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Mirliton Matin : la rechute !

03/02/2024 Aucun commentaire

UN

Mirliton Matin, rubrique « nos retraités sont actifs » ! Un ex-maître nageur prend désormais soin des noyers… Leur fait-il le bouche-à-bouche ?

La retraite est parfois le moment d’inverser
La vapeur
Abattre sa routine, et envoyer valser
Ses valeurs
Pour tendre enfin, à son miroir, à son passé,
Son majeur.
Ainsi de ce métier, trop longtemps exercé :
Professeur
De natation – autrement dit, sans finasser,
Maît’nageur !
Profession admirable et souvent, on le sait,
De grand cœur,
Car couronnée d’un noble et superbe énoncé :
« Sauveteur » .
Dominique pourtant s’en est débarrassé
Sans douceur.
Porter ce sacerdoce, il en avait assez !
Cet honneur
Tout humble et tout humide, comme il le haïssait !
Voici l’heure
De cesser de sauver et plutôt de bosser
En cueilleur,
De sortir du bassin et de se rehausser
Vers les fleurs.
Pas n’importe lesquelles : celles qui ont poussé
En hauteur,
Aux branches des noyers ! Dominique se sait
Nuciculteur.
« Noyers, ah, fleurissez ! Noyés, disparaissez ! »
Quel farceur !
Reconversion rêvée, culot récompensé
Producteur
Vie à la noix que Dominique s’est tracée
Bien meilleure
Pied de nez au destin, jeu de mot balancé
Au malheur !
À Dominique, tous nos vœux sont adressés
Au bonheur !
Faut-il tirer une morale nuancée ?
Et ta sœur ?

DEUX

Mirliton Matin, rubrique 30 millions d’amis et de nuisances sonores ! Une chatte britannique bat le record du ronron tonitruant avec 54,29 décibels.

Le doux ronron du chat le soir au coin de l’âtre ?
C’est bon pour le moral, conseillent les psychiatres.
La ronron-thérapie consol’ du ciel grisâtre.
Pourtant point trop n’en faut ! Et l’on pourrait débattre
Du taux de décibels après quoi : faut décroître
Sinon l’effet s’inverse et l’on vire acariâtre.
Le record actuel est anglais : 54.
Quel boucan ! Mon avis : ce matou, qu’on le châtre !
(Non, c’est une femelle… En ce cas, qu’on l’emplâtre.)

TROIS

Mirliton Matin, rubrique amusons-nous avec Google les jours de pluie ! (sur une idée de Marie Mazille)

Méthode :
1) Proposer au moteur de recherche Google un début de question, en l’occurrence : « Pourquoi faut-il… »
2) Lire toutes les solutions suggérées par le remplissage automatique de Google qui devine les mots avant même que vous ne les ayez pensés, vous connait mieux que vous ne vous connaissez, et n’aime rien tant que finir vos phrases à votre place.
3) Mirlitonner à loisir et traduire en vers délicats cette guirlande d’angoisses, manifestement communes.

Pourquoi faut-il optimiser
La gestion de chaîne logistique ?
Pourquoi faut-il sans plus tarder
Investir dans le photovoltaïque ?
Pourquoi faut-il économiser
Chaque goutte des ressources hydriques ?
Pourquoi faut-il sans hésiter
Réparer les feins hydrauliques ?
Pourquoi faut-il savoir compter
Quand on offre des roses qui piquent ?
Pourquoi faut-il imaginer
Sisyphe heureux, philosophique ?
Pourquoi faut-il trier ses déchets,
Est-ce vraiment écologique ?
Pourquoi faut-il les lentilles rincer
Quelle en est l’exacte technique ?
Pourquoi le passeport est obligé
Pour visiter les Britanniques ?
Pourquoi respirer par le nez
Même quand on est en public ?
Pourquoi faut-il obliger à voter
Pour s’impliquer en politique ?
(Il parait qu’c’est ce qui se fait
Outre-Quiévrain, dans la Belgique)
Pourquoi faut-il se faire enlever
Les dents de sagesse en clinique ?
Pourquoi faut-il manger du lait
Quand on prend des antibiotiques ?
Pourquoi garder les yeux fermés
Pendant un baiser romantique ?
Puis, pourquoi faut-il uriner
Après un quart d’heure érotique ?
Mais pourquoi faut-il transpirer
Quand on est fiévreux, frénétique ?
Et pourquoi faudrait-il travailler
Victimes de l’idéologique ?
Pourquoi faut-il sans cesse penser
Alors que Google est si pratique ?

QUATRE

En voulez-vous encore de nos beaux mirlitons ?
C’est preuve de bon goût, nous vous félicitons !
Les annales sont là, à la portée d’un clic,
Ensuite ici, et un peu là, très cher public.

« Suis-je le même en des temps différents ? » (sujet du bac philo, 1987)

12/10/2023 Aucun commentaire

Parfois on voit une image
Par surprise
On voit un visage
On voit le passage
On voit le sillage
On voit le ravage
On sent l’âge
On résiste
On hésite à faire le lien
On doute pour la forme
On se demande ce qu’il a fallu oublier
Entre temps
Pour s’offrir ce luxe
Se voir dans l’image
Comme un autre
Un éloigné de la famille
Se reconnaître sans en revenir
A-t-on vraiment été cette personne ?
Cette personne froissée
Cette boule de papier
Cette peine
On a envie de la consoler
Lui dire que ça ira
Une main sur son épaule
Ou même l’embrasser
Si elle permet
T’inquiète
Ça ira
Crois-moi
Je le sais
Je peux pas tout t’expliquer
Je peux pas tout te dire mais
Crois-moi
Je suis bien placé
Ça finira par aller.

Le corps et la lettre

27/09/2023 Aucun commentaire

J’ai donné mon premier atelier d’écriture de la saison. Le thème imposé par la prochaine Nuit de la lecture était le corps.

Je reproduis ici les consignes que j’ai proposées, pour ceux qui veulent jouer à la maison.

1. Choisir son camp avec Molière.
Dans les Femmes savantes (1672), Molière dit tout en quelques vers sur l’attitude que chacun peut entretenir vis à vis son corps. L’intellectuelle Philaminte, qui vise à devenir un pur esprit, dit dédaigneusement « Le corps, cette guenille ». Son mari Chrysale, plus terre-à-terre, rétorque « Oui mon corps c’est moi-même et j’en veux prendre soin. Guenille si l’on veut ! Ma guenille m’est chère. »

Chrysale
Je vis de bonne soupe, et non de beau langage.
Vaugelas n’apprend point à bien faire un potage ;
Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots,
En cuisine peut-être auraient été des sots.
Philaminte
Que ce discours grossier terriblement assomme !
Et quelle indignité pour ce qui s’appelle homme,
D’être baissé sans cesse aux soins matériels,
Au lieu de se hausser vers les spirituels !
Le corps, cette guenille, est-il d’une importance,
D’un prix à mériter seulement qu’on y pense ?
Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin ?
Chrysale
Oui, mon corps est moi-même, et j’en veux prendre soin :
Guenille, si l’on veut ; ma guenille m’est chère.
Bélise
Le corps avec l’esprit fait figure, mon frère ;
Mais, si vous en croyez tout le monde savant
L’esprit doit sur le corps prendre le pas devant.
Les femmes savantes, acte II, scène 7

À vous de choisir : êtes-vous plutôt Chrysale ou plutôt Philaminte ? Commencez un texte par « Mon corps c’est moi et » ou bien par « Le corps, cette guenille » et voyez où cela vous mène.
Faites les deux, si vous avez le temps et/ou le sens de la dialectique.

2. Le morceau choisi
Choisissez une pièce détachée dans votre corps. Soit un membre, soit un recoin de peau, soit un organe (visible ou invisible), soit un « signe particulier » (grain de beauté, tatouage, cicatrice, voire prothèse, par exemple une paire de lunettes), et racontez son histoire. Quand l’avez-vous remarqué ? Quand avez-vous commencé à lui accorder un soin particulier ? Jusqu’à quel point vous identifiez-vous à lui ? L’aimez-vous ? Le détestez-vous ? Etes-vous en paix ou en guerre avec lui ? Comment avez-vous grandi ou vieilli ensemble ?
Si l’écriture personnelle et introspective vous est difficile, vous avez bien sûr le droit de transformer l’exercice en fiction.
Optionnel : ladite pièce détachée peut parler à la première personne.

3. La litanie des sens avec Françoise Héritier
Dans son bref ouvrage Le sel de la vie (2012), Françoise Héritier dresse une liste de quelques 80 pages de petits moments sensoriels qui font que « la vie vaut d’être vécu » . Ils sont livrés au lecteur sans ordre, sans hiérarchie, à la fois très intimes et très universels, dans la tradition de Sei Shōnagon.
Je vous propose un exercice un peu plus méthodique. Enumérons les cinq sens, classés depuis le plus lointain jusqu’au plus intérieur (1 la vue, 2 l’ouïe, 3 l’odorat, 4 le toucher, 5 le goût). Pour chacun des cinq, vous reconstituerez un bon et un mauvais souvenir sensoriel. Ce souvenir peut être survenu une seule fois dans votre vie, ou être quotidien (par exemple vous pouvez décrire un coin de rue devant lequel vous passez chaque matin et auquel vous êtes très attaché). Votre liste doit donc contenir au minimum dix entrées, mais vous avez le droit d’aller bien au-delà, et vous pouvez même (chez vous) écrire à votre tour 80 pages.

