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Archéologie de la fake news (2/3) : Jonathan Swift

31/07/2020 Aucun commentaire

« Le secret – ce qu’on appelle diplomatiquement la « discrétion », ou encore
« arcana imperii », les mystères du pouvoir – la tromperie, la falsification délibérée et le mensonge pur et simple employés comme moyens légitimes de parvenir à la réalisation d’objectifs politiques, font partie de l’histoire aussi loin qu’on remonte dans le passé. La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques,et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques. »
Hannah Arendt – Du Mensonge à la violence ; essais de politique contemporaine (1972)

Résumé de l’épisode précédent : nous avions laissé la fake news en 1532 entre les mains de Machiavel qui, dans son manuel, encourageait le Prince à mentir puisque le souverain bien est le pouvoir, non la vérité.

Pile deux siècles plus tard, en 1733, Jonathan Swift pousse le curseur un peu plus loin avec L’Art du mensonge politique, traité fort curieux proposé en souscription, brochure qui se prétend la réclame d’un livre à paraître et qui ne paraîtra jamais. On note au passage que les arguments de souscription ainsi que la notion de contrepartie n’ont pas tellement été révolutionnés, au XXIe siècle, par les plateforme de crowdfunding :

Conditions proposées aux souscripteurs
I. L’auteur promet de délivrer le premier volume aux souscripteurs au terme de la Saint Hilaire prochaine, s’il est encouragé par le nombre de souscriptions.
II. Le prix des deux volumes sera pour les souscripteurs de quatorze chelins, dont sept se paieront d’avance et les sept autres lorsqu’il délivrera le second volume.
III. Ceux qui souscriront pour six exemplaires auront le septième gratuit. Ainsi chaque volume ne reviendra pas à six chelins.
IV. Les noms & demeures des souscripteurs seront imprimés tout au long dans le livre.

Ce livre qui n’existera pas est cependant détaillé, résumé chapitre par chapitre, et présenté comme une sorte de mise à jour et à niveau du Prince de Machiavel. Swift écrit, frisant la parodie :

L’Art du mensonge politique, si utile et si noble qu’il peut à juste titre prétendre avoir place dans l’Encyclopédie, principalement dans celle qui doit servir de modèle pour l’éducation d’un habile prince.
(…)
Le mensonge politique est l’art de convaincre le peuple, l’art de lui faire accroire des faussetés salutaires et cela pour quelque bonne fin.

Swift souligne le sérieux de son propos en donnant à cet art un nom nouveau, la pseudologie (beau mot qui ne s’est hélas pas imposé en français, mais semble exister en anglais du XXIe siècle avec le sens de pratique amateur ou professionnelle de la désinformation, et qui est depuis 150 ans très courant en allemand avec le sens de mythomanie). Bref, Swift se fout de la gueule du monde. Il expose en pédagogue patelin des atrocités morales. Il énumère de façon placide des idées outrageantes (catalogue des types de mensonges…), exacerbant ou sublimant le cynisme machiavélien, fidèle à la manière ironique et railleuse de son auteur (ceux qui s’intéressent à mes propres livres savent que la Modeste proposition de Swift est le modèle de ma Fatale Spirale).

Mais arrêtons-nous sur le titre du pamphlet qui associe trois mots de façon particulièrement provocatrice : art, mensonge, politique.

L’art est essentiellement mensonge. Surtout l’art narratif, l’art qui raconte, depuis le mythe tout en haut de la tradition (Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, excellente question), puis le conte, le théâtre, le roman, la bande dessinée, le film, les séries. Certains artistes l’ont avoué franchement. Quelques jalons : Diderot dans son Paradoxe sur le comédien expliquait que le meilleur comédien n’est pas le plus sensible (car celui-là est une chochotte tout juste au niveau du mensonge vulgaire, pratiqué en salon et en société) mais le comédien qui au contraire ment de sang froid, maître de lui-même ; Aragon a théorisé le mentir vrai ; Cocteau a dit « Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité » ; enfin Brian de Palma : « Godard a tout changé dans le cinéma. Mais je ne suis plus du tout d’accord avec lui lorsqu’il dit que le cinéma c’est la vérité 24 fois par seconde. Je crois justement que c’est plutôt le mensonge 24 fois par seconde. »

Certains artistes de l’image non narrative (des peintres) ont avoué à leur tour qu’ils mentaient. Magritte évidemment (il estimait d’ailleurs que la peinture non narrative était une vue de l’esprit semblable à la cuisine non alimentaire), qui faisait remarquer que ce qu’il peignait n’était ni une pipe ni une pomme.

