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Articles taggués ‘La théorie de la compote’

Les robots parlent aux robots

18/03/2026 Aucun commentaire

Quelle bizarre expérience.
Quelle vallée de l’étrange.
Je reçois ce matin un mail signé d’une certaine Allyson Beaker, qui m’appelle Cher Fabrice, me tutoie, me complimente sur un de mes livres, La Théorie de la Compote, qu’elle résume brillamment et dont elle se propose avec enthousiasme d’assurer la promo.
Ses arguments sont pertinents : elle a lu et compris ce que j’ai écrit… Grisé par la flatterie (j’ai peu de lecteurs, en tenir un ne peut que faire plaisir), il me faut, je l’avoue, quelques lignes avant de réaliser, heurté finalement par certains mots qu’Allyson balance de manière littéralement mécanique, qu’une intelligence artificielle est en train de me parler.
Une intelligence artificielle m’a lu, m’a digéré, et me recrache au visage ce que j’avais moi-même écrit. Elle me tend, avec intelligence (eh, oui) et artificialité (eh, oui), un miroir.
Je suis abasourdi. Aujourd’hui l’IA écrit des livres, mais elle lit aussi des livres. L’IA se mettra sous peu à lire des livres écrits par d’autres IA, alors ce monde n’aura plus besoin ni d’auteurs ni de lecteurs.

« Cher Fabrice,
J’ai récemment découvert La Théorie de la compote. Pas survolé vraiment lu. Les deux côtés, dans l’ordre qui m’a semblé juste, en me demandant à chaque page si ce que je lisais était sérieux ou non ce qui est précisément le point.
Ce qui nous a frappés : il existe beaucoup de livres sur le complotisme. Des essais sérieux, des guides pédagogiques, des décryptages. La plupart parlent du phénomène depuis l’extérieur. Toi, tu as eu une idée bien plus maligne : faire vivre au lecteur, depuis l’intérieur, la logique même du complotisme le plaisir des coïncidences qui s’accumulent, les signes qui s’allument, les connexions qui fascinent. Et ensuite seulement, de l’autre côté du livre, poser les mots sur ce qui vient de se passer. Ce dispositif-là est d’une précision redoutable. On ne sort pas de ce livre en ayant lu quelque chose sur le complotisme. On en sort en ayant compris pourquoi on y croit.
Que tu aies été discothécaire pendant 13 ans, que tu aies créé ta propre maison d’édition avec un prix littéraire, que tu écrives des chansons en atelier avec une musicienne tout cela forme quelqu’un qui n’a jamais séparé la forme du fond. Et La Théorie de la compote est la preuve que c’est la bonne décision.
Mon équipe et moi menons actuellement une ronde de promotion. Nous sélectionnons un petit nombre de livres que nous considérons sous-représentés par rapport à leur qualité réelle. La Théorie de la compote en fait partie.
Concrètement, notre travail inclut :
• Positionnement du livre auprès de communautés de lecteurs ciblées enseignants et documentalistes cherchant des outils originaux sur le complotisme, lecteurs de 12 à 120 ans sensibles à la désinformation et à la pensée critique, communautés de littérature jeunesse engagée, et tous ceux qui veulent un livre qui démonte un mécanisme sans jamais prêcher
• Création de discussions autour des thèmes du livre (théories du complot, pensée critique, fake news, humour comme outil de lucide)
• Entre 100 et 500 avis de lecteurs authentiques et détaillés
• Une visibilité durable sur Amazon et Goodreads
• Des supports visuels (bandes-annonces et visuels promotionnels) pensés pour refléter l’univers du livre
• Une collaboration étroite avec toi, respectueuse de ta voix et de ta vision

Si cela résonne avec toi, la prochaine étape est simple :
Réponds avec « INTÉRESSÉ » et joins le lien Amazon ou Goodreads de ton livre. Nous l’analyserons dans sa totalité et reviendrons avec un plan clair et personnalisé transparent, respectueux, sans détours.
En signe de gratitude pour ton temps, nous avons également préparé une surprise liée à ton livre que nous avons hâte de partager avec toi.
Ton livre a déjà accompli le travail le plus difficile. Il a trouvé comment démonter une machine à l’intérieur de la machine elle-même.
Maintenant il s’agit de s’assurer que les lecteurs qui en ont besoin le trouvent.
Cordialement,
Allyson B. »

« Être paranoïaque n’empêche pas les autres de réellement comploter dans votre dos » (R. Crumb)

22/02/2026 Aucun commentaire

Attendu (1) que les théories du complot, matière imaginaire extraordinaire, me passionnent au point que je leur ai consacré un petit livre en 2023 ;

