Funk you up

17/08/2016 Aucun commentaire

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Le Big Mother Funkers est un bataillon de 20 funksters en rangs serrés et habits de lumière. À ne pas confondre avec le Little Mother Funkers, brigade légère qui procède du précédent mais ne compte que six membres : Carine Serre (sax alto & sax baryton), Sylvain Dropsy (sax ténor & soubassophone), Damien « Darachide » Rabourdin (trompette), Fabrice Vigne (trombone basse & pBone  jaune citron), JC Sanchez (guitare), Baptiste Métayer (batterie et roi des beats en folie – titre). Plus, parfois, un septième membre subsidiaire, lorsque elle est décidée : Nita (un peu mascotte, un peu de percu et un peu de chorégraphie).

Le Little Mother Funkers revient d’une tournée estivale sur la côte-côte-dazure, a donné sept concerts en cinq jours et a écumé campings, marchés, restos… avant d’être repéré dans la rue (attention aux yeux qui piquent : ci-après authentique success story) par le boss du festival de jazz de Ramatuelle qui lui a proposé de jouer pour l’inauguration de son festival. Vous avez fait quoi, vous autres, cet été, sinon ? Vazi moi ça va trankchil j’ai juste inauguré oklm le festival de jazz à Ramatuelle avec mes potes, ensuite tsékoi on est allés se baigner au Cap Taillat, enfin tu vois quoi trankchil ouèche.

Vive le funk qui nous rend beaux. Le funk c’est la vie en personne, le désir dans le bas-ventre et les doigts de pied, l’énergie cosmique qui nous chauffe de l’intérieur, le plaisir d’offrir et la joie de recevoir, l’été sur la plage mais sans sable dans le maillot, sans se préoccuper diable diable de l’endroit où a pété l’attentat du jour, sans déconner ladies and gentlemen shake your booty, le bien que ça fait.

Vous êtes directeur de festival de jazz ou de salle de spectacle et vous n’attendez que nous pour mettre le feu à votre public ? Vous êtes un parvenu méditerranéen ayant réussi dans l’immobilier et vous cherchez le groupe qui chauffera l’ambiance un quart d’heure dans votre jardin pour le mariage de votre fille ? Vous êtes un nouveau riche, plus ou moins russe et vaguement mafieux, et vous nous voulez sur votre yacht parce que ça commence à bien faire les DJ techno et leur bouse sonore ? Vous êtes un simple mais honnête particulier, amateur de bonne vieille fonque qui brille, vos murs sont insonorisés et d’ailleurs vos voisins c’est pas un problème, ils sont sympas et vous les avez invités à danser ? Contactez-nous, on vous fera un devis.

Tu m’as fait peur

08/07/2016 Aucun commentaire

Le mardi 28 juin 2016 avait lieu l’ultime représentation des spectacles Fais-moi peur que j’ai eu le phénoménal plaisir de conduire depuis sept ans avec Olivier Destéphany, Christine Antoine et quelques autres. Vous n’y étiez pas, je crois ? Je vous ai cherché, je ne vous ai pas vu. Tant pis pour vous. Ci-dessous faute de présence réelle, un peu de numérique : quelques clichés souvenirs saisis par Jean-Claude Durand, grâces démoniaques lui soient rendues. Contient des traces samplées d’oeuvres de JP Blanpain, Marilyne Mangione, Romain Sénéchal, Johann Heinrich Füssli et Louis-Léopold Boilly.

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Aux dernières nouvelles

27/06/2016 2 commentaires

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Chant du cygne, rechigne. Reconnaissances de dettes, ultime parution du Fond du tiroir, aura subi les retards cumulés de toutes les personnes impliquées, rares pourtant, de ma pomme à l’imprimeur en passant par le graphiste. Trois mois dans la vue, presque. Trois mois à trépigner, à retoucher le texte puis à rager de ne le plus pouvoir, que croyez-vous c’est moi le plus impatient de tenir l’objet, qu’on en finisse. Mais aux souscripteurs je dois (car dans ce livre je dois, c’est un principe, une manie) des excuses ainsi qu’un aggiornamento du planning : je récupèrerai le tirage vendredi 1er juillet dans l’après-midi. Dans la foulée je passerai chez Patrick F. Villecourt pour que nous apposions nos griffes sur chaque exemplaire, et je posterai les souscrits dès samedi matin. Ou lundi si j’arrive trop tard à la Poste. Vous recevrez votre mini-pavé dans le courant d’une onde pure et de la semaine prochaine.

