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Maudite / Obsession

Lus coup sur coup : Maudite du cul ?, écrit par Sara Forestier et dessiné par Jeanne Alcala (éd. L’Iconoclaste) puis Une obsession, écrit et dessiné par Nine Antico (éd. Dargaud, label Charivari).

Ces deux autobiographies sexuelles, en dépit de leurs différences formelles, constituent deux symptômes parmi d’autres, innombrables, du même vaste mouvement de libération de la parole des femmes, à la fois post-#metoo et post-Annie Ernaux. Pas moyens de lire tous les livres ressortant de ce flux, nous assistons à l’émergence d’un genre éditorial à part entière et je ne parle ici que de deux specimens que le hasard a posés l’un sur l’autre sur ma pile.
Or de ces signaux, il n’y en aura jamais trop. Écoutons et lisons les femmes qui veulent bien raconter leur sexe, leurs aventures, leurs mésaventures, leurs apprentissages et leurs blessures, leurs jouissances et leurs souffrances, leur libido. Y compris, même, leurs amours – n’esquivons pas le mot le plus ambigu de la langue française. Tant pis si cette masse de confidences génère AUSSI un filon commercial, un secteur dans les librairies, une mode : à l’instar de nos vies intimes, chacune de ces histoires est à la fois semblable aux autres et éminemment singulière, chacune a sa dignité, et chacune est utile puisqu’elle apporte un contrepoids bienvenu aux histoires masculines qui dominent le marché des éducations sentimentales depuis, bah, des millénaires. Nous en avons, des choses à apprendre.
Respect à toutes.
Ceci dit.
On ne pourra pas s’empêcher, et je crois qu’il vaut mieux ne pas s’empêcher, d’établir des distinctions entre les livres selon leur niveau d’engagement non personnel mais esthétique ; entre les livres qui cherchent et inventent un ton, une distance, un style, une poésie, une façon inédite d’émouvoir… et ceux qui, en dépit de leur indiscutable sincérité, profitent simplement de l’autorisation donnée par la vague pour vider leur sac. Dans la première catégorie, qui s’extirpe du pur état de symptôme pour se risquer à l’art, avec supplément d’âme et d’élégance, je rangerais volontiers Nine Antico qui poursuit avec Une obsession un réseau de formes et de symboles (la nouvelle carte du tendre passe par les canaux de Venise : les masques sont partout) ; dans la seconde catégorie, je range Sara Forestier la Maudite qui, révérence gardée envers l’admirable actrice, délivre ses affres d’une façon qui confine au banal.

PS 1 : comme je n’aime pas spécialement endosser le rôle de distributeur de bons et de mauvais points, je m’empresse de réconcilier tout le monde en rappelant que Nine Antico est aussi réalisatrice et qu’elle a notamment signé le film Playlist, autre histoire féminine de conquête de sa propre sexualité. Et qui donc ce film avait-il pour vedette ? Sara Forestier. Alors, hein, globalement : bravo les filles. M’est avis que ce film, manifestement déjà autobiographique, a ouvert la voie des livres de l’une et de l’autre.

PS 2 : même s’il s’agit d’une référence datant de deux ans (archaïque, donc, en ces temps qui courent plus vite que nous), je range illico dans la première catégorie ci-dessus définie le magistral En territoire ennemi (Carole Lobel, L’Association, 2024) qui aborde, en plus des faits et abus sexuels, certains faits et abus politiques.

PS 3 : Nine Antico écrit dans son livre une phrase qui me tape dans l’oeil. Il faut écrire comme si ses parents étaient morts. Cette phrase, à tous les sens de l’expression, me dit quelque chose. Il se pourrait que ce soit une citation. Mais d’où, de qui ? Si quelqu’un a une idée…

PS 4 : une archive « metoo#moiaussi » au Fond du Tiroir pour rappeler que cette vague mondiale de libération profite aussi aux hommes, et pas seulement pour leur culture générale : https://www.fonddutiroir.com/blog/?p=17822

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