L’art est essentiellement un mensonge et il n’y a aucun mal à cela puisque l’art est une mise à distance de la réalité. L’ambiguïté millénaire du statut de la vérité dans l’art fait partie du plaisir, et du contrat tacite entre celui qui raconte et celui qui écoute. Le conteur énonce une histoire fausse en assurant qu’elle est vraie et son talent repose sur cette persuasion qui oblige l’auditeur à faire comme si. Bref, tout va bien.

Les ennuis commencent et les repères se brouillent lorsque le faux se prétend vrai ailleurs que dans un cadre préalablement établi pour le mensonge rituel et artistique (une veillée de contes au coin du feu ou un abonnement Netflix), lorsque le faux contamine sciemment le lieu du réel. Or le lieu du réel, c’est quoi, idéalement ? C’est le discours politique, qui empoigne le réel (fonction descriptive) puis le transforme (fonction performative). Idéalement, hein.

Corollaire : les ennuis commencent lorsque la politique se prend pour un art. Dès lors il y a dangereux mélange des genres et le responsable politique se sent autorisé à mentir artistement. L’application (la perversion ? la prostitution ?) des arts du récits aux contenus politiques porte un nom anglophone et cependant littéral, le storytelling. Pour ajouter à la confusion, artiste est en outre un compliment bizarre que des courtisans adressent à des hommes politiques connus pour leurs menteries, artiste exprimant admiration et indulgence pour l’insincérité du bonhomme – exemple François Mitterrand, portrait d’un artiste d’Alain Duhamel. (Ah la la, sacrés artistes !)

Machiavel, auguste prédécesseur de Swift, n’utilisait pas dans son manuel le mot art pour décrire le travail du Prince (il usait en revanche maintes fois de l’expression, également remarquable, l’art de la guerre, qui est le titre de son autre livre célèbre). Swift, lui, l’emploie presque une fois par phrase. Selon lui, l’auteur du livre imaginaire l’Art du mensonge politique

… appelle [le mensonge] un art, afin de le distinguer de l’action de dire la vérité, pour laquelle il semble qu’il n’est pas besoin d’art ; (…) parce qu’en effet il faut plus d’art pour convaincre le peuple d’une vérité salutaire que pour lui faire accroire et recevoir une fausseté salutaire. (…) Par ce mot de bon, il n’entend pas ce qui est absolument et essentiellement bon mais ce qui paraît tel à l’Artiste, c’est-à-dire à celui qui fait profession de l’art du mensonge politique.

Au fait, après enquête il semble que L’art du mensonge politique, attribué à Swift, ait pour authentique auteur John Arbuthnot (1667-1735).
Quoi ? On nous aurait menti ?

(à suivre)

Peste, papier et memorandum

28/07/2020 Aucun commentaire

Je résiste tant que je peux aux livres numériques. Mais quand faut y aller faut y aller, tout en restant sur place. Pendant le confinement j’ai téléchargé (légalement ? aucune idée, en tout cas gratuitement) La Peste de Camus, best-seller de 1947 et de 2020. J’ai commencé à le relire puis l’écran a fini par me fatiguer et j’ai terminé ma lecture deux mois plus tard sur un bon vieil exemplaire papier.

Malgré quelques lacunes qu’on pourrait regretter mais, ce faisant, on se rendrait coupable d’anachronisme (l’absence des femmes dans le roman, l’absence des autochtones algériens racisés en dépit de la situation du drame à Oran… Oh certes il y aurait de quoi déboulonner toutes les statues de Camus, heureusement qu’il n’en a pas), La Peste est aussi bon qu’on le dit, aussi pertinent qu’on le prétend pour comprendre notre propre confine, aussi visionnaire de ce que nous éprouvons et avons éprouvé. Tiens, par exemple, à propos des masques qui sont devenus nos visages :

Tarrou fit entrer Rambert dans une petite salle, entièrement tapissée de placards. Il ouvrit l’un deux, tira d’un stérilisateur deux masques de gaze hydrophile, en tendit un à Rambert et l’invita à s’en couvrir. Le journaliste demanda si cela servait à quelque chose et Tarrou répondit que non, mais que cela donnait confiance aux autres.

