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Articles taggués ‘Le Fond du Tiroir’

Non-respect du cessez-le-feu

01/09/2016 2 commentaires

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La cessation d’activité, après 8 ans, du présent blog ainsi que de la maison d’édition Le Fond du tiroir, a été décrétée il y a un an. Un livre a paru entre temps, instantanément épuisé, chant du cygne tessiture baryton-basse, qui n’a eu, c’était prévu ainsi, aucun écho (seule exception, Yves Mabon en a donné sur son blog une petite notule et, en soi, c’était une manière idéale de boucler la boucle en compagnie du premier et dernier fidèle).

L’année écoulée a vu ma situation changer sensiblement ; pas ma résolution de cesser de t’en faire part. Les sporadiques bricolettes postées depuis lors, ainsi que celles qui viendront, ou pas, doivent être regardées comme autant de post-scriptums, chacun d’eux m’apparaissant comme le vrai authentique véritable derdéders, oh ne va pas croire à de la complaisance, je me lasse moi-même de cette mise en scène de l’acharnement thérapeutique et de la fausse sortie, mais crois bien que rien n’est calculé.

Renoncer à rendre compte de ce que je fais, lis et écris… L’étalage me manque-t-il ? Parfois. Dans ce domaine-là comme dans tous les autres, fût-ce sur un blog, écrire c’est réfléchir en mieux. J’écris, je fignole la phrase et par conséquent la pensée, et je trouve dommage que ce ne soit pas en ligne, sur la ligne, fixé avec une petite pince à linge, pour que ni la pensée ni la phrase ne s’envolent. Quand l’étalage me manquera trop, j’étalerai de loin en loin. Le temps que ça sèche. Tiens, là, juste pour la route et pour la chambre d’écho, une dernière (ah ah ah c’est ça ouais on y croit vachement) note de lecture, j’ai l’envie pressente de te partager, je te partage, je copiecolle cet extrait du fortifiant recueil de Tanxxx, Des croûtes au coin des yeux :

Tiraillée entre vivre de ce que je fais et faire ce que j’ai dans la tête, j’en étais arrivée à plus du tout savoir où je voulais aller, comment, si ce que je fais si c’est pour gagner ma croûte ou pour me faire plaisir (…)
Après 8 ans de travail à mon compte, je n’arrive plus à distinguer ce que j’aime faire et ce que je dois faire pour vivre. Les questions de statut, de reconnaissance du travail, du métier d’auteur/illustrateur, tout ça a fini par me bouffer. Bien sûr que c’est intéressant et primordial de défendre ses droits, j’en suis plus que jamais convaincue. Mais voilà, ce sont des questions épuisantes, et quand on commence à mettre le doigt dedans, très vite on ne parle plus que de ça.
Lire l’histoire de 6 pieds m’a rappelé qu’il n’y a pas si longtemps j’avais la fougue du fanzineux, l’enthousiasme de faire des choses, de rencontrer des comparses, et peu importe si je me plantais, j’avançais (…)
La conclusion de Fabrice Erre à l’Animal a 20 ans résume parfaitement ce que je ressentais sans mettre le doigt dessus : ne pas laisser le réalisme prendre le dessus. Faut arriver à concilier les deux, gagner sa vie et vivre, or les deux sont inconciliables (…) Tout ça pour dire que le fanzine, c’est la tentative de retrouver ce truc qui tient en vie quand tout déconne plein pot autour(…)
Et dans mon petit coeur de punk, il y a une hippie qui sommeille, avec l’envie de faire des bisous à tous ces gens merveilleux.

Okay, merci Tanxxx, je prends, je redonne aussitôt, j’ajoute mes bisous. Et à présent, une seule question nous brûle : oui ou non Noé a-t-il embarqué dans son arche des couples de poissons ?

Enceinte après la ménopause : les gestes qui sauvent

31/01/2016 3 commentaires

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Coucou tout le monde ! Méga-surprise ! comme dirait Xavier Dupont de Ligonnès.

Comme celle de Mark Twain, la nouvelle de la mort du Fond du Tiroir était finalement exagérée, puisqu’il lui restait un livre à faire. Le tardon en question se nomme Reconnaissances de dettes. Vieux dossier, vieux projet, vieux travail toujours neuf, forme vive ayant connu quelques avatars (au sens propre du terme : quelques incarnations, dont celle de 2009)… L’envie m’a pris tout compte fait d’en tirer un vrai livre en post-scriptum, et qu’on n’en parle plus.