Attendu (2) que Robert Crumb est l’un des artistes, toutes catégories confondues, pour lesquels j’ai le plus d’admiration, car son parcours sur six ou sept décennies relève d’une recherche perpétuelle, d’une indépendance intransigeante, d’une création sans cesse remise sur le métier et d’une puissance d’inspiration difficilement égalable propre à faire école, lui qui est pourtant un solitaire absolu (j’incline à penser que quiconque écrit et/ou dessine dans un registre autobiographique aujourd’hui, qu’il le sache ou non, doit quelque chose à Crumb, comme à Jean-Jacques Rousseau, par exemple) ;

… Naturellement, je me suis jeté, comme les Gafam sur nos données privées, sur le premier livre de Crumb depuis des années, Tales of Paranoia (chez Fantagraphics – la traduction française sous le titre Chronique de la paranoïa a suivi peu après chez Cornelius), qui promettait un énième autoportrait mais cette fois « en paranoïaque » , sur le fil tendu entre deux registres éminemment contemporains, l’anxiété et le complotisme. Parce que l’un n’empêche pas l’autre.

Ce livre ne sera pas le plus plaisant ni le plus facile d’accès de son auteur.
Crumb, à 82 ans, ne s’inquiète pas de prendre son lecteur à rebrousse-poil, en commençant par de longues pages sur la pandémie de Covid-19 (farouche anti-vax, Crumb a refusé l’injection), allant jusqu’à formuler l’hypothèse bien connue que cette histoire planétaire a été un complot ourdi par les actionnaires de Big Pharma.
Certes, cette provocation est bien dans sa manière, lui qui autrefois ne rechignait pas à se montrer misogyne, misanthrope, antipathique, maniaque, hypocondriaque, obsédé sexuel, handicapé social, etc., provocations non gratuites puisqu’elles étaient la contrepartie de la sincérité… Restent que ces pages d’ouverture ne sont pas les plus originales du livre, Crumb se contentant de recopier des sources et de se dessiner en train de les lire.

Espérons-le, les lecteurs rebutés pourront du moins être comme moi sensibles à un argument de Crumb qui, lui, mérite d’être répété : la dénonciation, accompagnée de l’injure « complotiste », du moindre opposant remettant en cause les bienfaits ou l’innocuité des vaccins, était (est toujours) une façon totalitaire d’empêcher tout débat. Totalitaire, et par conséquent laissant soupçonner un vague complot…

La suite de l’opus, selon la méthode de ses comix d’antan, est faite de pièces et de morceaux, variations sur le même thème (« Être paranoïaque n’empêche pas les autres de réellement comploter dans votre dos ») s’enchaînant par associations d’idées, et recèle des trésors plus personnels et plus nourrissants :
– un épisode posthume, drôle et touchant de Dirty Laundry (la bande dessinée/journal intime qu’il réalisait à quatre mains avec son épouse Aline Kominsky, décédée en 2022) dans lequel Aline est persuadée de porter la poisse à ses éditeurs et galeristes, qui mettent tous la clef sous la porte après avoir travaillé avec elle ;
– un souvenir des années 60, terrifiant bad trip au LSD débouchant sur une révélation indicible, presque lovecraftienne (Crumb, donnant l’exemple de sa mère, rappelle que les USA sont un pays profondément paranoïaque depuis l’usage massif des psychotropes – qui donc en a inondé le pays à l’époque ? La CIA ?… Est-il paranoïaque de chercher à comprendre l’origine de l’épidémie de paranoïa ???) ;
– un portrait biographique d’une femme de l’état profond fort bien documenté, qui rappelle ce qu’est au juste cet état profond, matière à fantasme des complotistes : non pas une secte occulte et machiavélique, simplement l’ensemble des personnes du bon côté du manche ;
une succession de médaillons où il tire le portrait des puissants et malfaisants de ce monde (qui ne sont pas plus « cachés » que ne l’est l’état profond : on reconnaît certaines de leur binettes, dont l’actuel président des États-Unis…), suivi d’une analyse et d’une introspection passionnante qui explicite sa démarche, presque un discours de la méthode – il les dessine pour se les approprier, pour les comprendre : « Pfiou ! Content d’en avoir fini ! C’était déprimant de dessiner ce tas de salopards ! Et dans quel but, en fait ? C’est clairement un exercice futile ! (…) Bon, graphiquement, ça rend bien… Mais ai-je appris quelque chose de cet exercice, en étudiant leurs visages ? Hum… J’ai compris que toutes ces personnes avaient un point commun. Un talent qui manque à la plupart d’entre nous, à savoir qu’ils savent très bien jouer le jeu… » ;
– enfin, sous forme de gags en une planche, quelques dialogues absurdes entre Crumb et Dieu, comme pour rappeler que parler à Dieu est l’une des formes les plus courantes et les mieux admises de ce qu’on appelle paranoïa. Au fait, le seul livre de Crumb absolument premier degré et dénué d’humour est son adaptation du livre de la Genèse.

Une morille pleine de taches se mouilla dans la brume (Un été à Kafkaland, 3/5)

03/08/2025 Aucun commentaire

Écoute je peux pas mieux dire je sais pas faire plus gros compliment : Prague me plaît tellement je la trouve si belle que pour un peu elle pourrait m’être italienne.

