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Comptabilité de la compatibilité

Le fascisme qui vient ? Qui attend son heure ? Qui guette la démocratie ?
Le fascisme est toujours, a toujours été, attendant, guettant et venant. Construisant son nid au sein même de la démocratie, forcément, puisque la liberté, de même que la tolérance, est une condition nécessaire à son contraire.

Les visions existent. Les fictions servent à cela ainsi que les rêves nocturnes, elles n’ont pas besoin d’être des science-fictions pour donner forme à ce qui guette et attend, à ce qui vient, à ce qui peut venir.
Des romans, et à leur suite des films et des séries, ont imaginé, ont donné à voir et à penser le fascisme installé dans la démocratie.

Trois grands romans américains (dont un canadien) viennent à l’esprit. Trois imaginations magistrales d’une irruption fasciste au sein de la démocratie américaine qui se prenait alors pour le fleuron de la liberté éclairant le monde, trois démonstrations, trois avertissements, trois comptabilités de la compatibilité entre démocratie libérale et fascisme, trois oeuvres nées à une époque où l’on utilisait déjà le mot uchronie mais pas encore dystopie :

  • Le Maître du Haut Château, Philip K. Dick, 1962. J’ai lu celui-ci à l’adolescence et, pour traduire littéralement un éloquent anglicanisme, il m’a soufflé le cerveau. Il m’a, inestimable leçon littéraire ET politique, fait comprendre que ce qui est, n’est qu’une possibilité de ce qui peut, a pu, pourrait, pourra être. Cette fonction cardinale du roman s’applique aux deux exemples suivants.
  • La Servante écarlate, Margaret Atwood, 1985.
  • Le complot contre l’Amérique, Philip Roth, 2004. Roosevelt n’est pas, comme dans notre monde, réélu président des États-Unis en 1940. Le nouveau locataire de la Maison Blanche est l’aviateur Charles Lindbergh, antisémite forcené et admirateur d’Hitler. La face du pays en est changé, celle du monde également.

Il est remarquable que ces trois grands romans aient été, entre temps, transformés en trois grandes séries, matérialisant en images animées, sans doute pour un plus large et plus moderne public, les idées initialement contenues dans de simples mots.
On note, autre signe des temps, que le passage du livre à l’écran s’accompagne de l’abandon de la traduction des titres. Ces trois séries sont ainsi connues en France sous leur titre original :

  • The Man in the High Castle, quatre saisons, 2015-219.
  • The Handmaid’s Tale, six saisons, 2017-2025.
  • The Plot against America, six épisodes, 2020. L’art des séries étant collectif contrairement à l’art du roman, on n’y retient que rarement le nom d’un auteur. Exception ici : il faut mentionner que l’auteur de cette série est David Simon, le même que The Wire ou Treme.

J’ajoute un quatrième roman, hors série puisque roman graphique : The Life and Times of Martha Washington in the Twenty-First Century de Frank Miller et Dave Gibbons, épopée du fascisme américain en 600 pages entre 1990 et 2007. Celui-ci aussi ferait une excellente série télévisée. Elle viendra peut-être. Sauf s’il est trop tard pour les avertissements.
Est-il trop tard pour les avertissements ?

Resterait à réfléchir sur les raisons de cette compatibilité, à identifier pourquoi la démocratie libérale de type américain est un terreau propice au fascisme, s’il existe entre les deux un petit dénominateur commun, une articulation logique (patriotisme, valorisation de la force, de la réussite…). Mais pour cela, les arts du récit ne suffiraient plus. Il faudrait de la philosophie. Simone Weil ?

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