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Retour de mèche

21/06/2010 un commentaire

En ce jour du solstice d’été, j’annonce solennellement le retour du livre célébrant le solstice d’hiver. La réédition au Fond du Tiroir de La Mèche, version revue et corrigée, mais toujours bénéficiant des splendides enluminures de Philippe Coudray, arrive. On peut admirer les étapes de la re-création de la couverture, et même commander l’ouvrage.

Qu’est-ce que La Mèche ? Le premier livre de « littérature jeunesse » au Fond du tiroir ; la réédition d’un livre jadis publié par les éditions Castells et introuvable ; une sorte de conte de Nöel pour enfants y compris vieillis… Mais encore ? De quoi parle-t-on ? Puisque Noël n’y est, bien sûr qu’un prétexte.

Attention spoilers !, comme on dit quand on cause séries télé. Ce qui suit dévoile les coulisses du livre et vous privera d’un certain plaisir si vous ne l’avez pas encore lu. Dans ce cas, n’allez pas plus loin, contentez-vous de savoir que, si je tiens à inscrire la réincarnation de ce livre au FdT, c’est que j’en suis particulièrement fier et allez plutôt lire autre chose.

La Mèche, mode d’emploi

(première parution sur le blog, 14 avril 2008)

(Ci-dessus : la première version, inédite, de la couverture, par Philippe Coudray. Je la trouvais mignonne, mais trop statique. Philippe, très pro et très rapide, a dessiné dans la foulée la seconde version, devenue définitive – jusqu’en 2010)

La Mèche fut, de mes livres (hors FdT), celui qui recueillit le moins d’écho. Par conséquent, j’incline à penser que c’est le plus réussi. Je l’aime, je trouve qu’il est ce que je peux faire de mieux dans le genre expérimental-tout-public. Je suis prêt à le défendre contre toute adversité ; hélas ! il n’est même pas attaqué. J’ai eu tout de même l’occasion de faire son apologie, comme on va le lire. Les seuls échos qu’il eut furent une notule dans le Monde (merci Philippe-Jean Catinchi), un commentaire sur le blog d’un libraire (merci Fabrice-le-libraire, et enfin un article dans Livre & Lire, le journal de l’Arald :

L’ARALD m’aime bien, me le prouve régulièrement, et j’éprouve pour elle une immense gratitude. J’ai pourtant pris ombrage de cet article mécaniquement bienveillant, et gentiment condescendant. J’ai donc pour cette fois dérogé à la règle d’or : « Never complain ! Never explain ! », et en septembre 2007 me suis fendu d’une lettre ouverte à Jean-Marie Juvin, auteur de l’article. Voici ce droit de réponse, mais attention : ce texte, portant la lumière sur certains secrets, est à même, selon les cas, d’enrichir ou de gâter la lecture de ce beau livre.

« Cher M. Juvin,

Je viens de feuilleter le dernier numéro de Livre et Lire, et j’ai vu avec plaisir que vous y aviez consacré une notule à mon livre pour enfants, La Mèche. Je vous en remercie bien sincèrement, mais je me permets de ne pas être d’accord avec l’analyse que vous en tirez. (Je vous prie d’ores et déjà de me pardonner ce qui, dans la présente réclamation, vous apparaîtra peut-être comme de la cuistrerie, mais que voulez-vous, Livre et Lire est une feuille de chou régionale, un organe de proximité ! il est donc lu illico, et presque exclusivement, par les personnes prioritairement concernées – les auteurs en première ligne – qui risquent fatalement de trouver à redire…)

Je crois que vous êtes passé à côté de l’ambition de ce livre ; mais je ne vous le reproche pas, au contraire je me remets moi-même en question suite à ce malentendu, qui peut également signifier que c’est MOI qui suis passé à côté de mon ambition, et que je n’ai pas réussi à aboutir dans ce livre l’idée que je m’en faisais. Ma foi, cela me fournit l’occasion de m’expliquer.