Le sel de la vie, Françoise Héritier, pp. 39 et suivantes :

« …faire siffler un brin d’herbe entre ses doigts et ses lèvres, écouter dans la nuit du fond du lit le carillon Westminster qui augmente à chaque quart d’heure la durée de sa ritournelle dans la cuisine de Bodelio, entendre la vache de Moelan, voir un grand stampede dans un western, caresser la peau douce et flétrie des mains d’une vieille dame, appeler sa mère « ma petite mère », sa fille « mon trésor », son mari « mon coeur » et ressentir pleinement la justesse de ces appellations, dîner aux Bons Enfants dans une cour enclavée, savourer une histoire drôle rabbinique, chanter avec jean Gabin « Quand on s’promène au bord de l’eau », savoir prononcer correctement le nom de la ville de Cunlhat, ouvrir une lettre le coeur battant, être dehors quand le diable marie ses filles (What ? oh pardon ! sous une giboulée par beau temps), prédire qu’il pleuvra le lendemain à la position des rayons du soleil couchant, donner solennellement du « Monsieur » à un adolescent, écouter la voie sucrée de Rina Ketty attendant « le retour » et celle, piquante, de Mireille sur « le petit chemin », tomber en extase devant une couleur si juste, sautiller avec Charles Trénet et regarder avec Yves Montand les jambes de la demoiselle sur une balançoire, appeler avec un frémissement interne par son prénom quelqu’un que l’on vénère et qui vous en a prié, s’éveiller dans Paris avec Jacques Dutronc, lécher consciencieusement le fond des plats, s’asseoir au soleil à Rome piazza Navona en février et manger une salade de roquette avec un verre d’orvietto, faire se refléter sous le menton le jaune des boutons d’or, manger du raisin pris directement à la treille sur la façade d’une maison, voir de grosse gouttes d’eau s’écraser sur le sol ou un immense arc-en-ciel ou une lumière lointaine dans la nuit noire ou une étoile filante ou silencieusement passer très haut une capsule spatiale, avoir une tirelire, surprendre un animal qui vaque à ses affaires, sentir la densité d’un silence attentif, entrer dans la parole comme on entre dans l’arène, trouver enfin le mot juste, attendre un coup de fil, s’attrister parce que les galets perdent leurs belles couleurs en séchant, avoir le fantasme d’une grande maison à volets verts située à une croisée de chemins au coeur d’une forêt, admirer un grand perron doté de deux élégantes volées de marches ou des roses trémières opulentes ou un toit de tuiles vernissées, chanter à capella et à l’unisson, vibrer au timbre d’une voix, recevoir en pleine figure des ressemblances troublantes et agir avec le nouveau venu comme une ancienne connaissance, se parler à soi-même in petto, garder fidèlement une certaine idée de ceux que l’on a aimés, recevoir les épreuves d’un nouveau livre, manger des rayons de miel sauvage récolté par enfumage, croquer des radis, faire des compotes de pomme et des tartes à la pâte brisée, boire du cidre frais, coucher à la belle étoile, admirer le travail de nuit des termites sur des chaussures oubliées sur le sol, boire à la calebasse de la bière de mil chaude en passant à son voisin, faire un long voyage sur piste sans crever un pneu, entrevoir au bout du couloir la démarche de grand héron pressé et les pans de la blouse blanche du patron que l’on attend dans son service à l’hôpital et se sentir réconforté, empli de joie et de bien-être, aimer tout de la vie sur le terrain, même l’inconfort, nouer conversation facilement, assumer ses détestations, garder les vaches, tirer du vin nouveau, regarder les mains expertes de son médecin qui sait identifier le mal du bout des doigts, faire un bon mot ingénument et ne s’en rendre compte qu’à l’hilarité des autres, descendre en voiture un jour la rue de Belleville d’un trait, aller chez le coiffeur, se faire une manucure… »

Un fond de tiroir, un vrai

09/09/2023 Aucun commentaire

Vers 1990, à une époque où je savais à peine me raser, j’ai écrit le scénario d’une bande dessinée intitulée Projet: Street Spirits (notez qu’il n’y a pas d’espace avant les deux points, pour faire plus américain, comme dans Mission: Impossible).

Il s’agissait d’une histoire de super-héros, plus ou moins parodique, que je me figurais archi- « de notre temps » puisque j’y décrivais le super-héroïsme comme une pure opération de communication.

Quoique connaissant par cœur les comics Marvel, l’influence que je revendiquais était plutôt une certaine tradition de la bande dessinée franco-belge, ironique, spirituelle, vacharde au besoin, un art du dialogue allant de Goscinny et Delporte jusqu’à Yann. Je faisais en somme du super-héros « à la française » parce que déjà à l’époque je pressentais que c’est en mélangeant qu’on invente.

Le lecteur français (nous ne nous adressions bien sûr qu’à lui) pouvait ainsi débusquer au fil des pages certaines références très locales : par exemple le maire de la ville s’appelait Pear et sa tronche dessinée en forme de poire était calquée sur la fameuse caricature du roi Louis-Philippe par Charles Philipon, parce qu’une poire blette me semblait une métaphore universelle des hommes de pouvoir, de quelque côté de l’Atlantique qu’on se trouve…

En revanche, j’avais dessiné le logo de la série en plagiant éhontément les titrailles en volumes de l’Américain Will Eisner, que je n’ai jamais cessé d’admirer, le titre lui-même constituant un transparent hommage au Spirit, ce faux super-héros, véritable être humain.

Avec le dessinateur, qui était un pote de lycée, nous avons réalisé trois épisodes – j’avais des synopsis pour douze, c’était un joli nombre douze, c’était comme Watchmen, j’ai pas mal gambergé sur la suite qui devait mettre en scène le seul adversaire que j’imaginais à la hauteur d’une opération marketing : le leader charismatique d’une secte (j’ai toujours adoré les leaders charismatiques de sectes), décrit comme une autre opération marketing réussi… Mais ainsi vivent et meurent les ambitions juvéniles : nous nous en sommes tenus à ces trois premiers épisodes, que nous avons photocopiés, agrafés, et vendus à la sauvette. Ce fanzine (vive le Do It Yourself !) était en somme notre premier « livre » , pour moi autant que pour lui, qui depuis a publié ailleurs ses propres BD.

Mais voilà-t-y pas que près de 35 ans plus tard, et sans me consulter, cet enfoiré que j’ai perdu de vue publie dans mon dos une réédition des Street Spirits ! Mis au pied du mur, je considère que cet objet est, ni plus ni moins, un livre pirate, un bootleg, une contrefaçon. Ce qui sans doute ne m’empêchera pas de commander un exemplaire pour le relire.

De mémoire, il me semble que ce travail de jeunesse, sans être déshonorant, était un peu amateur, non dénué de clichés. Surtout, il risque de paraître dérisoire et dépassé à notre époque, noyée qu’elle est sous les récits de super-héros, plus ou moins parodiques (voire trash, façon The Boys), ET sous les opérations de communication.

Qui est curieux se procurera l’objet ici.

Sinon on peut aussi écouter Street Spirit de Radiohead qui date de la même époque (1995) et rêver qu’il s’agit de la bande originale du livre. Le clip de cette chanson, beau et cafardeux, est signé Jonathan Glazer, qui sera bien plus tard l’auteur d’un des films les plus fous et les plus stupéfiants jamais tournés, Under the skin. Quel rapport ? Bah, on a tous des oeuvres de jeunesses planquées dans un recoin du www.

Titanesque

20/07/2023 Aucun commentaire
Photo : Sciences et Avenir

Oh oh, c’est quoi cette odeur ?
On vient d’observer près de Nancy l’éclosion de la plus grosse fleur du monde ! Fleur rare et fragile mais disproportionnée, qui s’appelle Pénis de titan, et qui pue, mais qui pue, que c’en est affreux-affreux. Il n’en fallait pas davantage pour ressusciter brièvement et en pleine canicule Mirliton Matin. (Pour mémoire, les annales de MM, média éphémère, sont consultables ici.)

Une (autre) charogne
Hommage à Charles Baudelaire

Surnommée « Pénis de titan »,
La plus énorme fleur au monde
N’en éclot que tous les cent ans
Dans une puanteur immonde.

L’Amorphophallus titanum
(De son aimable nom latin)
Déploie un répugnant arôme
La protégeant des importuns.

Trois mètres, un quintal… La géante
Schlingue à mort la viande pourrie !
Et cette exhalaison puissante
Est sa seule coquetterie.

En disciples de Baudelaire,
Nous sentons cette fleur du mal
Empoisonner notre atmosphère,
Toxique ainsi que sont les mâles.

Tout en voilant son nez, le fier
Botaniste-accoucheur se navre
Que sa fleur née dans la bruyère
Ait un autre surnom : « Fleur-cadavre » .

Aussi retenons « Pénis » ! Et la leçon :
Chers messieurs, la taille ne fait pas tout.
Mieux vaut minuscule qui fleure bon
Que titanesque refoulant l’égout.

Mirliton Matin (1/2 : janvier 2023)

14/01/2023 Aucun commentaire

Jour Zéro

Oyez, oyez, oh yeah !
Dès le premier janvier
Adviendra le Grand Soir
Dans le Fond du Tiroir :
Marie Mazille et moi
Lançons, pour tout le mois,
Un nouveau quotidien !
Le « Mirliton matin »
Un média poétique
Musical sans musique
Qui traitera l’actu
Hors des sentiers battus
Rimaillera les faits
Pour les réenchanter !
(Ceci en prévision
De notre création
D’un concert en duo
Qui aura lieu bientôt :
Le vinteussept janvier.)
Oyez, oyez, oh yeah !