Ou bien sur les pensées irrationnelles (cf. le jour 12 de mon journal de confine), on dirait carrément que Camus est envoyé spécial en 2020 :

La plupart des gens […] avaient remplacé les pratiques ordinaires par des superstitions peu raisonnables. Ils portaient plus volontiers des médailles protectrices ou des amulettes de saint Roch qu’ils n’allaient à la messe. On peut en donner comme exemple l’usage immodéré que nos concitoyens faisaient des prophéties. […] Certaines de ces prophéties paraissaient même en feuilleton dans les journaux et n’étaient pas lues avec moins d’avidité que les histoires sentimentales qu’on pouvait y trouver, au temps de la santé. Quelques-unes de ces prévisions s’appuyaient sur des calculs bizarres où intervenaient le millésime de l’année, le nombre des morts et le compte des mois déjà passés sous le régime de la peste. D’autres établissaient des comparaisons avec les grandes pestes de l’histoire, en dégageaient les similitudes (que les prophéties appelaient constantes) et, au moyen de calculs non moins bizarres, prétendaient en tirer des enseignements relatifs à l’épreuve présente. Mais les plus appréciées du public étaient sans conteste celles qui, dans un langage apocalyptique, annonçaient des séries d’événements dont chacun pouvait être celui qui éprouvait la ville et dont la complexité permettait toutes les interprétations. Nostradamus et sainte Odile furent ainsi consultés quotidiennement, et toujours avec fruit. Ce qui d’ailleurs restait commun à toutes les prophéties est qu’elles étaient finalement rassurantes. Seule, la peste ne l’était pas..

Ou bien sur la liberté, grand sujet de Camus et grande préoccupation de tous les confinés du monde :

Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. (…) Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ça ne durera pas, c’est trop bête. » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. (…) Nos concitoyens à cet égard, étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux.

Depuis 70 ans, l’exégèse de La Peste fait volontiers de ce roman existentialiste une allégorie sur le nazisme et l’Occupation. Je me méfie un peu de cette interprétation même si elle a été encouragée par Camus lui-même (je présume qu’il n’avait rien contre le fait d’ajouter du sens à son œuvre tant qu’on n’en retranchait point), parce que l’assimilation des nazis aux bacilles de la peste me semble aussi louche que l’assimilation des juifs aux rats propre à l’idéologie nazie (du reste, qui propage la peste ? les rats, alors nous voici bien avancés). Je persiste à voir dans les juifs et dans les nazis des êtres humains – mes frères.

Peste soit de l’allégorie puisque La Peste fonctionne à merveille au niveau littéral : un récit sur l’effet social, l’effet global, d’une maladie. Les éléments du récit sont innombrables à résonner dans notre quotidien, dans notre patience, notre endurance, notre espérance, notre soif de donner du sens. Jusque dans la prospective du monde d’après :

Tarrou estimait qu’il valait mieux cependant envisager le retour à une vie normale.
– Admettons, lui dit Cottard, admettons, mais qu’appelez-vous le retour à la vie normale ?
– De nouveaux films au cinéma, dit Tarrou en souriant.
Mais Cottard ne souriait pas. Il voulait savoir si l’on pouvait penser que la peste ne changerait rien dans la ville et que tout recommencerait comme auparavant, c’est-à-dire comme si rien ne s’était passé. Tarrou pensait que la peste changerait et ne changerait pas la ville, que, bien entendu, le plus fort désir de nos concitoyens était et serait de faire comme si rien n’était changé et que, partant, rien dans un sens ne serait changé, mais que, dans un autre sens, on ne peut pas tout oublier, même avec la volonté nécessaire, et la peste laisserait des traces au moins dans les coeurs.

Puis la conclusion, quasiment la morale, quelques pages plus loin, pharamineuse parce que minuscule :

Tarrou avait perdu la partie, comme il disait. Mais lui, Rieux, qu’avait-il gagné ? Il avait seulement gagné d’avoir connu la peste et de s’en souvenir (…) Tout ce que l’homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie, c’était la connaissance et la mémoire. (…) Mais si c’était cela, gagner la partie, qu’il devait être dur de vivre seulement avec ce qu’on sait et ce dont on se souvient, et privé de ce qu’on espère.

Enfin on saute directement à la toute dernière page, tant pis si je spoïle quelqu’un :

[C’est alors que] le docteur Rieux décida de rédiger le récit qui s’achève ici, pour ne pas être de ceux qui se taisent, pour témoigner en faveur de ces pestiférés, pour laisser du moins un souvenir de l’injustice et de la violence qui leur avaient été faites, et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

Memorandum nécessaire et suffisant. Phrase à inscrire sur un post-it ou à défaut sur un blog au fond du tiroir pour ne jamais être tenté de l’oublier : il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

Chaque fois que je reviens vers Camus je me souviens à quel point il est digne, profond, fondamental, et un tout petit peu méprisé par les gens de lettres sous prétexte qu’il est facile à lire. (Je crois y voir un héritage d’une rivalité des années 60 entre Sartre et lui, aussi artificielle qu’entre les Stones et les Beatles.)

