Je croyais que je ne m’intéresserais qu’à ses souvenirs d’enfance ou de jeunesse, oh oui raconte-nous encore ta maman Mina ou ton « papa » De Gaulle, et aussi quand tu étais délinquant, héros, aventurier globe-trotter, diplomate, ou amoureux (ah comme il parle bien des femmes, du « grand amant » qui n’est pas celui qui consomme une femme par jour mais celui qui a l’imagination nécessaire pour faire l’amour à la même femme chaque jour durant 30 ans (1), du féminisme et de son contraire, qu’il prononce à l’italienne, machismo – cf. les dernières pages du livre où il raconte comment les hommes, « peu sûrs de leurs moyens, ont fait des femmes qui jouissent un objet de dégoût » , de là culte de la Vierge Marie, insulte aux salopes et aux mères, excision, infibulation et autres monstruosités), ou même écrivain…

Mais curieusement je me suis passionné aussi pour les longs passages d’actualité dont l’obsolescence était programmée (sélkadeuldire : Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable), où il dégoise sur la politique de son temps, où il donne son opinion sur tant de figures oubliées, retournées fantômes depuis lurette et dont le seul destin finalement aura été de devenir des personnages de Romain Gary : Pierre Messmer, Robert Badinter, Alain Poher, Gaston Defferre, Michel Jobert, Henry Kissinger, tout l’U.D.R….

Je remarque que Gary remâche avec mélancolie l’Europe, l’un des grands sujets de son œuvre depuis Éducation européenne (1945) jusqu’à Europa (1972)…

S’il existait chez nous, aussi bien en tant que nations qu’en tant qu’hommes, les conditions psychiques, morales et spirituelles pour « faire l’Europe », eh bien ! nous n’aurions plus besoin de faire l’Europe… car cela s’appellerait fraternité.

Je recopie son éloge du cinéma américain (lui qui fut un peu cinéaste et un peu américain) dans des termes qui me rappellent ma propre arrivée à New York :

Il est à peu près impossible d’avoir un premier contact avec l’Amérique. C’est probablement le seul pays qui est braiment comme ça, tel qu’on le connaît avant d’y aller. La première chose que tu constates en arrivant, c’est que le cinéma américain est le plus vrai du monde. Le plus mauvais film américain est toujours véridique, il rend toujours compte fidèlement des Etats-Unis. Cela rend la découverte de l’Amérique très difficile. Tu n’as droit qu’à une longue suite de confirmations. Tu prends un film américain et chaque bout de pellicule est imbibé d’authenticité, quelles que soient l’inanité et l’invraisemblance de l’ensemble. L’Amérique est un film. C’est un pays qui est le cinéma. Cela veut dire quelque chose de plus que le rapport réalité-cinéma. Cela veut dire que la réalité américaine est si puissante qu’elle bouffe tout, si bien que tous les modes d’expression artistiques là-bas sont toujours spécifiquement américains, le cinéma, le théâtre, la peinture, la musique.

Je constate que Gary « est Charlie » :

Les hommes politiques, du moins ceux qui ne sont pas de faux monnayeurs, n’ont rien à redouter de Charlie Hebdo, du Canard enchaîné, de Daumier, ou de Jean Yanne. Bien au contraire : s’ils sont vrais, cette mise à l’épreuve par l’acide leur est toujours favorable. La dignité n’est pas quelque chose qui interdit l’irrespect : elle a au contraire besoin de cet acide pour révéler son authenticité. (…) Il n’y a pas de démocratie, de valeurs concevables, sans cette épreuve de l’irrespect, de la parodie cette agression par la moquerie que la faiblesse fait constamment subir à la puissance pour s’assurer que celle-ci demeure humaine. (…) Il y a des fous sacrés qui sont seuls capables de nous faire sentir ce qui est sacré et ce qui est imposture. (…) Les vraies valeurs résistent, les fausses se défendent par la censure, la prison, les hôpitaux psychiatriques…

Je m’émerveille qu’il ait (toujours depuis 1974, et même depuis ses souvenirs de 1956) un avis sur l’affaire Weinstein :

En 1956, quand je suis arrivé sur place, alors que la télévision commençait sa marche conquérante, les tsars d’Hollywood ont fait comme tous les tsars lorsque la révolution menace : ils n’y ont pas cru. Ils se sont fait bouffer en dix, douze ans. Mais en 1956, ils pouvaient encore faire semblant. Les grands patrons des studios, ceux qu’on appelait les géants, se prenaient tous pour des sur-mâles, c’était des hommes qui n’avaient jamais liquidé leurs problèmes d’enfance. Le résultat était une surenchère dingue dans le machismo, sous toutes ses formes de puissance, puissance sexuelle, puissance d’argent, écrasement du plus faible, mépris de la faiblesse, la femme traitée comme objet de petite consommation. (…) Dans ces cas-là, l’étalon de mesure c’est le zizi et le fric, et l’amour traîne quelque part dehors, chez les petits.

