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Boulette

16/02/2015 Aucun commentaire

Diam-s---La-Boulette--Generation-Nan-Nan-

Et soudain je repense à Diam’s en 2006. Plus grand monde ne pense à Diam’s depuis 2006.

2006 marque l’apogée de la rappeuse. Son troisième album, Dans ma bulle, plus grosse vente de disques en France de l’année, est successivement disque d’or, disque de platine, double disque de platine, disque de diamant. Diam’s conjugue succès public (sa tournée est un triomphe) et critique (elle est couverte de prix). Elle fait entendre partout sa voix tonitruante qui représente, comme on dit en hip-hop, qui parle pour ceux qui ne parlent pas : elle est la voix de la jeunesse, la voix de la banlieue, ainsi que la voix, plus rare encore, de la femme de cette même banlieue ; elle chante avec une énergie formidable l’émancipation de ces trois figures, le jeune, le banlieusard, la femme. Elle est un relai d’opinion pop, implicitement féministe à sa manière puisque femme dans un milieu d’hommes.

Elle rappe l’anti-machisme, la galère quotidienne, la lutte contre les discriminations, le racisme, le fascisme rampant (sa lettre ouverte Marine), l’angoisse et la liberté, le harcèlement et le viol (Ma souffrance), elle se fait chroniqueuse à la fois politique (Ma France à moi) et intime (Jeune demoiselle)… Les adolescents, et même les enfants, les petites filles, s’identifient à son charisme, à sa force, à sa modernité. Si bien que son succès déborde son milieu (ceux qu’en 2006 on commence à appeler « bobos » lui font fête eux aussi)… avant de la déborder elle-même.

En 2007, Diam’s percutée par le burn-out plonge dans la dépression. En 2008, elle se convertit à l’Islam (je ne me prononcerai pas sur le rapport de cause à effet, ce serait indécent). En 2012, elle renonce à sa carrière, et refuse d’apparaître dans les médias ; désormais, lorsque cela arrivera, par exception très contrôlée ou par sauvage abus des paparazzis, on la verra recouverte du voile. Au moins n’a-t-elle pas renoncé à s’exprimer puisqu’elle a publié entre temps deux livres pour raconter son histoire, sa foi, la honte qu’elle éprouve à l’évocation de son passé et de sa vulgarité (sic).

Depuis le départ à la retraite de Diam’s, on croit (je crois) déceler une certaine régression dans le rap français grand-public. Tous les grands succès populaires ultérieurs (Sexion d’assaut, Booba, Black M, Maître Gims, La Fouine, Rohff, Lacrim, Jul, Kaaris, Gradur… Voire, comble d’auto-caricature radicale, l’impayable Swagg Man, infiniment plus vulgaire que Diam’s) sont exclusivement masculins et, du point de vue des paroles, généralement coulés dans le même moule machiste, arriviste, matamore, bodybuildé, buté, querelleur, gangster ou pseudo-gangster, cynique, va-de-la-gueule, trivial, à cran, sombre, sans joie. Puéril et fat. Cependant, dans le livret de leurs CD, ces messieurs remercient parfois le Tout-Puissant et/ou son Prophète, ce qui rachète sans doute tous les maternalismes et les eaux glacées du calcul égoïste.

Une décennie après son triomphe, de Diam’s restent en tête quelques refrains emblématiques. La Boulette, l’un de ses plus grands succès (2006), m’est revenue au nez ces jours-ci comme un diable en boîte. Non pour cette phrase issue d’un couplet « y a comme un goût d’attentat » , mais pour cette autre, dans le refrain : « C’est pas l’école qui nous a dicté nos codes nan nan, génération nan nan, alors ouais on déconne, ouais ouais on étonne… »

C’est pas l’école qui nous a dicté nos codes. A-t-on été assez attentifs, il y a dix ans, à cet avertissement martelé dans les MP3 ? Diam’s mettait des mots sur le discrédit de l’Education Nationale. Pas seulement l’échec des élèves ; l’échec de l’école. Et dire que c’est sur ce tube anti-école que Jamel Debouze a fait danser Ségolène Royal juste après lui avoir arraché sur un plateau de télé l’aveu de sa candidature à la présidentielle, c’était une émission cool, fun, pop, c’était l’échec annoncé de l’école, de Royal, de la gauche, de l’infotainment, de la démagogie, de la démocratie.