Camus a eu une influence décisive sur moi, notamment La Chute, mon Camus préféré, dont je mets encore à profit la trouvaille narrative géniale, l’adresse à un interlocuteur qui est peut-être le lecteur mais peut-être un autre personnage (coucou Nanabozo).

Biatch

24/07/2020 Aucun commentaire

Et voici le retour de la rubrique « Joies de l’étymologie » de Tonton Fonddutiroir !

Le saviez-vous ? Lorsque Louis de Funès susurre à Claude Gensac Ma biche, ou lorsqu’un rappeur (ici, The Game vers 2005) appelle sa meuf avec une tendresse presque équivalente My bitch, le mot est le même.

Biche, qui désigne au sens propre la femelle du cerf, d’abord sous la forme bisse au XIIe s., est issu du latin populaire bistia « bête » (VIe s.). Le sens figuré, en tant que surnom affectueux à l’adresse d’une femme, se propage durant le XIXe s. romantique (la biche devient l’archétype de la créature faible, en danger, en attente d’un sauveur : J’aime le son du cor le soir au fond des bois (…) Soit qu’il chante les pleurs de la biche aux abois, Alfred de V. ; La biche le regarde, elle pleure et supplie, Alfred de M.), pourtant ce sens aura été dès le XVIIe s. précédé d’un autre, argotique et péjoratif, « femme entretenue » ou « prostituée ». L’origine latine ambivalente, la bête, révèle ce que voit réellement un homme qui regarde une femme, que ce soit d’un regard bienveillant et amoureux, ou bien luxurieux et méprisant : un animal, sauvage ou de compagnie. Ah et puis ça aussi.

Bitch, invective extrêmement courante et peut-être mot le plus répandu de la langue anglaise tout de suite derrière fuck (exemple : Kent répond à Oswald qui lui demande Pour qui me prends-tu ? Nothing but the composition of a knave, beggar, coward, pander, and the son and heir of a mongrel bitch, William Shakespeare, Le Roi Lear acte II scène 2), a de son côté de la Manche suivi une lignée parallèle : le moyen anglais biche (XIe s.) est issu de l’anglo-saxon bicce qui signifie « chienne » (on remarquera que chienne est resté, dans maints langages, très populaire en tant qu’insulte ou compliment ambigu adressé à une femme, voire en tant que revendication féminine paradoxale comme dans le cas des Chiennes de garde) qui lui-même provient du proto-gérmanique bikkjuna désignant la femelle du renard, du loup, ou de quelques autres espèces rivales de l’homme.

Biche comme bitch renvoient la femelle humaine à sa nature de bête. La femme serait une sorte de chaînon manquant entre le règne animal et l’humanité virile, elle est en somme la meilleure amie de l’homme. Peut-être même sa plus belle conquête.

La connotation sexuelle de cette relégation animale est implicite : insulter une femme c’est toujours insulter son sexe (j’espère qu’à votre âge vous aviez remarqué que parmi les injures les plus usuelles, con en français ou cunt son équivalent anglais, désignent le sexe féminin ; et que maints jurons martèlent, comme s’ils parlaient d’autre chose, l’ignominie de la sexualité féminine : putain, bordel…). Si la femme, sous-homme, est à ce point proche du règne animal, c’est parce qu’elle est l’objet d’une sexualité de bête en rut dans la forêt, elle a des désirs, des pulsions, des instincts, des fantasmes, du plaisir. (L’homme aussi ? Non mais attends ne compare pas, l’homme ça n’a rien à voir !) Disons que la femme est une créature assez peu fiable, frivole, dominée par la nature, qui tire plutôt du côté du bonobo, tandis que l’homme, lui, tient en ligne directe du bon dieu. Revoir pour s’en convaincre la Création d’Adam selon Michel-Ange, formidable témoignage de l’an 1511 que les obscurantistes prennent pour un témoignage de l’an – 4026.

Car, oui, l’influence religieuse sur l’animalisation de la femme est sans aucun doute décisive : pour comprendre la stupéfiante mauvaise réputation dont souffre la sexualité féminine et la culpabilisation induite, il faut évidemment se souvenir que l’Angleterre comme la France sont au moyen-âge des zones d’influence chrétiennes, des clusters idéologiques diffusant certaines fables au sujet d’une femme pècheresse ayant comploté avec un autre animal (le serpent) pour foutre tout le monde dans la panade pour les siècles des siècles. Cf. l’enquête de fond que Tonton Fonddutiroir a menée pour vous en 2018, révélant la fonction mythologique de la virginité de Marie désignée aux malheureuses jeunes chrétiennes comme modèle féminin le plus désirable.

Revenons en 2020 car il faut bien, hélas, finir par revenir à l’époque dont on est.