Et je surligne qu’il souligne la prégnance à son époque des théories du complot (ces théories, intemporelles, ne se propagent de façon exponentielle aujourd’hui que pour des raisons technologiques) :

La caractéristique la plus typique du Gros Malin c’est que, dès qu’il ignore quelque chose, il devient particulièrement au courant et renseigné là-dessus. Il a un véritable culte des « puissances occultes » qu’il adore haïr, dont il voit partout les manifestations et comme il a l’esprit très logique, qu’il aime expliquer, cette clé de conspiration universelle lui procure un sentiment entièrement satisfaisant d’avoir une réponse à tout. Les Jésuites, la main de Moscou, les francs-maçons, la C.I.A., les diplomates tortueux et naturellement « machiavéliques » , cela a toujours fair partie du confort intellectuel du Gros Malin. (…) Je prenais l’aitre jour un café dans un bistrot dont le patron était violemment anti-arabe. Il me tenait un discours d’une admirable logique. Il m’expliquait que Pompidou avait trahi, qu’il était vendu aux Arabes, et qu’il avait ainsi trahi les Juifs, car tout le monde sait, m’expliquait-il d’un air prodigieusement Malin, que c’est les Rotschild qui ont mis Pompidou à la présidence de la République, et enfin concluait-il, qu’est-ce qu’il foutent les Rotschild, qu’est-ce qu’ils foutent les Juifs, comment laissent-ils Pompidou faire ça ? Or, il ne s’agissait nullement d’un délirant, mais d’un cas extrême de cette connerie [qui sait lire et écrire], renseignée, informée sur tout, qui sait, qui connait, à qui on le la fait pas.

Enfin je note avec admiration la superbe clairvoyance de Gary quand il résume la Guerre Froide (en plein dedans pourtant, 1974 je le rappelle) en déniant aux deux blocs toute divergence idéologique majeure :

Il y a une seule civilisation occidentale matérialiste, dont les deux pôles magnétiques sont l’U.R.S.S. (matérialisme soviétique) et les États-Unis (matérialisme capitaliste) […] C’est la même civilisation avec [nous au milieu, et] en ses deux extrémités un choix différent des injustices.

Des deux côtés du rideau de fer, Gary observe une même course au productivisme, à l’exploitation, à la corruption et aux mensonges bureaucratiques, ces mensonges qui « tuent l’imagination » et l’humanité, l’amour, l’art, la politique aussi, qui tuent ce qu’il appelle « la part Rimbaud » . Comme on est loin des Nouveaux Philosophes, Bernard Henry-Levy en tête, qui, peu après, martèleront que le mal absolu c’est le communisme et son goulag, et donc finalement le grand marché libéral américain c’est plutôt coolax et vivement la mondialisation américaine (on appellera ça La pensée unique, mais c’est une autre histoire, c’est la nôtre).

« François Bondy » tente une objection, il fait son BHL : « Il y a tout de même une différence profonde [entre les deux blocs]. La ligne de partage ne vient-elle pas d’être révélée par l’affaire Soljénitsyne ? » La réponse de Gary à lui-même est cinglante :

Ah non, pas ça ! Les États-Unis ont plusieurs Soljénitsyne sur le dos. […] Enfin, c’est incroyable ! A-t-on oublié que c’est le jeune politicien Nixon, et ensuite le vice-président Nixon [Richard Nixon démissionnera de son poste de Président des États-Unis quelques mois après la parution de ce livre, mais les deux événements sont apparemment sans lien] qui a soutenu, encouragé, poussé le sénateur McCarthy lorsque les États-Unis emprisonnaient, privaient de leur gagne-pain et confisquaient les passeports des intellectuels américains accusés d’ « activités anti-américaines » ? […] Cette accusation d’ « activités anti-américaines » utilisée contre des milliers de libéraux, c’est exactement l’accusation d’ « activités antisoviétiques » lancée par la bourgeoisie soviétique orthodoxe contre Soljénitsyne. C’est avec la bénédiction de M. Nixon que les autorités américaines retiraient son passeport au grand chanteur noir Paul Robeson, poussaient au suicide des acteurs et écrivains déclarés « subversifs » , empêchaient le grand romancier Howard Fast à la fois d’émigrer et de publier, et mettaient d’autres écrivains en prison pour délit d’opinion ou refus de dénonciation…

