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« René Vautier », fière enseigne

Alors que l’on découvre, stupéfait, que le jeune président d’un parti fondé par des antisémites ait pu être l’auteur d’écrits antisémites, une autre affaire se joue, bien plus discrète, à la devanture d’un cinéma, offrant le même spectacle, le retour du même-pas-refoulé.

Steve Fortel, maire RN (oui, c’est bien de ce parti que nous parlons, cofondé par le Waffen SS Pierre Bousquet) de la ville d’Erle (Pyrénées Orientales) n’a rien trouvé de plus urgent à faire dans sa commune que de débaptiser la salle de cinéma. La salle portait depuis 2005 le nom de René Vautier, ce grand ennemi des totalitaires, engagé dans la Résistance encore jeune homme, décoré par le général de Gaulle à la Libération, et devenu après-guerre un cinéaste engagé, mais engagé jusqu’à la prison, fervent anticolonialiste dont le film le plus célèbre est Avoir 20 ans dans les Aurès.

Ah, non, attends, mes excuses, j’ai parlé trop vite, je n’avais pas fact-checké correctement : il est faux de dire que Steve Fortel n’a rien trouvé de plus urgent car, après vérification, au printemps dernier, un mois après les élections, le nouveau maire s’était occupé des vrais problèmes de sa commune, il avait fait effacer un passage piéton autrefois peint aux couleurs de l’arc-en-ciel en soutien à la communauté LGBT.

C’est par ici qu’on signe la pétition contre l’effacement de l’hommage à René Vautier.

Les mairies conquises par l’extrême-droite sont des laboratoires de ce qui nous attend nationalement au cas où la France basculerait le 2 mai prochain. J’enfonce une porte ouverte et je sens que dans les mois qui viennent il faudra bravement en enfoncer des tas : le RN est ennemi de la liberté.

René Vautier était un homme libre, un cinéaste de même, il est donc insupportable pour certains. Pour tous les autres, il est indispensable. Nous qui fréquentons les salles de cinéma avons tous une petite dette envers Vautier : ses faits d’armes ne sont pas que sur pellicule. Sa grève de la faim de trente et un jours, en 1973, a aboli le visa de censure politique au cinéma en France. Il a contribué à faire du cinéma un art libre.

Les Mutins de Pangée, coopérative d’édition et de diffusion de cinéma, en profitent pour donner à voir, sur leur plateforme Cinémutins les films restaurés de Vautier. En outre, en guise d’échantillon gratuit, ils offrent le visionnage d’un très curieux court-métrage de Vautier, Le remords (1974), autofiction cruelle où Vautier incarne une version hypocrite de lui-même. Douze minutes de dialogue acerbe et drôle, sur la responsabilité, sur la complicité, sur la posture de témoin, sur la bonne et la mauvaise conscience, et ça tombe bien, c’est pile ce dont on a besoin : https://www.cinemutins.com/films/2100-le-remords

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