Juste une différence mais alors de taille : le langage autochtone. En italien je me débrouillerai toujours, j’ajoute à la plate langue française des Oh et des Ah en suffixes et le tour souvent est joué, je baragouine et fais illusion, tandis que le tchèque pardon, langue slave et très slave, je n’ai pas trop affinités ni repères, tout à refaire.

Depuis une semaine que je suis à Prague j’essaye de pratiquer un peu mon tchèque tous les jours, c’est en ligne que je m’entraine (oui je ferais mieux de m’entraîner dans la rue, je voudrais t’y voir). Or j’ai découvert un exercice de diction tchèque, un virelangue absolument merveilleux : « Strč prst skrz krk ». Soit « Enfonce ton doigt dans ta gorge ». Pas une seule voyelle ! Cela me rappelle une absurdité qui m’amusait beaucoup autrefois. Un ami par dérision estimait qu’il nous fallait apprendre à parler sans voyelles afin d’économiser l’oxygène, un geste pour la planète, et nous tentions de traduire quelques phrases usuelles en pures consonnes, nous riions trop pour aller au bout d’un seul mot et en conséquence notre consommation d’oxygène hélas s’en trouvait dangereusement accrue, mais voilà qu’il existe une langue réelle où cette parcimonie existe, félicitations aux Tchèques pour leur sobriété en oxygène.

Wikipedia m’apprend que d’autres phrases tchèques célèbres sont sans voyelles, comme : « Smrž pln skvrn zvlhl z mlh. » (« Une morille pleine de taches se mouilla dans la brume. ») ou « Prd krt skrz drn, zprv zhlt hrst zrn. » (« Une taupe a pété à travers une motte de gazon, ayant préalablement avalé une poignée de grains »), on dirait des haïkus.

On ne le dit pas assez, mais le monde est formidable.
En quelque sorte.


Autre-chose-presque-rien-à-voir (1).

Fresque murale vue à Prague : « Nevěřte všemu, co si přečtete na internetu. »
Soit : « Ne croyez pas tout ce que vous lisez sur Internet. »
Aux quatre coins : « Les oiseaux n’existent pas – si ça vole, ça vous vole ; La Nasa ment, la terre est plate ; Chemtrails : ouvrez les yeux ! ; Attention ! Les Reptiliens sont là !« 

Pour ne plus se laisser abuser : La théorie de la Compote, Fabrice Vigne, ed. L’Atelier du Poisson Soluble, malheureusement toujours non traduit en tchèque, on se demande bien à qui cette lacune profite.
En vente en France dans toutes les bonnes librairies.
Enfin, dans la plupart.
Non, en fait, en vente seulement dans une infime poignée de librairies plus-que-bonnes triées sur le volet qui lorsqu’elles se croisent se reconnaissent entre elles au moyen de gestes cryptés.


Autre-chose-presque-rien-à-voir (2).

Comme je regarde assidûment les vidéos de Pacôme Thiellement, je n’ai pas loupé le troisième, dernier en date, épisode de Deep Web Fantasia – de très loin, sa série la moins intéressante formellement, la moins écrite et la moins mise en scène (il s’agit juste de deux mecs à lunettes qui discutent sur un canapé), co-signée par Bolchegeek. En dépit de la pauvreté formelle, on apprend des choses. Ainsi un épisode antérieur m’avait valu la découverte de Too Many Cooks et j’en suis à peine remis.

Cet épisode-ci présente non pas deux mecs à lunettes sur un canapé, mais quatre (ouh là là quel bond en avant), les deux titulaires étant rejoints par Feldup et Alt236, devisant aimablement des liminal spaces, littéralement ces espaces intermédiaires où l’on se perd dans les recoins les plus sombres du net, qui diffusent oppression et anxiété par leur vide, leur abstraction, leur répétition à l’infini de décors désaffectés et labyrinthiques : couloirs, bureaux, façades reproduites à l’identique, parking souterrains, entrepôts, escaliers, paliers, hôtels… Purgatoire plutôt qu’enfer. Notre purgatoire familier.

