Rachmaninov ? It is unfair ! (Cancel la Cancel, 5/5)

21/03/2022 Aucun commentaire

Je conclus en musique le feuilleton du Fond du Tiroir consacré à la cancel culture, débuté l’an dernier en musique. Épisodes précédents :
1 : Que faire du baroque ?
2 : Le zèle des mythos
3 : C’est une blague ou quoi ?
4 : Céline n’avait pas menti

Le vendredi 18 mars 2022, OSE, l’orchestre symphonique dirigé par Christine Antoine, au sein duquel j’officie à la fois en tant que trombone basse et chauffeur de salle, a donné un spectacle dont le clou était l’interprétation du 2e concerto pour piano de Rachmaninov, avec la jeune et prodigieuse Laure Cholé au piano.

Le speech que j’ai prononcé en amont :

Vous allez entendre à présent le deuxième, sans doute le plus connu, des quatre concertos pour piano écrits par Sergueï Rachmaninov. C’est pour nous une grande chance de jouer cette pièce, très difficile pour nous, de même c’est une chance pour la soliste, la pianiste Laure Cholé, de jouer avec nous cette pièce très difficile pour elle aussi – surtout pour elle, d’ailleurs – au seuil de sa carrière qu’on lui promet brillante. Elle est très jeune certes, quoique pas beaucoup moins que Rachmaninov qui n’avait que 27 ans au moment de la création du concerto. Mais attention : je viens de mentionner deux fois que c’était une œuvre difficile… Mesdames et messieurs, il vaut mieux ne pas s’étendre sur la grande difficulté technique de cette musique, car si elle n’était pas aussi belle, sa difficulté n’aurait aucune importance. 
Qu’est-ce qu’un concerto ? C’est, littéralement, une concertation, un dialogue. Vous allez assister à un dialogue entre deux interlocuteurs, un instrument soliste, ici le piano, et l’orchestre. Que raconte ce dialogue ?
Le concerto a été créé en 1901 et depuis 120 ans, son succès ne s’est jamais démenti. On l’a entendu sur tous les continents, on a vibré, on s’est extasié, on l’a cité (“Rachmaninov ? It is unfair !”), on l’a décortiqué et analysé de bien des façons, et pour ma part, je vous propose la grille d’interprétation suivante : il s’agit d’une œuvre profondément autobiographique. 
Comment comprendre une musique sans paroles comme autobiographique ? Eh bien, simplement en se souvenant que Rachmaninov était un romantique, peut-être le dernier des romantiques égaré dans une époque où le romantisme n’était plus guère à la mode. L’un de ses modèles revendiqués était Berlioz, et comme son précurseur, il n’hésite pas à emplir sa musique de ses propres drames, ses passions, ses angoisses et ses enthousiasmes. On peut écouter ce concerto comme un documentaire sur la psyché de Rachmaninov, d’autant qu’il l’a composé au sortir d’une longue dépression. La musique raconte sa résilience, si l’on veut employer ce mot du XXIe siècle qui est ici un grossier anachronisme, tant pis.
Un autre élément clef autorise, à mon sens, la piste autobiographique : lors de sa création en 1901, qui joue du piano ? Rachmaninov lui-même, bien sûr. Écoutez bien : le piano parle, l’orchestre répond. Le dialogue entre le piano et l’orchestre est en réalité un dialogue que l’individu R. engage avec son art, avec la musique. Voire avec le monde.
Rachmaninov était un pianiste prodigieux, un des meilleurs de son époque, avec une mémoire sans égale, et une exubérance qui tranchait par rapport à son tempérament plutôt réservé et introverti lorsqu’il se tenait loin du clavier. Il était connu pour jouer de façon très véhémente, il lui arrivait de casser des cordes de son piano en concert (il est en cela le prototype des rock stars qui ont fait de même avec leurs guitares). Espérons qu’aucune corde ne casse ce soir. Il avait aussi des mains gigantesques, il pouvait d’une seule main jouer un accord de treizième, je laisse les musiciens dans la salle (et sur la scène) rêver à cet intervalle : sur un clavier, du do au la de l’octave suivante – mais, de nouveau, quelle importance aurait la difficulté technique de jouer une treizième en une seule main, si ce n’était pour atteindre à la beauté d’un accord de treizième ?
Je vais vous laisse maintenant savourer ce moment exceptionnel, ce concerto composé de trois mouvements : Moderato ; Adagio sostenuto ; et Allegro scherzando, en vous rappelant de ne pas applaudir entre les mouvements. Nous voici, vous et nous, embarqués pour environ 35 minutes de musique sublime.