Plus que jamais, l’Éducation comme lieu non seulement d’apprentissage et de découverte, mais aussi de partage, de terrain d’entente, de langage commun et grâce à cela d’appropriation et de réinvention des choses communes, bref, comme le lieu des codes, apparaît comme le tout premier enjeu politique. Qui, sinon elle, dicte les codes ?

Que vive l’école publique républicaine gratuite laïque et obligatoire. Putain, chaque épithète pèse seize tonnes. Je m’interroge sur le pourcentage d’écoliers français en mesure de comprendre le terme épithète. La grammaire est un code.

Et soudain je repense à un autre signe avant-coureur : Nicolas Sarkozy en 2007, aussi pionnier et visionnaire que Diam’s en 2006. On n’a pas tellement cessé, hélas, de penser à Sarkozy depuis 2007. « L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé. »

Post-scriptum tardif à propos du rap et du reste : je relis en 2015 deux articles de Libé de 2013. Une chronique du sociologue Louis Jésu ; quelques jours plus tard, la réponse de Charb. Or, ce retard de deux ans laissant tiédir l’actu est très éclairant, parce que tout était déjà contenu dans ce dialogue de sourd, à part peut-être le sang coulé : l’incompréhension, le mépris réciproque entre le rap et Charlie, la violence, à l’époque exclusivement verbale (je réclame un autodafé…), la religion qui se crispe, l’analyse sociologique à posteriori (on croit lire en avant-première le bouquin de Todd), les fossés qui désespérément se creusent entre les gauches d’une part, entre les Français de l’autre.

Traditionnel de demain

26/01/2015 3 commentaires

flyer janvier 2015

Comme si je n’avais rien d’autre à faire de mes jours, t’sais. Bombardé président. Il ne me manquait plus que ça. Sans me vanter, je te jure, depuis quelques jours je suis président de l’association MusTraDem, label de CD, éditeur de partitions et tourneur de musiciens, toute la gamme des pieds à la tête, depuis le baluche jusqu’à l’éthnomusicologie, musiciens qui sont mes amis depuis vingt ans et mèche. Faites connaissance je vous prie, achetez leurs CD ! Allez les voir en live vivants ! (ou à défaut sur Youtube) Lisez les toujours stimulants éditos de l’une de leurs têtes pensantes et dialecticiennes ! Dégourdissez-vous les doigts en apprenant à jouer d’un instrument, et les fesses en dansant jusqu’à pas d’heure ! (Prochain rendez-vous, amis Grenoblois : samedi prochain, détails sur l’image ci-dessus.)

MusTraDem pour Musiques Traditionnelles de Demain : j’aime et admire cet oxymore depuis (disons pour faire simple) toujours. L’association fut fondée par des artistes à la fois ancrés dans l’ancestral et expérimentateurs de formes – en somme, des inventeurs d’une certaine modernité, pas moins. (C’est en mélangeant qu’on invente.) Circonspects à l’époque comme aujourd’hui quant à la possibilité de trouver leur place dans le marché, le réseau, le commerce ou la foire médiatique, ils ont décidé vers 1990 de ne pas attendre le messie (ni le président) et de la créer eux-mêmes, cette place. Ils ont forgé de leurs mains et pour leurs mains leur propre structure, outil de travail et de distribution, de survie, de vie tout court. Une source d’inspiration pour Le Fond du tiroir ? Tu l’as dit, mon neveu !

Alors bon, d’accord, ça et les sentiments plus un coup dans le nez et voilà comme on se retrouve à signer des papiers sous la mention Président… Ils avaient besoin d’un prèz… J’ai accepté tout en les avertissant que le job m’intéressait mais que je n’étais pas sûr d’avoir les épaules, qu’ils n’avaient qu’à voir comme j’avais rendu florissante ma propre association (en déficit chronique), que je me sentais vachement ‘normal’ comme président, autrement dit qu’il fallait craindre que seul un attentat sanglant me rende un peu populaire…

Bah, nous verrons bien, eux et moi ! Je suis sûr que j’ai quelque chose à apprendre là-dedans, et puis je peux bien me dévouer pour eux spécifiquement, et pour la musique en particulier.

