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Articles taggués ‘Musique’

Je me sens tour à tour la perle et le pourceau

08/02/2009 Aucun commentaire

Le Stradivarius télésurveillé, c'est la sécurité pour vos enfants

« Le musicien de rue était debout dans l’entrée de la station « Enfant Plaza » du métro de Washington DC. Il a commencé à jouer du violon. C’était un matin froid, en janvier dernier. Il a joué durant quarante-cinq minutes. Pour commencer, la chaconne de la 2ème partita de Bach, puis l’Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et à nouveau, du Bach. À cette heure de pointe, vers 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur travail. Après trois minutes, un homme d’âge mûr a remarqué qu’un musicien jouait. Il a ralenti son pas, s’est arrêté quelques secondes puis a démarré en accélérant. Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar : en continuant droit devant, une femme lui a jeté l’argent dans son petit pot. Peu après, un quidam s’est appuyé sur le mur d’en face pour l’écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher. Il était clairement en retard. Celui qui a marqué le plus d’attention fut un petit garçon qui devait avoir trois ans. Sa mère l’a tiré, pressé, mais l’enfant s’est arrêté pour regarder le violoniste. Finalement sa mère l’a secoué et agrippé brutalement afin que l’enfant reprenne le pas. Toutefois, en marchant, il a gardé sa tête tournée vers le musicien. Cette scène s’est répétée plusieurs fois avec d’autres enfants. Et les parents, sans exception, les ont forcés à bouger. Durant les trois quarts d’heure de jeu du musicien, seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l’écouter un temps. Une vingtaine environ lui a donné de l’argent tout en en continuant leur marche. Il a récolté 32 dollars. Personne ne l’a remarqué quand il a eu fini de jouer. Personne n’a applaudi. Sur plus de mille passants, seule une personne l’a reconnu.

Ce violoniste était Joshua Bell, un des meilleurs musiciens de la planète. Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius valant 3,5 millions de dollars. Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation future au théâtre de Boston était « sold out » avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.

C’est une histoire vraie. L’expérience a été organisée par le Washington Post dans le cadre d’une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d’action des gens. Les questions étaient : dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ? Nous arrêtons-nous pour l’apprécier ? Reconnaissons-nous le talent dans un contexte inattendu ? Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être : si nous n’avons pas le temps pour nous arrêter et écouter un des meilleurs musiciens au monde, jouant pour nous gratuitement quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, avec un violon Stradivarius valant 3,5 millions de dollars, à côté de combien d’autres choses passons-nous ? À méditer … Vidéo visible sur you tube. »

Reçu aujourd’hui par mail ce récit, qui m’interloque. Je le reproduis au Fond du Tiroir, très solidaire du Fond du couloir de métro. Pour qui mes belles tripes, mon sang ma sueur et mes larmes ? Ma joie, aussi, et mon travail ? Pour personne et pour la télésurveillance. À votre bon cœur messieurs-dames, merci et bonsoir.

(source : Pierre Voyard. Mais, comme toujours dans le cas d’informations assistées par l’électronique, il est prudent de fouiller un minimum le oueb afin de vérifier les circonstances. Le texte transmis par Pierre stipule « en janvier dernier », ce qui tôt ou tard ne veut rien dire : l’expérience a eu lieu, précisément, le 12 janvier 2007. Peu importe, c’est actuel. Édifiant article d’analyse, en anglais, à lire ici.)

Trane

08/01/2009 2 commentaires

"Je voudrais que ma musique guérisse celui qui l'écoute." (J.C.)

L’on aura peut-être remarqué le changement d’aspect de ce blog depuis l’an nouveau. Se sont subtilement transformés l’agencement, le graphisme, pour tout dire « le thème » du blog – car c’est ainsi qu’en informatique on désigne un habillage (comme dans « parc à thème »), ce qui sémantiquement ne laisse pas d’être étonnant, confusion de la forme et du fond. J’espère que c’est pour le mieux. Pour l’heure je trouve ce « thème » encore un peu bizarre, mais je suppose que c’est seulement le temps d’adaptation. À mon âge.