Vous dites : « Lila apprend à lire, et c’est peut-être aux enfants du même âge que s’adresse le mystère de ce récit ». Je suis en désaccord formel et radical.

Ce texte, long et pas si simple, ne pourra être accessible aux enfants en apprentissage (6 ou 7 ans) que s’il est accompagné par une lecture d’adulte. Certes, je me suis efforcé, et avec joie, d’écrire à portée de main des plus jeunes, de les faire rire (c’est important) et vous me rendez grand honneur en me prêtant des efforts pour retrouver l’élan de l’enfance, c’est-à-dire sa jugeote, son émerveillement, sa perplexité face à ce que les adultes tiennent pour important (je m’inscris ici dans une tradition que l’on peut qualifier de « Petit-Nicolas », et d’ailleurs j’ai trouvé mon Sempé : Philippe Coudray – je n’ai pas lieu de me plaindre de ma fortune graphique…)

Toutefois, je crois, j’espère, que le public susceptible d’y puiser son miel est plus âgé, et surtout plus vaste, que la seule classe de cours préparatoire : des enfants bon lecteurs qui déjà se souviennent de « quand ils étaient petits », des enfants qui le reliront à des âges divers (Noël après Noël, oui, car un rite se réitère, comme un livre se relivre, à la fois identique et différent à chaque répétition), et des adultes.

Car voici la phrase de votre critique que je voudrais discuter par-dessus tout : « On peut regretter que la parole des adultes se borne à déflorer la seule véracité du Père Noël ». Autant vous dire franchement la vérité : l’objectif de ce livre était de déflorer bien autre chose, et de constituer une métaphore globale de la littérature jeunesse – peut-être de la littérature tout court ; vous mesurez combien l’affaire est sérieuse.

Dans le dernier chapitre, à l’issue de force considérations sur les adultes qui, sans tout à fait mentir, font semblant à divers égards, Lila avoue qu’elle-même a menti, ou plutôt qu’elle faisait semblant depuis le début du livre : elle n’est pas du tout une petite fille de 6 ans, ni même une petite fille de 12 ans qui se souviendrait de sa prime enfance, comme elle le laisse croire à l’autre bout du livre. Elle est tout bonnement une adulte, et même une mère de famille, une femme qui a conscience qu’elle s’adresse à des petits enfants semblables sans doute à celle qu’elle était autrefois ; une femme qui, pour la bonne cause, comme font tous les auteurs de littérature jeunesse, a fait semblant – Lila a joué un rôle pour raconter son histoire. Mais, contrairement à ce que font ordinairement les auteurs pour enfants, elle accepte de révéler in fine la supercherie – comme un auteur, ou un acteur, qui tomberait le masque. Sans me hausser du col indécemment, je tiens ceci pour original.

Car la littérature pour enfants est écrite par les adultes : je crois qu’en disant ceci, je brise un tabou de polichinelle au moins équivalant à « Le Père Noël n’existe pas » : tout le monde le sait, personne ne le dit. En mettant en scène sous forme romanesque cette profanation majeure, cette fois-ci, je ne m’inscris plus dans aucune tradition de la littérature jeunesse (plutôt dans une mise en abyme et dans un soupçon très « Nouveau roman », par exemple – la littérature jeunesse n’ayant pas accompli ce type de révolution moderniste et n’en ayant peut-être pas besoin), mais précisément, La Mèche est un livre sur les traditions qui se perpétuent en se modifiant, paradoxe ! J’ai voulu faire, voyez un peu l’ambition, de l’anthropologie pour enfants : papa, c’est quoi, un rite ? Eh bien, mon enfant, prenons l’exemple de Noël… Cette réappropriation, réactualisation, de ce qui nous fut donné est la découverte la plus profonde de Lila : « Un rite, c’est bien, mais seulement si on perfectionne de soi-même l’invention année après année » (chapitre 10). À cet égard, je pourrais aussi pinailler sur votre appréciation, qui fait de la Mèche un livre « nostalgique », mais j’aurais peur d’abuser de votre patience, je reviens donc à une question plus cruciale : le mensonge.