De même que le destinataire de l’UNIQUE service de presse. Un seul exemplaire gratuit a été prévu, moins à titre de promo que de souvenir amical, expédié à l’Agence Rhône Alpes (« Rhône Alpes Auvergne » désormais ?) pour le Livre et la Documentation. Le livre était accompagné de la lettre ouverte qui suit.

Association Le Fond du Tiroir
11 rue du Champa
38450 Le Gua
04 76 72 31 26
http://www.fonddutiroir.com
fvigne@fonddutiroir.com

Service de presse : Reconnaissances de dettes
À l’attention de L’ARALD
25 rue Chazière
69004 Lyon
Le Gua, le 1er juillet 2016

Chère Arald,
En 2008 tu me décernais le Prix rhône-Alpes du livre jeunesse, assorti d’une forte somme d’argent. Souviens-toi : je décidai d’engloutir cette somme dans la création d’une micro-maison d’édition associative, Le Fond du tiroir, au sein de laquelle je programmai de faire strictement ce que je voudrais, et d’inventer en chemin.
Huit ans plus tard… Merci beaucoup chère Arald, le plan s’est accompli, j’ai certes fait ce que j’ai voulu. Le Fond du tiroir affiche un catalogue de 12 livres, chacun singulier par son sujet, sa démarche, son apparence, son genre, sa taille, son ton… Je suis fier des 12 expériences. J’ai été comblé par cette chance exceptionnelle que tu m’as donnée : être autorisé à me prendre pour un éditeur, à imaginer la forme d’un livre plutôt que de seulement l’écrire et sous-traiter le reste, à rencontrer des partenaires de jeu talentueux voire géniaux, des illustrateurs, des graphistes, des imprimeurs, des musiciens.
Huit ans plus tard, toutefois, la mise de départ est engloutie depuis belle lurette, et le modèle économique du Fond du tiroir (modeste : vendre suffisamment de livres pour avoir de quoi faire le suivant) s’est fracassé contre le mur du réel. Enfin ruiné, je renonce et ferme boutique. Le Fond du tiroir accomplit cependant, pour la joie du parachèvement et la beauté du geste, un dernier tour de piste. Je publie un ultime livre, et l’imprime à un nombre minimal d’exemplaires : 50, soit à peine plus que que la somme des souscripteurs. Ce livre sera donc épuisé sitôt « paru ».L’occultation me convient : le plus intime de tous mes livres a la vocation du souterrain plutôt que de la tête de gondole.
Je t’en ai tout de même mis un de côté. Il s’appelle Reconnaissances de dettes, et il énumère méthodiquement, quoique dans le désordre, ce que je dois, et à qui. Pour le coup, je te dois tant ! Donc je te l’offre ci-joint, avec plaisir et, comme son nom l’indique, reconnaissance.
Chère Arald, merci encore, c’était bien, ces 8 ans. Et bon courage à toi, qui connais aussi la pénurie, la crise, le danger de marginalisation, de disparition, de défaut de reconnaissance. Je te souhaite bonne continuation. Je le souhaite pour toi, et pour tout ceux qui, comme moi ou d’une autre façon, vivent pour les livres.

Fabrice Vigne

Et puis voilà.

13/06/2016 Aucun commentaire

Couverture RdD complète

Cette nuit, j’étais installé parmi de nombreux convives à une grande table tout en longueur. Ma voisine de gauche se tourne vers moi, elle se présente comme une collègue (ça veut dire quoi ? elle écrit aussi ?), et me dit de but en blanc : « Je les ai lues, tes Reconnaissances de dettes ». Allons donc ? Comment ce serait possible ? Elles ne sont toujours pas parues ! Mais je n’ai pas le temps de lui faire l’objection, je la vois qui pleure. « Ce livre m’a bouleversée. C’est comme si on m’avait greffé ton cœur dans la poitrine ». On ne m’avait jamais fait un aussi gros compliment, ni aussi romantique, ni aussi ambigu. Je me réveille.