Le 1er janvier 2023 la page Fatchebouc du Fond du Tiroir accomplira une mue provisoire et deviendra… Mirliton Matin !
Mirliton Matin est un média éphémère (espérance de vie : deux mois/ obsolescence programmée : le 28 février), gratuit et joyeux qui, afin de résister à la sinistrose alimentée sans fin par l’actualité, ressuscitera la tradition du quatrain de circonstance et rimaillera sur quelques informations tombées aléatoirement sous nos yeux ou bien choisies sur le volet, aux bons soins de nos deux envoyés spéciaux sur le front de l’hémistiche, Marie Mazille et Fabrice Vigne.
Rien ne vaut un exemple… Aussi, en avant-première, je sélectionne immédiatement et sous vos yeux, mesdames et messieurs, une quelconque info du jour, ah, tiens, elle est particulièrement plombante, tant pis, c’est le jeu, cueillie sur Médiapart… et j’en concentre, comme en un creuset alchimique, la substantifique moelle pour faire naître un quatrain bien senti… alors le miracle s’accomplit ! La vie soudain, même la nôtre, même la vôtre, même celle des sapins toxiques, est infiniment plus gracieuse en alexandrins :

« Mon beau sapin, roi des forêts au vent fétide !
Une épine corrompt la magie de noël :
Des branches du Nordmann tombent les pesticides
Et nous les savourons en guise de cocktail
. »

Jour 1

1er janvier, MIRLITON MATIN !
Demandez MIRLITON MATIN !
Le quotidien qui vous enchante et qui paraît quand ça lui chante !
Le quotidien qui vous emballe et qui fait vibrer les timbales !
Le quotidien qui vous enivre et qui vous cause comme un livre !
Le quotidien qui rime ailleurs et qui devient bouquet de fleurs !
Le quotidien qui prend l’actu et lui colle une plume dans l’flux !

Lors, que puiserons-nous dans le remugle immonde
Des actualités qui encombrent le monde ?

George Santos est un sensationnel vantard
Nouveau champion poids lourd du cynique bobard
Fringante incarnation du futur politique
Qui nous vient (forcément) de New York, Amérique.
Enfoncés, les Contras, l’Irangate de Ronald…
Dépassée, la fable « armes massives » Bush Junior…
Relégués, tous les tweets vérolés du Donald…
Le boniment ricain a un nouveau cador !
Il s’appelle George Santos et il ment tellement bien
Qu’on ne peut croir’ ni ce qu’il dit ni son contraire
Il ment comme il respire, il ment pour tout, pour rien
Sur ses parents, sur son argent, sur sa carrière…
Sur sa vie sexuelle : il jure qu’il est gay
Si cela lui rapporte un électeur de plus !
La vérité est morte ! Et chacun peut briguer
Un mandat d’imposteur car toute honte est bue.
Ce jeune homme ambitieux, politicien ultime
Assure qu’il n’a fait que ce que d’autres font
Falsifier son CV pour un job… Pas un crime !
Puisqu’il vous dit que l’important est qu’il soit bon.

Jour 2

Mirliton Matin vous souhaite une bonne journée et une bonne année !
L’info du jour est très intéressante, preuve en est qu’elle est puisée dans Ça m’intéresse.
1
« Tes yeux sont si profonds que j’en perds la mémoire »
Ainsi parlait, à son Elsa, Louis Aragon
Qui, même s’il était un stalinien notoire,
Était, grâce à l’amour, rendu un peu moins con !

2
Attention aux dangers méconnus de l’orgasme !
On désire bien sûr ce vibrant choc nerveux
Qui nous secoue la fibre et l’âme et l’enthousiasme
Mais nous rend amnésique avant que d’être vieux

Jour 3

Mirliton Matin, rubrique sportive ! Le triste destin d’un champion.
Avec, pour l’un des deux quatrains (je ne révèlerai pas lequel), un reporter invité, M. Christophe Sacchettini.

1
Pauvre champion cycliste qui, sans ex-aequo
Et peut-être non plus sans anabolisants,
Avec pour seule came un peu de proseco,
Passe d’une heure de gloire à un drame cuisant !

2
C’est-il assez ballot d’échouer si près du but
A trop la secouer on triomphe sans gloire
Lors que notre champion aurait pu mieux boire
En penchant de côté son jéroboam en rut

Jour 4

Mirliton Matin, rubrique politique française !
Parfois l’actu s’offre comme un cadeau : le discours de nouvel an d’Emmanuel Macron, pour incongru et scandaleux qu’il fût, comprenait cette question de pure rhétorique, faussement naïve… mais qui, à peine remaniée, forme un délicieux alexandrin : « Qui aurait pu prévoir la crise climatique ? » Oui, il l’a dit. Il a osé.
Avec une telle matière première, rédiger le reste du poème n’était plus que formalité pour l’équipe de professionnels chevronnés de Mirliton Matin :


« Qui aurait pu prévoir la crise climatique » ?
La France compatit à l’effroi de Manu.
Nous qui ignorions tout ! L’instant serait critique ?
L’info est stupéfiante et nous tombons des nues !
Car depuis quarante ans, seuls quelques scientifiques
(Tous amish, marginaux, gauchistes malvenus)
Clament que le climat atteint un seuil critique !
Les autres, les sérieux, ont toujours soutenu
Que tout va pour le mieux ! La ré-ale politik
Rassure les marchés, et chaque revenu
De la croissance augmente les ruisseaux de fric
Pour sauver la Planète et tout son contenu !
Le réveil est brutal et l’aveu, poétique.
Terminée la bamboche, tas de parvenus !
Le président élu de notre République
Nous prendrait-il pour une bande d’ingénus ?

Jour 5

Mirliton Matin, rubrique vie pratique !
M.M. vous souhaite bon courage pour la reprise, et accompagne la fin de votre période de bamboches alimentaires avec une recommandation sanitaire.

Ce qui est bon pour nous ne l’est pas pour les bêtes.
Nos orgies ne sont pas pour les chiens, ni nos tables.
Chocolats interdits aux clebs pendant les fêtes !
Car Médor risquerait un trépas lamentable.
Son maître, quant à lui : uniquement diabète,
Surpoids, indigestion, plaisir un peu coupable.

Jour 6

Mirliton Matin, rubrique culturelle : un concerto de John Cage dure 639 ans.
Nous en extrayons deux quatrains, dont l’un comprenant une praïvète djoke à propos d’une chanson qui, si tout va bien, ne durera pas 107 ans.

1
L’œuvre lente de Cage, dont le prénom est John
Dure, c’est étonnant, six-cent trente et neuf ans.
Un accord chaque année et tout l’orgue en résonne.
Allah, dit le Coran, couronne les patients.

2
Ça ne vous suffit pas, un chant de 107 ans ?
Nous avons trouvé mieux : six siècles et des poussières !
Concerto pour têtus et pour leurs descendants
Qui à leur tour seront retournés en poussière.

Jour 7

Mirliton Matin, rubrique faits divers : alerte à la bombe à l’hôpital de Toulon après l’admission d’un octogénaire s’étant introduit un obus dans le rectum !
Les deux envoyés très spéciaux de M.M., Marie Mazille et Fabrice Vigne, ont immédiatement été dépêchés sur le lieu du drame afin d’enquêter sur cette délicate affaire.
Chacun, en toute indépendance, en a promptement rapporté (c’est ce que font les reporters) un papier. Nous les publions tels quels, mais par pudeur et discrétion, nous ne dévoilerons pas à nos lecteurs qui a écrit quoi. Peut-être devinerez-vous ?… La première bonne réponse gagne un abonnement à vie à Mirliton Matin !
1
Jouer au trou d’obus avec son trou de balle
Est séduisant, mais périlleux. Avertissement !
N’essayez pas chez vous ! Il peut être fatal
De s’introduire un projectile au fondement.

2
Un peu de vaseline
sur un obus
Vous débouche la pine
et puis le cul
Pas d’âge pour essayer
certains objets
Pour vos quatre-vingts ans
c’est excitant
Un obus dans le trou
le fait plus grand
Oui ! Allons-y gaiement
si ça nous plaît !
Et si c’est pour faire plai-
sir à Grand-mère
Enfilons-lui direct
un réverbère

Jour 8

Mirliton Matin, chronique criminelle !
« La police drogue la ville » ? Cette nouvelle littéralement stupéfiante valait bien un quatrain, sans doute.

Les flics croyant bien faire brûlent trois tonnes de shit
Aux abords d’une agglo comptant deux millions d’âmes
Reste à verbaliser tous ces toxicos, vite !
On n’est pas mieux servi que par sa propre came.

Jour 9

« Mirliton Dimanche-Voici-Gala-Closer » !
Par milliers, ou millions, je ne sais plus, je n’ai pas recompté ce matin, les lecteurs de Mirliton Matin nous réclament une rubrique people.
Nous vous avons entendu !
Notre reporterre ventre-à-terre Marie Mazille a réagi à chaud au coming-out de l’acteur Wentworth Miller, acteur vedette de la série Prison Break.

Le jour où j’ai découvert que Wentworth était homosexuel.