Or, si mensonge il y a, quelle est donc cette « bonne cause » censée le justifier ?

Point commun entre le mensonge littéraire et le mensonge de Noël : la « bonne cause » est la recherche de connivence entre l’adulte et l’enfant, condition nécessaire afin que quelque chose se transmette. Tricherie assimilée par les enfants vers 6 ans, et qui tout compte fait ne gâte rien (ils continuent d’aimer Noël même quand ils savent que le Père Noël n’existe pas ; ils continuent d’aimer les fictions même quand ils savent que c’est pour de faux toutes ces histoires), tricherie qui ne fait qu’ajouter du sel à leurs relations avec les adultes et avec les secrets, tricherie qui les invite à jouer avec ces notions, tricherie qui les invite à ne pas être dupe, nouveau paradoxe ! Grandir, c’est apprendre quoi faire des secrets, de ceci je suis convaincu ; et voilà formulé le sujet exact de La Mèche, plutôt que, au premier degré, la fête de Noël.

La Mèche du titre est donc bel et bien à prendre au sens de « complicité » (un adulte est de mèche avec un enfant, comme un auteur avec son lecteur), plutôt qu’au sens trop explicite de « secret ».

Ceci dit il y a bien sûr autre chose, et le secret est naturellement une facette capitale du livre. À cet égard, je vous précise que La Mèche est un livre oulipien, composé selon un jeu de contraintes censé faire apparaître le secret à qui sait lire les petits caractères. Il existe plusieurs messages cachés dans la trame du texte, mais le message majeur, la colonne vertébrale, la « mèche » elle-même se trouve lisible ainsi : si vous mettez bout à bout le premier mot de chaque chapitre, vous obtenez une phrase qui est en quelque sorte la morale du conte, LE secret de Noël, celui qui n’est jamais exprimé littéralement dans l’histoire. Les indices sont nombreux pour permettre cette lecture truquée, dès le sous-titre du livre, qui est je vous le rappelle : « secret en douze coups » – et en effet, après chaque nouveau « coup » de l’horloge, un chapitre s’ouvre par un mot en gros caractère. C’est sans aucun scrupule que je vous dévoile ce secret de fabrication (que je vous vends la mèche), puisque vous n’aviez guère de chance de le découvrir seul : vous n’êtes hélas pas un enfant. En effet, d’après toutes les impressions de lecture que j’ai recueillies, les seules personnes à avoir reconstruit ce secret par leurs propres moyens, sans que je les aiguille, sont tous des enfants : zéro adulte n’a percé le mystère comme un grand, n’a eu cette jubilation ni ce sens de l’observation. Une bibliothécaire est même venue me dire : « Dites donc, un enfant dans ma bibliothèque m’a fait remarquer une chose incroyable : si on prend le premier mot de chaque chapitre, on arrive à une phrase qui veut dire quelque chose ! Sapristi ! Eh bien, il est fort, ce môme, non ? Mais dites-moi, vous aviez fait exprès, ou quoi ? ou alors c’est votre éditeur qui en a eu l’idée à la fin ? » Cette réaction m’a à la fois un peu vexé (comment aurais-je pu ne pas faire exprès quand cette phrase cryptée est le livre même !) et enchanté : pour le coup, oui, c’est avec les enfants que je suis de mèche, et j’en suis fort aise. J’ai laissé un cadeau au pied de leur sapin, ils l’ouvrent et le découvrent, et la joie de l’élucidation oulipienne est la récompense de leur fraîche perspicacité.