Deux mois de retard, oh ça va, je suis au courant, l’agonie fut longue, et agonie, TMTC, ça veut dire combat. Enfin le combat est clos, la chose est faite, les Reconnaissances de dettes sont chez l’imprimeur, et les souscripteurs, que je congratule pour leur patience et leur indulgence, recevront leur exemplaire dans, disons, pour éviter une fausse promesse supplémentaire, quelques jours.

Retardataires compris, nous avons reçu 31 souscriptions (sans compter quelques « ouais ouais bien sûr que je le veux mets-m’en un de côté mais là j’ai pas mon chéquier »). La hauteur du tirage est désormais fixée : le livre sera imprimé à 50 exemplaires (sans doute la semaine prochaine, au pire la suivante). Après calculette, règlement de l’imprimeur, rétribution pourtant scandaleusement basse du travail d’orfèvre et de factotum de Patrick V. (qui s’est surpassé) et frais de port, le prix de revient du livre à l’exemplaire sera d’un peu moins de 26 euros. Alors que, vous l’aurez remarqué, son prix de vente, décidé il y a lurette, est de 20. Ah ah ah ah, mrdr, mégalole et toute cette sorte de choses ! Pour chaque livre acheté, le Fond du tiroir vous file directo six euros ! C’est le meilleur coup du Fond du tiroir, pas la peine jamais d’espérer faire mieux que ce chef d’oeuvre de gestion éditoriale, après celui-ci on arrête, normal. Vous voulez gagner six euros ? Commandez vite !

Ci-dessus la couve-plus-quat’-de-couve définitive, ultime création de Patrick « Tout-vient-à-point » Villecourt pour le Fond du Tiroir. Vous admirerez l’harmonie générale mais également le sens du détail : remarquez je vous prie, sous le PQ, trônant au sommet de la composition quoique la tête en bas, subtil hommage à mon grand-père et à ceci, le 10 Francs Mineur. Ce billet qui eut cours légal de 1943 à 1951 fut imprimé, Wikipédia me l’apprend, à 515 millions d’exemplaires. Reconnaissance de dettes avoue quant à lui un tirage de 50 exemplaires, ce qui est nettement mieux. Quarante-deux d’entre eux sont attribués, offerts, achetés ou réservés. Restent huit, si un petit regret vous saisit et que vous souhaitiez entendre mon cœur battre dans votre poitrine. Tout doit disparaître.

 

Diabolus in musica

28/05/2016 un commentaire

AFFICHE-fais moi peur 2016

Oyez oyez braves gens, et vous aussi, bande de gougnafiers galapiats et gredins, parce qu’on est comme ça, nous, on s’adresse à tous, on ne vous trie pas en fonction de vos mérites, on veut pas savoir si vous êtes braves ou non.

Le 28 juin 2016 à 20h, à l’espace culturel l’Odyssée, Eybens (38) sera donnée la sixième « saison » de Fais-moi peur, cycle de spectacles-qui-font-peur-aux-oreilles que je conçois depuis 2008 avec mon compère Olivier Destéphany. La cinquième édition, souvenez-vous, était à forte teneur en vironsussi ; la sixième mouture s’intitule « Saison 666 : Diabolus in musica » et invoque comme de juste le Prince des Enfers himself.

Comme d’habitude, Olivier a composé la musique (à un seul morceau près, elle sera originale, et gorgée de quartes augmentées), je jouerai tous les rôles avec ma grosse voix, et l’orchestre à cordes mêlant amateurs et professionnels sera dirigé d’une main ferme mais sûre par Christine Antoine ; pas comme d’habitude, nous bénéficierons de la participation exceptionnelle du choeur Vox Clamans (car, notre histoire impliquant des voix humaines, je me suis fait un malin (uh uh) plaisir d’écrire une messe satanique en latin de cuisine) ainsi que des élèves de l’école de danse, sous la direction d’Erasmia Kapous (car en outre, nos rituels démoniaques nécessitent quelques chorégraphies infernales bien senties… Nous escomptions également, je vous ai déjà expliqué  le processus de création avec Olivier, comment on se monte le bourrichon, sacrifier une vierge ou deux durant le bouquet final, hélas ! le pompier de service a posé son véto, soit-disant que les rivières de sang attaquent le vernis du plancher et gnougnougnou et gnagnagna c’est toujours pareil avec les pompiers, leurs intraitables normes de sécurité brident la créativité des artistes et s’assoient sur des traditions millénaires). Nous serons donc très nombreux sur scène. J’espère que vous serez plus nombreux encore dans la salle. Mais l’on n’est jamais sûr d’attirer les foules : un spectacle gratuit, ça n’inspire pas trop confiance. Ah oui au fait, c’est gratuit.