Puis, le speech en aval :

Après cet exceptionnel concert russe, nous vous proposons pour le rappel d’effectuer un pas de côté, qui n’est pas mentionné dans votre programme. Pardonnez-moi, il me faut pour une fois parler ici avec une certaine gravité. Car nous avons beau nous consacrer aux beautés de la musique, nous vivons dans le même monde que tous, et ce monde est heurté. Les échos de la guerre nous parviennent. La guerre qui a lieu en ce moment en Ukraine a d’innombrables conséquences, y compris dans le milieu de la musique. Un peu partout dans le monde, les musiques russes et les musiciens russes sont boycottés, en sanction d’événements qui les dépassent. Le cas du chef d’orchestre Valery Gerguiev, évincé des salles de concerts, est le plus connu, mais les exemples ne manquent pas. On peut citer celui du jeune pianiste russe de 21 ans, Alexandre Malofeev, qui justement joue Rachmaninov avec virtuosité, et dont les concerts en Europe ou en Amérique sont tous suspendus. Or, il s’était exprimé dès le début du conflit, conscient que ses propos pouvaient mettre en danger sa famille restée à Moscou. Il a déclaré : « La vérité est que chaque Russe se sentira coupable pendant des décennies à cause de la décision terrible et sanglante qu’aucun de nous ne pouvait influencer et prédire. » 
Et quant à nous, petit orchestre symphonique d’Eybens, même à notre échelle nous devons répondre à des questions du type : « Êtes-vous certains de la pertinence d’interpréter de la musique russe en ce moment ? N’y a-t-il pas une faute de goût ou au moins un problème de timing ?” Que répondre à cela sinon notre espoir que donner accès à la beauté contribue à la paix plus efficacement que canceler, reléguer au purgatoire Rachmaninov, Rimski-Korsakov, Tchaïkovski, Moussorgski, Borodine, Chostakovitch, ou Prokofiev ? (Prokofiev qui du reste n’était pas russe mais ukrainien…) Et aussi répondre par notre foi que la musique, comme Jean-Luc Godard l’avait dit à propos du cinéma, est “plutôt un pays en plus« . Comment ne pas évoquer pour conclure, l’amitié indéfectible et l’admiration mutuelle entre Rachmaninov le compositeur russe né à Novgorod et Vladimir Horowitz le chef d’orchestre ukrainien né à Kiev ?
En guise de bis, pour clôturer notre programme russe, nous allons vous interpréter l’hymne national ukrainien. Il s’intitule Chtche ne vmerla Ukraïny, ce qui signifie : “L’Ukraine n’est pas encore morte” . 

Bravo Bravo

20/03/2022 Aucun commentaire

Le palmarès du festival d’Angoulême est tombé. Ce que j’y trouve de plus délicieux à mon goût, à part évidemment l’extraordinaire et inespéré grand prix décerné à Julie Doucet (un peu comme si on attribuait le Goncourt à Jean-Louis Costes ou à un écrivain punk du même tonneau, pour qui la littérature ne serait qu’un moyen parmi d’autres, et pas forcément le meilleur, de tout faire péter), est le prix de la série remis à Émile Bravo pour Spirou, l’espoir malgré tout.

Cette reprise de Spirou, dans des histoires situées à l’époque et à l’endroit mêmes où le personnage a été inventé, soit Bruxelles à partir de 1938, est d’une intelligence renversante. Bravo n’a pas volé son prix : il est pertinent, émouvant, juste, drôle, romanesque, à la fois audacieux et pédagogue, il n’esquive jamais son sujet aussi complexe soit-il (c’est-à-dire la seconde guerre mondiale), et surtout il est PERSONNEL – contrairement à tant de repreneurs de héros de bédés, simples épigones, mercenaires embauchés pour du lamanièrdeu, le dernier en date étant Delaf reprenant Gaston Lagaffe afin de faire rentrer la caillasse chez Dupuis.

En outre, aspect secondaire mais tout-à-fait réjouissant, Émile Bravo bouffe du curé, dénonce l’hypocrisie religieuse, et ainsi fait un sort aux origines bigotes et boy-scouts de Spirou et des éditions de MM. Dupuis père et fils, Jean et Charles, catholiques pratiquants qui prenaient très au sérieux leur mission sacrée d’édification de la jeunesse chrétienne.

Je t’en donnerai, de l’édifiant ! Ci-dessus, un extrait de La loi du plus fort, bref prologue de toute la saga L’espoir malgré tout. Nous sommes en 1938, et le jeune Jean-Baptiste, orphelin adolescent qui n’a pas encore reçu son surnom de Spirou, est viré de son institution, victime expiatoire d’un scandale impliquant quelques curetons… On lui déniche à la va-vite un poste de groom au Moustic Hôtel et la véritable histoire peut débuter.

Dialogue dans la rue :

– C’est injuste, mon père ! Je suis innocent !
– Ah, l’innocence ! Mais l’innocence est tentatrice et de ce fait déjà coupable.

Pouah !

Contre toute attente, Émile Bravo est le second punk du palmarès d’Angoulême.

Un char d’assaut sur l’océan

07/03/2022 2 commentaires

Ce que font les images en nous…

J’ai été frappé, il y a quelques jours, par une image. Par des milliers d’images, bien sûr. Mais par une image. Celle-ci.