Le mardi 21 juillet 2020, un fait divers pitoyable a eu lieu sur les marches du Capitole, à Wahington DC, en marge des débats à la Chambre des représentants des États-Unis. Un quelconque abruti trumpiste nommé Ted Yoho (65 ans), siégeant dans cette Chambre au nom du troisième district congressionnel de Floride, s’est fendu d’un superbe « Fucking bitch ! » censé clore le bec de sa jeune collègue Alexandria Ocasio-Cortez (30 ans, benjamine du congrès), représentant quant à elle le quatorzième district de New York. Je vous prie de noter le verbe à la forme gérondif, fucking, qui vient renforcer le substantif bitch, l’ensemble pouvant se traduire littéralement par « salope qui baise  ». Le mot qui a échappé au monsieur a entraîné un petit scandale, ce qui l’a conduit à nier l’avoir prononcé ET à s’excuser de l’avoir fait (stratégie bizarre).

La nature de l’insulte, qui musèle un adversaire politique en l’enfermant dans une basse animalité gorgée de pulsions sexuelle, déplace le débat (à propos, il portait sur la criminalité à New York) sur le terrain d’une archaïque guerre des sexes : Tais-toi, bitch ! Les femmes feraient mieux de rester à la maison car elles sont trop dominées par leurs émotions, on n’aurait d’ailleurs jamais dû leur accorder le droit de vote, réforme de malheur, c’était le début de la chute pour la civilisation occidentale chrétienne.

Madame Occasio-Cortez a répliqué admirablement, avec sang froid et en dépassant son cas personnel : « C’est un problème culturel (…). C’est une culture de l’impunité, d’acceptation de la violence et de violence verbale à l’égard des femmes. Et c’est toute une structure de pouvoir qui soutient cela. »

On n’est pas sorti des ronces, mais courage. Les cerfs peuvent bien bramer. Allez les biches aux abois.

La petite biche, ce sera toi si tu veux / Le loup on s’en fiche, contre lui nous serons deux.

Célébration du philtrum

21/07/2020 Aucun commentaire
Dante Gabriel Rossetti (English, 1828-1882)
Jane Morris, the blue silk dress
1868
Oil on canvas
110.5 x 90.2 cm
Londres, The Society of Antiquaries

Je lis un livre anglais sur mon second écrivain anglais préféré (le premier est Shakespeare car je suis très académique comme garçon), Alan Moore.
J’en suis à un témoignage du dessinateur Bryan Talbot. Je trébuche sur une phrase, je la relis trois fois mais un mot m’échappe :

[Alan] loved my suggestion of basing her [Talbot parle du personnage principal d’une bande dessinée qui finalement n’a jamais existé, Nightjar] on Jane Morris, the pre-raphaelite model and wife of William Morris. The straight nose, strong jaw, and pronounced philtrum. [She] went against the then contemporary received wisdom of never drawing philtrums on attractive female characters, as it made them look masculine. »

Philtrum ? Mais qu’appelez-vous au juste un philtrum ? Je crois comprendre que le mot désigne un détail anatomique, mystérieuse partie d’un visage qu’a priori les canons esthétiques interdisent ou du moins interdisaient de représenter chez un personnage féminin, mais qui était cependant bien visible chez Jane Morris, égérie des préraphaélites (cf. portrait ci-joint, que j’observe à la loupe), diable diable.
S’agirait-il d’un mot existant en anglais mais absent de la langue française ?

Vérification faite, le philtrum existe aussi en français, puisqu’il existe sur tous les visages. Il est cette petite gouttière, plus ou moins prononcée selon les individus, qui relie le nez à la lèvre supérieure et qui, pivot central, est le garant de la symétrie de tout faciès. Le philtrum est aussi visible que le nez au milieu de la figure et j’ignorais jusqu’à ce soir, parvenu minimum à la moitié, peut-être aux trois quarts de mon existence, qu’il s’appelât philtrum ! Je n’ai pas souvenir que le mot philtrum apparaisse dans L’empreinte de l’ange de Nancy Huston pourtant c’est bien de lui qu’il est question… Notons pour le plaisir que philtrum provient du grec φιλέω, par conséquent l’amour.

Il y a une douzaine d’année, alors que j’écrivais un abécédaire gentiment sensuel pour Marilyne Mangione, ABC Mademoiselle, ce recoin que j’aimais pourtant beaucoup n’avait pour moi pas de nom. J’imaginais peut-être que j’étais seul au monde à le contempler. Quand on est amoureux on croit toujours être le premier amoureux du monde. J’avais décidé de le caser à la lettre K, orpheline et exempte d’autres organes plus proéminents, de mon énumération du corps féminin :

« Mon Kiki que je Kiffe… Mon Koin préféré, dont j’ignore le nom, ma rigole en forme de Kayak… Kiss ! »

Je saurais aujourd’hui qu’il convient de le ranger à la lettre P. On n’a jamais fini d’apprendre, en ces domaines.