J’ai souvent sous-entendu, et parfois explicitement déclaré, que j’écrivais par défaut, par dépit d’être si peu musicien. J’ai consacré les droits d’auteur reçus pour mes premiers livres à l’achat d’instruments de musique (une trompette, deux trombones, un tuba)… Je me sens proche de la musique, même et surtout quand j’écris. Et encore davantage quand je me donne en spectacle. J’aime travailler ma voix comme un instrument et la balancer comme un chorus, ou en contrechant parmi les notes des autres. J’ai eu un planning de janvier chargé en happenings littéraro-musicaux : d’abord une représentation des Giètes-sur-scène, on a recompté, c’était la 39e et dernière (des photos ici), ensuite une de Vironsussi-sur-scène (des photos là). Eh bien figurez-vous que le premier spectacle n’était possible que grâce à la complicité fidèle de Christophe Sacchettini, et que le second doit beaucoup au talent et à l’investissement de Norbert Pignol.

Comme par hasard : deux membres (fondateurs, en plus) de MusTraDem. Tous deux apparaissant d’ailleurs furtivement dans L’échoppe enténébrée. Okay. On a pigé, pas besoin de théorie du complot. Une mafia, quoi.

Et pendant ce temps, l’actualité ? Ah non, merci bien j’arrête, elle est trop triste l’actualité. Comme si les attentats n’avaient pas généré suffisamment de chagrin, de colère, d’inquiétude, Emmanuel Macron ministre de l’économie balançait le même jour dans Les Echos un autre symptôme de la grande déglingue globale : « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires » . Macron/Swagg Man : même combat, même modèle offert à la jeunesse française, même classe, même Rolex. Et Bernard Maris, lui, est mort assassiné, Bernard Maris qui déclarait je cite de mémoire une interview rediffusée post-mortem :

« La liberté et l’égalité, on sait à peu près ce que c’est. Ce sont deux drapeaux, deux belles valeurs, qui animent la politique française depuis la Révolution. Encore aujourd’hui la liberté est revendiquée comme absolu plutôt par la droite, et l’égalité plutôt par la gauche. Leur confrontation est inévitable (trop de liberté nuit à l’égalité, trop d’égalité nuit à la liberté) mais fonde la République, au moment où le débat public parvient à un équilibre entre les deux. Or cet équilibre ne peut être trouvé que grâce au troisième terme républicain, le plus difficile à trouver, le plus abstrait (contrairement aux deux premiers, on ne peut pas faire de loi qui porte son nom), le plus beau peut-être : la fraternité. La fraternité est la solution à nos problèmes… Mais il y a du boulot, puisque l’idéologie dominante [celle de Macron et de Swagg man], très violente, suicidaire, nous inculque l’exact contraire, le chacun-pour-soi et la guerre de tous contre tous.« 

Maris était un homme lumineux, et par conséquent éclairant, sa lumière a été soufflée par deux abrutis obscurantistes qui, certes, ne pouvaient que nourrir du ressentiment face à ce qu’ils étaient incapables de comprendre et qu’ils supposaient incapable de les comprendre. Maris a été assassiné juste après avoir achevé un petit livre à paraître chez Grasset où l’on trouve cette phrase “La civilisation commence avec la politesse, la politesse avec la discrétion, la retenue, le silence et le sourire sur le visage” que j’aurais pu apposer en épigraphe de Fatale Spirale, Maris est mort et il nous reste Emmanuel Macron et Swagg Man, oh misère qu’ils sentent mauvais les meilleurs voeux 2015.

Rhâ pardon c’est plus fort que moi j’ai craqué, j’ai encore parlé de cette grande salope d’actualité, encore deux ou trois heures passées sur Internet à lire tout ce qui se présente, je sais pas si vous avez lu La carte et le territoire de Houellebecq, l’un des passages les plus burlesques montre Houellebecq en chair et en os ce qu’il en reste, pitoyable personnage de son propre roman, avouer tel un toxico, « J’ai complètement replongé, question charcuterie… » et bon, là, je suis bien obligé d’avouer cette après-midi : « J’ai complètement replongé, question actualité… »

Je vais plutôt aller jouer un peu de musique.

Viron-souscription

09/11/2014 2 commentaires

P1030820

L’enregistrement du versant musical de Vironsussi, prochain livre du Fond du tiroir, est terminé. Encore toute notre gratitude à Norbert Pignol, et à tous les musiciens impliqués, très impliqués même. On vous en offre un échantillon : une prise alternative du duo Destéphany/Vigne à écouter ici même. Le chasseur et le chassé (duo-duel). Document brut non mixé, hein. La version gravée sur le CD sera sensiblement différente, un peu plus longue, sans bafouilles et avec plus de reliefs, de cris et de chuchotements… mais déjà, ça donne une idée de ce que nous tentons de faire.