L’image satellite de la colonne de 65 kilomètres de chars russes en route pour Kiev. Colonne qui paraît-il est restée à l’arrêt plusieurs jours pour cause de panne d’essence, détail qui serait comique, quoiqu’un peu invraisemblable, si nous étions en train de regarder un film, un film pacifiste parodiant la guerre, genre On a perdu la 7e compagnie de l’armée russe, ah ah non mais c’est un peu gros quand même, où vont-il chercher toutes ces conneries. Enfin la colonne est repartie, l’image est restée. Elle est restée comme l’emblème, la parabole de la catastrophe en marche, inexorable, lente, patiente, promesse de destruction, de feu et de sang. La mort en panne d’essence. La force de frappe rétinienne.

Je ne dors pas bien. Oh, cela ne date pas de cette semaine ou de Poutine. Je ne dors pas bien et je remâche des mots et des images, parfois pendant le sommeil, parfois même pas. Je mâche en veillant, je rêve sans dormir.

Sans dormir, j’ai rêvé plusieurs nuits de cette colonne de chars d’assaut, collée à ma cervelle, mais je l’ai rêvée dématérialisée des montagnes d’Ukraine et rematérialisée par magie, téléportée en un claquement de doigt, au-dessus de l’océan. Tiens, par exemple, à la verticale de la Fosse des Mariannes, 11000 mètres d’abysse. Je voyais, je vous jure que je voyais comme je vous vois, les chars d’assaut au-dessus de la mer, un à un surgis juste au-dessus de la surface vibrante de l’eau, flottant une fraction de seconde hébétée puis plouf adieu suivant, gloub gloub gros bouillon, les militaires ayant à peine le temps de sentir la résistance de l’eau, et pas du tout celui de comprendre ce qui leur arrive. Qui est incompréhensible, du reste. On ne choisit pas les visions nées de ses insomnies.

Puis, le matin, la journée, le soir, la re-nuit, j’avais cette image en tête, image délivrée par mon phosphore un peu mou et non par l’Internet, pas plus vraie pour autant : Un char d’assaut sur l’océan.

Je trouvais que les mots sonnaient bien, Un char d’assaut sur l’océan, l’octosyllabe est charpenté, le début d’un poème ou d’une chanson, j’ai fini par tenter quelques quatrains en fixant le plafond, histoire de poser des mots sur ce que je voyais :

Un tank à la fosse commune
Ou dans la poubelle je-trie
Ou téléporté sur la lune
Enfin au diable ou en débris

Un char d’assaut sur l’océan
Un char Dassault ou de l’Oural
Une armée réduite à néant
Noyée avec son général

Un char d’assaut sur l’océan
Deux tanks envoyés à la baille
Trois chars dans le gouffre béant
Quatre blindés quelques médailles


Cinq chars six chars et la culbute
S’en vont salir les fonds marins
Leurs tourbillons se répercutent
Tout mollement et plus plus rien

Dix chars vingt chars une colonne
Prend son virage à angle droit
Cent chars tombés dans le canyon
La gravité reprend ses droits

Mille chars jetés dans la flotte
À queue-leu-leu gros éléphants
Leurs artilleurs et leurs pilotes
Les pauvres, ce sont des enfants


La colonne au fond de la fosse
Des Mariannes en caniveau
Mon songe creux, mon idée fausse

Précipité dans mon cerveau

Cohorte avalée par la mer
Conflit englouti par les flots
Je suis rattrapé par l’amer
Par le réveil par la radio.

Enfin, à force de triturer l’image, cette nuit elle a fini par m’apparaître incontestable. Je n’avais plus aucun doute : je n’ai rien inventé, tout était là avant moi, le char sur l’océan est une image ancienne, archaïque même, tout le monde l’a formulée un jour ou l’autre, n’est-ce pas ? Stéréotype, cliché, poncif. Ce qui fait que, très logiquement (on fait de ces choses quand on ne dort pas), j’ai tapé sur Google « un char sur l’océan » pour vérifier méthodiquement toutes les sources historiques qui ne manqueraient pas d’éclore, afin que des images extérieures attestent les intérieures.

J’ai reçu en retour le char de Neptune :

C’était totalement hors sujet. Finalement, après de longs et patients recoupements sur Google Image, la photo la plus fidèle à l’idée que je m’en faisais avant de la connaître était celle-ci :

Il s’agit d’un reportage en Thaïlande datant de 2018. Vingt-cinq carcasses de chars d’assaut T69 ont été précipités dans la mer, ainsi que de nombreux wagons et camions-poubelles désaffectés, dans le but de créer un récif retenant les poissons, qui permettrait aux pêcheurs locaux de remplir un peu leurs filets, amaigris pour cause de surexploitation.

Ah, bon. Les Thaïlandais ne le sauront jamais mais c’était ma vision.

Ce que font les images en nous ? L’imagination.

Quadragénécro

03/03/2022 Aucun commentaire
(2022 : encore un posthume de l’inépuisable Perec)

Aujourd’hui, Georges Perec est mort, il y a 40 ans.