Il est de somptueux post-scriptums, souvenez-vous. En 2003, Ingmar Bergman a 85 ans et il a renoncé au cinéma depuis 20 ans. Mais il déclare : « Je me suis senti, comme Sarah dans la Bible et, à mon grand étonnement, gros d’une nouvelle oeuvre, à un âge avancé », et hop, il nous tourne Sarabande, pas un testament, juste le dernier grand film qu’il lui restait.

J’aime cette métaphore de l’engendrement, et j’adore l’humour sérieux de Bergman, mais le cas de mon ultime polichinelle dans le Tiroir est sensiblement différent, puisque sa grossesse a débuté il y a dix-huit ans et englobé l’engendrement de tous ses frères et soeurs. Le bébé a eu le temps de grossir, de profiter bien à l’abri de mon nombril, jusqu’à devenir au moment de l’expulsion le petit gros de la famille. Première fois que l’un de mes opus dépasse les 300 000 signes, et tout en introspection, messieurs-dames. Limite bouffi le petit poussah. Merci la péridurale.

Je viens de rédiger une manière de préface retraçant les étapes de la gestation. Je vous invite à passer le test de grossesse : lisez ce teaser maniaque, et s’il titille votre curiosité, je vous prie, restez à l’écoute. Dans quelques semaines si tout va bien (car rien n’est sûr : cette 12e et dernière référence au catalogue du Fond du tiroir est une aventure aussi incertaine que les 11 précédentes, je reconnais cette excitation des choses qui n’attendent que nous, elle m’avait manqué), je balancerai un bon de souscription. Merci à M. le premier souscripteur, qui se reconnaîtra.

La queue de la comète

12/11/2015 Aucun commentaire

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Levez les yeux au firmament : tel un bouillonnant astre mort, le Fond du tiroir brille encore et sa lumière tombe sur vous, clignotant depuis l’outre-tombe, oh la belle rouge et verte jaune rouge à nouveau, oh les beaux livres, oh les flammes scintillant au fin fond des yeux des petits et des grands. Oui le Fond du tiroir sent le sapin, oui ça nous file un peu les boules, mais non s’il vous plaît n’enguirlandons personne. Enrubannons plutôt des petits paquets pour le plaisir de les voir se faire désenrubanner un jour de fête.

Les 11 livres réalisés (ou diffusés, pour deux d’entre eux) par le Fond du tiroir de 2008 à 2014 sont toujours en vente et constituent autant d’intemporels et exquis cadeaux de Noël. Leur énumération se trouve ici, tandis que le bon de commande à imprimer et à nous retourner avec un petit chèque, .

Pour Noël 2015, non seulement l’offre de dédicace personnalisée sur chaque livre acheté, par Fabrice Vigne (voire l’un ou l’autre des co-auteurs, mais ça, c’est sans garantie, encore faut-il que nous attrapions celui-ci ou celle-là au moment opportun), mais de plus le Fond du tiroir vous fait princièrement grâce des frais de port, car il n’a plus grand chose à perdre, fors l’honneur comme on disait à Pavie en 1525. Profitez, c’est notre tournée dernière : ne tenez aucun compte de la ligne Frais de port au bas du fameux bon de commande. Dont nous redonnons le lien aux distraits : c’est , on vous dit.

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Une bonne et une mauvaise nouvelle

11/10/2015 10 commentaires

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Messieurs dames, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.
La bonne ? Il pleut pas dehors.
La mauvaise ? Je ferme.
Loïc Lantoine, Je ferme

