Accueil > En cours > Le collectif

Le collectif

Je suis sorti du cinéma dans un état rare d’enthousiasme, et même d’euphorie : je viens de voir Nous l’orchestre de Philippe Béziat, documentaire sur les coulisses de l’orchestre symphonique de Paris.

À la fin du film, le public a applaudi. Je n’avais pas entendu cela dans une salle de cinéma depuis… Attends que je me souvienne…
Depuis En fanfare !
Eh, oui, le point commun est évident, dans les deux cas c’était un concert filmé, de la musique live, quoiqu’enregistrée, alors comme si on y était pour de vrai on applaudit d’émotion et de gratitude.

J’aime et recommande toujours les documentaires qui me racontent comment les gens vivent et travaillent (Nicolas Philibert, Frederick Wiseman, Raymond Depardon…) mais celui-ci contient pour moi quelque chose en plus : je connais, un peu, à ma hauteur, la vie d’un orchestre. Donc, en plus de découvrir je reconnais.

À quiconque a déjà joué de la musique en ensemble je garantis sur facture que cette vie d’un orchestre professionnel, toutes proportions gardées, “rappellera quelque chose”. Les exaltations, le travail, la concentration, les rapports entre pupitres faits de complicité ou de rivalité, les disciplines ainsi que les indisciplines, la confiance, l’écoute (évidemment) et même les affres de certains, par exemple : « Nous avons tous l’impression à un moment ou un autre de ne servir à rien »

Parmi les idées géniales du cinéaste, les répétitions sont enregistrées avec des micros glissés ici et là, puis ré-écoutées par certains musiciens, qui découvrent que ce qu’ils entendent en jouant n’est pas du tout ce qu’entend le chef ou le public.

On apprend (ou on se rappelle) beaucoup de belles choses sur la musique, mais surtout, le film engendre une sagesse politique inattendue : un orchestre symphonique, mine de rien, est une puissante métaphore politique. Car c’est une réunion de gens éminemment différents (comme le dit un violoniste, « Nous n’avons pas forcément besoin d’être amis, mais il faut que nous soyons plus que des collègues, sinon la musique ne fonctionne pas« ), différents en âge, en caractère, en opinions, en cursus, en origines, en expérience, en motivations… mais qui doivent avoir l’orchestre en commun, qui doivent tendre vers cette chose unique et identique quoique vécue avec des infinies variantes, parce que la musique est, comme on disait du temps de mes études, « Le tout qui est supérieur à la somme des parties » (je précise que j’ai fait des études de sociologie, hein, pas de mathématiques).

Ce que j’ai vu dans ce film, pour lâcher un grand mot, c’est un documentaire sur le sens de la démocratie, alors que ce mot n’est même pas prononcé. Un orchestre est un prototype acceptable de la démocratie : faisons quelque chose ensemble, les gars et les filles. Il suffit que l’on croit à la même chose et qu’on ait tous confiance dans le type debout qui tient la baguette (je n’ignore pas que cette condition est difficile à trouver dans une démocratie grandeur nature).Le titre quoique simple est fondamental et je ne le comprends qu’a posteriori : NOUS, l’orchestre.

Sur ce je vais redescendre sur terre.

  1. Pas encore de commentaire
  1. Pas encore de trackbacks

*