Cette chirurgie esthétique s’accompagne d’une autre opération, plus discrète mais plus vitale, dans les entrailles du bazar : nous roulons désormais dans la version WordPress « 2.7 ».

Or, si je vous en parle, c’est que cette nouvelle version porte un petit nom : Coltrane. Dixit WordPress : « It’s the next generation of WordPress, which is why we’ve bestowed it with the honor of being named for John Coltrane » – notons que les versions antérieures de WordPress répondaient (?) aux noms de Mingus, Strayhorn, Duke, Ella, Getz, Dexter, Brecker, et Tyner (sic).

D’où est-ce que je vous parle ? Je vous parle depuis Coltrane. Ça me touche. Coltrane n’est pas n’importe qui. A love supreme (ici vous pourrez en entendre quelques secondes dans une version live) est peut-être le disque que j’ai le plus souvent écouté dans ma vie. Dont quelques centaines de fois, en boucle, lors de l’écriture de TS.

Le grand homme, porteur d’âme, partageur de beauté, créateur d’une oeuvre, lyrique, charnelle, spirituelle, d’une profondeur infinie en même temps que d’une perpétuelle délicatesse… devient en un clic dispositif technologique up-to-date, dernier modèle en magasin d’un moteur de gestion de contenu écrit en PHP et reposant sur une base de données MySQL, volatil et bientôt périmé (la prochaine mouture s’appelera peut-être Albert Ayler) ; et ainsi circulent parmi nous, sinon les significations, du moins les signes.

Sur quel drôle de monde nous vivons. Pourquoi pas un systéme de programmation nommé Mozart ? un « thème » de blog intitulé Kubrick ? un langage de programmation baptisé Shakespeare ? Une bagnole nommée Picasso (tant qu’on y est) ? Une société de racket légal par gestion des parkings souterrains et par lobbying en faveur de la construction d’aéroports superfétatoires nommée Vinci ? Un presse-purée de marque déposée Aristote ?

(Après vérification, il semble que tous ces exemples, à l’exception du dernier, soient authentiques.)

Toujours à propos de la circulation des signes… Connaissez-vous le site Sleeveface qui invente mille et une variations à partir des pochettes de disques vinyl ? Non seulement ces mises en scène fétichistes sont amusantes, mais elles évoquent quelque chose d’assez profond, me semble-t-il, sur ce que nos disques de chevet font à nos physionomies :

Na zdorovié, Rock and roll !

07/12/2008 3 commentaires

L’un des éléments rationnalisables du rêve exposé hier ici-même est l’ennui profond éprouvé en plein salon du livre.

C’est parce que j’ai perdu mon dernier dimanche au Salon du livres des Marches. Il existe deux sortes de salons du livre : ceux qui vous invitent pour la seule raison qui vaille, parce qu’ils ont aimé vos bouquins ; et ceux qui vous invitent pour une autre raison, plus triviale, plus contingente, plus dérisoire, mauvaise, toujours mauvaise. Par exemple : on vous invite pour faire masse, juste parce que vous êtes dans le carnet d’adresse de quelqu’un.

Il faudrait, pour bien faire, n’accepter que les invitations des salons de la première catégorie, qui seuls offrent la garantie que vous ne perdrez pas votre temps puisque vous serez là pour la littérature (voire la Littérature, tant pis pour la grandiloquence en majuscule, merde, je veux bien être grandiloquent si c’est un moyen de faire comprendre qu’il n’y a que ça qui m’intéresse). Le Salon des Marches hélas appartient à l’autre catégorie. J’ai donc perdu mon dimanche à poireauter stérilement derrière mon stand, simplement parce que mon adresse était dans le carnet de quelqu’un, de quelqu’un qui ne s’intéresse pas à la Littérature (du moins, pas à la mienne) mais à son propre « événement médiatique ».