Etc., etc. Tout bien considéré, les traits d’intelligence jetés sur l’actualité vieillissent mieux que l’actualité, et je préfère lire les écrivains morts que Facebook. Et maintenant, cher ami, pour profiter pleinement de l’expérience de lecture Le-Fond-du-Tiroir-en-Réalité-augmentée-par-le-Réel-en-Papier-sans-Flashcode, munis-toi de ton exemplaire de Reconnaissance de Dettes, relis au passage l’épigraphe signée Emile Ajar/Romain Gary qui ne pourra pas te faire de mal, puis rendez-vous au paragraphe presque inaugural I,4 à la page 23.

(1) – J’emploie le mot imagination, je ne crois pas que ce soit le terme exact de Gary mais peu importe, vous voyez ce que je veux dire. Il faut comprendre ici imagination comme un synonyme un peu moins niais d’amour, nous savons bien que l’amour est un phénomène imaginaire et c’est en cela qu’il est beau.

La libido de la bibliothécaire

08/07/2018 un commentaire

Oh moi je lis des livres, surtout. Parfois j’en écris mais ça comme c’est plus long c’est plus rare. Puis de temps en temps il m’arrive même d’en prêter, lorsque je travaille en bibliothèque. Là je viens de travailler quatre mois en bibliothèque alors j’ai prêté des tas et des tas de livres mais pour le moment c’est fini alors tiens ces jours-ci j’écris un livre, assez gros.

Mais comme j’ai dit, surtout j’en lis. Et je m’étonne d’un détail, coup sur coup trois de mes dernières lectures mettent en scène une bibliothécaire. C’est le destin ou quoi ? Le hasard ? Ou bien j’ai juste l’oeil aimanté, et je fais plus attention à certains types de personnages ? Si dans un univers parallèle j’étais disons charpentier, relèverais-je mieux que d’autres lecteurs chaque occurrence de charpentier dans les fictions, par exemple en lisant les Évangiles calculerais-je tout de suite Saint Joseph et ferais-je de lui le personnage principal de l’intrigue ? Je ne le saurai jamais, je sais seulement qu’ayant beaucoup exercé un autre métier que charpentier, je suis tel que tu me vois davantage sensible aux apparitions de Saint Jérôme, saint patron des archéologues, archivistes, traducteurs, étudiants et bibliothécaires.

1) New York Trilogie, de Will Eisner

Inépuisable fresque urbaine sise dans la Ville des Villes, dessinée par le romancier graphique Will Eisner (rappelons que l’expression débile « roman graphique » labélisant désormais au pistolet à étiquette toute BD snob et chère n’a eu de pertinence que pour l’endroit et pour l’époque où Eisner l’a inventée, New York, 1978), cette somme de 420 pages est le meilleur livre jamais publié sur New York, révérence rendue à Salinger, Paul Auster, Dos Passos, Bret Easton Ellis, ou même Céline. Je relis Will Eisner in extenso ou en morceaux choisis tous les cinq ans environ, il faut croire que le moment était venu. L’effet est intact. Eisner est à la fois un humaniste et un formaliste, mélange parfait pour raconter l’être humain dans la jungle urbaine, le cabossé au fond du géométrique : vois comme ça bouge dans le cadre. Son expressionnisme fait toujours merveille pour raconter les tragi-comédies des petites gens des grandes villes. Dans la dernière section, intitulée Invisible People (car, expérience commune, les gens que l’on croise dans les rues sont invisibles), nous faisons la connaissance d’Hilda Gornish, quadragénaire, vierge, bibliothécaire. Elle a consacré sa vie à son vieux papa malade et déclare à sa collègue de boulot : « Si j’ai quelqu’un dans ma vie ? Et qui veux-tu que je rencontre dans ce travail ? Un livre ?« 