Que faisais-je le mercredi 3 mars 1982 ? Je regardais sûrement des dessins animés japonais à la télé, ou bien je lisais Strange, ou bien je prenais mon goûter (cette année-là mon goûter était souvent constitué d’une boîte de sardines à l’huile, j’étais en pleine croissance), en attendant mon cours de judo de la fin de l’après-midi. J’étais en classe de 5e à Chambéry, et tout-à-fait insoucieux de l’existence ou de la non-existence de Perec.

La rencontre advient en 1988. Je suis étudiant à Grenoble, j’emprunte Penser/Classer à la bibliothèque universitaire, sur les conseils de je ne sais plus quel prof de sociologie, peut-être Jean-Olivier Majastre. J’enchaîne compulsivement avec tous les autres qui me passent entre les mains, je découvre que chaque livre de Perec, petit ou gros, potache ou grave, autobiographique ou romanesque, est une exploration à part entière en même temps qu’une proposition, généreuse et à chaque fois originale. Selon sa propre métaphore, chacun de ses livres était une pièce de puzzle, et à terme le puzzle reconstitué représenterait son visage. Je songeais plutôt qu’elle représenterait la littérature en personne.

En 2011, cette fois je sais que Perec est mort depuis depuis bientôt 30 ans, mais il est très vivant pour moi qui écris et publie des livres, qui fabrique mon propre puzzle. Soudain j’ai l’honneur extraordinaire et inattendu d’être l’éditeur d’un texte de Perec, Ce qui stimule ma racontouze. Il en reste deux ou trois exemplaires au Fond du Tiroir – si le vôtre vous manque, passez par le catalogue.

En 2022, pour fêter l’accession de Perec au statut de mort quadragénaire, les éditions du Seuil publient un inédit, peut-être le dernier, Lieux, inachevé mais célèbre parce que Perec en parlait dans ses interviews.

« Lettre ouverte » dans la lettre que j’ouvre

26/02/2022 un commentaire

Ce matin au courrier, une lettre estampillée à Saint-Étienne… Oh, joie, c’est donc le Réalgar qui m’envoie mes exemplaires de la Lettre ouverte au Dr. Haricot, de la faculté de médecine de Paris. Mon opus 21, réédition entièrement remaniée de mon opus 12 (palindrome !).

Je constate que la fébrilité en décachetant le pli est toujours celle de la première fois, j’en déchire presque, d’impatience de toucher l’objet. Pardi, j’ai écrit un texte et soudain le texte est devenu du papier imprimé orné d’un numéro d’ISBN (9782491560386 en l’occurrence) à la disposition de tout lecteur curieux, je ne me lasse pas de ce miracle, vive le matériel ne serait-ce que parce qu’on n’ôtera jamais l’emballage d’un livre numérique.

Mon livre au titre le plus long, 22 pieds tout de même, est cependant l’un de mes plus brefs textes. L’un des moins chers également (à l’exception évidemment de J’ai inauguré IKEA – 4 euros, et Le Flux – 3 euros, prix imbattables et conseillés par le Fond du Tiroir).

Réclamez-le à votre libraire, ou à un autre ! Et profitez-en pour découvrir les nombreux autres titres de la collection Lettre Ouverte du Réalgar.

Et de quoi cause-t-elle, cette jolie plaquette grise dénuée de nom d’auteur sur la couve, ou de quatrième de couverture prémâchant la lecture ? Qui est donc ce Dr. Haricot ? Toutes les explications ici.

Tous les feux le « Feu »

23/02/2022 Aucun commentaire

Je lis rarement des romans contemporains, au sens « qui viennent juste de sortir » mais là j’ai emporté dans mes bagages le roman qu’une amie m’a conseillé, Feu de Maria Pourchet.

Je ne suis pas certain d’adorer ça. L’histoire d’amour et de sexe entre cette universitaire quadra et ce banquier quinqua n’est certes pas inintéressante (la passion adultérine est une très vieille histoire toujours très neuve), écrite avec vigueur, vitesse et brio, avec au fond du style quelques précipités rudement efficaces… pourtant je peine à m’attacher aux personnages. Pour le dire simplement, je ne les aime pas. Je ne voudrais pas être leur copain.

(Voilà qui me renvoie sèchement à la réception tiède rencontrée par mon propre Nanabozo, pas mal de lecteurs ayant décroché au prétexte qu’ils trouvaient mon narrateur pas sympathique. Faut-il, dans la vraie vie comme dans un roman à tout prix trouver sympathique un narrateur pour accepter de passer plusieurs heures en sa compagnie et entendre ce qu’il a à nous dire ? Non, c’est seulement plus facile, question d’empathie, de compassion, mais ce n’est pas obligatoire. Au fait, Emma Bovary était-elle sympathique, femme adultère d’un médecin tout comme la co-narratrice de Feu et explicitement citée dans ce roman érudit, qui emprunte son titre à un vers de Racine, révélé p. 222 ?)