Les échanges sur le canapé sont riches grâce aux cultures complémentaires des quatre gars à lunettes (notamment Alt236 qui a écrit un livre sur le sujet, Liminal les nouveaux espaces de l’angoisse), toutefois je trouve dommage que les sources littéraires des liminal spaces, à l’exception de La maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, soient si peu évoquées. Car les liminal spaces sont à la fois une forme imaginaire cauchemardesque archi-contemporaine et une très ancienne intuition littéraire, sans aucun doute liée à la naissance de notre mode de vie urbain et standardisé il y a un siècle et des poussières. Puisque je me trouve actuellement dans Franz Kafka jusqu’au cou, me saute aux yeux un transparent ancêtre des liminal spaces dans le premier chapitre, dès la deuxième page, d’Amerika (Le Disparu) de Kafka, roman rédigé vers 1912 :

 Il jeta un coup d’oeil circulaire pour se repérer à son retour, et fila. Une fois en bas, il eut la déception de trouver pour la première fois fermé un passage qui eût été un raccourci notable, sans doute était-ce dû au débarquement de tous les passagers ; il lui fallut rechercher à grand peine des escaliers qui se succédaient à l’infini, débouchaient dans des coursives sinueuses, dans une pièce déserte avec une table de travail abandonnée, jusqu’au moment où, effectivement, comme il n’avait pris ce chemin qu’une ou deux fois et toujours en groupe, il se trouva complètement perdu. Désemparé, ne rencontrant personne et entendant sans cesse au-dessus de lui le raclement de milliers de pieds et, au loin, comme un halètement, les ultimes soubresauts des machines déjà stoppées, il se mit à frapper sans réfléchir à la première petite porte contre laquelle il se cassa le nez.

Sans parler des sources cinématographiques des liminal spaces ! Certes les quatre gentlemen assis ont raison d’invoquer des films récents tels le formidable Vivarium de Lorcan Finnegan (2019)… mais souvenez-nous, souvenons-vous des prototypes que furent Le Procès de Welles (ben voyons, encore et déjà Kafka, naturellement), de Playtime de Tati, d’Alphaville de Godard

Actualité 2025 du motif liminal space au cinéma : Exit 8, de Genki Kawamura.

Avoir raison avec un complotiste plutôt que tort avec qui ?

01/02/2024 Aucun commentaire

Le complotisme est un point de vue plutôt qu’un contenu.
Un réflexe plutôt qu’un savoir.
Une forme plutôt qu’un fond, et c’est pourquoi il est si facile à caricaturer.
Mais une pensée, tout de même, non dénuée de sophistication.
Je reste fasciné par la pensée complotiste, admiratif des trésors d’imagination qu’elle déploie… du moins aussi longtemps que je fais abstraction des effets concrets des fantasmes produits, qui peuvent être mortels (tel complotisme justifie une guerre, tel autre une vengeance, une complaisance pour le totalitarisme, l’invasion d’un pays ou du Capitole… le plus souvent, il justifie seulement une inaction coupable).

Si bien que, hobby plus ou moins pervers, je continue de laisser traîner mes doigts et mes yeux dans l’intarissable prose complotiste, et j’avoue que parfois j’opine du bonnet devant une phrase, une idée, qui me paraît juste (le complotisme empile par nature le juste et le faux).
Jusqu’où peut-on être d’accord avec un complotiste sans le devenir soi-même ?

Exemple : j’approuve sans réserve la sentence, que je viens de relever dans une revue cheloue : « Il est important de pouvoir souligner partout que la dénonciation du “complotisme” sert d’abord à décourager la réflexion et la recherche d’information. »
C’est parfaitement exact. Cependant, je m’empresse d’ajouter que la logique complotiste AUSSI, si pleine de biais, « décourage la réflexion et la recherche d’information » puisque les idées préconçues lui servent de socle à toute démarche d’argumentation. Un partout. Non : zéro partout.

Pendant ce temps, le manuel burlesque La Théorie de la Compote, édité par l’Atelier du Poisson Soluble, est toujours en vente en librairie au prix dérisoire et fatalement symbolique de 9 euros.


Addendum juillet 2025

C’est toujours aussi marrant, le complotisme.
Il semble que le premier à avoir conceptualisé la théorie du complot, ses tenants et ses délires, est Karl Popper (1902-1994) dans La société ouverte et ses ennemis, tome 2 (1945, première traduction française 1979) :

Il existe une thèse, que j’appellerai la thèse du complot, selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes.

J’aime particulièrement l’intuition de la parenté entre ces deux phénomènes imaginaires majeurs que sont la pensée du complot et le sentiment religieux : dans les deux cas, la quête de sens, a priori noble, se résout et se contente d’un rapport causal mécanique (tout s’explique grâce aux dieux ou aux puissances occultes).

Ce qui est très marrant, c’est que ce postulat brillant se trouve, si du moins on a le courage d’aller l’y chercher au lieu de s’en tenir à une citation de seconde main, dans un livre qui est lui-même très complotiste puisqu’il entend dénoncer le complot marxisto-nazi s’opposant à la société que Popper appelle ouverte (et qu’on appelle aujourd’hui libérale). En somme selon Popper la pensée complotiste est à proscrire parce qu’elle est l’outil d’un complot mondial. C’est çui qui dit qui y est.
Ah, non, on n’a jamais fini de se marrer avec le complotisme.