Le onzième et dernier livre inscrit au catalogue du Fond du tiroir a paru voici un an. Comme le précédent, comme d’autres avant lui, il a échoué à atteindre son seuil de rentabilité. Il s’en est fallu de peu, quelques dizaines de ventes ont manqué. Lors de sa création en 2008, le Fond du tiroir avait pour ambition commerciale de vendre juste assez de livres pour être en mesure de fabriquer le suivant. Ce plan ne s’est jamais vraiment concrétisé. J’ai cependant, à chaque fois, remis à flot les phynances et fabriqué le suivant. Longtemps je me suis entêté, sept ans ce n’est pas si mal, la durée d’un cycle dit-on, pour ce que ça veut dire ce qu’on dit, d’un cycle de sept ans en tout cas (comme dans L’homme à la peau d’ours par exemple)… Mais avec l’usure et la patine vient le temps du pragmatisme : no client, no business. Je jette l’éponge à dettes, fin de l’aventure, il n’y aura pas de douzième livre. Pourtant je savais ce qu’il aurait pu être (un livre tout en alexandrins, idéal pour une 12e référence, entamé depuis lurette). On ferme.

Merci infiniment à celles et ceux qui en sept ans auront acheté un ou plusieurs livres arborant le beau tiroir-qui-vole dessiné par Son Éminence le Factotum Plénipotentiaire. Gros bisous aux quelques un(e)s qui auront acheté les onze. Chers amis, je connais chacun de vous par son nom et prénom, finalement nous étions entre nous, tant pis, tant mieux, l’entre-soi est un confort et une malédiction. Mais c’était chouette, non ?

Merci encore plus fort et tonitruant à mes compagnons de jeu. Une dernière synchronicité pour la route : à l’heure de mettre la clef sous la porte je tombe en feuilletant les Inrocks sur cette citation de Deleuze, « Seule l’équipe peut nous protéger de l’imbécilité » .

Non-rien-de-rien-je-ne-regrette, et certainement pas d’avoir croisé vos personnes et vos talents : Patrick Villecourt, Marilyne Mangione, Philippe Coudray, Hervé Bougel, Georges Perec (†), Jean-Pierre Blanpain, Muriel Truchet, Olivier Destéphany, Romain Sénéchal, Norbert Pignol, Jessica DeBoisat. Sans oublier le Webmestre masqué ni Madame la Présidente (♥). Sept belles années dans le tiroir grâce à vous, sept années de vagues et de creux mais sept années de création, de liberté chérie déclinée en onze expériences, onze rêves fous et farfelus et amoureux, devenus par miracle onze titres, onze volumes, onze prototypes dont aucun ne ressemble aux dix autres, onze livres prévus de longue date ou bien tombés du ciel in extremis, sans compter ceux qu’on avait dit qu’on ferait dès le début, qui ne sont jamais venus mais qui sont presque aussi beaux que les onze réalisés. Ah oui, c’était chouette. 

Jusqu’à avis contraire (le renouvellement ou non-renouvellement du bail de ce blog aura lieu au printemps prochain), les sept années d’archives empilées ci-dessous restent en ligne. Ainsi que le bon de commande à télécharger et imprimer : il n’est pas trop tard pour nous commander quelques livres. Votre chèque ne servira pas à fabriquer le suivant, juste à éponger quelques dettes, ce sera déjà bien.

Peace and love. Enfin… Faites de votre mieux.

L’Échoppe : fermeture définitive

07/10/2014 Aucun commentaire

L Echoppe en robe rougeLe rêve est une seconde vie. Gérard de Nerval

L’opération S.U.M. Pack est close. Une douzaine de packs ayant été écoulée, je n’hésite pas à parler de triomphe, puisque j’espérais, téméraire, parvenir à dix. Merci douze fois, grâce à vous douze la sortie du prochain livre sera un tout petit peu moins compliquée (très-très compliquée seulement, au lieu d’insurmontable). Et spécial double-merci à Marie S., qui a poussé le mécénat et l’élégance jusqu’à me dire « Voici l’argent du pack mais pas la peine de me l’envoyer, je n’en veux pas, tes livres je les ai déjà » … À ce compte-là, j’eusse préféré qu’elle m’en commande 3 ou 4 ou même 15, mais je n’ai pas osé réclamer, c’eût été de l’abus. Je me contiens toujours quand je sens que j’abuse, je suis un gentleman.

Je reparlerai bientôt du monstre sur le point de s’échapper du Tiroir, qui en déforme déjà les battants à coups de boutoir… En attendant, ayons une pensée pour le livre qui y retourne à jamais : notre grande promo d’automne a eu pour effet collatéral d’épuiser quasi-définitivement (les exemplaires restants se comptant sur les doigts d’une seule main) le tout premier livre qui, en 2008, fut orné du logo Tiroir-qui-vole : L’Échoppe enténébrée, récits incontestables.