Archéologie de la fake news (1/3) : Machiavel

19/07/2020 Aucun commentaire

“La notion même de vérité objective est en train de disparaître de ce monde”, George Orwell, Réflexions sur la guerre d’Espagne, 1942

Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique, est un maître incontesté de l’enfumage rhétorique. Bobard de la semaine, qui sera oublié et remplacé par celui de la semaine prochaine : « Les USA ont l’un des taux de mortalité lié au Covid-19 les plus bas du monde » – c’est faux, au contraire il s’agit de l’un des plus hauts du monde (les USA tiennent le premier rang mondial du nombre de morts, le huitième rang une fois ce nombre rapporté à la population), mais quelle importance ? Quotidiennement, Trump dit (et tweete) n’importe quoi avec un aplomb si phénoménal que ses mensonges politiques resteront comme une sorte de chef d’œuvre dans l’histoire du mensonge politique. Un accomplissement, une apogée. Son règne aura été marqué par une généralisation et, mieux encore, une conceptualisation, de la mise à mort de la vérité en tant que valeur, idéal ou fin en soi – Rien n’est vrai, tout est permis, prophétisait Nietzsche. Qu’on l’appelle storytelling, intox, éléments de langage, fake news ou, plus pervers que tout, faits alternatifs (1), le mensonge vit sous nos yeux son âge d’or. L’Ère post-vérité, en tant qu’époque historique, a même droit à sa page Wikipedia, dans laquelle on compte pas moins de 83 occurrences du mot Trump.

Pour autant, l’athlète du bullshit ne doit pas nous leurrer : Trump n’est en rien l’inventeur du mensonge en politique. De toute éternité le mensonge a fait partie intégrante de la fonction politique, en tant qu’outil, technique professionnelle, une règle et non une exception, en somme le métier qui rentre (Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, Charles Pasqua)… Dès lors, à quoi bon tenir rigueur à Jérôme Cahuzac et autres malfaisants de mentir les yeux dans les yeux, puisqu’ils ne font là que leur job ?

On sait que « Nous ne parlons pas pour dire quelque chose mais pour obtenir un effet » (attribué à Goebbels) ; on sait que « La propagande nous a permis de conserver le pouvoir, la propagande nous donnera la possibilité de conquérir le monde » (attribué à Hitler) ; on sait que « Un mensonge répété dix fois reste un mensonge, répété dix mille fois il devient une vérité » (attribué à Goebbels ET à Hitler selon les sources, normal qu’on se la dispute, c’est la meilleure de toutes les citations) ; on sait que l’organe officiel de propagande de la Russie soviétique, incomparable tissu de billevesées, s’intitulait La Pravda (1912-1991), c’est-à-dire la Vérité, et à ce niveau de renversement du sens des mots, Orwell n’avait aucun besoin d’imagination pour composer son roman 1984, il n’avait qu’à se baisser pour « inventer » un ministère de la propagande nommé Ministère de la Vérité (Miniver en novlangue) ; on sait enfin qu’ « il ne faut pas désespérer Billancourt » (attribué à Jean-Paul Sartre – même si l’aphorisme s’avère impossible à sourcer, il est facile à traduire : il faut mentir aux ouvriers de Renault-Billancourt sur la réalité de l’URSS afin de ne pas leur faire perdre leur foi dans le communisme). On sait, donc, que l’histoire des totalitarismes est, grosso-modo, une histoire du mensonge. Lorsque les démocraties font le même usage sans scrupules du mensonge d’état que les totalitarismes, on peut affirmer que le mensonge a gagné la partie et recouvre la surface de la terre. Ici une archive du Fond du Tiroir : En 2014, tout le monde ment.

Outre le logos politique, le mensonge est le propre et la norme de nombreux autres corps de métiers, tels l’armée (La première victime de la guerre est la vérité, Rudyard Kipling), la justice (le but d’un procès n’est jamais l’établissement de la vérité, réputée inconnaissable, mais, faute de mieux, d’une décision consensuelle qui remplace la vérité – dès lors tous les acteurs d’un procès, avocat, procureur, témoins qui ont beau jeu de jurer de dire toute la vérité, accusé lui-même, jouent leur rôle non en fonction de la vérité mais en fonction du but à atteindre, qui est de peser sur la décision finale), la religion (garante d’une prétendue vérité révélée, la religion est jalouse de ses secrets et ment comme personne, cf. les scandales sexuels, que ce soit Tariq Ramadan ou le père Preynat, étouffés ou niés jusqu’en enfer et au-delà), l’industrie (exemple récent et mémorable : le trucage des résultats des moteurs diésel), la finance ou les avocats d’affaire, les spin doctors et lobbyistes en tous genres et, bien entendu, tout au fond de la hiérarchie de l’ignoble, la lie de l’humanité, la publicité ou la communication d’entreprise.