2) Drôle d’endroit pour de la neige, de Fred Paronuzzi

Délicieux petit roman, épopée modeste et fleur-de-peau d’une échappée belle. On ne connaitra pas le prénom de l’héroïne, mais on apprendra, tardivement, au détour d’une conversation, au moment où il faut bien se faire violence et se présenter à l’autre, qu’elle est bibliothécaire. « Je donne à lire et à rêver à des gosses qui n’ont pas grand chose à lire et pas beaucoup de sujets sur lesquels rêver... » OK, on voit le genre. Mais quid de sa vie sentimentale et sexuelle, alors ? Mariée depuis trop longtemps à un homme qui ne la regarde plus, qui du reste fait carrière dans la phynance, elle avoue se sentir pure spectatrice de la chose et regarder le plafond pendant le devoir conjugal, « comme un accessoire dans le one-man-show » du goujat conjugal, son corps est en jachère tout comme sa vie. Elle prend la tangente pour quelques jours d’automne au bord de la mer, le temps de se redécouvrir, c’est-à-dire réapprendre à découvrir les autres, et le désir entre elle et eux. On lui envoie tous nos voeux de bonheur, tout comme d’ailleurs à Hilda Gornish.

3) Sex Criminals, de Matt Fraction et ChipZsarsky

Avec l’impétueuse Suzie, nous changeons sensiblement de registre. Bibliothécaire passionnée, Suzie a aussi un secret : elle s’est découvert à l’adolescence un super-pouvoir. À chaque fois qu’un orgasme la saisit, le temps s’arrête. Ce n’est pas une figure de style : le temps se fige littéralement. Qu’elle soit seule ou en couple, dès que Suzie jouit l’univers s’immobilise. Le corps exalté, exulté et épuisé, elle peut alors déambuler flottante, à sa guise parmi un environnement de statues humaines, dans un décor silencieux… jusqu’à ce que s’estompe cette phase paisible que les sexologues nomment de manière un peu métaphysique résolution, et qu’enfin les aiguilles des horloges redémarrent. Sex Criminals a le défaut de bien des séries américaines : le récit tire à la ligne d’épisode en épisode jusqu’à épuisement des personnages et des lecteurs, mais son point de départ est une idée merveilleuse, poétique, comme à chaque fois que dans une fiction fantastique un sentiment existentiel abstrait s’incarne en péripétie concrète (cf. Neil Gaiman et ses filles extraterrestres). Chacun a ressenti un jour (du moins je le lui souhaite bien sincèrement) cette sensation, l’orgasme qui fait basculer de l’autre côté du temps, qui liquide l’ordinaire dans le corps, le trivial dans la tête, la fatalité, l’écoulement, la mortalité, le Flux. C’est en retravaillant une bonne sensation qu’on fait une bonne histoire.

Donc. L’idéal-type de la bibliothécaire (la bibliothécaire, oui, car le bibliothécaire est une femme, son genre est partie prenante du cliché) est une célibataire revêche portant la plupart du temps un chignon, des lunettes, et une jupe serrée de couleur terne. D’âge mûr, assez sévère, elle ne rigole pas tous les jours, d’autant que son job consiste à vous rappeler les pénalités de retard et à vous faire chut l’index sur la bouche, en vous rappelant la règle de silence qui règne en son domaine. Au cinéma souvenez-vous c’est la même chose, l’image en plus. Un exemple entre mille, mais un chef d’oeuvre : dans La vie est belle (Franck Capra, 1946), un homme est sauvé du suicide par un ange qui lui montre à quel point la vie des autres serait triste ans lui – il découvre notamment que son épouse Mary, belle, aimante, épanouie, sans lunettes, aurait connu un destin tragique s’il ne l’avait pas épousée, elle serait restée vieille fille et, de dépit, serait devenue bibliothécaire à lunettes. VDM.

Les trois personnages livresques énumérés ci-dessus rappellent que la bibliothécaire imaginaire ne peut qu’avoir une libido problématique, au minimum inexistante, sans aucun doute contrariée, retardée, empêchée, voire bizarre. Elle ne baise pas, elle lit. Pourquoi, nom d’une bite ?