Adieu, adieu ! Adieu livre de rêve, rêve de livre, adieu prime aventure ! Je t’aime mais ne te réimprimerai jamais ! L’argent se fait si rare qu’il est jalousement réservé aux caprices nouveaux, crèvent les vieilles lunes !

Coïncidence : le jour où je fais le deuil de ce petit volume dont la couleur de couverture fut choisie in extremis, la veille de l’impression, en référence subliminale à la « chambre rouge » de Twin Peaks, endroit secret où les rêves révèlent la vérité, j’apprends le retour prochain de la série matricielle et hallucinogène…

L’affaire du siècle !

01/09/2014 Aucun commentaire

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Amis des bonnes affaires, sinon du Fond du tiroir, cette annonce est pour vous !

La situation économique française est sinistre ? Le nouveau Ministre « socialiste » attitré mille fois plus encore ?  (Que comprend ce gouvernement de « gauche » à la crise partout-partout, pour confier l’économie du pays à un banquier d’affaires millionnaire ?) Casse la tienne ! Le Fond du tiroir en plein redressement productif vous offre sur un plateau rien de moins que l’affaire du siècle. Tout son catalogue (à l’exception notable de la Lettre au Dr Haricot parce qu’on n’a pas de stock, pour celui-ci veuillez vous adresser au pré#carré) à prix désopilant ! Toute son œuvre depuis six ans sacrifiée en lot ! Tout son travail orfévroïde bradé à vil prix. L’offre dure tout le mois de septembre, et, attention, seulement le mois de septembre : 9 livres non à -5% comme le voudrait la loi Lang, non à -10, non à -20… mais à -50%. Moins-cinquante-pour-cent, mesdames et messieurs !

Soit : Voulez-vous effacer/archiver ces messages ? (Prix initial 18€) / L’Échoppe enténébrée (13€) / Le Flux (3€) / ABC Mademoiselle (20€) / J’ai inauguré IKEA (4€) / La Mèche (12€) / Ce qui stimule ma racontouze (8€) / Lonesome George (9€) / Double tranchant (17€). Tout le Caddie à 104 € immolé rituellement, coupé en deux dans le sens de la hauteur, 52 € pour vos beaux yeux.

Et avec ça qu’est-ce que je vous mets ? Sans supplément de prix, en confidence je vous révèle la raison, qui pourtant ne vous regarde pas plus que ça (je vous rappelle que dans l’économie de marché bien comprise après tout c’est chacun pour sa gueule, la fameuse logique gagnant-gagnant qui se substitue aux gagnants pluriel), de cette exorbitante promotion, que notre service marketing a intitulée, au terme d’un brainstorming de 72 heures à Ibiza, le Superultramégapack®.

La raison, elle est double : primo je ferais bien un peu de place dans mon garage, où les cartons de livres s’entassent. Secundo, et principalement, le Fond du tiroir publiera cet hiver son livre le plus compliqué, et donc, a priori, le plus cher à fabriquer (un roman illustré accompagné d’un CD). Or, Le Fond du tiroir n’a à peu près pas un rond en caisse. Mais il a des livres. Fort bien, vendons des livres ! À perte, s’il le faut. Liquidons, ça fera des liquidités.

Ne soyez pas vache, ne laissez pas passer ce train de temps perdu et retrouvé sans grimper à l’arrachée : télécharger le bon de commande sous ce lien, imprimez-le, remplissez-le, envoyez-le au Fond du tiroir. Transférez aussi à tout votre carnet d’adresse de notre part, les amis de nos clients sont nos clients. Merci pour vous, et pour nous. Grâce à votre geste, le Fond du tiroir produira prochainement un livre qui à son tour vous sera proposé très cher, que vous n’achèterez pas à ce prix-là, faut pas déconner, enfin vous verrez bien, vous attendrez quelques années la prochaine opération vide-tiroir.

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Et ainsi les idées s’associaient

26/10/2013 Aucun commentaire

Je cherche sur ce blog d’autres façons d’écrire.