Bien cordialement, joyeux noël à vous, et avec mes excuses pour ces longues récriminations suite à un papier qui, somme toute, était positif,

Fabrice Vigne »

Bibliographie succincte (très succincte) : Le Père Noël supplicié de Claude Levi-Strauss, lui aussi réédité, voyez comme c’est curieux, avec une couve qui a pris des couleurs, vert et rouge.

La croyance où nous gardons nos enfants que leurs jouets viennent de l’au-delà apporte un alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, à les offrir à l’au-delà sous prétexte de les donner aux enfants. Par ce moyen, les cadeaux de Noël restent un sacrifice véritable à la douceur de vivre, laquelle consiste d’abord à ne pas mourir.

La BNF comme si j’y étais

11/06/2010 un commentaire

En novembre dernier, j’étais convié à colloquer en la BNF sur le thème « l’avenir du livre pour enfants ». Cette invitation était flatteuse, mais fort intimidante : je ne me sentais en aucun cas incarner l’avenir de quoi que ce soit, ni posséder de lumières inédites sur le sujet. Mais casse la tienne, je n’allais pas manquer cette occasion de monter à Paris exhiber mon Fond de tiroir à tous les passants.

Coup du sort ! Et de Roselyne Bachelot ! Quelques jours avant la date du colloque, la grippe A me tombe sur le râble. Je suis resté dans mon lit et l’avenir du livre pour enfants s’est discuté sans moi. Quel gâchis ! Alors que justement la fièvre me donnait d’intéressantes visions, susceptibles d’éclairer radicalement le livre pour enfants de l’avenir ! (Aux dernière nouvelles, l’avenir du livre pour enfants a les yeux rouges, une queue touffue, porte une livrée et un chapeau melon, et traverse des tunnels humides en donnant des petits coups de marteau sur une poêle à frire qu’il tient à bout de bras au-dessus de sa tête).

La professionnelle et opiniâtre Anne-Laure Cognet, organisatrice du raout et  interlocutrice de choix qui, par le passé, avait fort bien su me tirer les Giètes du nez, n’est pas du genre à se laisser impressionner par un virus cochon et mexicain. Elle me dit: « Tu n’étais pas à la tribune, tant pis, tu seras dans les actes du colloque. Envoie-moi s’il te plaît le texte de ta communication. Quelques pistes sur lesquelles je t’aurais peut-être interrogé :
– ton blog : quels liens et rapports entre l’écriture d’un blog et l’écriture de récits ? une écriture concurrentielle (parce que dévoratrice de temps) ou complémentaire / écriture « tout court » ? le blog comme vitrine promotionnelle, exercice de représentation, communauté de liens, parentés, filiations avec d’autres auteurs ? rôle social ou politique ?
– le Fond du tiroir : pourquoi ? en réponse à quels manques de l’édition jeunesse ? quelles satisfactions ? difficultés ?
– livre dématérialisé, livre numérique, livre hybride : quelles conséquences, quels désirs, quelles expériences ? inventions de forme ? mélange des genres, des médias ? une autre place pour la performance ? ».

Je me suis donc attelé à cet étrange exercice de rétro-anticipation : rédiger un discours afin qu’il soit prêt à être prononcé six mois plus tôt dans son contexte. On pourra lire ici mon intervention fantôme, version uncut, avant remontage pour publication dans les actes. Ce texte est davantage une mise au point opportune sur le Fond du tiroir sa vie son œuvre, qu’une pénétrante prospective en littérature jeunesse, mais je fais comme je peux.

Merci Anne-Laure. Protège-toi des virus.

Battre le fer tant qu’il est froid

28/05/2010 5 commentaires

Fais péter du Flaubert ! « Je me suis remis à travailler. Car l’existence n’est tolérable que si on oublie sa misérable personne. » (Lettre à George Sand, 29 avril 1872)

Et retournons sur le métier.

