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Bob le Coronave

Bob au temps de sa jeunesse, avec ses amis Tsing-Tao, Giuliana et Jo-Jo qui boude à l’arrière-plan, sacré Jo-Jo.

Cette nuit, pendant que je toussais me mouchais raclais et crachais mes glaires m’est venue l’inspiration d’une nouvelle, ou d’un roman, peut-être même d’une saga en plusieurs tomes selon les remous de ma fièvre.

L’action se passe chez les coronavirus. Le héros est le jeune Bob le Coronave, fringant et intrépide agent infectieux prêt à croquer le monde à pleines dents sous sa forme intracellulaire. Au début de l’histoire on le découvre dans un bouillon de culture en train de discuter le coup avec ses potes Jo-Jo, Tsing-Tao et Giuliana, et soudain la conversation s’échauffe en abordant le terrain glissant de la théologie. Car Jo-Jo, l’ex-ami d’enfance de Bob, autrefois si gentil et tendre, s’est récemment éloigné de lui, est devenu cassant, brutal, dogmatique. Depuis qu’il est entré dans une phase mystique, Jo-Jo s’est en effet radicalisé, il ne fréquente plus que des virions aussi pieux que lui, qui se laissent pousser les capsides de protéines pour plaire au Tout-Puissant.

Jo-Jo élève la voix et professe en écarquillant les acides nucléiques que Dieu a créé le coronavirus à son image, parfaite et indestructible, la preuve en est que les coronaves sont au sommet de l’évolution et de la chaîne alimentaire, qu’ils accomplissent ainsi leur destinée manifeste d’enfants chéris du Très-Haut, et que c’est donc rendre hommage à Dieu que de contaminer, coloniser et conquérir tous les animaux, surtout ceux-là, là, les arrogants, ceux qui marchent debout et qui se croient partout chez eux. On va leur rabattre leur caquet à ces impies qui se prennent pour les superprédateurs alors que c’est nous par l’autorité suprême de l’Eternel ! Châtions-les sans pitié, qu’ils crachent leur mère ces bestiaux mécréants et qu’ils crèvent si possible, qu’au moins on les mette en coupe réglée en esclavage tremblant à genoux devant leurs toilettes pour rendre hommage au Glorieux Miséricordieux créateur des coronaves, qu’ils n’aient plus jamais aucune autre idée en tête qu’obéir.

Les autres ne sont qu’à moitié convaincus par la diatribe de Jo-Jo et tentent de le modérer. Giuliana rétorque que c’est abusé, elle suggère que peut-être le Tout-Puissant dont après tout on ne connaît pas les desseins a créé tout ce qui vit y compris les andouilles à deux bras deux jambes deux poumons qui crachent dont parle Jo-Jo, et qu’il ne faudrait peut-être pas les éradiquer sans arrière-pensée car si ça se trouve Dieu a prévu quelque chose pour eux aussi, mais Jo-Jo la traite de lâche de couille molle et de traitresse à ses frères et sœurs. Tsing-Tao leur dit Putain mais arrêtez de vous prendre la quiche les gars c’est bon faut se détendre c’est pas grave tout ça tant qu’on trouve à bouffer sur la bête et qu’on peut tirer un coup pour répliquer notre ADN dans les cellules des autres grands cons on sera les rois du monde ya-houuuuuuuuu ! YOLO ! life si good !

Bob écoute ses amis accoudé à sa coque protéique, mais il reste sur son quant-à-soi. Il est secrètement amoureux de Giuliana et rêverait de l’épater en mettant tout le monde d’accord avec un argument définitif… mais il a aussi d’autres ambitions dont il n’ose encore s’ouvrir à personne. Il brûle de l’envie de découvrir le monde, qui paraît-il regorge de merveilles, de dangers et d’aventures. Ces bipèdes mammifères qui leur servent d’écosystèmes méritent peut-être d’être étudiés scientifiquement, car on ignore encore presque tout d’eux, ont-ils une conscience ? Ont-ils une âme comme nous ? Bob sait qu’il risque un procès en blasphème en proférant une telle hypothèse. Et les fameux antibiotiques dont le bruit a couru d’une spirale virale à l’autre, auréolés d’une grande puissance de destruction, sont-ils réels ou ne sont-ils qu’une légende urbaine millénariste pour faire peur aux enfants coronaves ? Et le mythique Patient zéro, nimbé du mystère des origines, qui aurait hébergé l’ancêtre de Bob et de tous les siens, existe-t-il encore quelque part ? Tellement de quêtes l’attendent, et peut-être n’attendent-elles que lui ! Peut-être est-il le Coronave élu, choisi, celui qui surmontera les périls et apportera à son peuple la lumière et l’émancipation !

Je n’arrêtais pas de renifler et les scènes me venaient toutes seules les unes à la suite des autres. Je me disais que ce pitch avait tellement de potentiel qu’on pouvait en tirer une série télévisée en six saisons facile. Si je dégote les coordonnées de Netflix j’irai leur proposer mais je les préviendrai que je ne serre la main à personne. Ah et aussi insister pour qu’ils mettent le paquet parce qu’en effets spéciaux numériques ça va coûter bonbon, il ne faut surtout pas une production cheap genre série française, il faut miser l’international.

Je me suis demandé un court instant si Bob était le bon prénom pour mon héros, peut-être que Kevin serait mieux. Et puis finalement la fièvre a dû baisser et j’ai réussi à me rendormir.

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