Parfois je trouve. Cette année j’ai trouvé, un dispositif, concrétisé par une série d’articles au rythme singulier. Trois principes. Un, observation naturaliste de la vie des idées dans leur milieu naturel, une idée entraînant la suivante, partons d’un point A (souvent plus général) pour arriver à un point B (souvent spécifique) ; deux, référencement systématique, arborescence, hommage à tout ce qui nourrit ; trois, pari sur le long format, dans l’espoir incertain de prendre de vitesse les écueils des pensées brèves, des trolls, des twitts, des pouces levés ou baissés en guise de conscience politique, des commentateurs de chroniques et des chroniqueurs de commentaires, des blogueurs dans mon genre.

Ces articles me demandaient parfois plusieurs jours de travail, je les prenais au sérieux, je les retravaillais jusqu’à ce que j’en comprenne le fil. C’était intéressant à faire. Le résultat je ne sais pas. TLNR, sans doute, comme disent les jeunes geeks. J’ai clos cette série et je cherche autre chose.

En guise de post-scriptum, un compendium de ces six articles et demi :

* Et ainsi les idées s’associent (numéro zéro) : Incipit et méthode de la série, Leonard de Vinci, les nuages, les cendres, les lézardes, les taches, Hermann Rorschach, Double tranchant, la religion, le nationalisme québécois, Stanley Kubrick, la syzygie, Théodore Botrel, la fatale mais non tragique absence d’originalité, Picasso, la beauté des contes, celle de la musique, Albert Einstein, Guy Debord.

* Et ainsi les idées s’associent (I) : Guy Debord, le professionnalisme, le modèle managérial appliqué aux sentiments, la représentation, la BNF, une agence de pub new yorkaise, le tout-écran, Le Tigre, Gérard Lebovici, Champ Libre, l’invective, l’opprobre, la mort dans un parking, Mesrine, une collégienne, une autre collégienne, Sébastien Cauet, une merde, perte momentanée de la civilité d’usage, réflexe dernier : ne pas se laisser faire.

* Et ainsi les idées s’associent (II) : le relevé de droits d’auteur, l’argent comme baromètre de la situation dans un milieu donné, Corinne Lovera Vitali, Jean-Pierre Blanpain, la profession d’écrire, France Culture, Denis Bourgeois, Composite, Ego comme X, Fabrice Neaud, L.F. Céline, « Voudriez-vous avoir la vie des auteurs que vous admirez ? », l’éditeur comme puissance d’adoubement de l’écrivain en tant qu’auteur, Lettre sur le commerce des livres de Diderot, Montfroc, un mètre cube de gravats.

* Et ainsi les idées s’associent (III) : USA, le meilleur et le pire du monde, Mark Twain, John Landis, Jacques Higelin, Manhattan en vrai pas en fiction, mais la ville absolue est fiction en 3D, culture populaire mondialisée, la bibliothèque municipale de Ghostbusters et d’Audrey Hepburn, Spiderman, John Coltrane, mendicité teigneuse, convivialité des musiciens, convivialité des New Yorkais, drapeaux, les Français aiment-ils être français, The Wire, Louis Armstrong, Mme Vigne professeur de chant, The Real Ambassadors, propagande du département d’Etat, conquête des cœurs par l’entertainment.

* Et ainsi les idées s’associent (IV) : New York (suite), World Trade Center, 11 septembre, mémorial, trou, les noms des morts mais peut-être pas tous, pays d’immigration, grand pays, tous Américains, « Monde, donne-moi tes pauvres, tes exténués ! » , oncle d’Amérique et gardien de chèvres, Georges Perec, Ken Loach, 1973, Salvador Allende, accueil les exilés, Villeneuve de Grenoble, l’honneur de lire en public le discours d’un homme politique d’exception, tous Chiliens.

* Et ainsi les idées s’associent (V) : Fables psychiatriques, Darryl Cunnigham, Vironsussi, clichés, prêt-à-porter de l’analyse psychologique, « spectre assez flou de la maladie », Mikkel Borch-Jacobsen, ringardise de la psychose maniaco-dépressive, personne fait plus ça, j’ai un trouble bipolaire c’est moins banal et plus cher, 18 milliards de dollars de chiffre d’affaire, la découverte d’un concept théologique grâce à Catherine Page, une réminiscence de Jérôme Blanc, Kondratiev, exaltation, abattement, Bejeweled, salon du livre de Troyes, pour les enfants la lecture n’est plus cool, La Mort du livre en 1932, la faute à l’électricité.