Je viens de recevoir un coup de téléphone de mon éditrice chez Magnier. Le texte de mon Jean II le Bon ne convient toujours pas. Ce roman est trop long, trop savant, trop répétitif, elle décroche.  Il me faut en remettre une couche, affiner derechef le bazar. Je soupire. Je me retrousse les manches de la tête. Verbatim :

– Ah, et au fait, je reviens d’une réunion avec Thierry et les commerciaux… Jean II le Bon séquelle est décidément un titre impossible, ça a fait rire tout le monde…
– Rire ? Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle. C’est un très bon titre,
séquelle. Un jeu de mot franco-anglais qui a du sens…
– Oui, sauf que personne ne le comprend, ton jeu de mot. On ne sait pas ce que c’est une « sequel », tout le monde n’y entend que la « séquelle » médicale, ça ne donne pas envie…
– Eh ben ils n’ont qu’à lire le livre, ils comprendront !
– Ah, Fabrice, ça ne marche pas comme ça… Ils faut comprendre le titre avant de lire ! Sinon le livre ne se vend pas… Et ce serait bien qu’il se vende un peu, ce livre…
– Hon-hon, ah ouais, d’accord, je vois le genre, bonjour l’argument oiseux… « Vendre le livre », bien sûr, je n’avais pas envisagé les choses de cette façon… On n’est pas au Fond du tiroir, ici… Bon, puisque ces messieurs du commerce ne veulent pas de
séquelle, on se rabat sur réplique, tant pis.
– Eh, non :
réplique, ils n’en veulent pas non plus.
– Hein ? Mais pourquoi ? ça les fait marrer, ça aussi ? Ils ont un drôle d’humour, les commerciaux.
– Allez, courage. Tu as une semaine pour me trouver un nouveau titre. Et revoir ton texte, aussi.

Étrange salto arrière du destin : ce livre qui n’en finit pas de finir n’a d’abord existé que par son titre, aboli in fine. En 2005 ou 2006, lors de mes premières rencontres scolaires en service après vente du Posthume, les mômes me demandaient : « Tu vas écrire la suite ? » Ah, sûrement pas ! Jamais de la vie ! J’ai horreur des suites ! Mais si jamais je l’écrivais, j’aurais un titre tout trouvé, l’évidence même, la bonne blague : Jean II le Bon, séquelle. Lorsque je m’y suis mis en joyeux renégat, j’ai empilé tout le livre sur ce socle. Cinq ans plus tard, le livre est écrit, et on sape sa base. Est-ce grave ? Je ne sais pas. (1)

Dans le fil de la conversation, j’ai appris en outre la date de sortie de ce livre innommable : 15 septembre. Plus tôt que je croyais. Très bien. Ainsi, je publierai deux livres cet automne : Jean II le bon whatsizname chez Magnier, mon opus 11, et peu de temps après, La légende du monde au Fond du tiroir, ouvrage qui marquera son statut d’opus 12 en étant entièrement rédigé en alexandrins. Parfaitement mesdames messieurs. Et il ferait beau voir que les commerciaux qui distribuent les livres du FdT réunis en conclave (uh ! uh ! uh ! le tableau ! mon tour de rire !) tentent de m’en empêcher.

Voilà pour mon pain sur la planche. Et à part ça ?

Et à part ça, je viens, toute pudeur bue, de pleurer à chaudes larmes en regardant cette vidéo, est-il possible d’être aussi sentimental.

L’idée que d’un seul coup, par magie, surgisse dans la vie ordinaire un moment où l’on chante (juste) et où l’on danse (en mesure), un moment de pure joie et de délire et de cohésion, me bouleverse, aux larmes, je vous jure. J’en tire exactement le même type d’émotions que des comédies musicales, qu’elles viennent d’Hollywood ou de Bollywood. Une comédie musicale est une utopie, un rêve d’harmonie sociale, il y a sûrement quelque chose de politique, au fond de ces larmes.

