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Pays de poètes

llustration ci-dessus : une infographie pédagogique signée Salch, pour Charlie Hebdo, aux fortes vertus heuristiques quoique sans grand rapport avec ce qui suit. À l’attention des mal-comprenants qui s’indignent de façon sempiternelle contre la vulgarité de Charlie, il faut patiemment répéter que la vulgarité niche non dans un dessin de Charlie, mais dans ce dont parle le dessin de Charlie : le monde.

Marjane Satrapi est morte. De chagrin, dit-on. Quel tempérament exemplaire faut-il donc pour mourir de chagrin.

Par conséquent, outre son courage politique et son grand talent que j’admirais depuis longtemps, ayant découvert ses premières planches en direct (elles paraissaient dans la revue Lapin à laquelle j’étais abonné dans les années 90), je salue aujourd’hui le tempérament de celle qui, comme Gustave Courbet et une poignée d’autres admirables (on en trouvera la liste dans cette archive du Fond du Tiroir), a eu le cran de refuser la légion d’honneur, ce colifichet qui fait de vous un affidé, un esclave.

Marjane Satrapi est morte alors qu’elle n’était née qu’en 1969… de même que diverses personnes citées dans le plus petit ouvrage publié par le Fond du Tiroir, Le Flux

Non seulement Marjane Satrapi est-elle morte, mais voilà que sur ces entrefaites Ubu-Trump se remet à bombarder son pays natal, l’Iran, apparemment parce qu’il ne sait pas trop quoi faire d’autre. Ubu veut aussi, tant qu’il y est, détruire la civilisation perse et la renvoyer à l’âge de pierre.
Je pense d’innombrables choses simultanées, ce qui revient à ne plus penser du tout, alors je vais au moins tâcher de citer ici, de façon intelligible, deux de ces choses, dont le point commun est d’avoir un lien avec une chaîne franco-allemande bien connue, ainsi qu’avec la poésie iranienne.

1 – Comme une question.
Je repense très fort quoique brusquement à une scène de The Deal, série que j’ai vue il y a peu sur Arte (désolé, elle n’est plus en ligne, désormais il faut pirater), thriller politique trépidant, ayant pour cadre les négociations d’avril 2015 à Genève entre les USA et l’Iran à propos du nucléaire iranien. C’était il y a seulement dix ans, autant dire une époque révolue où l’on s’efforçait de se parler plutôt que de se bombarder, certes la diplomatie était toujours précaire mais restait le meilleur remède à la guerre. Diplomatie qui n’empêche évidemment pas les accrocs, les débordements, les affrontements, les incompréhensions, les retours en arrière voire les insultes. Elle n’empêche que les morts et c’est tout ce qu’on lui demande.Or dans la scène qui me remonte ce soir, le diplomate iranien en charge des négociations, après une trop longue et trop stérile séance de dialogue de sourds, se fâche contre son homologue américain en ces termes : « Mais pour qui se prend-il ce mangeur de hamburgers ? Pour qui me prend-il ? La Perse est une civilisation millénaire, raffinée, cultivée, où le moindre des chauffeurs de taxi connait des dizaines de poèmes par coeur !« 
Voilà pour l’âge de pierre.

2 – Comme une réponse.
Ceci, c’est toujours en ligne sur la même chaine, profitons-en : le court-métrage expérimental City of poets de Sara Rajaei.
Et c’est de la poésie sous forme de « found footage », suite de photos familiales de vie quotidienne en Iran, plus quelques vidéos, d’avant la révolution de 1979, puis d’un peu après, mises bout à bout pour raconter une histoire de ville qui change, de guerre, de poésie, de mémoire, de fantômes habitant dans des mûriers et des figuiers. Fascinant processus, le matériau de départ, on ne peut plus réaliste puisque réel, aboutit à une narration imaginaire, une sorte de conte. Ce processus, je crois reconnaître que c’est la poésie elle-même. Pour les chauffeurs de taxi et pour moi.Au détour d’une séquence on apprend que la ville où se déroule le film n’avait d’abord donné à ses rues que des noms de poètes, et ses habitants circulaient d’un poète à l’autre. Puis le temps a changé, la ville a grossi, s’est complexifiée, a compté trop de rues pour la poésie. Elle a fini par donner à ses rues des noms de martyres de la guerre.


À moi, la poésie !
Coda mirlitonne, pour célébrer en grandes pompes (au cul) l’anniversaire du Donald, 80 ans aux cerises. Rédiger ce qui précède m’a fait prendre conscience que Trump et Ubu possédaient la même voyelle unique. Voilà qui méritait de se fendre d’un monovocalisme en U :

TRUMP/UBU

Trump ? L’Ubu U.S. !
Trump ? Un duc nul sur un mur !
Trump ? Un bug du gugus !
Trump ? Un summum du bluff !
Trump ? Un putsch brun, sûr !
Trump ? Pub du lustucru !
Trump ? Zut, fuck !
Trump ? Chut… Un scud ! Flux du sud…
Brut guru d’un club, tu fus cru, tu plus… tu chus. Plus dur tu fus cru, plus dur tu plus… plus dur tu chus ! Cul nu.
Rut du Trump : futur cumul d’un truc, d’un trust, d’un humus, d’un Turc…
Trump ? Un pur truduc.

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