Je n’étais pas d’humeur sur ce Salon lorsqu’un « journaliste » m’a « interviewé », me demandant le titre de mon livre « qui a le plus marché » pour ensuite le qualifier de « sympa » dans le micro qu’il a tenu toute la journée à la main, afin d’animer en continu et de rappeler que l’événement médiatique était d’importance, puisqu’il y avait un journaliste et un micro. Un peu plus tard, un « cameraman » convié à faire un reportage pour une télé locale, afin de bien marquer l’importance de l’événement médiatique (puisqu’il y avait non seulement un journaliste, mais aussi un caméraman) m’a demandé de faire semblant de dédicacer un livre et de le tendre à quelqu’un censé se tenir devant le stand, « de toute façon vous inquiétez pas, je ne filme que les mains ». J’ai vertement refusé de me prêter à de telles simagrées, trouvant ce simulacre absurde puisque je n’avais encore fait aucune vraie signature de la journée, et de mauvais goût puisqu’il accréditait « l’événement médiatique », propagande dont je ne pouvais, déontologiquement, me faire complice. Je suis donc sans aucun doute passé pour un mauvais coucheur, et je m’en contrecogne. Le « cameraman » a trouvé son affaire un peu plus loin, auprès d’un auteur plus complaisant.

On ne le dira jamais assez : une seule chose peut sauver de la sinistrose une journée passée dans un « salon du livre » où l’on a été piégé parce qu’on fait partie du carnet d’adresse de quelqu’un et où l’on sait qu’on sera loin de la littérature, loin des flammes qui font lire et écrire, loin de soi-même, loin de tout. Et cette chose est la compagnie de compagnons de stand (d’infortune) sympathiques, chaleureux et/ou instructifs. Or je n’avais pas à me plaindre, puisque j’avais pour voisins Eric Boisset et Sylviane Doise.

Eric Boisset est l’auteur de trilogies de science fiction qui marchent très fort (lui-même a dédicacé sans relâche), Le grimoire d’Arkandias etc. Ses livres m’attirent fort peu, pas ma tasse de thé (ni de whisky), mais l’homme est d’un commerce très agréable, rigolo, cultivé, bavard, débordant d’anecdotes sur lui-même et les autres, vraiment de quoi égayer le désastre. J’ai ainsi recueilli de lui, cette après-midi là, les propos que je consigne ici :

« Quand Bernard Pivot était jeune journaliste, il est allé au culot frapper à la porte de Nabokov, qui refusait toute interview, mais qui l’a cependant reçu. Il s’est prêté au jeu de l’interview filmée, en sirotant, en bon Russe, une gorgée de thé entre chaque question. Pivot a révélé plus tard que la théière vidée ce jour-là ne contenait pas du thé, mais du whisky – même couleur, ni vu ni connu. Dans le même temps, Mick Jagger se laissait filmer lors d’une énième tournée des Rolling Stones, sifflant backstage une bouteille de whisky. Sauf qu’en réalité, la bouteille de whisky contenait du thé – même couleur, ni vu ni connu. Alors, Nabokov ou Jagger, lequel est le plus rock ‘n’ roll ? »

Grand merci, Eric, du fond du cœur. Si, après le Salon du livre des Marches, l’on rentre chez soi enrichi d’une aussi belle histoire, édifiante et tellement de circonstance (les caméras… les simulacres… les « événements médiatiques »…), il devient impossible de dire que l’on a perdu son dimanche.

Le jardinier

23/10/2008 un commentaire

Initials SG :
Un jour où j’étais pris
D’un spleen ignoble
Dans quelque bouquinerie
Du vieux Grenoble…

…Je farfouille et trouve dans le bac des livres défraîchis et bradés, dix francs pièce (pour donner une idée de l’époque), un exemplaire d’Evguénie Sokolov, le roman de Serge Gainsbourg. Je l’avais déjà lu, je feuillette pourtant. Et je tombe sur l’écriture de Gainsbourg. La vraie, la manuscrite. Une dédicace en page de titre, tout à fait impersonnelle, mécanique, plate, trop banale pour n’être pas vraie : « À Françoise, Gainsbourg ».