(1) – Et voilà que je lis une interview avec Jean-Luc Godard dans Les Inrocks, juin 2010 : « J’ai toujours des titres d’avance, qui me donnent une indication sur des films que je pourrais tourner. Un titre précédant toute idée de film, c’est un peu comme un la en musique. J’en ai toute une liste. »

Ceci n’est pas une pipe, mais un cigare est un cigare. (Fume, c’est du belge.)

18/05/2010 2 commentaires

L’autre jour, mains ouvertes et yeux fébriles, porté par je ne sais quel sublime enthousiasme ou je ne sais quel apéro géant, je me suis, à mon propre étonnement, retrouvé en train de résumer à mon interlocuteur, en trois quasi-maximes concises et compactes comme autant de diamants, le projet éthique et esthétique non seulement du Fond du Tiroir, mais de toute littérature. Je vous en fais profiter, ce serait dommage de laisser perdre.

En tant qu’écrivain et éditeur, j’affirme qu’écrire et éditer sont deux tâches diamétralement distinctes, et peut-être même antagonistes, pour la raison ci-après énoncée.

1 – En littérature, l’on écrit ce que l’on peut.

2 – Et c’est déjà beaucoup (cf. Romain Rolland : « Un héros, c’est celui qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas. »)

3 – Mais l’on publie ce que l’on veut.

(Post-scriptum pour consoler ceux qui en lisant le titre s’attendaient à un article plus olé-olé : ceci est une pipe.)

Ils sont beaux ils sont frais ils sont neufs

16/01/2010 2 commentaires

… les livres au Fond du Tiroir.

Ce n’est pas qu’on s’ennuie mesdames et messieurs en la présence les uns des autres, mais nous ne sommes pas là pour bavarder aimablement. Vous aurez sans doute remarqué que nous avons des livres à vendre, aussi, sur ce blog, si nous espérons en publier d’autres. De votre point de vue, ce sont des livres à acheter.

Le catalogue 2010 du Fond du Tiroir est désormais en ligne, à imprimer, garnir et nous retourner. Aimablement.

Et puis voilà, sinon tant pis. L’autre matin, la chronique de François Morel m’a bien fait rire au passage de cette saillie : « … Et s’il a absolument besoin de s’exprimer, il n’a qu’à écrire comme tout le monde son blog, que de toute façon personne ne lira puisque chacun est occupé à écrire le sien. » Éternel ressort comique de la vanitas vanitatis 2.0 !

Ouf.

31/12/2009 un commentaire

I'm on my way

L’année du Flux se parachève avec et sans nous. L’élégant marque-page conçu par Patrick « Factotum » Villecourt pour orner ce libretto se périme simultanément, tant pis, il est là, il demeure, élégant pour toujours.

Un bilan du vieil an 9 ?
– Trois livres publiés (deux au FdT et un
nulle part, mais très beau tout de même),
– 50 articles postés sur le blog,
– des commentaires de visiteurs à la pelle (davantage lorsque je cause politique que lorsque je cause littérature, tant mieux ? tant pis ?),
– deux ou trois cuisantes polémiques,
– une bonne douzaine de représentations des Giètes pour mon registre « intermittent sans cachet »,
– de la fécondité et de la stérilité par intermittence,
– l’asso FDT
créée en bon et due forme,
– quelques bonnes rencontres,
– quelques beaux voyages, dont un à Copenhague au mois d’août avant tout le monde, quand on avait espoir qu’il s’y passe quelque chose en décembre,
– des demi-nuits d’insomnie passées à faire des réussites débiles, ou à regarder sur Youtube des trucs comme ci ou comme ça, non mais je vous demande un peu,
– des citations dans ma besace (la palme de la phrase qui condense au mieux l’année 2009 revient à Hugo Chavez : « Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé »),
– des joies,
– des frustrations,
– la grippa,
– une crise (partout-partout) aigüe d’eczéma,
– des « nouveautés » et leur contraire (c’est quoi, le contraire de la nouveauté ? c’est un truc qui disparaît discrètement – exemple :
Zazieweb, le seul site littéraire coopératif qui recensait le Fond du tiroir dans son annuaire de petits éditeurs, et qu’on a le droit de regretter pour mille autre raisons),
– des lectures, des écritures, du pain sur la planche, la vie.