Au-delà du folklore, qui est toujours source d’amusement (et de fantasmes, avec leurs lots de tabous prêts-à-profaner : la bibliothécaire est un personnage de films porno au même titre que l’infirmière, la policière, la femme d’affairesl’institutrice, la bonne soeur etc., et ce film-ci au fait, le connaissez-vous ?), le Fond du Tiroir en profite pour réfléchir sur le registre mythique de ce métier, son aura, son histoire, voire sa préhistoire. Un bibliothécaire, autrefois, était un moine. C’est-à-dire un homme qui s’est abstrait de la vie charnelle, qui aspirait à la seule vie spirituelle du livre, et dont les seules peaux qu’il pouvait espérer toucher étaient celles des reliures en vélin. Car lire ce n’est pas vivre, c’est renoncer à vivre pour ne se consacrer (momentanément ? définitivement ?) qu’à la représentation de la vie. Un livre n’est qu’un simulacre, ceci n’est pas une pomme, ne l’oublions jamais hors du temps contractuel de la fiction. Les bibliothécaires du XXIe siècle, toutes modernes et hyperconnectées qu’elle soient, sont les héritières symboliques de l’abnégation des moines, tant pis pour elles.

Et moi ? Oh, moi, je lis des livres, surtout. Parfois j’en écris, parfois j’en prête. Et sinon, je fais l’amour. Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel, dit l’Ecclesiaste.

Bonus

Helena Bonham Carter, bibliothécaire dans un clip de Rufus Wainwright, bien complète de ses lunettes, son chignon, sa jupe grise, et sa frustration sexuelle qui explose :

Corbier : cette fois c’est fait

02/07/2018 Aucun commentaire

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François Corbier est mort hier, à 73 ans. Je me souviens de l’avoir vu lors de ma résidence à Troyes il y a 7 ans, il m’avait attendri et fait rire. En un mot il m’avait fait attendrire. Déjà à l’époque il se présentait comme « le seul chanteur mort encore un peu vivant ». Rediffusion de l’article publié au Fond du Tiroir le 7 octobre 2011 :

http://www.fonddutiroir.com/blog/?p=5758

To the Toppermost of the Poppermost, Johnny !

29/06/2018 Aucun commentaire

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Troisième et dernière apparition du FdT/HlM (Fond du Tiroir / Hors les Murs), ultime article écrit avec plaisir et même joie pour le compte de cette chère bonne vieille Josiane Bmol. Ce soir, si vous le voulez bien, la causerie au coin de la wifi portera sur les Beatles, via un livre tordu et stimulant de Pacôme Thiellement, PoppermostÀ lire ici.

Suivront, programmées pour être publiées automatiquement tout l’été afin de laisser croire qu’on bosse en juillet et en août, quelques brèves chroniques sur des albums coups-de-coeur, telle celle consacrée à Martha High ou bien celle sur le duo Kamalâmba, écrites par moi mais également par plein d’autres freaks territoriaux. Lisez Bmol, le blog qui vous arrache au formol.

Janelle Monáe s’habille en vagin

18/06/2018 Aucun commentaire

Récidive ! J’ai de nouveau écrit un long article pour Bmol, le blog des discothécaires de Grenoble. Puisque l’été approche, j’adopte la même stratégie putaclique que la presse papier en perdition, je parle de sexe.

Plus précisément, je parle du sexe de Janelle Monáe, de celui de Björk, de celui de Camille, et un peu de celui de Colette Renard et Jeanne Cherhal. Mais c’est elles qui ont commencé.

Article à lire en cliquant délicatement ici.

Un jour, les animaux n’étaient plus là (visions de Neil Gaiman)

17/06/2018 Aucun commentaire

Tiens ? 2001 l’Odyssée de l’espace a 50 ans. Je retournerai le voir. Ce film apparu au printemps 1968 a nettement mieux vieilli que mai 68, finalement. Avec le temps, la prophétie de l’un a gagné ce qu’a perdu l’utopie de l’autre. La science-fiction, celle avec de la vraie science et de la vraie fiction (rien à voir avec Star Wars, par exemple, conte fantastique qu’on ne peut rattacher à la SF que par malentendu) est toujours affaire de vision. Or la vision de l’humanité proposée par 2001 est intemporelle, elle ne date ni de 1968, ni de 2001, ni de 2018, elle nait bien plus tôt et se projette bien plus tard, d’un passé sans date jusqu’à un futur sans échéance, comme un arc-en-ciel qui se donne à admirer en plein ciel mais dont personne ne saurait repérer les deux extrémités fichées sur le sol. Une vision comme un arc, oui c’est ça, un arc tendu et courbé, d’ailleurs le protagoniste du film s’appelle Bowman, l’archer, périphrase désignant Ulysse, le héros de l’autre Odyssée, voyez comme tout se tient en eau de roche. Oulah attention je me mets à surinterpréter les signes façon tout-est-lié, je suis le premier complotiste venu. Autant l’avouer, je fais partie des maniaques qui considèrent que l’histoire du cinéma se scinde sommairement en deux périodes, de part et d’autre de 2001 l’Odyssée de l’espace. De 1894 à 1968, le cinéma n’a évidemment rien fait d’autre que se préparer à 2001. De 1968 à aujourd’hui, le cinéma digère 2001. Je le sens bien, je frôle le fanatisme. Okay, je change de sujet, je repars à zéro.