L’enregistrement… Okay. Le roman… Okay. La mise en page… Okay. Les illustrations… Presqu’okay. (courage, Romain ! Tu vois le bout !) Reste à faire tout ce qui coûte beaucoup d’argent : le mixage, la gravure de la galette, l’impression du livre.

Donc, on a besoin d’argent. Donc, faites chauffer sans tarder le carnet de chèques, ou un vironsussi viendra vous dévorer cette nuit pendant votre sommeil. Donc, imprimez le bon de souscription, remplissez-le, joignez un chèque de 25 euros seulement (port offert aux souscripteurs), adressez-nous l’ensemble dans les plus brefs délais, puis trompez l’impatience en lisant par exemple d’autres livres, moins palpitants mais on fait avec ce qu’on a, avant de recevoir chez vous, vers la mi-décembre, ce volume unique en son genre (promis, il ne ressemble à rien, pas même à un autre livre du Fond du tiroir) agrémenté et augmenté d’un CD contenant sa bande, elle aussi, originale.

192 pages, 15×19 cms, reliure cartonnée, CD en pochette de protection transparente, ISBN 978-2-9531876-8-7.

Henry Cording

27/10/2014 Aucun commentaire

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Toute cette semaine : gaffe à la loupiote rouge SVP, enregistrement en cours.

Olivier Destéphany et moi-même enregistrons, en compagnie d’une tétra-tripotée de musiciens invités, et grâce aux compétences d’ingénieur-son, cyniquement exploitées et outrageusement sous-payées, de Norbert Pignol, le CD qui sera joint au roman Vironsussi (bon de souscription en ligne ici même, sous peu, on ne sait pas trop, disons la semaine après la semaine prochaine).

Ce CD sera constitué de sept pistes. Les six premières, instrumentales, constituent la « bande originale du roman » . L’ultime, d’une durée d’un petit quart d’heure, est un duo entre Olivier (à la contrebasse solo) et moi-même (aux murmures, aux vociférations, aux hurlements bestiaux et chuchotements gutturaux, aux poussées de fièvre, aux postillons expressionnistes et à la littérature). Bref, un authentique morceau de Fais-moi peur comme si vous y étiez. Un quart d’heure de transe pour seulement cinq pages du roman (qui en compte quelques 200) – équation qui nous laisse perplexes lorsque nous nous rappelons avoir envisagé, pas très longtemps mais tout de même, d’enregistrer l’intégralité du livre. Nous étions jeunes et idiots.

Le fruit de ce travail sera également exhibé sur scène le 21 janvier 2015, cochez-moi ça dans votre agenda.

Vironsussi 017

Norbert et Olivier écoutent le résultat. Et simultanément le regardent, en pleine synesthésie.

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M. Olivier Destéphany, quelques secondes avant sa transformation en vironsussi. Ensuite, on ne l’a jamais revu.

quatuor

Le quatuor, à cordes, et à l’oeuvre.

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Mon pupitre, avec le texte, le casque, le micro, et à titre d’inspiration une gravure signée Romain Sénéchal.

Le Nobel c’est de la dynamite

13/10/2014 un commentaire

patrick-modiano-hugues-de-courson-fonds-de-tiroir

Ah, tiens ? Patrick Modiano. Un prix Nobel de littérature que j’ai lu. Ça ne m’était pas arrivé depuis 2008. C’est bien, lire un Modiano de temps en temps. Même un nouveau, on a l’impression de l’avoir déjà lu, mais peu importe, le précédent aussi était bien.

Comme s’il était mort, sauf qu’en plus il est vivant et qu’il vient de sortir un livre, les hommages à, et biographies de Modiano ont pullulé dans les médias, et ça nous a ventilé les neurones, ça nous a reposé de Zemmour,  un petit air frais comme si quelqu’un avait ouvert une fenêtre.

J’ai appris à cette occasion que Modiano avait écrit tout un album de chansons, enregistré par son vieil ami Hugues de Courson, sous le titre Fonds de tiroir. Je me suis rendu compte, creusant la question, que je connaissais certaines de ces chansons par des reprises, notamment La coco des enfants sages par le groupe Casse-Pipe.