Le banquier d’affaire en son 35e étage étage de la Défense surtout me pue au nez, il m’exaspère, j’ai sans doute et je n’en suis pas plus fier que cela, des a priori contre les banquiers d’affaire en leur 35e étage de la Défense mais mes a priori sont ici très directement confortés au lieu d’être nuancés comme ils devraient, dans l’idéal, l’être par la grâce de la littérature : le bonhomme est arriviste, cynique, bling-bling, nihiliste, globalement faux, nul, inutile et à peine racheté par des éclairs de lucidité ( « Atterri à Charles-de-Gaulle, je n’étais plus qu’une merde arrogante et désolée » p. 142). Mes a priori ne sont pas seulement de classe, il sont en outre littéraires : je n’oublie pas que le pénible Cinquante nuances de Grey mettait en scène lui aussi un financier, et le sex-appeal lié à la toute-puissance du pognon, l’aristocratie qu’on peut, me paraît ni plus ni moins qu’une grosse ficelle, un cliché.

Je tire, et c’est loin d’être nul, une leçon politique, une moralité démocratique de ma lecture : tout le monde, y compris les personn(ag)es que nous trouvons antipathiques, a droit à son moment de passion, d’amour et de sexe, l’obsession, la diversion, le chamboule-tout, le cœur gonflé, le cœur brisé. L’amour c’est l’infini à la portée de… qui, déjà ?

Par ailleurs, chez les deux personnages, je trébuche sur une tendance commune, donc tendance du roman lui-même que forcément j’attribue à son autrice en personne et plus encore à l’époque : le tic de décrire un personnage ou une situation en citant une marque. Elle ne dit pas baskets mais Reebok, pas bermuda mais Gucci, pas voiture mais Alfa etc. Même la cafetière est une Bialetti. Ce défilé de placements de produits me tombe des mains, je ne sais pas de quoi elle parle, mais attention, il s’agit d’un handicap de ma part, la culture me manque, je confesse volontiers que je suis « marque-blind » comme les daltoniens sont « color-blind » .

Autre handicap, qui celui-ci relève de la coïncidence malheureuse de calendrier : il se trouve que juste avant de me plonger dans Feu, j’ai lu un bref texte autobiographique d’Annie Ernaux, Hôtel Casanova et j’ai été frappé par la ressemblance, quasi la même histoire, la même aventure amoureuse et sexuelle dans un hôtel l’après-midi… Or j’ai eu l’impression qu’Ernaux disait en 10 pages des choses bien plus fortes que Maria Pourchet en 150, et questionnait précisément ce qui me manque à la lecture du roman, la compassion. Bien sûr, Ernaux est le grand écrivain de notre temps, donc la concurrence est rude.

Cf. un retour au Fond du Tiroir sur les récentes adaptations cinématographiques d’Ernaux.

Restez calmes, ceci est un détournement

22/02/2022 Aucun commentaire

Détournement d’orchestre symphonique en plein vol !

Nous étions là, bien tranquilles tous les 58, en vitesse de croisière, abordant les manœuvres d’approche de la Marche de Radetzky, pépouzes au-dessus des nuages…

Quand soudain le Professeur Aigu, armé d’une machine à écrire, a opéré un putsch dans l’orchestre ! J’ai immédiatement pris mes responsabilités en tant que steward : suivant les consignes du commandant de bord (Christine Antoine), j’ai repris le micro pour maintenir le contact avec les passagers, j’ai tout mis en œuvre pour éviter un mouvement de panique durant les turbulences. J’ai énuméré les titres de gloire internationaux du Professeur Aigu – en omettant d’ailleurs de mentionner l’un des plus prestigieux : pour la trentième année consécutive, on le sait peu car il est modeste, le Professeur Aigu est détenteur du trophée de sosie officiel d’Olivier Destéphany.

Finalement tout s’est bien passé. On dit merci qui ?

Rêve d’immortalité

16/02/2022 Aucun commentaire

Le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, tandis que le communisme c’est le contraire.

Je repense à cette vieille blague qui avait cours dans le bloc de l’Est durant la Guerre Froide. Excellente, elle pointait en quelques mots, avec une remarquable économie de moyens, le point commun implicite entre les deux mondes, les deux systèmes, les deux idéologies, liquidant leurs divergences tout compte fait superficielles et surtout utiles à exacerber leur compétition. Le point commun, c’était l’exploitation. Autrement dit le pouvoir, la domination, le productivisme et avant tout le matérialisme. La course poursuite engagée de 1945 à 1991 entre les USA et l’URSS avait pour terrain l’exploitation de la matière : qui aurait le plus d’usines, d’ouvriers, de soldats (1), de champs de blé, de bombes atomiques et de fusées pour la lune, qui assujettirait le plus grand empire, raflerait la mise. L’histoire est achevée, et le vainqueur connu.

Autant de matérialisme, autant d’obsession de la matière des deux côtés du rideau de fer, ne pouvait qu’engendrer une angoisse et une crise spirituelles. Et une réponse similaire : une nouvelle manière, scientifique, de promettre l’immortalité de l’âme.

C’est ainsi que je comprends le passionnant livre Lénine a marché sur la lune que Michel Eltchaninoff consacre à l’histoire d’une curiosité philosophique et religieuse russe, le cosmisme.