Tiens ? Un film tiré de How to talk to girls at parties de Neil Gaiman s’apprête à sortir. Je n’irai pas le voir. J’ai peu d’appétence pour les films tirés des livres que j’aime, tous registres confondus, que ce soit Madame Bovary ou Gaston Lagaffe, puisque dans chaque cas le livre était suffisant. Que ne tire-t-on plutôt les films de livres insuffisants ! Quel drôle de verbe d’ailleurs, tirer un film d’un livre. J’ouvre mon dictionnaire des synonymes, pour m’éclairer je compulse les équivalents, j’en essaie une poignée :

déduire un film d’un livre ?
extorquer un film d’un livre ?
pomper un film d’un livre ?
remorquer un film d’un livre ?
soutirer un film d’un livre ?
voire écarteler un film d’un livre ?
et le plus radical de tous : abattre un film d’un livre.

Foin des pompages déductions remorquages extorcations et autres abattages, je ne fais que saisir le prétexte de la sortie de ce film pour dire toute l’admiration que j’éprouve pour un auteur de livres : Neil Gaiman est un grand visionnaire. Il serait évidemment grotesque, outrecuidant, de comparer l’oeuvre de Gaiman avec 2001 l’Odyssée de l’espace, puisqu’il est grotesque de comparer quoi que ce soit à 2001 (pardon me voilà reparti), mais n’empêche, observons le processus par lequel une vision se transmute en imagination…

Exemple typique avec How to talk to girls at parties, nouvelle parue en 2006. Comment Gaiman l’a-t-elle écrite ? D’abord une impression, une idée, puis une vision, puis une image, puis une histoire, une fois parvenus à ce point, plus aucun doute, nous sommes bien dans une écriture de science-fiction, la vraie, la bonne. Point de départ : n’importe quel adolescent se souvient de cette sensation d’étrangeté, de dénuement, de timidité, au moment d’aborder l’autre sexe lors d’une soirée. L’impression de base d’un garçon (hétérosexuel), c’est que les filles sont des extra-terrestres. Gaiman, qui a conservé les mêmes impressions d’adolescence que vous et moi, transforme cette émotion commune en vision dès le moment où il échafaude une intrigue selon laquelle, littéralement, les filles sont des extra-terrestres. Son génie du dialogue se met alors en branle, et voilà une excellente petite histoire de science-fiction, magistralement troussée. (Et à quoi bon, je vous le demande, en tirer un film ? Que pourraient ajouter les effets numériques à la vision ?)

Mais je veux m’attarder sur deux autres exemples.

1) Virus

Dans les années 1980 apparaît en Russie, puis se diffuse dans le monde entier, un jeu vidéo extrêmement addictif, matrice et modèle de tous les jeux de puzzle ultérieurs (Bejeweled, 2048, Candy Crush…), il s’appelle Tetris. (On lira sur le sujet l’excellente bande dessinée de Box Brow, Jouer le jeu.) En 1994 est forgée l’expression effet Tetris, et ce n’est qu’en 2000 que cet effet sera scientifiquement analysé : que se passe-t-il donc neurologiquement pour qu’un jeu simultanément paralyse et stimule un cerveau, pour qu’un sans narration autre qu’abstraite, consistant à emboîter des formes géométrique puisse procurer une satisfaction à l’infini, empêchant de se consacrer à des tâches plus importantes (préparer le repas, soigner son hygiène corporelle, écrire un livre, se promener en forêt, cueillir des cerises, accueillir des migrants en danger de mort sur la Roya ou la Méditerranée…), et enfin envahisse l’esprit au point que le joueur une fois sa partie enfin terminée, pense encore Tetris, rêve Tetris, distingue des formes géométriques s’emboîter en regardant des gens dans la rue, des fruits dans un compotier ou un coucher de soleil sur des montagnes ?

