Chaleur d’enfer pour la fête de la musique


Le saviez-vous ? Le signe des cornes, cette expression d’enthousiasme qui consiste à invoquer le diable en dressant index et auriculaire tout en repliant les autres doigts, appartenant aux rituels du rock n roll et particulièrement aux tribus du métal, trouve son origine dans une superstition importée de Sicile : Ronnie James Dio, chanteur de Black Sabbath, ajouta ce geste à son répertoire scénique en 1979 en hommage à sa grand-mère sicilienne qui usait de cette passe magique pour, selon les cas, attirer ou éloigner le mauvais oeil, le malocchio.
Certes on voit John Lennon faire ce même geste dix ans plus tôt sur la pochette de Yellow Submarine mais dans le rock on se demande ce que les Beatles n’ont pas inventé.
Steve Ditko a enseigné ce geste signature aux deux personnages les plus emblématiques qu’il a créés : Spider-Man (c’est ainsi qu’il lance sa toile) et Doctor Strange (c’est ainsi qu’il défouraille sa magie noire). Pour en découvrir davantage sur l’énigmatique Steve Ditko, cf. cette archive au Fond du Tiroir.
Mais revenons au hard rock. Dans la langue des signes, ce geste désigne également la lettre H et d’ailleurs en ce moment comme de par hasard se tient le Hellfest.À quiconque programme des concerts de métal et/ou des messes sataniques, je fais la proposition suivante.Après avoir appris par coeur l’intégralité du Bateau Ivre de Rimbaud (cf. cette archive au Fond du Tiroir), je me suis demandé quel poème je pourrais m’incorporer dans la foulée. J’ai jeté mon dévolu sur les Litanies à Satan de Baudelaire :
Ô toi, le plus savant et le plus beau des Anges
Dieu trahi par le sort et privé de louanges
Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !
[etc.]
Je reconnais que celui-ci est moins foisonnant et profond que le Bateau Ivre, moins vertigineux et plus potache (Baudelaire lui-même, assez peu courageux, indiquait dans un avertissement qu’il blaguait, qu’il n’était pas sataniste pour vrai, qu’il n’avait commis qu’un exercice de style). N’empêche que c’est beau, c’est ample, c’est de l’alexandrin français qui gronde et roule et trompette et fait son petit effet : en 1979 (l’année même où Ronnie James Dio « inventa » le geste, comme de par hasard te dis-je) Diamanda Galás interprète ces litanies sur scène et c’est un happening politique sans précédent à côté duquel n’importe quel groupe de thrash metal égorgeant un poulet est un jardin d’enfant. Elle l’enregistre en 1982 et c’est toujours à glacer le sang.
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