Un chansonnier nobélisé ? C’est sa fille qui doit être fière, chanteuse de la famille ! Sincères félicitations à Modiano ! Toutefois… J’avoue être très réservé quant à l’intitulé de cet album… Fonds de tiroir, il faut reconnaître que ça ne fait pas très sérieux… Pas vendeur du tout, aucune chance de marcher, aucun avenir, suicide commercial, facilité, humour potache, autodérision balourde, nihilisme et balle dans le pied…

Ah ah ah, tu en veux-tu, de la dérision, mon p’tit gars ? Bouge pas, j’en ai, écoute ça. Mes beaux-parents déménagent. Ils passent ces jours-ci d’une grande maison à un petit appartement. Ils bazardent à tour de bras, ménagent par le vide, toute une vie bien siphonnée, par pans à la benne… J’avais toujours vu chez eux une élégante et intimidante collection de livres, un alignement d’épais volumes reliés, par dizaine, cuir blanc ou simili, crobard de Picasso sur la couverture. Il s’agit de la collection Prix Nobel de Littérature des éditions Rombaldi, commercialisée par correspondance dans les années 60 et 70. Plusieurs mètres linéaires, chaque Nobel par ordre chronologique depuis 1901 avait droit à sa reliure blanche et à son Picasso, une bibliothèque qui tenait toute seule, un patrimoine culturel qui imposait le respect,  qui serait transmis de génération en génération, qui était très répandu dans les bonnes familles bourgeoises des Trente Glorieuses… Aujourd’hui, plus personne n’en a que faire. Cette magnifique somme populaire de Littérature estampillée Nobel a trop couru, a vécu, n’a pas été beaucoup lu, et aujourd’hui elle se trouve facilement sur eBay. Mes beaux-parents ont essayé de placer leurs Nobel d’occase sur Leboncoin, à vil prix, puis à très vil prix, puis gratos à enlever sur place. Jusqu’ici, pas de client. Sic transit gloria liberi. Nobel, t’façons, c’est de la dynamite.

It don’t mean a thing (if it ain’t got that swing)

20/09/2014 Aucun commentaire

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Le défi a été lancé par mon vieux complice JP Blanpain : « Le festival Jazz en Velay organise un concours de nouvelles, dont le thème tient en un seul mot : jazz. Tu sais écrire ? Tu aimes le jazz ? Alors on s’y colle, hop, on écrit une nouvelle chacun » . Chiche. Sacrée tête d’émule !

Or dans le même temps, Christophe Sacchettini me faisait découvrir le travail d’artiste-colleur de Louis Armstrong. Quelle révélation ! Armstrong est une de mes idoles, depuis longtemps, depuis toujours puisque j’écoute The Good Book sans interruption depuis ma vie intra-utérine, et j’ignorais tout de son activité picturale. Satchmo a passé sa vie, lorsqu’il ne soufflait pas dans sa trompette, a jouer du rouleau de Scotch, composant des montages relevant de l’art brut, ou naïf, ou surréaliste, ou égocentrique, comme on voudra. Il n’était pas du genre à intellectualiser les choses ainsi, mais quant à moi je trouve que le ruban adhésif fonctionne très bien comme métaphore du lien immatériel entre les gens, de ce qui relie et retient toute une époque de façon invisible… De la musique, en somme.

Ma nouvelle parlerait donc d’Armstrong, d’un rouleau de Scotch, et de musique qu’on n’écoute pas mais qu’on regarde.

Jazz en Velay a débuté le 21 septembre 2014, le résultat du concours a été révélé, je n’ai pas gagné (Jipébé non plus). Tant pis ! L’avantage, c’est que je n’irai pas au Puy-en-Velay, je ne serai pas obligé de serrer la main de son député-maire. Reste que je suis  content d’avoir écrit cette nouvelle, je swingue de la tête. Elle vous est offerte (la nouvelle, pas ma tête, dont j’ai encore besoin) ici même en téléchargement gratoche.

Je remonte mon groupe

09/07/2014 4 commentaires

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Le portrait ci-dessus, signé Denis Rouvre, me fait peur. Tout porte à croire que la personne représentée est Fabrice Vigne. Disons que je le sais. Je ne le sens pas. Je me reconnais à peine. Mais qui se reconnaît, qui d’abord se connaît ? L’image n’est pas la réalité, pourtant elle est réelle. Contrairement à ce que prétendent certaines images pour nous égarer, ceci est bien une pipe, ceci est bien une pomme, ceci est bien Fabrice Vigne. La vache.

