La guerre des étoiles est finie

J’ai lu avec beaucoup de curiosité et un peu de nostalgie les tomes 1 et 2 (une suite est prévue) de Les Guerres de Lucas, scénario Laurent Hopman et dessins Renaud Roche.
Star Wars est une mythologie quasiment au sens où l’entendait Roland Barthes : une représentation partagée par le plus grand nombre. Il est fort intéressant de découvrir dans ces deux livres le récit de la fabrication, au fond très artisanale, de cette mythologie à l’usage de la masse démocratique mondialisée. Cette genèse devient une légende à son tour.
Génèse chaotique bien sûr, et « héroïque » ainsi que le sont tous les biopics, l’intrépide héros, George Lucas, ramant seul contre tous ceux qui lui disent ça marchera jamais, ton affaire, c’est complètement con.
Anecdote fameuse, on sait que Lucas écrivait des dialogues pompeux et neuneus, au point que Harrison Ford, dans le rôle de Han Solo, réécrivait et improvisait ses propres phrases, au prétexte que « On peut peut-être écrire ces conneries, George, mais pas les dire à voix haute » (tome 1).
Dans ce registre, j’aimerais rétablir un fait historique, qui n’est mentionné ni dans ce livre ni ailleurs. Durant le tournage de L’empire contre-attaque (1980) raconté par le détail dans le tome 2, au moment où Solo, trahi, se fait cryogéniser et peut-être même exécuter, la princesse Leïa, d’en bas, éplorée, impuissante, lui dit « Je t’aime » et il était censé, selon le script, répondre « Moi aussi » . Depuis 36 ans on salue la trouvaille formidable d’Harrison Ford qui, estimant à juste titre cette réponse banale, a répondu en lieu et place, ajoutant à la morgue, au panache et au machisme de son personnage : « Je sais » , avant d’être englouti par son destin.
Sauf que pardon, un précédent existe ! Dans La guerre est finie (Alain Resnais, 1966, quatorze ans plus tôt), le dialogue est rigoureusement identique.
Yves Montand, debout dans l’encadrement de la porte, missionné pour porter une valise pleine de plastic, vit dangereusement et sait qu’il est surveillé, peut-être définitivement grillé. Ingrid Thullin, assise, éplorée, impuissante, lui dit « Je t’aime » . Montand, plein de morgue, de panache et de machisme, lui répond « Je sais » et file vers son destin. Vous pouvez vérifier, ça se passe 1h35 après le début du film.
Mais il y a davantage ! La guerre est finie qui est, lui aussi, un récit de la lutte de rebelles face à une dictature, espagnole celle-ci, emprunte son titre à une phrase que le général Franco a prononcée le 1er mars 1939, signifiant que la guerre civile espagnole avait pris fin et qu’il en était le vainqueur.
Or George Lucas place cette même phrase dans la bouche du sénateur Palpatine au moment où il prend le pouvoir et devient empereur galactique, à la fin de Star Wars, Épisode III : La Revanche des Sith (2005).
Pour Resnais et Montand, ainsi que pour les concepteurs de la mythologie Star Wars qui, même s’ils bossent dans l’industrie, ne sont pas forcément débiles, cette phrase était à comprendre à rebours. La guerre n’est jamais finie.
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