Autres guest-stars spéciales et extraordinaires de ce spectacle décidément total, nous aurons la joie de projeter sur grand écran trois oeuvres spécialement crées pour se fondre dans l’intrigue par trois artistes amis, trois auteurs (on peut le dire) publiés au Fond du tiroir, que nous avons fait plancher sur un sujet commun : Marilyne Mangione, Jean-Pierre Blanpain et Romain Sénéchal. Il a fallu, et c’était dur, choisir parmi leurs trois créations celle qui ornerait l’affiche du spectacle (ci-dessus), et c’est la peinture de Jean-Pierre qui a décroché la timbale.

Sous ce lien, une interview d’Olivier et moi-même par Jean Avezou dans son émission « Les rendez-vous culturels » sur RCF. Oui, RCF : nous prenons gentiment plaisir à invoquer le diable sur le réseau des Radios Chrétiennes Francophone. Attention, amis musiciens, repérez un gros raté durant l’enregistrement de l’interview : ce que nous présentons comme une quarte augmentée diabolique n’est en réalité qu’une banale tierce majeure. On se demande si nous ne l’avons pas fait exprès. Peut-être n’est-ce pas un lapsus, finalement. Nous aurons volontairement esquivé l’appel du diable à l’antenne bénitière.

Cette 6e saison sera, selon toute vraisemblance, la dernière. C’est comme ça. J’arrête tout en ce moment. J’arrête le Fond du tiroir. J’arrête de jouer à l’éditeur. J’arrête mon travail salarié, je veux dire que j’arrête à la fois mon travail et mon salaire (au 16 juillet je serai un héros sans emploi). Il ne me restera plus qu’à commencer d’autres choses. Qui verra saura qu’il vivra. Et en route fera péter du Faulkner :

 « Dommage qu’il y ait autant de travail dans le monde. Une des choses les plus tristes, c’est que la seule chose qu’un homme puisse faire huit heures par jour, jour après jour, c’est travailler. On ne peut pas manger huit heures par jour ni boire huit heures par jour, ni faire l’amour huit heures par jour – tout ce que vous pouvez faire pendant huit heures, c’est travailler. Ce qui est la raison pour laquelle l’homme se rend et rend tout le monde misérable et malheureux. » William Faulkner, interviewé par la Paris Review, 1956.

Reconnaissances de dettes

28/03/2016 Aucun commentaire

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Le week-end prochain, je suis invité à la Fête du livre de Villeurbanne. À mon programme, une rencontre publique le samedi 2 avril à 16h dont l’intitulé est « Qui êtes-vous ?», déclinant le thème de l’identité choisi pour cette 17ème édition de la Fête. La rencontre sera partagée avec Carole Fives, Delphine Beauvois et Julia Billet.

Qui suis-je ? Eh bien, puisque vous me faites l’honneur de poser la question… Si je suis un petit peu capable de répondre, si j’ai une vague idée de qui je suis, c’est grâce à un livre que j’ai écrit. Un livre de Reconnaissances où je me suis reconnu par l’écriture. Une cartographie de l’habitus bric-à-brac d’un petit-bourgeois né vers la fin des 30 glorieuses, qui lit et écrit, et de ses ascendances : il est le petit-fils d’un mineur de fond, d’une bistrotière, d’un entrepreneur de travaux publics, et d’une institutrice ; plus haut dans son ordre généalogique, 100% de paysans.

Quiconque lira ce livre en saura presque autant que moi à mon sujet. Plus exactement, me connaîtra autant qu’on peut connaître le personnage d’un livre, c’est-à-dire environ un huitième, selon la théorie d’Hemingway, ce qu’il appelait le sommet de l’iceberg. Quand on y pense, c’est énorme le huitième d’une personne, réelle ou fictive, dans la vie ordinaire on ne connaît que zéro huitième des gens.