Forte expérience, passer entre les mains d’un photographe de cette trempe. Quelqu’un soudain vous regarde vraiment, et en sus est capable de montrer comment il vous regarde. J’ai eu la chance de faire partie de l’échantillon de Français dont Denis Rouvre a tiré le portrait en même temps qu’il leur demandait : ça vous fait quoi, ça veut dire quoi pour vous être français, la francitude s’inscrivait sur nos traits et sous le flash, pour un projet intitulé Des Français, Identités et territoires de l’intime. Le projet désormais achevé prend simultanément la forme d’un livre aux éditions Somogy, et d’une exposition visible en ce moment et jusqu’au 21 septembre dans le cadre des Rencontres photographiques d’Arles. L’expo est également déclinée sous la forme d’un film de 35 minutes visible sur le site de Denis Rouvre, au long duquel défilent nos trognes et nos voix.

Les images et les textes y sont saisissants, beaux d’une part, essentiels d’autre part en tant que contribution plurielle et paradoxale au débat le plus moisi de la décennie, celui sur l’identité française. (Le climat social actuel, qui rend possibles divers surgissements de violence identitaire, incite à suspecter qu’un débat sur l’identité n’est pas autre chose qu’une rationalisation du repli identitaire. On sait depuis longtemps, on sait pour rien, on sait sans solution, que identitaire c’est eux, et que l’identité est une panthère féroce et avide de sang.)

Me v’là d’vant vous là, dans mon vieux cuir, mes plis, mes tempes grises. Ne dirait-on pas une rock star sur le retour, rejouant le défi et promouvant l’énième tournée d’adieu de son groupe.

Tiens, puisqu’on parle de Mick Jagger.

Mick Jagger m’a bien fait rire en se prêtant à une promotion à rebours pour la reformation sur scène des Monty Python. Il déclare, pince-sans-rire, « Les Monty Python ? Ils sont encore là ? Oh, non… Qui a envie de payer une fortune pour voir cette bande de vieillards fripés qui ne cherchent qu’à se faire un max de blé et revivre leur jeunesse… D’accord, ils étaient cool dans les années 60, mais là, à rabâcher encore une fois leurs vieux numéros que tout le monde a déjà vus sur Youtube, c’est pas seulement du réchauffé, c’est limite ringard. De toute façon, le meilleur de leur bande est mort il y a des années. » Il enchaîne distraitement en donnant à son assistant la playlist du prochain concert des Stones, Satisfaction, Let’s spend the night together

Mesdames et messieurs, j’ai l’honneur et l’immense joie de profiter de cette conférence de presse pour vous annoncer que moi aussi je reforme mon groupe pour une tournée d’adieu. Le prochain livre du Fond du tiroir sortira cet hiver, en pleine saison du loup, et pour l’occasion j’ai reconstitué le duo originel du FdT canal historique : le sémillant mais désormais bourdonnant Patrick Villecourt, factotum éternel, compositeur des sept premiers titres figurant au catalogue, a accepté de reprendre du service en compagnie de moi-même-dans-mon-vieux-cuir. Les affaires comme on dit reprennent. On laisse passer l’été et on en recause.

Ne vous en faites pas, je vais de mieux en mieux

23/01/2014 2 commentaires

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Les quatre portraits flatteurs de ma personne ci-dessus, respirant la santé, la fraîcheur, le bon air, l’équilibre mental et cinq fruizélégumes par jour, furent saisis durant la représentation de Fais-moi peur saison IV, palpitant morceau de musique live, mardi 21 janvier à l’Odyssée (fervents remerciements à mes partenaires, Olivier Destéphany, Christine Antoine, Mathieu Tomasini, et tous les musiciens, que Nyarlathotep vous encaustique, paix, amour, et combustion lente), et non pas, comme on aurait après tout le droit de le supposer, au moment précis où, quelques heures plus tard, je découvrais stupéfait, écarquillant pareillement les lotos, un autre indice de la mort du disque.

