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Archives pour 14/08/2026

A Different Film

14/08/2026 Aucun commentaire

Que de drouille sur Netflix ! Quelle cataracte en zettaoctets de niaiseries calibrées ! Quel défilé uniforme de produits industriels nés d’algorithmes et de cases cochées sur des tableurs, tout ce qu’il faut où il faut, des girls & des guns, serial killer au coin de la rue et gags juste après et traumatismes enfouis qui ne seront révélés qu’en flashback et trahison en cliffhanger à la fin du 4e épisode !

Aussi, quand sur la plateforme à forme plate on tombe sur une pépite en relief, sur un film qui ne ressemble à rien et certainement pas à Netflix, on se frotte les yeux et on dit merci.

A Different Man de Aaron Schimberg a beau avoir écumé les festivals (Berlinale 2024 : Ours d’argent de la meilleure interprétation pour Sebastian Stan), il n’est jamais sorti en salle chez nous. Il surgit cet été directement sur Netflix, espérons que ce ne soit pas trop discrètement.

Je nuance illico ce que je viens de dire : ce film ne ressemble certes à rien mais m’a évoqué nombre d’autres excentricités qui émaillent l’histoire du cinéma : car les bizarreries s’enchainent et s’engendrent en farandole, solidarité et souterranéité des freaks, nous consolant du tout-venant.

En premier lieu, j’ai pensé à The Substance de Coralie Fargeat, qui sortit en cette même année 2024 (cf. cette archive au Fond du Tiroir), qui partage avec A Different Man certaines thématiques, le souci des apparences, le regard des autres, la normalité et la monstruosité, etc., ainsi que certains partis pris formels, l’humour noir, le conte moral passé au prisme du body horror et de l’art de la performance (le héros d’A Different Man est comédien comme l’héroïne de The Substance était animatrice télé)…

Mais j’ai pensé également au Locataire de Polanski, à The Hole de Tsai Ming-liang, à Cronenberg (titre au choix), au clip Da Funk des Daft Punk… et également au Double de Dostoievski ou à la Métamorphose de Kafka, c’est dire si tout cela vient nous fouiller loin dans les troubles de l’identité et du miroir.

Parmi les acteurs : Sebastian Stan, bogosse par excellence ici extrêmement maltraité et défiguré… et en contrepoint Adam Pearson, acteur naturellement difforme, souffrant d’une neurofibromatose, on dirait qu’il porte en permanence un affreux masque de latex sur le visage, sauf que lui, c’est pour de vrai. Voilà d’ailleurs le sujet caché, si on le cherchait : sous nos yeux le vrai et le faux se battent dialectiquement comme des chiens.

Et je me suis souvenu d’avoir déjà vu autrefois la tronche terrible d’Adam Pearsons dans Under the skin (Jonathan Glazer, 2013) qui est l’un de mes films préférés de tous les temps (pas moins).

Je n’ai rien dit de l’intrigue pour ne spoïler personne. Juste vas-y.