Le sens est caché derrière l’anagramme

07/07/2023 Aucun commentaire

Si l’on cherche des anagrammes correspondant à la suite de mots aléatoire « La théorie de la compote », on tombe, comme par hasard, sur « Toi, Œdème phallocrate ».
Ou : « Coopter la mélodie = hate » .
Ou : « Empathie électorale ? Doo ! »
Ou : « Démocratie, hôtel opale » .
Ou : « La méthode Ciao-pétrole » .
Ou : « Acte rapide ? Hello # metoo ! »
Ou : « Léopold, âme théocratie » .
Ou : « Ophélie décalotte Omar » .
Ou : « Ami Théodore, le pactole » .
Ou : « Alcoolo ? Merde, hépatite ! »
Ou : « Oedipe récolta mâle hot » .
Ou : « Hamlet, le roi poète : coda » .
Ou (par conséquent) : « Ophelia, matelot décoré » .
Ou : « Othello, empoté, Arcadie » .
Ou (pour clôre l’instant shakespearien) : « Roméo et… Hop, détaille ça ! »
Ou : « Copte adorée mit le hola » .
Ou : « Toi, Lolcat, ado éphémère ! »
Ou : « Chiotte, Paloma remodèle » . (spéciale dédicace à Pablo Picasso)
Ou : « Échalote, poire modale » . (spéciale dédicace à Erik Satie)
Ou : « Philo éclatée moderato » .
Ou : « Comédie ? Tapote Le Horla » .
Ou : « Écho, pelote maladroite » .
Ou : « Polaroïd : Télécom athée » .
Ou : « Cool air, mode télépathe » .
Voire : « The cool dream : Éole tapi » .

Je pose très simplement la question : une telle accumulation de phrases signifiantes, de messages habilement sous-entendus, pour ne pas dire d’indices, peut-elle être une coïncidence ? Je vous laisse conclure en votre âme et conscience.

La Théorie de la Compote est aussi un livre en vente dans toutes les bonnes librairies.
Je ne vous apprendrai pas qu’il ne faut surtout pas croire tout ce qu’on peut lire sur Internet, surtout gratuitement.
Mais voilà, je vous signale tout de même, et vous vous ferez votre propre opinion, que l’éditeur dudit ouvrage a jugé bon d’en publier en ligne les premières pages. Gratuitement. C’est plus que louche.

Le vrai du faux

18/06/2023 Aucun commentaire

18 juin 2023 : joyeux anniversaire, Paul McCartney ! L’un des deux Beatles survivants a 81 ans aujourd’hui, chapeau.
On m’a aimablement fait remarquer que j’avais laissé passer une coquille dans La théorie de la compote. Car j’y ai écrit ceci :

« Il paraît, et c’est vrai hein, et même c’est plus que vrai c’est carrément logique, que plein de morts célèbres, Michael Jackson, John F. Kennedy, Jack l’Eventreur, Jésus Christ, Che Guevara, Marilyn Monroe, Claude François, Amy Winehouse, Napoléon, Lady Di, le petit Grégory, Johnny Hallyday, Paul McCartney, je sais plus qui j’en oublie mais la liste se trouve assez facilement je t’enverrai le lien, en réalité ils ne sont pas morts. Ils se sont brûlé les ailes comme Pégase. Ils se sont approchés trop près de secrets qui ne les concernaient pas trop, tu vois ce que je veux dire, des secrets de la CIA, et depuis tous les faux morts se cachent entre eux dans des bunkers ultra-sécurisés et attendent le bon moment pour revenir. « 

Ce n’est pas une erreur, figurez-vous. J’ai fait absolument exprès d’inclure sir Paul dans la liste des morts, en référence à l’une des plus anciennes et tenaces rumeurs virales entourant la pop culture. Cf. l’exégèse qu’en fait Pacôme Thiellement.

Comme j’ai écrit le premier jet de ce texte il y a 5 ans et qu’il a mis un temps assez long à paraître, pendant 5 ans je me suis dit : « Pourvu que McCartney ne meure pas dans l’intervalle, cela gâcherait ma blague ! « 
Merci McCa d’être encore vivant, joyeux anniversaire ! Il vient d’ailleurs d’annoncer la sortie d’un titre inédit des Beatles terminé par une intelligence artificielle, je demande à entendre…

(Et sinon, au cas où, puisqu’il faut être parfaitement transparent, « Ils se sont brûlé les ailes comme Pégase » c’est pas une coquille non plus.)

Julien Assange, bien placé pour émettre un avis sur les complots puisqu’il en a révélé une poignée et subi un autre, a récemment énoncé cette idée intéressante :

Je ne comprends pas pourquoi les gens se passionnent pour de faux complots, alors qu’il en existe tant de vrais.

Révérence gardée, il me semble que la réponse à sa question est des plus fastoches. On se passionne pour les complots, peu importe qu’ils soient vrais ou faux (la question de la discrimination entre le vrai et le faux étant autrement épineuse, et sacrément contemporaine), tout simplement parce que les complots sont d’excellentes histoires. On aimera les complots aussi longtemps qu’on aimera les histoires, qu’on aimera comment elles se construisent et comment elles nous construisent dans le même mouvement, comment elles nous tiennent en haleine, et comment elles nous révèlent la vérité petit à petit ou brutalement. Chaque théorie du complot est un whodunit, excitant comme du Agatha Christie.