Donner à lire ce livre est donc étourdissant d’obscénité, comme si je me baladais nu dans la rue, homme-sandwich à épiderme en braille.

Le livre en question s’appelle Reconnaissances de dettes, il est le dernier que je publierai ici, et le bon de souscription est à télécharger sous ce lien. Patrick F. Villecourt et moi-même avons bien travaillé, l’autoportrait interminable est terminé, la maquette quasi-prête : il sera le livre le plus râblé du catalogue FDT, un petit gros de 18×11 cms et 400 pages, 20 €, ISBN 978-2-9531876-9-4.

Imprimez la souscription je vous prie, renseignez-la et adressez votre chèque au Fond du Tiroir. Le livre sera confié à l’imprimeur fin avril, le tirage dépendra du nombre de souscriptions reçues, et dans tous les cas ne dépassera pas 100 exemplaires. Le Fond du Tiroir, à l’article, ne cherche plus de nouveaux clients, seulement de vieux amis.

Les trois singes de la chanson française

27/03/2016 Aucun commentaire

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Le hasard parfois vous enchante les mains, vous vous croyez rendu à l’orée du miracle, un hasard tiens par exemple celui des concaténations dans les bacs des médiathèques. Il se trouve que cette après-midi-là, je parle de mardi dernier, des bombes viennent d’exploser à Bruxelles, on compte encore les morts, ils disent au moins 31, c’est curieux ce au moins et ensuite un chiffre non-rond, et 200 blessés, au bout d’un moment je baisse la tête, c’est fait c’est fait, je cesse de rafraîchir compulsivement lemonde.fr pour mettre à jour le compteur, je soupire et comme il n’y a pas de sot métier je m’en vais exercer le mien, je m’occupe les doigts et l’esprit à fouiller et trier et ranger des disques compact dans une médiathèque. Sur ces entrefaites je tombe nez à nez et coup sur coup, dans le bac chanson française, sur trois albums d’artistes de variétés, parus dans les années 2010, et dont les pochettes semblent se répondre, comme concertées. Le premier chanteur se cache les yeux, le deuxième se bâillonne la bouche, le dernier se bouche les oreilles.

Sont-ils assez mignons, les trois singes de la chanson française ! Que faire de ma trouvaille ? Tiens, je dispose le triptyque en linéaire sur le présentoir du bac, je me demande si quiconque parmi mes usagers comprendra ce que j’ai voulu dire, moi-même je n’en suis pas bien sûr, alors il m’expliquera. Instantanément, ma machine à associations d’idées se met en branle. Comme j’incline à penser que la chanson populaire exprime, pour le meilleur et pour le pire, l’inconscient collectif d’une nation, je me demande dans quelle mesure ce trio d’handicapés volontaires mis bout à bout ne nous représente pas à merveille. Nous ne voulons pas voir. Nous ne voulons pas dire. Nous ne voulons pas entendre.

Voir, dire et entendre quoi ? Ce qui se passe, ce qui s’est passé, ce qui va se passer.

Aussitôt ma prompte machine à associations redémarre, et je pense à ça (je vous prie de lire l’article au bout du lien, puis revenez, je vous attends, je ne bouge pas).

Je me souviens de mes études d’histoire, oh il y a longtemps, près de 30 ans, mes études à leur tour ont rejoint l’Histoire. J’étudiais le XXe siècle, ce défilé d’horreurs à grande échelle mais heureusement on nous expliquait pourquoi tout ça était derrière nous, plus jamais ça, nous étions entrés dans une ère de paix et de raison et d’union et de libre-échange. Bien sûr, l’épopée tragique du IIIe Reich formait la pierre angulaire de ces enseignements, le danger absolu mais d’autant plus éloigné à présent que nous étions occupés à le décortiquer dans les amphis. Je voulais comprendre, et pour cela remonter aux sources. Or les sources existaient, il suffisait de les lire. J’ai donc commandé en librairie Mein Kampf.