Le cosmisme, plongeant ses racines dans les traditions occultistes et ésotériques russes ainsi que dans le christianisme orthodoxe (il est préfiguré dès le XIXe siècle par un ami excentrique de Dostoïevski, Nicolas Fedorov), a été curieusement mâtiné au XXe siècle de foi marxiste en la toute puissance scientifique et technique, et à ce titre largement exploité et vulgarisé à la fin de l’ère soviétique ; enfin, au XXIe siècle, il est mis à jour et à profit par Poutine et les poutiniens, à grand renfort de nationalisme pro-russe – car de toute éternité les Russes ont tout inventé (cf. une autre fascinante folie russe non exempte de liens avec le cosmisme : le récentisme).

Ressusciter les morts, prolonger la vie éternellement, augmenter et perfectionner les corps périssables afin de nier les atteintes du temps, libérer le potentiel psychique infini, créer la vie artificielle, manipuler les phénomènes naturels tel le climat, révolutionner les transports et les communications, transformer le monde et carrément sauver l’humanité, disposer d’un réseau sur terre réservé à l’élite consciente puis partir à la conquête des étoiles, coloniser l’Univers, en somme devenir Dieu à la place de Dieu… Ce programme qui semble si californien est en réalité né russe. La charnière entre les deux versants est peut-être identifiable historiquement : Sergeï Brin, mathématicien né en URSS en 1973, immigré aux USA enfant, est le cofondateur de Google.

Axe Est-Ouest des allumés ! Dans la Silicon Valley des transhumanistes milliardaires et cinglés, Elon Musk et consorts, autant que dans la Moscou des parvenus cosmistes ultra-nationalistes et messianistes, domine une même obsession, soi-disant spirituelle mais fondamentalement matérialiste : l’immortalité. Si bien que l’archaïque blague de la Guerre froide convoquée ci-dessus en préambule mériterait son aggiornamento : le libéralisme américain promet qu’il y a une vie après la mort, tandis que le poutinisme russe promet qu’après la mort il y a une vie.

On prétend, depuis le concile de Latran IV en 1215, que l’âge de raison est 7 ans. Car c’est à cet âge que l’homo sapiens prend conscience de sa mortalité, naissance en chaque individu de la mélancolie et de la philosophie. Entre nous, je crains que passé cet âge, tout fantasme d’immortalité, qu’il soit vintage judéo-christiano-musulman, ou bien moderne pseudo-scientifique, libertarien et cosmiste, ne soit qu’un pur symptôme d’immaturité et d’infantilisme, une réponse paniquée au matérialisme, un déni du renoncement programmé à notre propre matière (Quoi ? Je ne suis que matière moi aussi ? Non ! Non !), un refuge dans la chimère et l’arrière-monde.

Quant à moi, je me fais une raison depuis l’âge de 7 ans : je mourrai, ce n’est ni bien ni mal, c’est ainsi, ça n’est triste que pour la poignée de personnes qui tiennent à moi, dont j’ai la faiblesse, parfois, de faire partie, et à qui je présente mes excuses par avance. Je me console avec l’art, qui, cela tombe bien, a un peu été inventé pour cet usage, pour la fraternité devant la mort. Je me console en regardant César de Pagnol. Je me console en lisant Gotlib : Tuer la mort, ne serait-ce qu’une seconde… N’est-ce pas devenir immortel l’espace d’une seconde ? , et je me console en écoutant Bashung : Mortels, mortels, nous sommes immortels/Je ne t’ai jamais dit/Mais nous sommes immortels


(1) –  » Car de plus en plus les Américains trouvent qu’ils manquent de bras et d’enfants,
c’est-à-dire non pas d’ouvriers mais de soldats,
et ils veulent à toute force et par tous les moyens possibles faire et fabriquer des soldats
en vue de toutes les guerres planétaires qui pourraient ultérieurement avoir lieu,
et qui seraient destinées à démontrer par les vertus écrasantes de la force,
la surexcellence des produits américains,
et des fruits de la sueur américaine sur tous les champs de l’activité et du dynamisme possible de la force.
Parce qu’il faut produire,
il faut par tous les moyens de l’activité possibles remplacer la nature partout où elle peut être remplacée,
il faut trouver à l’inertie humaine un champ majeur,
il faut que l’ouvrier ait de quoi s’employer,
il faut que des champs d’activités nouvelles soient créés,
où ce sera le règne enfin de tous les faux produits fabriqués, de tous les ignobles ersatz synthétiques
où la belle nature vraie n’a que faire,
et doit céder une fois pour toutes et honteusement la place à tous les triomphaux produits de remplacement
où le sperme de toutes les usines de fécondation artificielle fera merveille pour produire des armées et des cuirassés.
Plus de fruits, plus d’arbres, plus de légumes, plus de plantes pharmaceutiques ou non et par conséquent plus d’aliments,
mais des produits de synthèse à satiété,
dans des vapeurs,
dans des humeurs spéciales de l’atmosphère, sur des axes particuliers des atmosphères tirées de force et par synthèse aux résistances d’une nature qui de la guerre n’a jamais connu que la peur.
Et vive la guerre, n’est-ce pas ?
Car n’est-ce pas, ce faisant, la guerre que les Américains ont préparée et qu’il prépare ainsi pied à pied.
Pour défendre cet usinage insensé contre toutes les concurrences qui ne sauraient manquer de toutes parts de s’élever,
il faut des soldats, des armées, des avions, des cuirassés, de là ce sperme
auquel il paraîtrait que les gouvernements de l’Amérique auraient eu le culot de penser.
Car nous avons plus d’un ennemi
et qui nous guette, mon fils,
nous, les capitalistes-nés,
et parmi ces ennemis la Russie de Staline
qui ne manque pas non plus de bras armés
. »

