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Archives pour 08/10/2026

À bac, acab

08/10/2026 Aucun commentaire
(Illustration : Des pancartes lors de la manifestation de lycéens, à Nîmes, le 6 octobre 2026. LEWIS JOLY POUR « LE MONDE »)

Mirliton Matin, rubrique En direct de la rue !

L’envoyé spécial de Mirliton Matin dans les manifestations lycéennes (j’étais ce matin le seul reporter disponible dans nos bureaux) peut témoigner que le meilleur slogan qu’il a lu sur une pancarte était : « Nous voulons le bac, pas la bac ».
Mot d’ordre formidable, à la fois impeccable formellement dans son calembour, et d’une grande acuité sémantique : ce que veut cette jeunesse remontée, ce n’est pas brûler les poubelles (cela, hélas, est un dommage collatéral), c’est un avenir.
Mais ses revendications ne rencontrent que la sourde oreille, le mépris, la répression policière, la mise en examen et dans le pire des cas la mutilation. Voilà, naturellement, qui méritait un mirliton, sous forme de questions, d’alexandrins et de rimes plates toutes féminines. Avec, retournement final, un conseil d’orientation. Spéciale dédicace à qui de droit.

Quelle finalité pour nos vies lycéennes ?
Le dialogue de sourds, la guérilla urbaine ?
N’ai-je donc tant vécu en révision d’exam
Que pour voir en un jour l’espoir partir en flammes ?
L’unique perspective est-elle, un de ces soirs,
Passer du grand oral à l’interrogatoire ?
Faut-il vraiment pousser jusqu’à la terminale
Pour essuyer flashballs, canons à eau et balles ?
Ai-je la moindre chance de passer le bac
Si ma tête bien pleine accroche une matraque ?
Si tout Victor Hugo, Rimbaud, Descartes, Goethe
Explose sur le bouclier anti-émeute ?
Ce qu’on m’apprit d’humanité académique
Fit-il jamais le poids face au gourdin d’un flic ?
Reste-t-il à mes yeux suffisamment de peine
Après avoir pleuré dans les lacrymogènes ?
Quel est notre destin, bacheliers, bachelières ?
Ou bien combattre, ou bien rallier les militaires ?
Ce bachot sans valeur, pourquoi l’avoir en poche
Lorsqu’à France Travail, seule l’armée embauche ?
À quoi me sera bon de passer des diplômes
Face à un bataillon en cuirasse et en heaume ?
À quoi me servira un doctorat trilingue
Si le seul débouché est de porter un flingue ?
Où est donc l’intérêt d’études supérieures ?
L’homme armé se respecte mieux qu’un professeur !
Je m’extrais par le haut de cette alternative
Et la fleur au fusil, rejoins l’armée d’active !
Assez de songes creux, professions ou carrières
Mon ultime horizon, c’est partir à la guerre.
Foin de l’éducation, de superflu bagage !
Je ne réfléchis plus : je signe, je m’engage.
Adieu licence, adieu, bachelor et mastère
On m’accueille du bon côté de la barrière
Et j’avertis sans frais mes anciens camarades :
Garde à vous, petits cons, j’ai un lance-grenade.

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