Tous ces métiers qui consistent à mentir, et l’on notera avec intérêt qu’ils comptent parmi les plus prestigieux de nos sociétés, les mieux rémunérés et par conséquent les plus désirables aux yeux de jeunes gens entrant sur le marché de l’emploi. Logiquement, ils comptent aussi parmi les plus fréquemment représentés des séries télé, parce que l’ambiguïté sur la vérité et le mensonge est une inépuisable ressource romanesque : politiciens dans House of cards, avocats dans Better Call Saul, espions dans The Americans ou Le Bureau des légendes, pubards dans Mad Men, adeptes de la double vie en tous genres, qu’ils soient super-héros, serial killers, adultères, comédiens ou gangsters… Tous nos héros sont menteurs ! Ces métiers du mensonge forment une grande famille, un bel arbre généalogique où les rameaux s’entrecroisent et s’embrassent.

C’est ici que nous pouvons commencer notre entreprise d’archéologie de la fake news selon les écrivains, et remonter à la Grèce.

Tous ces métiers ont en commun d’être les héritiers de ce que Socrate appelait les sophistes, c’est-à-dire ceux dont la maîtrise du langage est mise au service d’un client. Or souvenons-nous un instant que le rêve du néolibéralisme, qui est devenu notre air conditionné, est de privatiser l’ensemble de la société afin que l’unique rapport humain qui subsiste soit celui du client, la place de chacun dans la société déterminée par deux questions, de qui est-il client/qui sont ses clients. La généralisation du rapport de force clientéliste (uberisation) est logiquement la généralisation du mensonge, le sophiste a gagné, et le mensonge est devenu normal (au sens de norme). Selon Socrate (- 2420 avant Donald Trump), le sophiste était le contraire, voire l’ennemi, du philosophe. Le philosophe, quant à lui, recherche avec une obstination ringarde et désintéressée le vrai le beau le bien et vit généralement dans un tonneau.

Même si les sophistes ont fait leurs preuves à Athènes il y a 25 siècles, l’escale déterminante d’une archéologie de la fake news serait pourtant Florence au XVIe siècle. L’événement en la matière est la publication du Prince de Nicolas Machiavel en 1532. Nous faisons de Machiavel notre patient zéro.

La postérité de l’adjectif machiavélique en dit long sur le cynisme, ou à tout le moins le pragmatisme, prôné par ce manuel classique à l’usage des dirigeants politiques de Florence, Paris, Moscou, Istanbul, Perpignan ou Washington DC. Machiavel signale de façon très claire que le mensonge n’est absolument pas un défaut pour un prince, peut au contraire se révéler une qualité décisive puisque, dans l’exercice du pouvoir, une qualité est ce qui permet de conquérir ou de conserver le pouvoir, un défaut est ce qui entraîne l’échec et la chute. Morceau choisi, au chapitre 18 du bréviaire, Comment les princes doivent tenir leur parole :

Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l’emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite. (…)
Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus : tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien; mais comme ils sont méchants, et qu’assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous leur tenir la vôtre? Et d’ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l’inexécution de ce qu’il a promis ? (…)
Ainsi donc, pour en revenir aux bonnes qualités énoncées ci-dessus, il n’est pas bien nécessaire qu’un prince les possède toutes ; mais il l’est qu’il paraisse les avoir. J’ose même dire que s’il les avait effectivement, et s’il les montrait toujours dans sa conduite, elles pourraient lui nuire, au lieu qu’il lui est toujours utile d’en avoir l’apparence. Il lui est toujours bon, par exemple, de paraître clément, fidèle, humain, religieux, sincère ; il l’est même d’être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu’il soit assez maître de lui pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités opposées. (…)
[Quoiqu’il soit] souvent obligé, pour maintenir l’État, d’agir contre l’humanité, contre la charité, contre la religion même (…), il doit prendre grand soin de ne pas laisser échapper une seule parole qui ne respire les cinq qualités que je viens de nommer ; en sorte qu’à le voir et à l’entendre on le croie tout plein de douceur, de sincérité, d’humanité, d’honneur, et principalement de religion, qui est encore ce dont il importe le plus d’avoir l’apparence.