Antonin Artaud, Pour en finir avec le Jugement de Dieu, 1947. Insurpassable.

Film / Lost

14/02/2022 Aucun commentaire

Comme tous les dix ans environ, je regarde Film, le film de Samuel Beckett avec Buster Keaton (1965). Comme tous les dix ans environ, je trouve ça génial. Et je remarque de nouvelles choses. Aujourd’hui, ce qui me saute aux yeux d’emblée, c’est le point commun avec Lost (2004-2010).

Dans les deux cas, le premier plan montre un œil en très gros plan qui s’ouvre ; le dernier plan montre le même œil qui se referme.

La coïncidence du motif ne saurait être gratuite ou purement formelle, tant ces deux œuvres, dont les intrigues respectives reposent sur les deux mêmes points de départ, le confinement et la crise existentielle, ont également les deux mêmes sujets profonds, à savoir d’une part l’exploration de la conscience humaine (qu’est-ce que la liberté et quelles sont ses liens avec la mémoire ?), d’autre part la mise en abyme presque parodique, en tout cas très référencée, de l’art de raconter une histoire audiovisuelle à ce moment historique – respectivement en 1965 et en 2004.

Ici et là, il s’agit d’ouvrir l’œil pour questionner ce que l’on voit, ce que l’on a vu. Puis, au-delà, ce que l’on en a fait, ce que l’on est devenu par la vue. Puis, encore au-delà, ce dont on se souvient ou ce dont on se saisit ou ce dont on se méprend ou ce qui in fine restera de soi-même par les images (l’égo sur une photo). Comment on s’aveugle aussi, par les images – comment on se raconte des histoires par elles. Le personnage joué par Buster Keaton est borgne et porte un bandeau sur son œil mort, tout comme l’un des personnages les plus énigmatiques de Lost, Michael Bakounine, qui pour mémoire était en charge de la station La Perle, par conséquent des communications entre l’Ile et le reste du monde.

Film est un titre radical, mais le titre de travail que lui avait donné Beckett est tout aussi fort pour se confronter au cinéma : The Eye. The eye and the I…

D’ici la fin de l’histoire, les images seront minutieusement déchirées par Buster Keaton / explosées en kaléidoscope dans les parcours non linéaires des survivants de Lost et abandonnées, traces incertaines sur des écrans, vidéos abimées, non restaurées. Fascinant.

Suis-je la première personne au monde à rapprocher Film et Lost ? Peu importe, je n’ai pas peur de la solitude. Je suis armé grâce à tous les films que j’ai vus.

Naturellement, une irréductible différence demeure : Film dure 20 minutes, Lost dure 87 heures et 32 minutes réparties en 121 épisodes.

« We’re gonna need to watch that again » , comme le dit Locke dans Orientation (saison 2, épisode 3).

Le renégat est un apostat

01/02/2022 Aucun commentaire

Comme souvent, comme toujours, en tout cas comme la dernière fois, je lis un Jack London et je m’exclame Il a donc fait cela aussi ?

L’apostat est une nouvelle implacable sur le travail des enfants, dont le héros, Johnny, 12 ans et 12 heures par jour dans une usine de toile de jute, hérite ses trait à la fois de la biographie de son auteur (oui, il a fait cela aussi) et de l’imagination romanesque du même – pour peaufiner le destin mythique de son personnage, London fait naître Johnny dans l’atelier même où il travaille, puisque sa mère y était ouvrière avant lui :

Ses collègues l’avaient allongée à même le sol, parmi le métal hurlant des machines qui tournaient à plein rendement. Le contremaître avait prêté son concours à l’accouchement. Et quelques minutes plus tard, une âme de plus peuplait l’atelier de tissage. C’était Johnny, accueilli en ce monde par le grondement implacable des machines, respirant avec son premier souffle l’air humide et tiède, infesté de particules de jute. Le jour de sa naissance, il avait longuement toussé pour en débarrasser ses poumons. Sa toux n’avait jamais cessé depuis.

Johnny, usé, a déjà vécu et consumé toute sa vie : adolescent à 7 ans lors de son premier salaire, adulte à 11 en tant que soutien de famille, maintenant il est vieux. Il a même connu sa grande histoire d’amour et a eu le cœur brisé, à 9 ans, en apercevant cinq ou six fois la fille du directeur – qui s’est mariée entre temps. Que lui reste-t-il à vivre ? La rupture. La résistance. L’apostasie.