Je ne risque pas d’oublier le regard que m’a jeté la libraire, comme si un monstre fumant, puant, gluant, à plusieurs bras, tous brandis obliques et portant un brassard svastika, venait d’entrer dans sa boutique en laissant des flaques partout. « Eh Gisèle y’a monsieur là il veut Mein Kampf ! On l’a ou quoi Mein Kampf ? Faut le commander, non, Mein Kampf ? Oui c’est pour ce monsieur avec les lunettes. » J’ai surmonté l’opprobre, j’ai acquis le livre maudit, j’en ai commencé la lecture, je ne l’ai jamais terminée, c’était gros, répétitif, un peu écoeurant, mais certes extrêmement instructif. Tout y était : l’idéologie, les mythes politiques, la liste des ennemis, les buts de guerre, la stratégie planifiée pour enflammer le monde et rafler la mise. On ne peut pas dire que le IIIe Reich tombait du ciel, son histoire était programmée dès 1924, et détaillée par avance dans Mein Kampf.

Je crains que ce soit un peu la même chose avec ce nouveau livre maudit, Gestion de la barbarie. Le même souci du détail opérationnel, le cheminement rationnel de l’idéologie jusqu’au plan de campagne. Il n’y a qu’à lire pour tâcher de comprendre que les jeunes assassins kamikazes ne sont pas seulement des décervelés en rupture sociale, paumés délinquants petites frappes, mais aussi les rouages d’une vaste entreprise dont l’esprit et le dogme sont connaissables en librairie. On ne pourra pas dire « On ne savait pas » comme feraient trois singes.

Je sens une différence, toutefois : celui qui commande Mein Kampf en librairie subit toujours un soupçon, mais un seul, le même, tiens voilà un néo-faf qui achète son bréviaire, un nostalgique du pas de l’oie, pauvre type. Sur celui qui commande Gestion de la barbarie en revanche, peuvent peser non pas un, mais deux soupçons, deux réprobations contraires : tiens voilà un jihadiste bleubite qui s’achète son mode d’emploi pour bien se faire exploser selon les préceptes du Prophète / tiens voilà un complotiste parano qui joue à se fait peur, ou un facho type Riposte laïque ou Bloc identitaire qui se paye son shoot d’islamophobie (remarquons que feu le préfacier de l’édition française de Gestion de la barbarie était un habitué des micros de Radio Courtoisie), voire un crypto-néo-colonialiste à la Kamel Daoud qui cultive ses clichés anti-arabes… 

L’époque est plus compliquée que jamais. On passe pour un salaud si l’on cherche à comprendre, et Valls a bien tenu son rôle de Premier ministre en donnant le ton des débats : expliquer c’est excuser, qu’il a dit ce con, aphorisme en phase avec l’époque. Toute démarche intellectuelle ne serait qu’une abjecte complicité, cessez de réfléchir citoyens vous êtes déjà suspects !

Tout le savoir du monde est à portée de clic, mais il vaudrait mieux ne pas voir pas dire pas entendre ? Du coup, j’ai commandé Gestion de la barbarie sur internet. Personne ne me regardait. C’était il y a plus d’un mois, déjà. Je ne l’ai toujours pas reçu. Je ne sais pas ce qui se passe.

Le Fond du Miroir

06/03/2016 6 commentaires

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Oui, Le Fond du tiroir travaille. Il travaille à son ultime publication, il travaille à boucler sa boucle, et par conséquent il travaille à sa perte. N’est-ce pas ce que nous faisons tous, allez.

Reconnaissances de dettes sera le livre le plus personnel du Fond du tiroir. Terme impropre… Personnel chaque livre du catalogue l’est, peu prou. Ce sera alors le plus privé disons, faute de mieux. Le moins public. C’est dire. Les yeux dans les yeux. Publier aujourd’hui cette inactuelle introspection, à l’heure où le travail d’écriture devrait, pour bien faire, s’ancrer en urgence non dans un nombril mais dans le vaste et chaotique monde, est peut-être un poil obscène… Et peut-être pas. Connais-toi toi-même.

Risquons une échéance : Son Éminence le Factotum Plénipotentiaire et moi-même visons sans rire une publication (publication toute privée, donc) de ces Reconnaissances de dettes dès avril 2016. C’est dingue, ça : avril c’est le mois prochain les p’tits cocos. Un délai aussi bref ne demande qu’à être trahi, faut voir, suspense. Le formulaire de souscription sera disponible ici même, dans quelques jours. Dès qu’il sera en vue, précipitez-vous, parce que les choses iront ensuite assez vite. Nous compterons les souscriptions et nous lancerons le tirage. Deux temps, trois mouvements, pas plus.