Or, des années avant les scientifiques, justement parce qu’il est un visionnaire de science-fiction, Neil Gaiman avait décrit avec une certaine précision l’effet Tetris. C’était il y a plus de trente ans, dans une micro-nouvelle intitulée « Virus », parue d’abord en 1987 dans le recueil collectif Digital Dreams, puis dans le livre signé du seul Gaiman, Angels & Visitations. Traduction maison par le Fond du Tiroir, de rien, le plaisir est pour moi :

Il y avait ce jeu vidéo. On me l’avait donné. Un de mes amis me l’avait donné. Il jouait avec ce jeu, il disait c’est génial tu devrais essayer. J’ai essayé. C’était génial. J’ai copié la disquette que mon ami m’avait donnée pour pouvoir la donner à mon tour, je voulais que tout le monde y joue, que tout le monde en profite. C’était génial. J’ai téléchargé le jeu sur des serveurs, mais je l’ai surtout donné de la main à la main à mes amis, sur disquette, contact personnel, de la même façon que je l’avais reçu. Mes amis étaient comme moi. Ils l’ont trouvé génial. Certains se méfiaient des virus, on entendait parler de logiciels qu’on chargeait et puis deux jours plus tard ou le vendredi 13 suivant ils vous reformataient le disque dur ou corrompaient la mémoire. Mais rien de tel avec celui-ci. Celui-ci, il était sécurisé à mort. Alors, même mes amis qui n’aimaient pas les jeux vidéo se sont mis à jouer. Plus on s’améliore, plus un jeu vidéo devient difficile. Au bout du compte même quand on ne gagne pas, même quand on sait qu’on ne gagnera pas, on sait qu’on devient meilleur. Moi, je suis plutôt bon. Bien sûr il m’a fallu consacrer au jeu beaucoup de temps. Comme mes amis. Et leurs amis. Et tous les gens qu’on croisait. On les voyait, on les reconnaissait, ils marchaient dans la rue ou ils attendaient dans une queue, ils étaient loin de leur ordinateur ou d’une console mais ils continuaient le jeu dans leur tête, ils combinaient les formes, ils résolvaient des pièges, ils assemblaient des couleurs, ils enchaînaient les signaux, les niveaux et les écrans, ils se chantaient les jingles et les fanfares. Ils tenaient ainsi jusqu’au moment où ils retourneraient au jeu. Moi mon record c’est dix-huit heures d’affilée, 40 012 points et trois fanfares. On continue de jouer à travers les larmes, les douleurs au poignet, et même la faim, au bout d’un moment la faim s’en va. Tout s’en va. Sauf le jeu. Il n’y a plus de place pour autre chose que le jeu.
Le jeu était copié pour tous nos amis, le jeu circulait. Le jeu transcendait nos langues et occupait notre temps. Parfois, ces jours-ci, j’en viens à oublier des choses. Je me demande où est passé la télé. Je me souviens qu’il y avait la télé, avant. Mais je n’y pense plus. Quand je pense, je me demande ce qui se passera quand je serai au bout de mon stock de boîtes de conserves. Puis je n’y pense plus. Je me demande où sont passés les gens. Puis je n’y pense plus. Et je réalise que, si je suis assez rapide, je peux placer le carré noir tout contre la ligne rouge, le retourner et le faire pivoter pour qu’ils disparaissent tous les deux, libérant le bloc de gauche pour qu’une bulle blanche émerge, et pour qu’ils disparaissent tous les deux, et puis après, et puis quand il n’y aura plus de courant je continuerai de jouer dans ma tête, je continuerai jusqu’à ma mort.

2) Babycakes

En 1990, soit avec une bonne génération d’avance sur le véganisme quoiqu’avec pas mal de retard sur la Modeste proposition de Swift, Gaiman écrit « Babycakes », micro-nouvelle parue d’abord sous la forme d’une bande dessinée (illustrée par Michael Zulli) puis réincarnée ici (elle sera reprise dans le même recueil que « Virus » : Angels & Visitations) ou là (sur Youtube, on peut entendre une version lue par Gaiman en personne).

L’idée de base est à nouveau fort simple, ancrée dans le réel, et la vision est d’ordre écologique : les animaux disparaissent. S’il s’agit d’anticipation, on n’anticipe pas ici de quelques siècles, seulement de quelques jours. Les abeilles, les papillons, les insectes, les papillons, les mammifères… Les écosystèmes s’effondrent en direct. Quel sens revêt cette disparition ? Quelle conséquence pour l’homme, animal distinct se croyant distingué ? Encore une brillante vision de science-fiction que j’ai l’honneur de traduire sous vos yeux.