La nouvelle a été retraduite et republiée par les éditions Libertalia en 2018. En la lisant j’ai à nouveau été époustouflé par la modernité de London, mais j’ai éprouvé comme un petit sentiment de déjà lu. Et pour cause : égaré par le titre, je croyais me plonger dans un inédit alors que ce texte existe depuis longtemps en français sous le titre Le renégat. Très révélateur, du reste, est ce choix du traducteur d’un nouveau mot, ou plutôt d’un retour au titre original anglais, The Apostate : du renégat à l’apostat, les lecteurs français sont passés, en lisant la même histoire de cet enfant grandi trop tôt qui un beau jour conjure son destin et déserte, du registre de l’allégeance politique trahie à celui de la foi religieuse reniée. Johnny n’y croit plus

Car les esclaves du travail, qu’ils aient 12 ans ou l’âge de la retraite, se piègent eux-mêmes, verrouillent la porte de leur propre prison parce qu’ils croient à ce qu’ils font et, pis encore, croient qu’ils ne peuvent rien faire d’autre – comme chez La Boétie. Ou bien comme chez d’autres : soudain il m’apparait clairement que ce Renégat/Apostat (1906) appartient à une grande trilogie de récits où l’on dit non au travail qui a perdu son sens. Je prends cette décision inouïe et simple, je m’arrête, et le monde continue de tourner. Démerdez-vous sans moi, j’ai mieux à faire. La courageuse décision, l’héroïque rupture de Johnny s’insère presque à mi-chemin entre celle de Bartleby de Melville (1856) qui préfère ne pas, et celle de l’An 01 de Gébé (1970) où « On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ».

Quelles leçons tirer de cette nouvelle en 2022, alors que le travail des enfants n’existe plus en France, non plus qu’aux États-Unis (et perdure, n’oublions jamais, dans les pays qui fournissent nos vêtements, nos chaussures, nos meubles, nos téléphones, notre énergie – combien de Johnnys à l’autre bout du monde…) ? Les mômes ne bossent plus en usine (parce qu’il n’y a plus d’usines, au moins autant que parce que notre époque est devenue tendre à leur endroit), ok cette désertion-là a bel et bien eu lieu, mais d’autres restent à venir. La révolte de Johnny passe par cette prise de conscience : Johnny était devenu lui-même un rouage de sa machine. Nous sommes ce que nous faisons. Nous sommes créés par notre environnement autant que nous le créons. Nous, terriens de l’ère numérique, sommes des terriens numérisés. Pour le profit de quels patrons, au juste ?

Comme souvent, comme toujours, en tout cas comme la dernière fois, je lis un Jack London et je m’exclame Ah comme j’aimerais le lire à haute voix, m’en emplir la bouche et l’offrir à un public, quel beau spectacle ça ferait ! Pourtant non, pour l’heure je m’en tiens à Construire un feu… Veuillez à présent écouter ce communiqué de l’ACTC170 (Agence de la Culture pour Tous et Chacun du 170, Grenoble) :

Vendredi 1er avril à 20h vous viendrez au 170 galerie de l’Arlequin (app 8506) à Grenoble chez Marie et Christophe accompagnés d’une bouteille et / où d’un petit grignotis, vous vous installerez confortablement et vous y dégusterez le spectacle proposé ci-dessous !
Entrée au chapeau (10 € minimum recommandés !)
Résa par retour de mail ou au par téléphone auprès de Mme Mazille ou M. Sacchettini. 
« Construire un feu », spectacle pour passer l’hiver – lecture musicale d’après Jack London
Un homme solitaire marche dans une vallée du Klondike. Il doit rejoindre son campement avant la nuit. Il avance pas après pas, en se protégeant du froid, de la neige, de l’hiver, des imprudences, des coups du sort, du découragement. Un chien-loup le suit.
Unité de lieu, de temps, d’action… Tension dramatique à son comble avec deux personnages seulement, un humain et un animal… Suspense terrifiant dans un paysage minimaliste recouvert par le blanc… Et questions fondamentales sur la place et la responsabilité de l’homme dans la nature.
Jack London a-t-il écrit avec Construire un feu la nouvelle parfaite ? Sans doute pas puisque la perfection aurait surgi une fois pour toutes – or London a écrit cette histoire deux fois. La première version (1902) est plus rapide et légèrement plus aimable ; la seconde (1908), plus longue et plus âpre. C’est sur elle que le spectacle est basé. Attention : ce n’est ni l’Appel de la forêt, ni Croc-Blanc ; ce n’est pas pour les enfants. Mais l’Appel de la forêt et Croc-Blanc sont-ils vraiment pour les enfants ?
En guise de première partie seront lus des extraits du texte autobiographique de Jack London, Ce que la vie signifie pour moi.

Contrebasse, compositions et improvisations : Olivier Destéphany
Voix : Fabrice Vigne
Visuel : Jean-Pierre Blanpain

Durée : une heure ou un chouïa plus