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La fête des sœurs n’existe pas

28/05/2026 Aucun commentaire

S’il est une « fête » dont je me contrefiche avec constance, peut-être même avec passion, c’est bien la « fête des mères ».
Souvent attribué à l’État Français pétainiste, le culte de la maman est en réalité récurrent chaque fois qu’un régime, y compris républicain, a besoin de bébés, de chair à canon et de « réarmement démographique ». Un village non loin de chez moi, Artas en Isère, revendique et grand bien lui fasse, l’invention de cette célébration printanière (le symbole du printemps lui-même n’est pas anodin) des génitrices, puisqu’en 1906 son maire a remis un prix de « Haut mérite maternel » à deux mères de neuf enfants : on voit la claire logique de comice agricole.
Surtout, cette dite fête est l’alliée ancestrale et fidèle du patriarcat, qui assigne les femmes à une fonction, une essentialisation, une utilité sociale, la maternité ; ainsi que de la bigoterie des monothéismes qui n’en pensent pas moins (cf. l’enquête au Fond du Tiroir sur le mythe de la mère vierge : https://www.fonddutiroir.com/blog/?p=20830).

Moi qui suis hétérosexuel et qui, suspicieux depuis à peu près toujours envers les écueils de la masculinité, ai toute ma vie instinctivement recherché la compagnie des filles et des femmes, j’ai fini par comprendre, sans même en parler à un psy, que ce que j’espérais auprès d’elles, ce n’était pas une mère, certainement pas une mère, merci bien, mais une sœur. Une âme sœur, éventuellement, au mieux, mais d’une façon plus générale, dans tous les contextes, y compris professionnel, une sœur, et des sœurs, le plus grand nombre de sœurs possibles. Et je crois, au fond, que cette pensée est politique : commencer à voir les femmes comme des sœurs, plutôt que des mères actuelles ou virtuelles, passées, présentes ou futures, regarder les femmes dans les yeux, horizontalement… ne serait pas tout à fait inutile pour cheminer en direction de ces utopies que sont l’égalité des sexes, la société des égaux, la démocratie, la fraternité (qui est un autre nom possible pour la sororité – d’autres que moi se battront pour l’inclusivité du vocabulaire).

Conclusion qui n’engage que moi : à bas la fête des mères qui existe, vive la fête des sœurs qui n’existe pas.