J’ai beau ne pas faire grand cas des rituels fétichistes entourant la dédicace, et les moquer dans mon bon de commande, merde, c’est Gainsbourg qui m’écrit à Françoise, je suis ému par surprise, en plus il était déjà mort (pour donner par recoupement une idée plus précise de l’instant). J’achète l’objet : dix balles pour deux lignes d’authentiques tremblements autographes, tremblements qui entrent très fort en résonance avec l’intrigue dudit roman, l’aubaine est inespérée. Il ne me resterait dès lors qu’à accomplir les démarches administratives pour changer de prénom et recevoir enfin pleinement cette dédicace. Je crois que je pourrais m’habituer à me faire appeler « Françoise », avec le temps.

Gainsbourg est à nouveau à la mode ces jours-ci ; parce qu’il a quatre-vingts ans, certes, mais surtout parce qu’il a toujours été en-deça et au-delà de la mode, subversif dans le flux. On le cite à tout propos. Ma foi, on a bien raison : une citation de Gainsbourg est propre à relever le niveau, quel que soit le contexte. Je suis bien placé pour le savoir, j’ai placé autrefois une sentence gainsboréenne en épigraphe de l’une de mes nouvelles. Ça vous a plu, hein ? Vous en voulez encore ?

Okay, je retranscris un extrait d’interview, filmée pour la télévision en septembre 1973. Gainsbourg est assis devant son piano, chez lui, rue de Verneuil. Jane Birkin traverse le fond de l’image, portant dans ses bras une enfant de deux ans. Le journaliste en change brusquement de sujet.

« Vous avez décidé d’avoir un enfant, une fille… Est-ce que vous aviez des idées précises sur l’enfance qu’elle aurait ?
– Non, aucune. Ça… ça pousse… Ça sera une fleur, ou une mauvaise herbe, je ne sais pas. Enfin, heu, bon… Je vais la tailler, un peu. Je suis un bon jardinier, je crois ».

Pour ma part, j’ai deux filles. Je jardine, un peu, mais surtout je regarde pousser. Quelle plus belle image de « l’éducation » ?

Etienne Delmas (1956-2008)

15/08/2008 6 commentaires

Je n’apprends qu’aujourd’hui un trépas vieux d’un mois. Etienne Delmas est mort le 18 juillet 2008. Je suis malheureux.

J’ai rencontré Etienne une première fois, anecdotique, en 2004, alors qu’il préparait le spectacle d’inauguration de l’Odyssée (Eybens), qu’il avait écrit et composé, et au sein duquel j’ai joué la discrète partie de troisième trombone (assez mal) sous sa direction.

Mais j’ai surtout fait sa connaissance l’année suivante, quand a démarré l’aventure des éditions Castells. Il a été le premier auteur publié par Castells, et moi le deuxième. Nous n’écrivions certes pas la même prose, mais nous nous lisions et nous respections grandement. Nos flagrantes différences nous semblaient une paradoxale et fertile inauguration pour cette maison d’édition – qui alors nous excitait beaucoup, et qui hélas a depuis tourné en eau de boudin, comme l’on sait. Etienne aura publié deux récits, poignants, chez Castells (deux autres livres étaient en préparation, j’ignore s’ils paraitront jamais), sans aucun doute malcommodes à dénicher aujourd’hui : Je suis là pour la nuit et L’ange objectif, des mots qu’Etienne faisait vivre volontiers en procédant à des lectures, dans des formules parfois originales – il avait mis au point des lectures « au casque » qui créaient une intimité particulière avec la voix.

C’est qu’il était aussi acousticien. La seule fois où je suis entré chez lui (c’était pour enregistrer ma voix, ainsi j’ai pu apprécier sa méticulosité professionnelle en même temps que sa gentillesse), il déballait avec gourmandise un micro tout neuf qu’il venait de recevoir de Russie, et m’expliquait pour quelle raison les Russes sont forts en micro.