Wentworth Miller ? Homosexuel ?
Oh, doux Jésus, oh Sainte vierge !
Quelle abominable nouvelle
Prions, chères sœurs, prions le ciel
Pour que ça ne soit que lubie
Un si bel homme, Ah ! quel gâchis !
Moi qui, presque toutes les nuits
Rêvais de son cul, de sa verge !

Par solidarité, Fabrice Vigne a rédigé une réponse qui vient de tomber des téléscripteurs (ou des fax, je ne sais plus, je n’ai pas vérifié ce matin) de l’Agence France-Presse.

Console-toi Marie, voici ma sympathie
Je partage, sais-tu, ta profonde détresse !
Depuis toujours je suis dingo d’Anna Calvi
Et mon coeur saigne : elle préfère les gonzesses

Jour 10

Mirliton Matin, rubrique beaux-arts : un tableau de Piet Mondrian est accroché à l’envers depuis 77 ans dans un musée de Düsseldorf.
Nous prions nos lecteurs de ne pas nous signaler que le dernier mot du poème n’existe pas. Nous sommes au courant. Ce n’est pas un barbarisme mais une rime riche.

Peut-être connais-tu New-York city Un ?
C’est un tableau carré du fameux Mondrian
Inspiré d’un décor graphique et citadin
Composé de carrés bleus, rouges, jaunes et blancs
Exposé depuis plus de soixante-dix-sept ans
Dans une galerie au cœur de Düsseldorf.
C’est Suzanne Meyer (immense commissaire)
Qui a compris soudain, en faisant le poirier
Que ce tableau était (on ne peut le nier)
Accroché à l’envers (mon dieu ! la catastrorphe !)

Jour 11

Mirliton Matin, rubrique vie pratique et méthode Coué ! Le sourire peut améliorer notre santé mentale, paraît-il.

1
Faites un petit effort sur les zygomatiques
Étirez-moi ces muscles ! Mieux que ça je vous prie
Vous sortirez grandis de cette gymnastique
Par un sourire comme jamais on n’a souri.

2
L’info ne date pas d’hier mais de M. de la Bruyère :
« Rions avant que d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri »
C’est le sourire qui rend heureux, non le contraire
Un sourire forcé… puis un vrai c’est promis.

3
Brassens, citant Pascal, se moquait des curés
Pérorant un moyen d’atteindre l’éternel :
« Faites semblant de croire, et bientôt vous croirez ! »
À notre époque à peine moins irrationnelle
L’équivalent de ce conseil s’appellerait
« Manuel de Développement Personnel »

Jour 12

Mirliton Matin, rubrique psychologie de couple ! Toujours à la pointe de la recherche scientifique, M.M. puise l’info du jour dans Biba, qui régulièrement ajoute « selon la science » ou « une étude prouve » dans sa titraille pour faire sérieux.

Des savants prestigieux (et cités par Biba)
Déconseillent toujours de rappeler son ex
Car cette humiliation accroit le célibat
Au lieu de garantir une partie de sexe

Même si votre moral reste désespérément bas
Ne le rappelez jamais sous aucun prétexe !

Jour 13

Mirliton Matin, rubrique Monde de l’éducation !

Et attention ! Aujourd’hui la rédaction de MM fait du zèle.
Le fait divers du jour est tellement inspirant que nous en tirons non un modeste quatrain mais un vaste poème épique en 31 alexandrins, conçu selon une versification particulièrement sophistiquée : rimes quadruples, en -Ac, -Ic, -Ec, -Oc.
Ayant constaté la nature rythmique et percussive de ce texte, nous avons songé que sa finalité idéale serait de devenir un rap. Mesdames et messieurs, nous avons le plaisir de vous annoncer que ce rap sera créé sur scène le 27 janvier prochain (les détails viendront). Car Mirliton Matin n’a peur de rien, tels les grands reporters qui lui servent de modèle, Albert Londres ou Jack London (qui portent du reste presque le même nom).


Grande stupeur au collège Georges Charpak !
Le prof d’histoire encourage les travaux pratiques
Invitant les élèves à la bibliothèque
À se munir d’objets racontant les époques…
Ce matin-là l’objet choisi faisait tic-tac
Un obus de 14 enclenche la panique !
« C’était à mon grand-père » , se défend le blanc-bec
Insouciant de la peur que sa bombe provoque :
700 élèves évacués de la baraque !
Une alerte à la bombe, on appelle les flics
Peu s’en faut qu’on lançât un nouveau plan ORSEC
Le préfet, les pompiers sécurisent le bloc
Le pays aux abois : un terroriste attaque !?!?
Plus de peur que de mal : l’artefact historique
N’était plus en état d’engendrer des obsèques.
Mais il ne faudrait pas minimiser le choc
Car il y a de quoi rendre paranoïaque…
Pour la prochaine fois, un cours sur l’Amérique
Chacun apporterait arc, flèches, poignard aztèque
Et l’on se scalperait à coups de tomahawk ?
Le collège aujourd’hui c’est n’importe nawac !
Laissons les professeurs faire œuvre pédagogique
Je sais bien que chacun doit gagner son bifteck
On dit qu’il y a beaucoup d’enseignants sous médocs
Mais si ça les retient de distribuer des claques…
Tenir… jusqu’à la fin… palmes académiques…
« Pense aux enfants ! À ta mission ! Et à ton chèque !
À Samuel Paty sans faire dans ton froc ! »
A-t-on le droit de l’dire sans passer pour réac ?
Ton métier a changé, ainsi que ton public
Je tire mon chapeau, je bois à ta santé, mec !

Jour 14

Page infomerciale dans Mirliton Matin !
Nos deux reporters de l’extrême, Marie Mazille et Fabrice Vigne (mais surtout l’une des deux) se lancent dans le publireportage et l’autopromo ! Car aujourd’hui, vendredi 13 janvier, s’ouvrent les inscriptions pour leur fabuleux Stage d’écriture de chansons aux bons soins de Mydriase, qui se tiendra du 16 au 22 avril 2023 à Bourgoin-Jallieu.

La vidéo se regarde ici, sauf il n’y a rien à regarder, c’est une image fixe, vous pouvez faire autre chose en même temps, la vaisselle, le ménage, un tableau impressionniste, ou un chèque d’arrhes pour votre stage libellé à Mydriase.

C’est le printemps c’est le printemps
C’est le stage de printemps
Ran tan plan tambour battant
Viens boire un petit coup de… rouge !

Raphnin Maurel et ses ritournelles
Vous apprennent le diato en ribambelle
Des polkas, des scottish des bourrées, des tangos,
En ré dièse en colargol, en mi bémol en do
Au refrain : C’est le printemps c’est le printemps…

Si tu veux dev’nir un as de l’accompagnement
Meilleur que Gershwin ou Michel Legrand
Choisis Milleret, Reboud, Quéré
Ces gars sont très forts en si en ré
Au refrain : C’est le printemps c’est le printemps

Que tu sois baryton, bar-man ou soprano
Que tu joues du pipo, du banjo, du piano
Que ton nom soit Rodrigo, Roberto, Pinocchio
Inscris-toi chez Piccolo saxo et Botasso
Au refrain : C’est le printemps c’est le printemps…

Si quand tu chantes au diato tu te perds et tu t’égares
Que le do sus neuf te laisse hagard
Que tu confonds les bémols et les bécarres
Précipite-toi chez Jean-Marc Rohart
Au refrain : C’est le printemps c’est le printemps…

Si tu veux faire des chansons petit patapon
Trouver des rimes en ronron en bonbon en pompon
Fabrice Vigne et Marie Mazille
T’apprendront tout tout tout avec un stylo bille
Au refrain ad. lib.

Jour 15

Mirliton Matin, rubrique sexologie (il était temps) ! Voici LE bon tuyau pour atteindre l’orgasme à tous coups.

Je ne prendrai pas de pincettes
Pour te refiler la recette
D’un mémorable cinq-à-sept
Pour un orgasme jeu, match, et set
Si tu veux partir en sucette
Dire adieu à ta vie d’ascète
Exploser comme un Exocet
Jouir comme une boule à facettes
En quadrichromie, en offset

Comme un jackpot crache les piécettes
Facile : tu gardes tes chaussettes

Jour 16

Mirliton Matin, rubrique écologie ! Réchauffement de la planète/Échauffourées de l’Allemagne.

Comme le Titanic fonçant sur un Iceberg,
Le monde et l’Allemagne avalent le carbone
Et recrachent l’émeute. Survient Greta Thunberg !
Peut-elle faire de ’23 une année bonne ?

Jour 17

(Spéciale dédicace à un ami qui se reconnaitra et qui décroche à l’instant son titre de professeur grâce à un mémoire sur le syndrome de l’imposteur.)

Mirliton Matin, rubrique « sociologie-et-non-psychologie » ! Car nous ne comprendrons rien du si répandu « syndrome de l’imposteur » si nous l’analysons exclusivement en termes de psychologie individuelle. Il s’agit d’un indiscutable fait social. Une seule remarque pour le démontrer : ce prétendu « syndrome » touche davantage les filles que les garçons… Quelles sont les places respectives des unes et des autres dans le champ social ?