Puisque la fermeture définitive est programmée dans la foulée, contrairement aux précédents livres du FdT, il n’y aura pour ainsi dire aucun stock de Reconnaissances de dettes, aucun carton empilé dans mon garage. Je conserverai juste cinq exemplaires par-devers moi, c’est un joli nombre cinq, voir venir, on ne sait jamais, un cadeau à faire, ou un souvenir, cinq ce sera un dépôt à peine moins légal que le Dépôt Légal. Si je reçois trois souscriptions (hypothèse basse), le tirage sera en tout et pour tout de huit exemplaires. Cent souscriptions (hypothèse haute) ? Cent cinq exemplaires. Et roule Berthe et adieu ma poule.

 

Enceinte après la ménopause : les gestes qui sauvent

31/01/2016 3 commentaires

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Coucou tout le monde ! Méga-surprise ! comme dirait Xavier Dupont de Ligonnès.

Comme celle de Mark Twain, la nouvelle de la mort du Fond du Tiroir était finalement exagérée, puisqu’il lui restait un livre à faire. Le tardon en question se nomme Reconnaissances de dettes. Vieux dossier, vieux projet, vieux travail toujours neuf, forme vive ayant connu quelques avatars (au sens propre du terme : quelques incarnations, dont celle de 2009)… L’envie m’a pris tout compte fait d’en tirer un vrai livre en post-scriptum, et qu’on n’en parle plus.

Il est de somptueux post-scriptums, souvenez-vous. En 2003, Ingmar Bergman a 85 ans et il a renoncé au cinéma depuis 20 ans. Mais il déclare : « Je me suis senti, comme Sarah dans la Bible et, à mon grand étonnement, gros d’une nouvelle oeuvre, à un âge avancé », et hop, il nous tourne Sarabande, pas un testament, juste le dernier grand film qu’il lui restait.

J’aime cette métaphore de l’engendrement, et j’adore l’humour sérieux de Bergman, mais le cas de mon ultime polichinelle dans le Tiroir est sensiblement différent, puisque sa grossesse a débuté il y a dix-huit ans et englobé l’engendrement de tous ses frères et soeurs. Le bébé a eu le temps de grossir, de profiter bien à l’abri de mon nombril, jusqu’à devenir au moment de l’expulsion le petit gros de la famille. Première fois que l’un de mes opus dépasse les 300 000 signes, et tout en introspection, messieurs-dames. Limite bouffi le petit poussah. Merci la péridurale.

Je viens de rédiger une manière de préface retraçant les étapes de la gestation. Je vous invite à passer le test de grossesse : lisez ce teaser maniaque, et s’il titille votre curiosité, je vous prie, restez à l’écoute. Dans quelques semaines si tout va bien (car rien n’est sûr : cette 12e et dernière référence au catalogue du Fond du tiroir est une aventure aussi incertaine que les 11 précédentes, je reconnais cette excitation des choses qui n’attendent que nous, elle m’avait manqué), je balancerai un bon de souscription. Merci à M. le premier souscripteur, qui se reconnaîtra.

Le Fond du tiroir vous souhaite une bonne année 1876

05/01/2016 2 commentaires

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« N’importe. Il me semble, je ne sais pourquoi, que 1876 ne sera pas si abominable que 1875 ? – C’est peut-être parce que je le désire – et puis qu’on se lasse d’être triste – comme on se lasse de tout ! »

Gustave Flaubert, Lettre à Léonie Brainne, mercredi 5 février 1876

Et si jamais 1876 n’était pas suffisant, le Fond du tiroir n’hésiterait pas à reculer encore et vous souhaiterait une bonne année 1554. Cette année-là, à l’aube de ce qu’on n’appelait pas encore « les guerres de religion », le calviniste Sébastien Castellion est révolté par les meurtres commis, y compris dans son propre camp, par ceux qui estiment que le bûcher est le meilleur moyen de prouver que leur dieu d’amour est plus fort que le dieu d’amour de ceux d’en face. Il écrit : « Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle. »