Sur ce dernier point, capital, la tartufferie des Princes faux dévots, observons Erdogan ménager ses amis islamistes ou Trump, encore lui, prendre la pose devant les photographes une Bible à la main.

(1) – Sur cette notion d’alternative, on est en droit de considérer qu’il s’agit d’un progrès démocratique : « Il faut distinguer le mensonge totalitaire des mensonges démocratiques. Le mensonge démocratique est pluraliste. Il ne prétend pas à l’exclusivité mais coexiste, tolérant, avec ceux de la concurrence » (« Le mentir-vrai », préface de Jean-Jacques Courtine à L’art du mensonge politique de Swift).

(à suivre)

Cour de récré

09/07/2020 2 commentaires

(à la manière de Prévert) Le premier ministre est maire. Un nouveau premier ministre est appelé à régner. Araignée ? Quel drôle drôle de nom pour un premier ministre, pourquoi pas libellule ou papillon alors qu’il pourrait s’appeler Jean Castex comme tout le monde.
Le nouveau premier n’a encore rien fait (c’est d’ailleurs une honte ! Castex démission !) mais d’ores et déjà j’ai envie de lui écraser un œuf de bienvenue sur la tête, rien que parce que Castex sonne comme Clistax.

Alors, c’est quoi son équipe de bras cassés ? Roselyne Bachelot à la culture ??? Le Gorafi n’aurait pas osé, Clistax y va ! Cette guenille sarkoziste, qui a en son temps dézingué l’hôpital public (les ARS, c’est elle), qui a juré que sa carrière politique était terminée et que sa décision est irrévocable parce qu’elle tient ses engagements, la revoilà ministre parce qu’elle aime l’opéra et qu’elle est présente à la télé en tant que personnalité donc les jeunes la connaissent… À quel degré faut-il mépriser la culture pour bombarder Bachelot ministre d’icelle ?

Mais je peste tellement contre la nouvelle ministre de la Culture que j’en oublierais presque de tonner contre le nouveau ministre de l’Intérieur. J’ai pas quatre bras.
Or Gérald Darmanin est un dangereux petit crétin de 37 ans (mon cadet de 15 ans, cependant nettement plus vieux que moi) dont la nomination est un scandale, pas seulement parce que la charge de ministre de l’intérieur devrait être incompatible avec des procès en cours d’instruction (pour viols).
Christiane Taubira lui avait réglé son compte dès 2015 parce qu’il s’était permis de la traiter de « Tract ambulant pour le FN » (sous-entendu : vous savez ce qu’on dit sur les femmes ? sur les Noirs ? sur les gens de gauche ? et surtout sur les femmes noires de gauche ? eh ben il n’y a pas de fumée sans feu, faudra pas s’étonner après que les gens votent FN). Réponse de l’intéressée avec hauteur mais sang froid : « Déchet de la pensée humaine ». Taubira, c’est la meilleure. Elle est l’honneur de la politique française. Dans un univers parallèle (où, d’ailleurs, la fonction de ministre de l’Intérieur est incompatible avec des procès pour viols), Taubira est présidente de la République. Malheureusement la machine à changer d’univers n’a pas encore été inventée alors il faut se coltiner celui-ci.

Sitôt après mon coup de sang à propos de Darmanin (crapule !) ma tension est redescendue et je nourris des remords. Alors même que je m’étais promis de ne plus parler ici de politique (salauds !), j’ai à présent des regrets de m’être laissé aller (gredins !) pour des gens qui ne méritent que du mépris (gougnafiers !) et qui vous salissent rien qu’à vous obliger à penser à eux.
Donc je reviens à mes bonnes résolutions de ne parler que de ce qui me tire vers le haut. Là, par exemple, c’est Christophe Chassol.
En ce moment j’écoute en boucle le dernier opus de Chassol, Ludi, qui me fascine un peu plus chaque fois. Et notamment ce morceau-ci, « Savana, Céline, Aya », qui me fait un bien fou et que je suis capable d’écouter plusieurs fois à la suite. Quelle créativité, quelle joie, quelle émotion, quelle énergie ! Des petites filles qui jouent est sûrement le plus beau spectacle du monde, et Chassol, avec sa méthode brevetée de « l’ultrascore » a réussi a capter ce flux instantané pour révéler ce qu’il contenait de musique (par conséquent de créativité, de joie, d’émotion, d’énergie… in fine de liberté). C’est merveilleux. Il y a tellement plus de vie dans ces jeux de cour de récré que dans le morbide et rance gouvernement Clistax au grand complet (canailles ! fripouilles ! voyous ! – oh la la pardon, ma tension, ma tension, je vais me surveiller).