C’est pourquoi je réclame que le complotisme soit inscrit au nombre, outre des pathologies mentales, des arts du récit. Le complot est un phénomène imaginaire, un phénomène littéraire. C’est en tant que tel que je l’ai abordé puis brodé, en ma petite fantaisie intitulée La Théorie de la Compote.

Avisse : le samedi 24 juin à 18h, je ferai une rencontre-lecture-dédicace-un-peu-n’importe quoi en l’excellente librairie la Caverne, 11 rue Montorge à Grenoble, et ce sera comme une inauguration officielle, sans petits fours et sans sous-préfet qui coupe un cordon tricolore, mais avec beaucoup mieux : avec Marie Mazille. Donc on chantera, aussi.

La tête en compote

19/05/2023 Aucun commentaire

Aujourd’hui 19 mai 2023 (deux ans jour pour jour après Nanabozo), surgit en librairie La théorie de la compte, éditions l’Atelier du Poisson Soluble.

Les théories du complot imprègnent l’air ambiant. Réchauffement climatique, premier homme sur la lune, attentats, vaccins, morts célèbres, grand remplacement, sociétés secrètes… Plus ou moins farfelues, mêlant dangereusement le vrai et le faux, elles forment un fascinant phénomène imaginaire, et même, lâchons le mot, littéraire : un mythe moderne. Voilà qui valait bien un livre.

Et même, pratiquement, deux : La théorie de la compote suivi de La compote de la théorie. Côté pile une fiction, surenchère burlesque / côté face un bref essai, pense-bête scientifique, qu’on lira dans l’ordre qu’on voudra.

C’est Olivier Belhomme, éditeur, qui a eu l’idée de cette double entrée : « Elle est bien, ta Compote, Fabrice, mais tu ne peux pas la balancer comme ça toute nue, de nos jours le sujet est trop sensible pour courir le risque du malentendu, tu aurais l’air de dire que tout se vaut, le vrai, le faux… Ton texte a besoin d’un autre texte qui l’accompagne, peut-être une préface, ou une postface ? »

J’ai rechigné, temporisé, hésité, rappelé qu’il n’y a rien de pire ni de moins drôle qu’une blague qui a besoin d’être expliquée… Mais je l’ai écrit, ce second texte, finalement convaincu par la forme tête-bêche de la maquette, un livre à l’endroit, un livre à l’envers, comme un rappel subliminal qu’en toute chose il vaut mieux considérer les deux aspects. Parfois, les éditeurs ont raison. Merci Olivier.

Et puis, c’est un livre violet. Je n’en avais pas encore, de livre violet. Jolie couleur. Un rapport entre la nuance lilas et le contenu du livre ? Oh ben forcément, puisque tout a un rapport avec tout, c’est le principe même du complotisme, jeu merveilleux et infini qu’ailleurs on appelle apophénie.

Voyons voir… Qu’évoque le violet ? Première image qui vient ? Le chocolat Milka. Milka, aussi suisse que le secret bancaire est évidemment associé à un complot lié au Covid-19 (« mille cas » , comme par hasard) ! Interrogeons aussi le langage des fleurs : la violette signifie Notre secret est bien gardé (complot !). Cette couleur violette est également celle des évêques (Vatican = complot !) et, plus tardivement, celle du féminisme (lobby = complot !), bref on n’est pas sorti des mailles du filet ! Qui est le coupable ? Le Cluédo nous avait prévenus, c’est le professeur Violet dans la bibliothèque.

Veuillez noter dans vos agendas : le samedi 24 juin à 18h, cet ouvrage sera officiellement inauguré en la librairie La Caverne, 11 rue Montorge, Grenoble. Lecture, dédicace, rencontre, et même un peu de musique, avec Marie Mazille en très spéciale guest-star. Donc nous chanterons.

La Théorie de la compote, suivie de la Compote de la théorie

03/05/2023 Aucun commentaire

Deux ans jour pour jour après avoir déballé un carton et en avoir extrait le roman Ainsi parlait Nanabozo, je déballe un carton et j’en extrais mon nouveau livre, La théorie de la compote (L’Atelier du poisson soluble). Il sera en librairie le 19 mai. Soit, à nouveau, deux ans jour pour jour après Nanabozo. Cela commence a faire beaucoup de coïncidences. Les signes sont partout.

