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Capsule

Des circonstances complètement inattendues ont permis que je mette la main sur un lot de correspondance familiale. Je lis avec des émotions variées ces lettres intimes qui courent de 1963 à 1981 et me révèlent des proches, dont mes parents, en leur jeunesse. Je découvre des inconnus, familiers.
Je décortique avec des précautions d’archiviste cette capsule temporelle, ce temps qui passe, pris dans l’ambre sous la forme désuète de feuilles de papier pliées en quatre et cachetées sous enveloppes, avec parfois une découpe à la place du timbre (lorsque celui-ci était beau, rare, ou venu de l’étranger).
Et soudain, parmi ces familiers inconnus, je tombe sur moi-même. Dans une des toutes dernières enveloppes, contenant une carte postale d’été annonçant un déménagement, a été glissé un feuillet écrit de ma main. J’avais 12 ans. Ce gamin m’attendrit et me fait rire. Il fait plein de fautes d’orthographe mais il est marrant. Il commence par s’adresser à « Chaire [sic] fraîche », qu’il raye pour écrire plus sérieusement « Cher [sic] tous » .
Il fait le mariole, il ne dit pas ses affres dont j’ai le vague souvenir.
Je sais ce qu’il ne sait pas, mais j’ai oublié beaucoup de ce qu’il sait encore. J’aimerais le prendre dans mes bras et lui dire « Ne t’inquiète pas, chut chut ça va aller » et qu’il me rende mon câlin.
Puis je relève la tête et j’aime toujours aussi passionnément, et de plus en plus, le papier. Les papiers. L’endroit où s’écrivent les histoires, l’Histoire. Et je me demande ce qu’il restera dans 50 ans de nos monceaux de mails, textos, statuts, profils, posts, stories.

(Par ici : une autre capsule retrouvée et ouverte, une image cette-fois-ci, d’une autre époque, dégageant un parfum différent mais provoquant au fond de mon vieux moi la même sorte de réaction, de tendresse, et de réconciliation.)

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