Couplet 1
Je crois que c’est mon tour ? d’accord bonjour docteur
Je ne viens pas pour moi, c’est pour un d’mes amis
Figurez-vous qu’il souffre d’un étrange malheur
Il croit qu’il est un autre, il croit qu’il n’est pas lui
Il joue la comédie même s’il n’est pas acteur
Il a tout usurpé, il n’a aucun génie
Il ne mérite rien, ni statut ni honneur
On se trompe sur lui, il vit dans le déni
Il n’a que profité du hasard, d’une erreur
Pour en arriver là il a toujours menti
Il doit tout, son travail ou ses affaires de cœur
À des malentendus ! Imaginez sa vie…

Refrain
Je ne suis pas ce que l’on croit
Je ne suis pas celui qu’on dit
Le costume est trop grand pour moi
En dedans je suis tout petit
Faire semblant c’est du tracas
Mais je l’ai fait toute ma vie
Et j’aggrave encore mon cas
À chaque fois que je souris
La vérité éclatera
Sur ce qu’au fond de moi je suis
Le monde entier dénoncera
L’incroyable supercherie
J’irai me cacher comme un rat
Et j’attendrai que l’on m’oublie

Couplet 2
Pour couronner le tout, il a sans arrêt peur
Il craint qu’on le démasque, il craint d’être démis
Lorsqu’on l’appellera un mystificateur
J’ai fait quelques recherches sur internet la nuit
Ah oui c’est vrai docteur je prends l’affaire à coeur
J’ai appris que son cas fait partie des manies
Qui sont référencées par des grands professeurs
On a même donné un nom à sa maladie
Elle a pour nom de code « Syndrome de l’imposteur »
Enfin je n’en sais rien, je répète ce qu’on dit
Pouvez-vous faire quelque chose pour moi docteur ?
Euh non pardon bien sûr, je veux dire mon ami ?

Jour 18

Mirliton Matin, rubrique psychanalyse et grosses cylindrées ! Il était temps que la science démontre ce que l’on pressent depuis toujours : la taille du pénis est inversement proportionnelle à celle des bagnoles que l’on conduit.

Fabrice Vigne se sentant assez peu concerné par ce scoop (voici, en toute transparence et sans forfanterie, la liste complète de ses voitures successives : une R5, une 2 CV et trois Twingos), c’est Marie Mazille qui se colle au poème du jour :

Ferrari ou Bugatti ?
Tout petit petit zizi
Si tu roules à trois-cent-dix ?
Tout petit petit pénis
Fonce en Hennessey Venon ?
Zizi vraiment pas très long
Frime en Tuatara Jaguar ?
Microscopique, ton dard
Mais…
Mini-Cooper, Coccinelle ?
Considérable chandelle
Quatre-ailes ou bien deux-chevaux ?
Rocco rocco Sifredo
Trottinette ou bicyclette ?
Enormissime quéquette
Patins à roulette ou mob ?
Trois mètres de long, ton zob

Jour 19

Ce jeudi est un jour de mouvement social !
C’est bon le mouvement, et c’est beau le social.

Mirliton Matin déterre de son service d’archives une jolie photo de 2010 pour le plaisir de rappeler la pérennité de nos pas et se fend d’un quatrain de circonstance, ode au mouvement.

Il fait beau, il fait froid, on arpente la rue
On dégourdit ses jambes et son pouvoir : on marche
Notre 49.3 est l’allée parcourue.
Parce que c’est nous, pas lui, la « République en marche »

Manif 2010
Notre grand reporter, de dos et de guingois
Au sein du défilé de deux mille vingt-trois.
Une chose inchangée, et l’on peut en sourire :
Comme autrefois il porte son manteau de cuir.

Jour 20

Mirliton Matin, pages saumon : rubrique économie et premiers de cordée !

La méritocratie dans toute sa splendeur !
La fille aînée du roi devient reine à son heure
Il est si beau de triompher grâce à sa sueur
Humblement nous souhaitons à nos puissants seigneurs
Opulence et santé, réussite et bonheur
(Ils vécurent heureux et eurent l’argent du beurre)

Jour 21

Mirliton Matin, rubrique religion contre prouesse mentale ! (Un peu manichéen, comme accroche, mais faut ce qu’il faut.) La championne d’échecs iranienne Sarah Kadem «n’est pas elle-même» avec un voile.

La championne d’échecs ne sera plus voilée
La reine prend le roi ! Dehors les phallocrates !
Sous le fichu, la liberté est contrôlée
Un beau jour les mollahs seront échec et mat

Jour 22

Mirliton Matin, rubrique vie sauvage et hommage à Serge Reggiani ! Les loups sont de retour en Isère.

Deux loups, ouh-ouh, ouh-ouuh
Deux loups sont entrés dans l’Isère
En passant par Saint-Martin-d’Hères
Deux loups sont entrés dans l’Isère
Oh, tu peux rire, charmant Albert
Deux loups sont entrés dans l’Isère

Jour 23

Mirliton Matin, rubrique « Femme, Vie, Liberté » !
Il était urgent que Dieu nous fasse un petit coucou dans le ciel, tellement la planète étouffe de tous les abrutis qui parlent en son nom. Voilà qui est fait : jeudi dernier, la Turquie a pu admirer le con de Dieu.

Dieu nous est apparu, or c’est une déesse !
L’origine du monde : un beau sexe carmin
On ne voit que devant mais on rêve à ses fesses
À ses seins, à sa bouche, à ses yeux, à ses mains
Révisons en urgence et la Bible et la messe
Vivent les bacchanales, rites gréco-romains !

(Ce gros plan permet même les plus fous espoirs :
En plus que d’être femme, Dieu est peut-être noire ?)

Jour 24

Mirliton Matin, rubrique spectacle vivant !

Jour 25

Mirliton Matin, bulletin météo ! Phénomène rare, la mer gèle.

J’ai vu. L’âme erre… Jeu laid !
J’ai vu l’amer, je l’ai.
G., vue là. Merge l’est.
J’Ève… Hue, mère ! « Je » lait.
[vers psychanalytique]
Jé, vůle âme « R ». Je l’est
[un autre. vers rimbaldien]
Jet – vue la maire, geule, haie
[vers politique]
Gève, hue, lame, aire, jeu, lai
J’ai vu l’amère gelée…
J’ai vu la mer geler.

Précision pédagogique apportée par notre envoyée spéciale Marie Mazille :

Voilà qui permet d’apprendre quatre mots (minimum).
– Jé : sonde de jonc pour dégorger les tuyaux/synonyme de rotin.
– Vůle : volonté, bienveillance. Du vieux slave vola qui donne le polonais wola et l’anglais will.
– Lai : Petit poème narratif, en vers octosyllabique, inspiré de sujets sérieux ou passionnés, empruntés le plus souvent à d’anciennes légendes.
– Geule : variante rare de Gole ou de Gueule, pour désigner une bouche, un collet ou une parole.

Jour 26

Mirliton Matin, rubrique pseudo-people et drame de voisinage ! « Gainsbourg » excédé poignarde « Johnny » !

Quoi qu’est c’qu’elle a ma gueule / Oh ce mortel ennui
L’un se prend pour Gainsbarre et l’autre pour Jonnhy
Tous deux sont voisins proches et pourtant ennemis
Paul souvent se déguise, Norbert se travestit
Un beau jour c’est le drame car Paul Dupuis
Se saisit d’une hache et Norbert d’une scie
Le combat est sanglant en fin d’après d’après-midi
Ils agonisent en chœur sur leurs paillassons gris
Sans s’être dit bonjour pendant vingt ans et d’mi

Jour 27

Mirliton Matin, éphéméride ! Aujourd’hui, 27 janvier, bonne fête à toutes les Angèles !

Vous en voulez encore ? Chacun ses goûts. La suite-et-fin est ici.

Idéal connard

14/05/2022 un commentaire

Onésime et Élisée commencent alors à me parler
De tous les gens formidables qu’ils ont rencontrés
Bien sûr ils ont aussi croisé quelques salauds
C’était souvent des chefs dans le boulot

Bérengère Cournut, Élise sur les chemins

C’est reparti (ça recommence demain) ! Marimazille et moi-même nous taquinons à coups d’idées de chansons. Marie puise son inspiration dans des infos à la une du web, notamment scientifiques mais exclusivement saugrenues.

C’est ainsi il y a une paire d’années qu’elle m’avait défié d’écrire une chanson sur la découverte sensationnelle des fossiles de spermatozoïdes géants vieux de cent millions d’années… Je m’en suis acquitté et tu peux écouter ce chef d’œuvre en alexandrins à rime unique, –ide.

Puisque nul n’arrête la marche du progrès scientifique, ce coup-ci Marie me transfère une autre révélation fracassante qui vient secouer le milieu académique international : la formule du connard idéal (de l’asshole, en VO) vient d’être mise au jour par une équipe de chercheurs de l’université de Georgie. Certes, cette définition rigoureuse et méthodique du connard manquait à chacun de nous, qui employons cette insulte de façon si désinvolte ; une chanson pour chroniquer l’événement, aussi. OK, je m’y colle, je sens bien que si je n’écris pas cette chanson personne ne le fera et on ne saura pas ce qui nous manque. À nouveau en alexandrins à rime unique, -ard, comme Fond du Tiroir, par exemple.

De la vulgarisation ? Oui, mais de la vulgarisation de mirliton !