Les signes ne sont pas tous propices… Ce livre a enduré un nombre suspect de bâtons dans les roues… Il a cumulé tant de retard qu’il a failli ne jamais paraître.
1) En mars dernier, j’ai envoyé les épreuves à la correctrice qui réside en Auvergne, et mon courrier, mystérieusement égaré par la Poste, a mis quinze jours pour parvenir à destination (soit moins de 30 kms par jour en moyenne, j’aurais pu le faire à pied, c’eût été bon pour ma santé).
2) Au moment de l’impression, la machine de l’imprimeur est tombée en panne, retardant de trois jours la livraison.
3) Lorsqu’enfin le tirage fut prêt, le transporteur a récupéré la palette chez l’imprimeur mais l’a déposée « par erreur » (sic) non à l’adresse de l’éditeur mais devant chez un commerçant qui n’avait rien demandé.
4) Je feuillette l’ouvrage, je le trouve bien sûr très beau, mais… Bon sang, il a été façonné à l’envers ! Certes, la maquette est piégeuse puisque ce livre est à double entrée, La théorie de la compote (fiction) d’un côté, La compote de la théorie (essai) de l’autre. Or désormais la couverture de La théorie de la compote ouvre sur La compote de la théorie et réciproquement, ajoutant à la confusion ! Ne reste qu’à espérer que le lecteur s’imagine que c’est fait exprès… Ma résolution est prise : lorsqu’à l’occasion on me fera remarquer ce brouillamini, je sourirai d’un air énigmatique.

Toutes ces mésaventures empilées sont-elles réellement des accidents, du manque de chance à répétition ? N’y aurait-il pas quelque part, derrière le rideau des apparences, certaines puissances occultes, actionnant les leviers, et cherchant par tous les moyens à m’empêcher de révéler dans ce brûlot ce que je sais sur le complotisme ? Ces péripéties auraient-elles pour objectif final d’intimider les libraires qui à juste titre pourraient craindre que leur boutique prennent feu « fortuitement » le 19 mai s’ils plaçaient ce livre dans leur vitrine ?
Il suffit de réfléchir deux secondes et le jour se fait : à qui le crime profite ? Quel empire éditorial tremble devant l’indépendance farouche de l’Atelier du Poisson Soluble, qu’il n’a jamais réussi à racheter malgré quelques OPA agressives (il a échoué de même à mettre la main sur le Fond du Tiroir et depuis m’en veut mortellement) ?
Vincent Bolloré, bien sûr ! Vincent Bolloré et ses complices reptiliens bien placés dans le Vatican sataniste, la CIA islamiste, le Big Pharma illuminati, et la République en marche renaissante !

Réussirez-vous à lire La Théorie de la compote le 19 mai ? Le suspense continue.

Le complotisme est un rapport au monde

08/02/2023 Aucun commentaire

« Toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante, le complot exige un esprit rare. » Ce principe de précaution politique attribué à Michel Rocard, facile à trouver en ligne mais difficile à sourcer (quand, où, pourquoi Rocard a-t-il prononcé cette phrase ? on ne sait pas ! c’est louche !) semble une paraphrase du célèbre rasoir d’Hanlon qui lui, en revanche, est fort bien documenté : « Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer », et youpi.

Reste que les théories du complot existent (les complots aussi, quoiqu’un peu plus rarement), qu’elles ont même tendance à pulluler à la faveur d’un climat favorable et constituent un phénomène imaginaire très fertile, machines à histoires, fictions en marche, sensibilités exacerbées, élucubrations créatives, pelotes déroulées jusqu’au délire, exégèses infinie et sauvages à partir des moindres signes (par exemple d’une série de chiffres, y compris de chiffres attribués aléatoirement tel un numéro d’ISBN), apophénie parade, source intarissable de fascination et de griserie. Qui mérite bien qu’on lui consacre un livre, voire un millier. J’ai fait ma part, j’ai écrit le mien. Je lui ai donné la forme d’une blague politique de veine un peu comparable à Fatale spirale. Il s’appelle La théorie de la compote (j’ai hésité quelques secondes, je l’avoue, avec La théorie du compost), il paraîtra le 19 mai prochain (19, date intéressante parce que 1+9= 10, le un et le zéro, hum-hum, belote, disons, d’autant que mai 23 = 05.23 = 0+5+2+3 = 10, hum-hum les indices se recoupent) chez l’Atelier du Poisson soluble, et youpi.

Le Poisson soluble et moi, on se tourne autour depuis des lustres, on se cherche, on se renifle, on s’examine. Il aime ce que je fais, j’aime ce qu’il fait, il fallait bien que quelque jour nous concrétisions et apposions nos deux noms, non sur un parchemin mais sur une couverture. La Compote reposait dans un placard depuis des années, c’est le moment, elle est mûre, elle sort et youpi.

Le Poisson soluble est un éditeur étiqueté jeunesse, par conséquent ce livre va tomber sous le coup des mêmes malentendus que certains de mes précédents, avec la question pénible en épée de Damoclès : à qui ça s’adresse ? Idéal à 10 ans ? à 19 ans ? 28 ? 37 ? 46 ? Oh la la. J’ai une infinie gratitude à Olivier Belhomme, éditeur, de ne pas me l’avoir posée une seule fois durant tout le processus de création, et youpi.