* Et ainsi les idées s’associent (VI) : Des nouvelles d’Alain, puis des nouvelles d’Alain Régnier dit « le préfet des Roms », crise partout-partout, haine pile au même endroit, imaginaire de la politique française, bouc émissaire, Mes aïeux, immersion en milieu étranger, photo-reportage, Yann Merlin, une lumière plutôt qu’une opinion, Envoyé spécial, TF2 en 2013, Villeneuve le rêve brisé, mise en scène du chaos et cerveaux disponibles, vent debout, 14 000 habitants, vioque hors sujet, confusionnisme, maudite banlieue, Bezons à travers les âges, histoire des médias/médias de l’histoire, TF1 en 1978, Après un rêve, Julie Desprairies, la grâce des comédies musicales comme métaphore mélancolique de l’harmonie sociale.

Des heures de lecture instructives et divertissantes pour toute la famille. Merci, le Fond du tiroir.

Reddition ? Jamais ! Réédition !

15/02/2013 un commentaire

Manu Larcenet étant né la même année que moi, il est logique que nous ayons également bénéficié des même reports puis accompli notre service militaire à la même période. Il a tiré de son année sous les drapeaux un livre :  Presque, ed. Les Rêveurs. Quand je l’ai lu, je lui en ai été reconnaissant. Il avait chargé ses images et ses mots d’impressions que j’avais ressenties viscéralement (même si mon expérience de la bidasserie fut sensiblement moins tragique que la sienne) mais que j’aurais été moi-même incapable d’exprimer. « Le système avait fonctionné : j’étais mentalement assez fragile et malléable pour devenir soldat ou fou » .

Je me rappelle cette impression générale d’hébétude et d’endurcissement. Je me rappelle cet état second dans l’uniforme, et aussi cet état troisième par la grâce de la circulation « tolérée » de substances modifiant le cerveau, alcool, shit. Je me rappelle cette violence partout, latente jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus, cette loi de la jungle qui se fait passer pour républicaine, ce décervelage programmé (je retiens cette forte maxime d’un adjudant : « Ne réfléchissez pas. Un soldat qui réfléchit commence à désobéir »), cette perte de soi, et après coup cette rupture totale qui rend autiste une fois de retour dans la vie civile, lorsqu’on peine à entrer en contact avec ses proches, un peu comme dans les premières pages de La peau et les os d’Hyvernaud…

Presque mérite d’être lu aujourd’hui. Pas seulement parce qu’il préfigure de façon troublante certains aspects de ce sale chef d’oeuvre qu’est BLAST. Aussi pour sa valeur documentaire. Le service militaire n’existe plus depuis 1998, année de parution de Presque. Depuis près d’une génération, les jeunes hommes ne subissent plus ce brutal et archaïque rite de passage dans l’âge adulte, ce bizutage qui se prolongeait un an. Tant mieux. Sauf qu’ils risquent de ne pas très bien comprendre de quoi on parle… Allez dire ça aux jeunes, ils ne vous croiraient pas. La quoi ? La conscription ? Autant leur raconter la bataille de Bouvines. Heureusement, restent les témoignages imprimés du temps passé. Qu’ils lisent Presque.

Presque a été régulièrement réédité, et Larcenet s’est fendu d’une postface nouvelle, dont sont extraites les trois cases ci-dessus, où il commente davantage la réédition que le livre lui-même. Il dit, le nez couperosé comme il aime à se dépeindre, « Quand vous serez comme moi au milieu du parcours (…) Vous aussi vous redouterez la mort… Celle de vos livres, tout aussi bien ! Fussent-ils médiocres ! »

Ah, tiens. Je me souviens justement que je citais le nom de Larcenet dans Le Flux, témoignage imprimé du temps passé et à venir, écrit pour célébrer le « milieu de mon parcours ». Ce mini-livre, deuxième parution du FDT, paru en 2008, était épuisé depuis l’an dernier. Ma première intention était de le laisser dans cet état, souvenir, introuvable, emporté à son tour dans le Flux, ton sur ton, c’était justice. Et puis non. Pas envie de le laisser mourir, finalement.