Intro
Les progrès de la science sont tellement rapides
(ah non au temps pour moi, mon erreur est stupide !
J’ai confondu avec une chanson en “-ide”
Désolé, je reprends pour éviter le bide…)

1
Les progrès de la science sont tellement bonnards
Qu’on a élucidé dans un laboratoire
Grâce à des savants fous et à tout leur bazar
Éprouvettes, cornues, alambic et sonar
Le vrai portrait-robot en mode opératoire
La formule chimique du parfait connard !
(gare au connard ! gare au connard ! gare au connard !)
2
Tu m’as bien entendu ! C’est pas un canular
Si tu ne me crois pas attends que je te narre
Quand j’aurai terminé tu seras moins ignare
Enfin tu pourras dire “Je sors du brouillard”
Sans même avoir besoin de brancher ton radar
Tu sauras repérer le plus parfait connard !
(gare au connard ! gare au connard ! gare au connard !)
3
Hommage soit rendu à ces brillants thésards
Qui consacrent leur vie à des questions bizarres
Et grâce à leur recherche augmentent le savoir
Universel car oui la science est un art
Venons-en au sujet : au fait et pour mémoire
A quoi ressemble-t-il notre fameux connard ?
(gare au connard ! gare au connard ! gare au connard !)
4
Selon les statistiques, sources contradictoires,
Le profil idéal serait multistandard :
Ton ex qui t’a déçu en quittant ton plumard
Ou bien ton actuel qui manque encor’ d’égards
Ou bien un harceleur qui te suit dans le noir
En bref il est tout près, derrière toi un connard !
(gare au connard ! gare au connard ! gare au connard !)
5
Quoi d’autre ? Un chefaillon qui t’en aura fait voir
En jouissant d’exhiber son infime pouvoir
Un gougnafier sans gêne, un mesquin, un avare
Un gros bâtard qui a forcé sur le pinard
Ou un ancien ami qui te plante un poignard
En répétant partout que c’est toi le connard
(gare au connard ! gare au connard ! gare au connard !)
6
Un dépressif qui t’a pris pour son déversoir
Un religieux qui te bénit à l’ostensoir
Un omniscient et ses maudits airs péremptoires
Un cruel qui fait mal pour rien et puis se marre
Un bavard, un tocard, voire un raton-lavoir
Alerte on est cernés, au secours, des connards !
(gare au connard ! gare au connard ! gare au connard !)
7
T’en veux encore ? L’escroc qui t’aura pris pour poire
Ou un voisin bruyant, sa femme et ses moutards
Un manipulateur et son art oratoire
Cousin relou, beau-frère réac, tonton Gérard
Enfin tu m’as compris, panel aléatoire
La conclusion s’impose, partout est le connard.
(gare au connard ! gare au connard ! gare au connard !)
8
Mais attention car tout le monde (ou la plupart)
Est susceptible un jour, de l’enfant au vieillard
De correspondre peu ou prou à ce lascar
Toi-même tu devrais vérifier tôt ou tard
Si un de ces matins et comme par hasard
Il n’apparaîtrait pas au fond de ton miroir
(gare au connard dans ton placard ! gare au connard dans ton placard !)

Un char d’assaut sur l’océan

07/03/2022 2 commentaires

Ce que font les images en nous…

J’ai été frappé, il y a quelques jours, par une image. Par des milliers d’images, bien sûr. Mais par une image. Celle-ci.

L’image satellite de la colonne de 65 kilomètres de chars russes en route pour Kiev. Colonne qui paraît-il est restée à l’arrêt plusieurs jours pour cause de panne d’essence, détail qui serait comique, quoiqu’un peu invraisemblable, si nous étions en train de regarder un film, un film pacifiste parodiant la guerre, genre On a perdu la 7e compagnie de l’armée russe, ah ah non mais c’est un peu gros quand même, où vont-il chercher toutes ces conneries. Enfin la colonne est repartie, l’image est restée. Elle est restée comme l’emblème, la parabole de la catastrophe en marche, inexorable, lente, patiente, promesse de destruction, de feu et de sang. La mort en panne d’essence. La force de frappe rétinienne.

Je ne dors pas bien. Oh, cela ne date pas de cette semaine ou de Poutine. Je ne dors pas bien et je remâche des mots et des images, parfois pendant le sommeil, parfois même pas. Je mâche en veillant, je rêve sans dormir.

Sans dormir, j’ai rêvé plusieurs nuits de cette colonne de chars d’assaut, collée à ma cervelle, mais je l’ai rêvée dématérialisée des montagnes d’Ukraine et rematérialisée par magie, téléportée en un claquement de doigt, au-dessus de l’océan. Tiens, par exemple, à la verticale de la Fosse des Mariannes, 11000 mètres d’abysse. Je voyais, je vous jure que je voyais comme je vous vois, les chars d’assaut au-dessus de la mer, un à un surgis juste au-dessus de la surface vibrante de l’eau, flottant une fraction de seconde hébétée puis plouf adieu suivant, gloub gloub gros bouillon, les militaires ayant à peine le temps de sentir la résistance de l’eau, et pas du tout celui de comprendre ce qui leur arrive. Qui est incompréhensible, du reste. On ne choisit pas les visions nées de ses insomnies.

Puis, le matin, la journée, le soir, la re-nuit, j’avais cette image en tête, image délivrée par mon phosphore un peu mou et non par l’Internet, pas plus vraie pour autant : Un char d’assaut sur l’océan.

Je trouvais que les mots sonnaient bien, Un char d’assaut sur l’océan, l’octosyllabe est charpenté, le début d’un poème ou d’une chanson, j’ai fini par tenter quelques quatrains en fixant le plafond, histoire de poser des mots sur ce que je voyais :

Un tank à la fosse commune
Ou dans la poubelle je-trie
Ou téléporté sur la lune
Enfin au diable ou en débris

Un char d’assaut sur l’océan
Un char Dassault ou de l’Oural
Une armée réduite à néant
Noyée avec son général

Un char d’assaut sur l’océan
Deux tanks envoyés à la baille
Trois chars dans le gouffre béant
Quatre blindés quelques médailles


Cinq chars six chars et la culbute
S’en vont salir les fonds marins
Leurs tourbillons se répercutent
Tout mollement et plus plus rien

Dix chars vingt chars une colonne
Prend son virage à angle droit
Cent chars tombés dans le canyon
La gravité reprend ses droits

Mille chars jetés dans la flotte
À queue-leu-leu gros éléphants
Leurs artilleurs et leurs pilotes
Les pauvres, ce sont des enfants


La colonne au fond de la fosse
Des Mariannes en caniveau
Mon songe creux, mon idée fausse

Précipité dans mon cerveau

Cohorte avalée par la mer
Conflit englouti par les flots
Je suis rattrapé par l’amer
Par le réveil par la radio.

Enfin, à force de triturer l’image, cette nuit elle a fini par m’apparaître incontestable. Je n’avais plus aucun doute : je n’ai rien inventé, tout était là avant moi, le char sur l’océan est une image ancienne, archaïque même, tout le monde l’a formulée un jour ou l’autre, n’est-ce pas ? Stéréotype, cliché, poncif. Ce qui fait que, très logiquement (on fait de ces choses quand on ne dort pas), j’ai tapé sur Google « un char sur l’océan » pour vérifier méthodiquement toutes les sources historiques qui ne manqueraient pas d’éclore, afin que des images extérieures attestent les intérieures.

J’ai reçu en retour le char de Neptune :

C’était totalement hors sujet. Finalement, après de longs et patients recoupements sur Google Image, la photo la plus fidèle à l’idée que je m’en faisais avant de la connaître était celle-ci :

Il s’agit d’un reportage en Thaïlande datant de 2018. Vingt-cinq carcasses de chars d’assaut T69 ont été précipités dans la mer, ainsi que de nombreux wagons et camions-poubelles désaffectés, dans le but de créer un récif retenant les poissons, qui permettrait aux pêcheurs locaux de remplir un peu leurs filets, amaigris pour cause de surexploitation.

Ah, bon. Les Thaïlandais ne le sauront jamais mais c’était ma vision.

Ce que font les images en nous ? L’imagination.

Je m’éparpille (car tout m’est atelier)

23/10/2021 Aucun commentaire
« Un obus de 15 centimètres de long a été apporté au collège Georges-Charpak par un élève. » Photo Gendarmerie de Gex

Oh j’ai bien deux ou trois (ou quatre) livres à finir, mais je m’éparpille en chemin et j’écris des bricoles, puis d’autres bricoles, je joue, je réponds, je fais atelier.

Je m’éparpille comment ?

1) Je m’éparpille comme soufflé par un obus de la guerre de 14. Tiens justement, Marie Mazille, selon notre habitude, m’envoie une coupure de presse qui devient le sujet d’une chanson, c’est notre atelier d’écriture à deux et à distance, une sorte d’hygiène, de gymnastique.
L’article du jour porte sur un fait divers : « Mardi 19 octobre, le collège Georges-Charpak de Gex a été évacué pendant une heure. En cause, un obus apporté par un élève lors de son cours d’histoire-géographie. » Toutes affaires cessantes, c’est parti, feu. J’opte pour une forme délicate et sophistiquée sur quatre rimes croisées, ac, ic, èc, oc. Forcément ma plume dévie en cours de route et je m’éloigne du fait divers initial pour en évoquer un autre quatre vers avant la fin.

Grande stupeur au collège Georges Charpak !
Le prof d’histoire encourage les travaux pratiques
Invitant les élèves à la bibliothèque
À se munir d’objets racontant les époques…
Ce matin-là l’objet choisi faisait tic-tac !
Un obus de 14 enclenche la panique !
« C’était à mon grand-père » , se défend le blanc-bec
Insouciant de la peur que sa bombe provoque :
700 élèves évacués de la baraque !
Une alerte à la bombe, on appelle les flics
Peu s’en faut qu’on lançât un nouveau plan ORSEC
Le préfet, les pompiers sécurisent le bloc
La région aux abois : un terroriste attaque !