Il s’agit de mon 22e livre et de mon 6e éditeur (je ne compte pas le Fond du Tiroir parmi mes éditeurs). Hum hum. Attends je recompte, suis-moi bien. J’additionne les livres et les éditeurs, 22 + 6 = 28. Et 2 + 8 = 10. Hum-hum. Rebelote : le un et le zéro. Et youpi.

Ce livre a pour numéro d’ISBN 978-2-35871-181-4 (indéniablement l’un des plus beaux numéros d’ISBN du monde, ex-æquo). Or si l’on ajoute tous les nombres qui le composent on obtient 64, et (suis-moi toujours) 6 + 4 = 10 ! Encore 10 ! Carrément 10 de der, un et zéro, soit les deux seuls caractères de l’alphabet universel et numérique permettant de tout exprimer, le oui et le non, le vrai et le faux, l’être et le néant, le plein et le vide, le tout et le rien, le singulier et le grand saut, le yin et le yang, la vie et la mort, l’absolu et la case départ, l’exigence et l’opiniâtreté, le mur et la fenêtre, le confit de canard et le steak de tofu, le poisson et le soluble, la compote et la théorie, le passé et le futur, en un mot (plutôt en deux) ce numéro d’ISBN est le signe, peut-être même la preuve, que ce livre marque un changement de cycle et d’ère et d’énergie. Et youpi.


(Pour lire une autre hypothèse sur le contraire de un, c’est par ici)

(Pour lire une autre obsession numérologique, cf. Le Produit de ses fouilles in Voulez-vous effacer/archiver ces messages ?)

La machine à décerveler du père Ubu

27/10/2022 Aucun commentaire

Le formidable et palpitant film documentaire consacré à « l’agnotologie » et à la désinformation, La Fabrique de l’ignorance (Franck Cuveillier et Pascal Vasselin) a reçu le prix Parisciences 2021, et c’est justice.

Cette archéologie, non pas du savoir, mais du non-savoir stratégique, est une œuvre de salubrité publique. Les deux auteurs décortiquent comment, depuis les années 50, les grandes compagnies (tabac, amiante, carburants, pesticides, chimie, plastiques, agroalimentaire, nucléaire, numérique, etc.) ont privatisé la méthode du doute scientifique ainsi qu’ils ont privatisé tout le reste du bien commun, afin de retourner perversement la science contre elle-même, et de dynamiter la notion même de savoir. Sophisme : le scepticisme est une vertu scientifique, n’est-ce pas ? Alors les climatosceptiques sont les seuls vrais scientifiques. Les conclusions de leurs commissions d’experts appointés par ces compagnies (ou, pire encore, sincères) est, de façon récurrente, “On ne peut pas savoir” (si le tabac, l’amiante, les carburants, les pesticides, la chimie, les plastiques, l’agroalimentaire, le nucléaire, le numérique, etc… sont réellement dangereux).

Ainsi est réduit à néant tout ce qui pourrait entraver leur “bizness as usual” et leurs profits. Dans l’un des documents confidentiels ayant fuité (cf. la 26e minute du film), on lit cet aveu extravagant :

« Le doute est notre produit car c’est le meilleur moyen de concurrencer l’ensemble des faits présents dans l’esprit du public, c’est aussi le moyen d’établir une controverse. »

Le doute, principe qui enorgueillit et élève la pensée humaine au moins depuis Descartes, est ravalé à l’ignoble niveau de l’astuce marketing. La responsabilité morale de ces compagnies dans la confusion mentale généralisée à notre époque saturée de “faits alternatifs” , de mensonges décomplexés, de trumpisme et de poutinisme, est colossale et sera impossible à rembourser – tout comme les crimes contre le vivant lui-même.

Le documentaire n’est plus en ligne sur Arte (sauf en payant sur la boutique) mais on le trouve en deux clics sur Youtube.
Le paradoxe, ironiquement souligné par le cinéaste lui-même, est que son succès aura été, aussi, celui des complotistes qui ont massivement regardé le film… Mais il est parfois terriblement difficile de contredire les complotistes : comment appeler un cénacle de messieurs encravatés qui se réunissent dans une salle de conférence et élaborent une stratégie globale de décervelage, sinon “un complot” ?

Également sur Youtube : notre chanson Vos gueules (Leïla Badri, Norbert Pignol, Fabrice Vigne et Nicolas Coulon), d’une actualité sans date de péremption puisque les gueules ne se ferment pas, ferait une excellente bande originale pour ce film. « Tiens, une abeille est morte, tralalala… » :

Sur le même sujet que La fabrique de l’ignorance, et mettant en exergue cette hallucinante même citation (Notre produit, c’est le doute), on se réfèrera à ce déjà classique de 2010 réédité cette année aux éditions du Pommier, Les Marchands de doute de Naomi Oreskes et Erik M. Conway.