Je viens donc de le réimprimer à l’identique, c’est-à-dire superbe, et il figure à nouveau au catalogue. Selon la logique économique Triple A du Fond du tiroir (Ahurissant Asile d’Aliénés), ladite plaquette conserve son dérisoire prix d’origine, 3 euros, quand bien même ce retirage d’appoint, très limité, engendre un prix de revient par exemplaire légèrement supérieur à cette somme. C’est-à-dire que je le vends à perte. Peu importe : de toute façon j’ai toujours bien plus largement offert le Flux que je ne l’ai vendu, je ne me le figure pas tout à fait comme un livre, plutôt comme une carte de visite de luxe. Je continuerai donc de le donner gracieusement, jusqu’à épuisement des nouveaux stocks, à quiconque m’est sympathique et/ou me prouvera, justificatif à l’appui, qu’il est bien né en 1969 (ce cadeau est possible aussi par correspondance, contre un timbre à 1,05 euro). J’aimerais, pour cette raison, l’adresser à Manu Larcenet. Si quelqu’un a son adresse…

2013 année zéro

04/01/2013 2 commentaires

Tout reste à faire, aucun acquis, nul ne m’attend, manches troussées. Je repars à zorro, babaille lypémanie, je vise en riant le ventre du gros sergent 2012, je signe à la pointe de l’épée, fuit fuit fuit.

Le Tiroir est douillet, chauffage central et murs capitonnés. Je m’en vais hiberner, rendez-vous au printemps. Adieu ! Si tout se passe bien j’en sortirai grandi, j’aurai écrit du substantiel. Mon plan de travail pour 2013 : aboutir deux gros livres ainsi que, pour m’amuser, deux petits. Ah ah ! Jamais, jamais, jamais réussi à me tenir cette sorte d’agenda pain-sur-la-planche… J’en dresse encore pourtant, j’y crois, naïf comme un bleu-bite, c’est bon signe, je ne suis pas si décati que ça finalement.

Le prochain livre mis en chantier par le FdT sera une triple première : un roman de genre (pour me dégourdir l’imagination) ; un livre CD (parce que la musique, bon sang, la musique) ; un livre co-écrit avec un musicien (pour les deux raisons pré-citées). Nous l’éditerons peut-être à l’automne, ou alors plus tard, ou alors jamais, on verra, on s’en fout, on est insoucieux de tous les équipages, je vous en souhaite autant, joyeux 13 radieux, à plus tard, je vous embrasse sous le gui.

(La vérité, c’est que j’adore le gui. C’est une plante ingrate, pas très jolie, parasite, sans racines, toxique, férocement éliminée comme une vulgaire ortie, mais en hiver elle est aussi belle que le sapin (de noël) et pour les mêmes raisons : elle est vivace, elle s’accroche, elle pousse alors que le reste de la nature dort si profondément qu’on pourrait croire que tout a succombé et pour toujours. Pas étonnant que l’un comme l’autre soient utilisés dans nos rituels de saison, à proximité du solstice : on leur confie l’incarnation de notre espoir dans le renouveau, la renaissance, au pire l’adaptation, au mieux l’exultation, promise pour plus tard, après la neige. J’aime me promener dans la forêt l’hiver, lever la tête vers le ciel vide et blanc, et voir les arbres secs, dégarnis, chauves, inertes, mais pourtant ornés ici et là d’une grosse boule broussailleuse de gui. C’est une vision bizarre, surnaturelle, une portée d’œufs extraterrestres couvés à notre insu, et rassurante en même temps, la vie dans la mort, le yin dans le yang. En décembre dernier je suis allé en forêt, j’en ai ramené du gui que j’ai accroché sur ma porte. Je crois surtout que j’aime bien les rituels, au fond. Et puis j’aime aussi le Winterreise de Schubert mais il n’y a peut-être pas de rapport.)

Voici, en exclusivité, ma tête de 2013 :

Le fonds (de pension) du tiroir (caisse)

02/11/2012 2 commentaires

Le Fond du tiroir étant une association, il convient d’en dresser régulièrement le bilan financier puis de le délivrer à tous les adhérents. J’ai en main la liste à jour des adhérents, je constate non sans quelque regret que vous n’en faites pas partie (ah ne jouez pas les innocents la main sur le coeur, n’aggravez pas votre cas vous êtes grotesque, « Mon Dieu est-ce possible j’ai donc omis de renouveler ma cotisation comment ai-je pu négliger »), mais je vous le donne tout de même ce bilan. Parlons argent.