Plus de peur que de mal : l’artefact historique
N’était plus en état d’engendrer des obsèques.
Mais il ne faudrait pas minimiser le choc
Car il y a de quoi rendre paranoïaque…
Pour la prochaine fois, un cours sur l’Amérique
Chacun apporterait arc, flèches, poignard aztèque
Et l’on se scalperait à coups de tomahawk ?
Le collège aujourd’hui c’est n’importe nawac !
Laissons les professeurs faire oeuvre pédagogique
Je sais bien que chacun doit gagner son bifteck
On dit qu’il y a beaucoup d’enseignants sous médocs
Mais si ça les retient de distribuer des claques…
Tenir, jusqu’à la fin, palmes académiques…
« Pense aux enfants ! À ta mission ! Et à ton chèque !
À Samuel Paty sans faire dans ton froc ! »
A-t-on le droit de l’dire sans passer pour réac ?
Ton métier a changé, ainsi que ton public
Je tire mon chapeau, je bois à ta santé, mec !

(Avis aux amateurs : le stage d’écriture de chansons que Marie et moi-même sommes censés animer pour Mydriase, annulé en avril 2020, annulé en avril 2021, pourrait bien avoir lieu enfin en avril 2022 !)

2) Je m’éparpille aussi comme des graines soufflées à tous les vents. J’anime des ateliers d’écriture thématiques en médiathèque, or le dernier en date portait sur les graines, les plantes, la nature, tout ce qui pousse autour de nous. L’un des exercices que j’ai proposés était d’écrire un poème utilisant, en fin de vers, les mots : Tige, Sève, Feuille, Fleur, Fruit, et/ou Graine. J’ai composé au pied levé et en heptasyllabes (c’est vrai, ça, pourquoi pas l’heptasyllabe, on ne pense pas assez heptasyllabe) l’exemple suivant :

Et si demain tout se fige
Regarde grimper la tige
Et si demain tout s’achève
Regarde monter la sève
Si demain semble un cercueil
Regarde pousser la feuille
Même si demain tout meurt
Regarde s’ouvrir la fleur
Avant demain et la nuit
Regarde mûrir le fruit
Qui sait où demain nous mène ?
Regarde voler la graine

(Avis aux amateurs : le prochain atelier que j’animerai aura quant à lui pour thème l’amour (pas moins) et aura lieu le samedi 13 novembre à la médiathèque d’Eybens – et c’est gratoche.)

3) Je m’éparpille enfin comme on perd son temps sur Internet, à répondre à des mails. Chic, encore un brouteur qui vient me brouter ! Je ressors mon avatar « Raoul DeBoisat » !

Salut,
Veuillez m’excuse pour le dérangement.
Je vous prie d’ouvrir ma lettre sincère !
Bonne journée
Marie
[j’ouvre la pièce jointe :]
Salut bel-inconnue,
Comment allez-vous ? Tout d’abord, je tiens à m’excuser auprès de Vous pour le dérangement, j’espère de tout cœur que la conversation se poursuivra, je suis célibataire. Contactez-moi directement par e-mail j’espère que de Votre côté, vous avez également envie d’y croire et que j’aurais le Plaisir de recevoir une réponse.
[portrait d’une trentenaire brune, hilare, habillée pour l’été]

Chère Marie bonjour
On se méfie toujours quand on reçoit un message d’une inconnue… Pourtant, votre mail comportait le mot « sincère » et j’aime beaucoup la sincérité. Donc j’ai ouvert votre lettre sincère en toute confiance. Je ne suis pas déçu : vous êtes charmante et quand on vous regarde on a immédiatement envie d’en savoir plus sur vous. Où habitez-vous ? Que faites-vous dans la vie ? Êtes-vous vaccinée contre le Covid ? Dites-vous plutôt « le Covid » ou « la Covid » ? « Pain au chocolat » ou « chocolatine » ? Quelles sont vos mensurations (poitrine/hanche/taille) ? Mangez-vous de la viande ? Si oui, combien de fois par semaine ? Connaissez-vous la pizzeria Fratelli à Besançon, rue Berçot (c’est super sympa, la pizza végétarienne est à 15 euros, c’est un peu cher mais ça les vaut) ? Croyez-vous en Dieu ? Et si oui, pourquoi ? Ça t’ennuie si on se tutoie ? Bref, j’ai hâte d’avoir avec vous de grandes conversations comme avec une vieille copine et tous les petits détails m’intéressent.
Bien à vous
Raoul DeBoisat

Je me nomme Marie-Francoise, je suis Célibataire sans enfant et je suis célibataire j’en marre de la solitude. Je suis une femme de nature gentille, sérieuse, compréhensive, respectueuse. Honnête, sincère et fidèle. Je cherche l’âme sœur, je serais très ravie de fait votre connaissance. Avez-vous un compte Skype ou Hangout si oui laisse le moi pour que je puisse vous envoyer une demande pour qu’on puisse dialoguer.
Bien à vous.
Marie

Chère Marie-Françoise.
Merci pour votre chaleureux message qui énumère toutes vos qualités sincères mais… je ne suis pas sûr de comprendre… un doute persiste… Quand vous dites « Je suis célibataire », qu’est-ce que ce mot signifie pour vous, au juste ? Cela veut-il dire que vous n’êtes pas mariée ? Que vous n’avez pas d’homme dans votre vie ? Que vous souffrez de solitude ? Par conséquent que vous seriez disponible voire disposée à une rencontre ? Une aventure sentimentale et sexuelle avec un homme ? Et cette aventure pourrait être… (pardonnez-moi, je me projette déjà) avec moi ? Vous pourriez vivre une folle passion avec moi ? Nous pourrions nous aimer follement en nous moquant du qu’en-dira-t’on ? Soyez indulgente si j’extrapole et si je déforme votre pensée, j’espère ne pas vous froisser, ne pas vous faire dire ce que vous n’avez pas dit et vous faire passer pour une femme facile ! Parce qu’après, vous allez répondre « non mais pas du tout espèce de mytho », vous allez balancer votre porc alors merci bien. Mais j’ai besoin d’être certain, soyez claire SVP : êtes-vous, oui ou non, célibataire ? Et si oui, pourquoi ne répondez-vous pas à mes petites questions (sur votre vaccination, votre pass sanitaire en cours de validité, vos mensurations, et votre connaissance de Besançon) qui permettraient d’accéder à une connaissance plus intime l’un de l’autre ? Votre silence est un peu décevant, je l’avoue.
Bien affectueusement,
Raoul

Je vous remercie de répondre Raoul,
C’est avec joie et bonheur que j’accueille en moi un si beau et tendre message de ta part et sache que c’est un plaisir toujours partagé et renouvelé d’être en ta compagnie par le biais de nos écrits qui se rencontrent sans cesse !
Moi je suis celibataire sans homme ni d’enfant je suis la recherche d’un homme sincère fidèle et honnête Oui oui je serais disponible pour une rencontre et je serais prête pour une relation sentimentale et sexuelle avec un homme.
Oui oui nous pourrions si nous faisons bien la connaissance si cela ne vous dérange pas.
Si j’ai fais le vaccination et je mesure 171 cm , 65 kg , silhouette normale.
Permets-moi de te poser quelques questions.Je peux avoir quelques photos de vous ??
Avez vous un compte Skype ou hangouts pour bien faire la connaissance
Marie

Chère Marie-Françoise
J’étais déçu de n’avoir pas de nouvelles de vous depuis plusieurs jours… Et puis in extremis j’ai eu le réflexe de regarder dans ma boîte à spams. Suprise ! Votre message avait été rangé là et il m’attendait avec votre taille en centimètres et votre poids en kilogrammes !Quel toupet ont ces navigateurs GAFAM et compagnie qui décident à notre place qui sont les désirables et les indésirables ! Ensuite, comme il faut bien s’occuper, j’ai passé mon après-midi à philosopher sur qui est désirable et qui est indésirable et j’ai fini par somnoler. Marie-Françoise, es-tu désirable en plus d’être célibataire ? Ou bien es-tu célibataire justement parce que tu n’es pas désirable ? Ces questions me hantent, désormais !Ainsi qu’une autre, brûlante : habites-tu loin de Besançon ? Je préfèrerais une rencontre en chair et en os plutôt que de confier mon image à Skype ou Hangouts, qui la revendraient sans aucun doute aux Russes ou aux Chinois pour faire de la désinformation politique. En outre, la rencontre physique permettrait de s’aimer sexuellement tout nus, j’expère que tu vois ce que je veux dire sans que j’ai besoin de préciser car j’ai ma pudeur. Je ne te propose pas de venir chez moi parce que ma nièce risquerait de débarquer à tout instant mais je connais un hôtel assez propre à seulement 100 mètres de la gare.
Je t’embrasse
Raoul DeBoisat

Bonne journée!
Merci pour votre réponse Raoul
Comprend moi j’aimerais bien faire votre connaissance.
Mais tu peux créer un compte Skype ou hangout, la on pourras bien discute.

Marie-Françoise
votre insistance à me créer un compte skype ou hangout, plutôt qu’à me retrouver dans notre nid d’amour à Besançon, me met la puce à l’oreille. Attention, ceci est une métaphore, je ne dis pas que vous souhaitez me greffer une puce ou un QR code dans l’oreille pour me tracer et épier mes moindres faits et gestes… mais pas loin. Il est temps de dire la vérité ! Êtes-vous vendue aux GAFAM, Marie-Françoise ? Ou pire, aux Chinois, aux Russes, aux Reptiliens qui veulent faire de nous une armée de robots vaccinés ?
Mon cœur saigne, Marie-Françoise.

