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Dieu est amour

03/09/2019 un commentaire

J’aimerais penser à autre chose mais je pense encore à cette fiction si envahissante et toxique : l’idée que nous nous faisons de Dieu. Il se trouve que je suis de passage à Lyon, à la fois ville de Mgr Barbarin (le fameux distributeur de pardon aux prêtres pédophiles parce que « Dieu merci les faits sont prescrits » , cf. dessin de Coco ci-dessus) mais également ville où, le jour même de ma présence (ne me cherchez pas, j’ai un alibi), quelque abruti, la cervelle ravagée par ce funeste cocktail, drogue plus religion, a agressé des passants dans une station de bus, armé d’un couteau et d’une pique à barbecue. Bilan un mort et huit blessés parce que ce pauvre type entendait dans sa tête des voix lui enjoignant à venger Dieu insulté. Par ailleurs bien sûr Lyon est une très belle ville.

Bref, je rumine. Si vous souhaitez ruminer avec moi, je vous invite à tenter un syllogisme théologique.

Prémisse 1 : « Il n’existe pas d’amour, il n’existe que des preuves d’amour. » Aphorisme passe-partout et cependant fertile, dû à Pierre Reverdy quoique systématiquement attribué à Jean Cocteau parce que celui-ci a été le premier à citer (dans une préface au roman d’un troisième larron) cette phrase chipée à un autre, et parce qu’énoncer une citation c’est toujours un peu répéter ce qu’a dit le perroquet précédent. Toujours est-il que Cocteau s’empressait d’ajouter dans ladite préface : « Phrase admirable et qui peut se traduire en d’autres domaines. » On ne va pas se gêner.

Prémisse 2 : « Dieu est amour. » (Première épître de Jean, chapitre 4, verset 8)

Conclusion : « Il n’existe pas de Dieu, il n’existe que des preuves de Dieu. »

C’est ainsi que de dangereuses personnes pleines de foi agissent sous le coup des preuves de Dieu, que celles-ci prennent la forme d’un acte judiciaire (la prescription d’un crime) ou bien de voix entendues au fin fond d’une cervelle droguée.

Et maintenant voici l’heure de notre toujours populaire rubrique Actualité du spam, sans pour autant changer de sujet. Car la Providence dont les voies sont impénétrable m’envoie à point nommé le mail d’un expéditeur inconnu. Son adresse qui surgit sur mon écran, loeuvrededieu@gmail.com, m’incite à lire le corps de son message (lisez, ceci est mon corps) avec la plus grande attention.

Bonjour cher Bien aimé
Je sais que mon message sera d’une grande surprise quand tel vous parviendra. C’est vrai que vous ne me connaissez pas et moi aussi, je ne vous connais pas, mais j’ai trouvé votre adresse mail à travers mes recherches sur le net, il ne faudrait pas que cela vous soit étrange, je vous présente toutes mes excuses, j’espère avec prière que tout va bien chez vous et votre famille. Je suis Mme Jacqueline Jeanne PERE de nationalité française consultante au Bénin d’où j’ai servi pendant 12 ans en bref, En fait, je souffre d’un cancer de l’œsophage qui est en phase terminale, mon médecin traitant mon informé que mes jours sont comptés du fait de mon état de santé. Je suis hospitalisée à LONDRES en Angleterre à l’adresse : 639 Harrow Road Kensal Green où je vis ces dernières heures à cause de mon état de santé. J’envisage, vous faire don de ma fortune d’une somme importante pour que vous puissiez réaliser des projets humanitaires (Aide aux personnes vulnérables tel que : les enfants de la rue, les orphelins, les démunies sans-abris, etc.) je vous prie d’accepter cela, car c’est un don que je vous fais, et cela, sans rien demander en retour. NB : répondez-moi sur mon adresse mail loeuvrededieu@gmail.com pour que je vous mets en contact avec mon notaire pour le transfert des fonds sur votre compte. Que Dieu vous accorde son salut. [c’est moi qui souligne]
Mme Jacqueline Jeanne PERE

CQFD, ouais. Je pourrais en rester là mais ma passion irrationnelle du spam m’incite à gougueler l’adresse de l’hôpital où cette pauvre Jacqueline, mécène riche mais généreuse, agonise : 639 Harrow Road Kensal Green. On trouve à cette adresse l’Hostel 639, l’une des auberges de jeunesse les plus cheap de Londres. Je crois y avoir passé quelques nuits il y a 30 ans, à l’époque c’était moins un hôtel qu’un gymnase qui louait ses tapis de sol aux indigents nocturne. Je n’oublie pas que l’endroit qui dans les grandes villes d’autrefois accueillait les indigents, les malades, les orphelins, les vagabonds, était nommé Hôtel Dieu. Si ça n’est pas une belle preuve d’existence, ça.