Je viens de changer de voiture. Comme mon goût pour ces engins est pour ainsi dire nul, je ne me suis guère documenté sur l’offre, et j’ai commandé le modèle que je porte déjà, ainsi que je pratique avec mes paires de chaussures. Après tout je suis content de ma vieille bagnole, elle m’a donné de l’usage, onze ans pensez, onze ans déjà que cela passe vite onze ans, je ne peux pas me tromper sur la date, je me souviens que je l’avais en partie payée avec mes premiers droits d’auteur. De onze ans en onze ans je ne verrais aucun inconvénient à conduire le même véhicule jusqu’à ma mort.

Bref – je réceptionne aujourd’hui la caisse neuve, que j’imagine à l’image fidèle à son ancêtre. Las ! Pas tout à fait. Outre quelques retouches cosmétiques que le commercial du magasin me présente comme d’époustouflants progrès, je constate que l’autoradio n’a plus de fente mange-CD mais, en lieu et place, une prise USB. Le CD, ex-produit d’appel des supermarchés et des garagistes, n’existe plus, à quoi bon un appareil pour les entendre résonner au sein des habitacles ? J’en tombe mélancolique à un point difficile à exprimer, comme si j’étais moi-même bon pour le rebut. Que faire de mes piles de compacts, tant d’années de joie laser ? Les écouter chez moi, certes je peux encore. Mais en roulant ? N’aurais-je d’autre expédient que l’USB, et faudra-t-il me résoudre à plier mes oreilles à l’infâme format MP3 ?

Je lance ici un appel solennel. Annonce sérieuse. Quelqu’un dans la salle connaît-il un modèle de lecteur CD externe qu’on brancherait sur la clef USB d’un autoradio ? Ou sur allume cigare ?

Ma mélancolie se prolonge, se diffuse, je médite, c’est un tic, sur les mentalités… et j’en viens à songer que la fatale dématérialisation des biens culturels, musiques, films, livres, idées, ne s’accompagne paradoxalement pas du moindre détachement envers les valeurs matérielles. Seules les œuvres de l’esprit s’évanouissent dans l’éther. Pour le reste, jamais n’avons-nous été si rageusement matérialistes, ni si obsédés des biens de ce monde. Tiens, pendant ce temps à Davos

Une belle bande de blaireaux

18/12/2013 Aucun commentaire

Ils se font appeler Les Blaireaux et font semblant de le regretter : leur premier album s’appelait Pourquoi vous changez pas de nom ?, et le dernier dix ans plus tard On aurait dû changer de nom. Ils sont du ch’Nord et plus rigolos que Dany Boon. Ils sont six, soit mine de rien 50% de bonus par rapport aux Beatles.

Et grâce à eux ces temps-ci mon trombone et moi nous jouons de la musique deux à trois heures par jour. J’aime bien. Parce que je ferai partie de l’orchestre qui accompagnera les Blaireaux aujourd’hui mercredi 18, pour deux concerts à l’Heure Bleue, Saint Martin d’Hères, 15h et 19h.

En guest-stars, car eux aussi aiment bien les Blaireaux : Georges Brassens, Jacques Brel, Charles Trenet, Barbara, et Serge Gainsbourg. Si, si, c’est vrai, la preuve ici.

Chat mignon

13/12/2013 2 commentaires

AFFICHE-fais moi peur

Vendredi 13 : date parfaite pour publier la réclame de Fais-moi peur.

Après une saison III au taquet qui engendra un roman monstrueux, et peut-être même un livre à paraître au Fond du tiroir, le vibrionnant Olivier Destéphany et moi-même avons quelque peu raboté les ambitions de notre rendez-vous annuel d’épouvante et de musique, Fais-moi peur. Pour construire cette saison IV, à forte teneur en spectres, nous revenons aux fondamentaux, et puisons dans le répertoire, comme nous l’avions fait lors des deux premières moutures. Nous donnerons à entendre du Poe, du Maupassant, du Lovecraft, du Dickens… ainsi que des compositions originales d’Olivier, interprétées par l’orchestre à cordes les Aventuriers de l’archet perdu, toujours fermement dirigé par Christine Antoine.

Devinette : en examinant le charmant chat borgne qui orne l’affiche, dessinée par Ludo Chabert (cliquer ici pour entendre un autre des talents du gaillard), saurez-vous identifier la nouvelle d’Edgar Allan Poe j’aurai le terrible honneur d’incarner ce soir-là ? À gagner : une entrée gratuite pour ce spectacle gratuit. Mardi 21 janvier 2014, Espace culturel l’Odyssée, Eybens.