(Avis aux amateurs : écrivez-moi, je vous répondrai ! J’adore qu’on m’offre des occasions de procrastiner !)

La même bouille que Pierre Perret

06/04/2021 Aucun commentaire

Depuis que mon vieux père est vacciné, je recommence à lui rendre visite, et je m’en trouve fort bien puisque je savoure les histoires qu’il me raconte, aussi vieilles que lui, mélange habituel d’anecdotes que je connais et d’autres que je ne connais pas. Aujourd’hui il m’a raconté l’histoire de la Lamborghini. Et je l’ai trouvé tellement bonne que je vous l’écris, je la raconte à mon tour pour ne point la laisser perdre.

Cette histoire-là a été déclenchée par un aveu de ma part, un aveu d’ignorance à propos de ce que faisait mon paternel pour gagner sa vie quand j’étais enfant.

« Au collège, au lycée, au moment de remplir la fiche sur les métiers des parents, j’écrivais « Ingénieur des mines » mais je n’avais pas la moindre idée de ce que cela voulait dire. Je me disais, ça a sûrement un rapport avec les mines comme celle de La Mure, mais c’était flou. J’ai mis très longtemps à savoir ce que c’était, ton métier.

– Ingénieur des mines ne veut plus rien dire du tout, mais déjà à l’époque où j’ai commencé ma carrière, le service des mines commençait à être vidé de sa substance. Le corps des mines était constitué d’ingénieurs et était toujours dirigé par un polytechnicien major de sa promo, ils étaient censés être l’élite, les plus intelligents, les plus prestigieux, les visionnaires de la France industrielle et énergétique, des tronches… ce qui d’ailleurs ne les empêchait pas, parfois, d’être complètement cons. Mais lorsque j’y suis entré, les « mines » servaient surtout à faire passer le contrôle technique des voitures, de leur accorder leurs papiers d’immatriculation. De là le nom « plaque minéralogique », d’ailleurs. Qu’est-ce que je foutais là, moi ? J’étais ingénieur chimiste, j’étais très fort en chimie, à l’époque en tout cas, mais qu’est-ce que j’y connaissais en bagnoles, en mécanique, en conformité d’un moteur ? Rien du tout. Bon, j’étais ingénieur, j’ai appris sur le tas, j’ai fini par en savoir pas mal, et je faisais passer le contrôle technique, quoi. Je t’ai déjà raconté l’histoire de la Lamborghini ?

– Non, ça ne me dit rien…

– Quand j’ai commencé à travailler à Toulon, je contrôlais des véhicules de transports en commun, des voitures de collection, parfois même des voitures de sport. Parmi les individus que je voyais régulièrement, il y avait ce type, très sympathique, qui avait la même tête que Pierre Perret, tu te souviens de la tête de Pierre Perret ? Une bouille ronde, malicieuse, toujours le sourire, des cheveux frisés, amical, chaleureux comme tout.

Il importait des voitures d’Italie, des Fiat ou d’autres marques, on le voyait tellement souvent dans les bureaux des mines qu’il y était presque comme chez lui, il discutait avec les secrétaires, les faisait rire, passait derrière elles et fouillait dans les placards pour prendre le bon formulaire en disant « Ne vous dérangez pas, ah ah, je sais où c’est ! », il avait toujours un mot gentil, tout le monde l’aimait bien. Moi aussi je discutais avec lui, « Alors, les affaires ont l’air bonnes, vous en importez beaucoup, des voitures italiennes », il répondait volontiers, « Oui, en ce moment ça marche fort, depuis la dévaluation de la lire, les Italiens ne demandent pas mieux que de faire rentrer des francs, alors j’achète, je vends… »

Et puis un jour, je me souviens qu’il faisait très chaud, ça devait être l’été, je dirais 1973 ou 74, il arrive encore plus joyeux et débonnaire que d’habitude, il commence à remplir les papiers et me dit que cette fois il a une voiture exceptionnelle, une Lamborghini, et il est impatient de me la montrer. Je prends mes outils et je l’accompagne pour le contrôle. Je ne suis pas expert en bagnoles, ça ne m’a jamais passionné mais tout de même je reconnais que c’est une belle voiture, classe, flambant neuve, brillante, noire, aussi noire que les Ferrari sont rouges. Tu savais que Lamborghini, au départ, fabriquait des tracteurs ? Mais il était copain avec Enzo Ferrari et lui avait dit « Moi aussi si je voulais je pourrais en fabriquer des voitures de luxe, aussi belles que les tiennes ! Encore plus belles ! » Ferrari s’était marré, s’était foutu de lui, lui avait dit Mais je t’en prie, fais-toi plaisir, fonce, fais-nous un beau tracteur… Et Lamborghini les avait faites, ses voitures encore plus belles que des Ferrari. (1)

Et j’en avais une sous les yeux, pour la première fois de ma vie. J’effectue le contrôle, nous allons faire un tour, je m’installe côté passager, le gars au volant roule un peu plus que nécessaire tellement il est content, on contourne quelques pâtés de maison. Et il me dit : « Écoutez, c’est pas tous les jours, ça me fait tellement plaisir, que si vous voulez, je vous paie le resto ! Un petit gueuleton pour fêter la Lamborghini, ça vous dit ? Hein ? » Je réponds que non, tout de même, ça serait de la corruption de fonctionnaire, et ça nous fait rire tous les deux, mais que bon, comme il fait très chaud, allez, je ne dirais pas non à une petite bière. Aussitôt qu’il croise un bar sur la route, il freine, il se gare sur le trottoir d’en face et il m’invite à boire une bière. Je bois ma bière et on continue de discuter très gentiment… Et par la vitrine je vois une voiture de la police de la route s’arrêter dans la rue et coller à la Lamborghini une contravention, pour stationnement sur le trottoir. Le gars sort du bar, sa bonne humeur à peine entamée, et va discuter avec les flics. Je voyais qu’il était un peu ennuyé, pas tellement pour le montant de la prune, il était au-dessus de ça, mais pour le principe. Enfin bon, moi j’avais signé les papiers, j’avais fini mon boulot, bu ma bière, ça ne me regardait plus…

Deux jours plus tard, ou peut-être après le week-end, à la première heure deux flics débarquent dans mon bureau. Mais des vrais ceux-ci, la criminelle, pas la police de la route. Ils demandent à parler à l’ingénieur qui fait passer les contrôles, s’assoient devant moi et me mettent une photo sous le nez. « Est-ce que vous connaissez cet homme ? » Bien sûr que je le connaissais ! La bouille ronde et frisée, le sosie de Pierre Perret, je leur dis : « Oh oui bien sûr je le connais bien, il est là souvent, très sympa ! » Les flics se regardent, puis me regardent, sans sourire. « Nous sommes à sa recherche. Pouvez-vous nous dire son nom ? »

Alors là… « Son nom ? Heu… Ben maintenant que vous me posez la question, je me rends compte qu’il ne me l’a jamais dit. Mais demandez aux secrétaires, elles le connaissent forcément, elles l’aiment bien, il discutait sans arrêt avec elles. » Les flics interrogent les secrétaires, qui fouillent dans leurs dossiers… Rien. Le nom du gars n’apparaît nulle part. La signature est illisible.

Je suis très embêté, j’ai conscience que nous passons pour des gens pas très sérieux et négligents, je cherche comment je pourrais me rattraper. « Écoutez, il y a peut-être un moyen de le retrouver. Vos collègues de la police de la route lui ont mis une contravention il y a deux jours pour stationnement sur un trottoir, une Lamborghini. Demandez-leur, ils doivent l’avoir écrit, son nom, une Lamborghini, ça ne court pas les rues dans le département… » Ils prennent des notes, me remercient, s’en vont.

Le lendemain, j’ouvre le journal, Var Matin. Le type est là en photo. Toujours sa bouille de Pierre Perret mais les menottes aux poignets et encadré de deux flics à képis. Titre : « Un vaste réseau de trafic de voitures volées en Italie démantelé. » J’ai eu longtemps la trouille qu’ils reviennent me voir et me soupçonnent de quelque chose, je ne sais pas, recel, complicité, corruption. Mais non, rien, je n’en ai plus jamais entendu parler.
– Eh ben ! Quelle histoire !
– Attends, attends, elle n’est pas tout à fait finie. Il y a une chute. Dans l’article, le gars arrêté expliquait en détail les rouages de son trafic, et il disait quelque chose comme : « Je remercie l’administration française qui m’a toujours très bien reçu. »

C’est à ce moment que j’explose de rire et que je suis content de ma journée. Vous voyez, elle est bonne, l’histoire de la Lamborghini, et méritait de ne pas se perdre, pas vrai ? À nouveau, je m’estime très chanceux de pouvoir recueillir ces histoires, c’est inespéré, il y a quelques années encore je pensais que je ne reverrais jamais mon père… Mais ceci, comme disait Kipling, est une autre histoire.


(1) – Moi qui suis tout-à-fait ignorant en voitures, et qui ne suis capable de les distinguer que par leurs couleurs (la mienne est grise… par malheur dans les années 2020 elles sont toutes grise), j’ai dû demander à Google si Lamborghini existait encore… Oui ! Et se porte très bien, comme tous les produits de superluxe réservés aux superriches.