Il y a quelques années, les animaux disparurent. Nous nous étions réveillés un matin, et ils n’étaient plus là. Il n’avaient pas laissé de mot, ni prononcé d’adieu. Nous n’avons jamais vraiment compris où ils étaient passé. Nous les regrettions. Certains d’entre nous ont pensé que c’était la fin du monde, mais le monde n’était pas fini, c’est juste qu’il n’y avait plus d’animaux. Ni chat ni lapin, ni chien ni baleine, pas de poisson dans la mer, pas d’oiseau dans le ciel. Nous étions seuls. Nous ne savions pas quoi faire. Nous avons erré un temps, un peu perdus, puis quelqu’un a fait remarquer que animaux pas animaux la belle affaire nous n’avions pas à changer notre mode de vie. Aucune raison de changer nos habitudes, nos régimes, nos tests sur produits dangereux. Car après tout il nous restait les bébés. Nous avions des bébés. Les bébés ne parlent pas. Ils se déplacent à peine. Un bébé n’est pas une créature pensante, il n’est pas notre égal doué de raison. Nous faisions des bébés, autant les utiliser. Nous avons mangé des bébés. La chair de bébé est succulente, très tendre. Nous en avons écorché et dépouillé, et nous nous sommes enveloppés dans leur peau. Le cuir de bébé est très doux et confortable. Nous avons testé leurs réactions, leurs résistances, en sortant leurs yeux de leurs orbites pour y déverser des détergents, des shampoings, goutte à goutte. Nous les avons lacérés, ébouillantés. Nous les avons brûlés. Nous les avons suspendus, et avons planté des des électrodes dans leurs cerveaux. Nous les avons greffés, congelés, irradiés. Les bébés respiraient notre fumée jusqu’à ce qu’ils cessent de respirer, et dans leurs veines s’écoulaient nos drogues et nos médicaments jusqu’à ce que leur sang ne s’écoule plus. Tout cela n’était pas de gaité de coeur, évidemment. Mais c’était nécessaire, personne ne le contestait. Quelle alternative avions-nous, depuis la disparition des animaux ? Il y avait bien quelques protestations de temps à autre. Il y a toujours des grincheux. Mais ensuite tout redevenait normal. Seulement… Hier, les bébés ont disparu. Personne ne sait où ils sont passés, personne ne les a vus partir. Nous nous demandons ce que nous allons faire sans les bébés. Nous inventerons bien quelque chose. Les humains sont intelligents. C’est même cela qui les distingue des animaux et des bébés. Ayons confiance. Nous trouverons.

(Je parle également de Neil Gaiman dans un autre recoin du Fond du Tiroir, où je relaie une autre de ses visions : son manifeste Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l’imagination.)

Le Fond du Tiroir hors les murs

23/05/2018 Aucun commentaire

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De passage fugace dans les bibliothèques de Grenoble, j’ai l’avantage et le plaisir d’apporter ma contribution à Bmol, le blog qui a toujours une oreille qui traîne, joyeux espace de découvertes musicales et de liberté d’expression.

Jadis, je parle en décennies, avant que la culture et les services publics ne périclitent à feu doux ici comme ailleurs, avant que les budgets ne soient sabrés, les personnels désaffectés et les bibliothèques fermées, Grenoble était à l’avant-garde de ces métiers-là. Grenoble innovait, réinventait les bibliothèques, introduisait des nouveaux supports, des nouvelles façons, et l’expérimentation professionnelle était aussi une forme de militantisme politique. Bmol, créé il y a une douzaine d’années, est l’un des beaux reliquats de cet esprit : eh, tiens, j’ai une idée, et si les bibliothécaires devenaient 2.0 ? Si on lançait un blog où les -thécaires exposeraient leurs coups de cœur musicaux, mais aussi leurs détestations, en toute subjectivité mais avec souci du public (bien sûr, que c’est compatible), leurs goûts et leurs fonds, leurs désopilantes chansons inavouables, avec de la passion vintage et des techniques modernes de partage et même des vidéos Youtube intégrées ? Ah ouais trop bonne idée allons-y.

J’ai d’abord écrit pour Bmol un article consacré au passionnant film No land’s song d’Ayat Najafi (2014). On le lira (et avec quel profit) ici. Puis j’ai récidivé avec quelques chroniques d’albums. Puis merci bonsoir ravi salut au plaisir.