La capilotade Castells a bien des aspects grotesques, mais elle a aussi, au moins, un aspect tragique, celui-ci : contrairement à moi et à la plupart des auteurs publiés par Castells, Etienne n’avait pas d’autre éditeur. Ce qui signifie que l’effondrement de l’enseigne entraine la disparition, radicale et complète, de ses textes. Si jamais vous tombez sur ses livres, prenez-en soin. Ils sont rares. Il est possible aussi qu’ils vivent d’une autre manière (Je suis là pour la nuit avait fait l’objet d’un monologue théâtral, il y a quelques années).

Depuis que je le connaissais, Etienne était malade. C’était une scie: comment va Etienne ? Il est malade. Il ne va pas fort. Il est en rechute. Il ne va pas bien. Il a le moral ? Oui, il a le moral, mais… Il était en sursis. Il le savait, et tout le monde. Le sursis s’est écoulé. Nous changerons de scie.

C’était un musicien et un écrivain, et aucune des deux facettes n’était dilettante, puisque les deux étaient entièrement libres, et entièrement engagées. Il était, avant tout, un type bien, or chaque disparition de type bien est une catastrophe. Je suis catastrophé. Pour en savoir plus sur lui : son site personnel, ainsi que celui de son groupe de blues, Blues pétrole.

J’ai vu Etienne pour la dernière fois en février ou mars. Il était fragile comme un souffle, mais égal à lui-même, curieux des autres, attentionné, charmant, délicat, non pas fataliste mais infiniment patient. J’adresse mes sincères condoléances à sa compagne et à ses enfants.

(Un post-scriptum, écrit neuf mois plus tard, est lisible ici.)

Echoppe bonus

06/06/2008 4 commentaires

L’Echoppe enténébrée (70 exemplaires écoulés sur un tirage de 260) comprend vingt-six articles. En voici un vingt-septième, déballé dans l’arrière-boutique.

Rêve de la reformation des Beatles

Vendredi 22 février 2008

Je me trouve dans un centre de vacances en été, comme quand je faisais des colos. Une réunion se prépare, préparation ou débriefing des animations en cours, et je suis tenu d’y assister. Nous nous retrouvons dans une sorte de salle des fêtes un peu délabrée, un peu miteuse, qui ressemble à la salle polyvalente des Saillants du Gua, dans une lumière très crue. Le but de cette réunion est la reformation des Beatles. Un cercle de chaise en plastique a été aménagé, nous nous asseyons, tout le monde est en short, en T-shirt, en sandales, il fait très chaud. Je remarque la présence des deux Beatles survivants, George Harisson et Ringo Starr [dans la réalité les deux survivants ne sont pas tout à fait ceux-là], qui sont là pour recruter les deux nouveaux membres. Je surprends des conversations, et j’apprends que je suis pressenti pour tenir la batterie dans la nouvelle formation. Je suis très embêté, parce que je n’ai jamais joué de batterie de ma vie, mais faire partie des Beatles, c’est quand même une sacrée occasion, ce serait dommage de louper ça, ça ne se refuse pas. J’échafaude des stratégies, je peux toujours leur dire oui maintenant, et ensuite proposer de jouer du tuba à la place de la batterie. Nous faisons un tour de table (il n’y a pas de table). Quand arrive mon tour, je me présente, « Fabrice Vigne, je suis né en 1969 »… Là-dessus Harisson sourit et glisse à l’oreille de son collègue : « Ah, 1969 ! Tu te souviens ? Nous étions en Inde. » Je suis très impressionné, mais je suis apparemment le seul dans l’assistance. Peut-être que toutes les personnes présentes dans cette salle des fêtes étaient elles aussi en Inde en 1969 ?

Soudain, je trouve saugrenu qu’on me propose la batterie alors que Ringo Starr est vivant, et même assis juste à côté de moi. Il semble deviner mes pensées et me donne une tape amicale sur l’épaule en me disant : « T’inquiète pas, tout va bien se passer ». Qu’est-ce qu’il est sympa, ce Ringo Starr. J’espère qu’il va me donner quelques tuyaux, pour la batterie. Je vais essayer de m’asseoir à côté de lui à la cantine.

Je me réveille.