Jusqu’à cette année, lors de chaque nouvelle publication, mon rêve d’autofinancement du FdT était systématiquement remis à plus tard, et il me fallait cracher au bassinet peu ou prou si je voulais vraiment que le livre existe. À titre indicatif, quand le FdT a réédité La Mèche en 2010, j’ai dû afin de boucler le budget de fabrication du livre pré-acheter environ 90 exemplaires et signer un chèque de 90 x 12 euros, moi Fabrice Vigne, au Fond du Tiroir, à charge pour moi de revendre de la main à la main ces 90 foutus exemplaires (aux dernières nouvelles, il m’en reste 12 à écouler avant d’être intégralement remboursé, or ça me plaît cette douzaine, on se console comme on peut, il se trouve que La Mèche est un livre sous le signe du 12).

Eh bien là, non ! La perfusion est conjurée, au cul la danseuse, eh oh y’a pas marqué mécène de moi-même. Grâce à une heureuse conjonction de trois facteurs : la co-édition raisonnée avec Jean-pierre Blanpain, une bourde de dernière minute qui a diminué drastiquement le tirage sans modifier le prix de revient par exemplaire, et surtout une excellente réponse à la souscription (nous misions sur 100 souscriptions, nous en avons reçu 97, autant dire que c’était gagné, merci à tous, merci 97 fois), Double tranchant, qui est pourtant le plus beau livre du Fond du tiroir (puisqu’il est le dernier en date) a pu être produit avec les fonds propres de l’association, sans que je ne débourse un centime.

Oh, la crise (partout-partout) c’est comme la guerre, elle ne peut se conjurer que temporairement, et j’ai le vague pressentiment qu’en 2013, lorsqu’il me faudra procéder à la réimpression dispendieuse de Double tranchant, cette fois-ci sans réserves financières ni souscription possible puisque mon réseau sera tari, je devrai à nouveau mettre la main au porte-monnaie…

Mais à court terme ces comptes sains ont des conséquences énormes : d’abord je suis de bonne humeur, ensuite je ne change pas mes jetons, je les pousse avec désinvolture sur le tapis, je remise tout sur le numéro 13, allez hop, tournez croupier, valsez martingale ! Tenez-vous bien, le FdT publie un nouveau livre dès le mois prochain, oui messieurs-dames.

Quel livre ? Celui qui a été abandonné au printemps dernier après moult péripéties, je ne résume pas les épisodes précédents, vous n’aviez qu’à suivre : Lonesome George, mais si, souvenez-vous, ce livre qui évoque au passage la fin du monde du 21 décembre prochain, et dont j’avais dit Ouais ouais soit je le fais avant le 21 décembre 2012 soit jamais, or c’était bien parti pour être jamais, il y a quelques mois le FdT m’apparaissait à l’article de la mort, l’annulation de ce livre entraînait avec lui la fin pure et simple de l’aventure, mais la vie est pleine de surprises.

Autant Double tranchant se voulait (et se révèle) objet d’art, majestueux qui se pose un peu là, beauté du geste en accord avec son sujet même, autant George sera un livre plus lâché, plus modeste, plus cheap (le prix de vente provisoire est 9 euros), plus d’actualité, plus petit, numérique, mais très beau quand même parce c’est plus fort que nous. Autre différence : pour celui-ci nous n’enverrons pas de souscription par courrier timbré (en lettre verte). Si le FdT dispose de votre adresse mail, vous recevrez dans quelques jours le bon de souscription par ce moyen. Et sinon ? Bah, si vous êtes parvenu jusqu’ici, vous trouverez bien le bon de commande en temps utile.

Procédons à présent au bilan carbone. Soucieux d’écologie, le FdT renonce définitivement à faire imprimer ses livres en Chine. Le précédent livre ainsi que le prochain sont tous les deux imprimés par les Impressions Modernes, en Ardèche, et nous en sommes contents.

Merci à Franck Prévot pour le titre de cet article.