De feu 2009, retenons aussi un film souvenir : la « géniale » fête du livre de Villeurbanne a mis en ligne un clip de poétique autopromotion où l’on m’entend me fendre d’un petit compliment. Une caméra se baladait dans le salon, qui demandait à chaque stand « Si vous deviez définir la Fête de Villeurbanne en un seul mot, ce serait ?… » J’ai improvisé une gentillesse paradoxale, j’ai fait le malin, et cela a eu l’heur de plaire au monteur de ce film, puisque ma contribution est finalement la seule reproduite in extenso.

Et demain ? L’an qui vient ?

La Mèche sera peut-être le prochain livre publié par le FdT. Entre temps un autre livre sera rapatrié dans le tiroir…

Les démêlés judiciaires avec l’éditeur initial de deux de mes ouvrages, Castells, sont récemment parvenues à un tournant, qui permet au FdT d’envisager en toute sérénité l’édition de la version revue et corrigée, définitive, de La Mèche – du moins, dès que les phynances le permettront. Je ne vais pas vous déballer comme ça aussi sec le bilan financier (vous n’êtes pas adhérent de l’association, que je sache), mais sachez qu’une certaine somme dort sur le compte de l’asso, et que nous visons au moins le double avant d’entreprendre une production (et une distribution ?) correctes de la Mèche. Mais dans l’intervalle, une autre source ponctuelle de revenus pourrait surgir : Castells a rendu les droits non seulement sur la Mèche, mais aussi sur mon recueil de nouvelles, Voulez-vous effacer/archiver ces messages. Il existe quelque part un stock d’invendus de ce livre introuvable, quelques 400 volumes. Si je parviens (à quel prix ? on verra…) à mettre la main sur ce trésor, j’en ferai don illico à l’association, et ainsi ce recueil deviendra le cinquième livre du catalogue. Ce retour au bercail serait non seulement très heureux, puisqu’il rendrait cette œuvre de jeunesse (que je suis loin de renier, oh câlibouère, bien loin) à nouveau disponible, mais également tout-à-fait cohérent : cet ouvrage a beau avoir été conçu pour le compte des défuntes éditions Castells, il n’en constitue pas moins la première collaboration entre le précité Factotum et moi-même. Il s’agit donc, en quelque sorte, d’un livre « pré-FdT » sans lequel les suivants n’eussent tout bonnement pas existé.

Parfois, l’on me demande « Alors, tu sors bientôt un livre ? », et je réponds tant bien que mal, « Ben, regarde, je viens de faire quatre livres en un an, là, au Fond du tiroir… », mais l’argument semble irrecevable lorsque l’on s’intéresse, fort aimablement du reste, davantage à ce que je « sors » qu’à ce que je « fais », et l’on me rétorque, « Non, mais des VRAIS livres, je veux dire ? » Ah, oui, d’accord, ces livres-là…

Au chapitre du « vrai », doit-on attendre une publication sous mon nom en 2010 ? Oui, j’espère bien. Je viens de terminer (d’où le titre du présent article – presque « ouf » à dire vrai, puisque quelques bricoles restent à fignoler) un roman dont la conception aura été ridiculement longue, presque trois ans pour en venir à bout, des allers et retours incessants entre certaines idées qui me chatouillent et des agencements romanesques d’autant plus laborieux que je les veux impeccablement fluides. Bref, ce roman, cette séquelle, pourrait paraître chez Magnier l’an qui vient – si tout va bien, c’est-à-dire si Magnier en veut, car la question n’est pas absolument réglée. Je crois que ce bouquin sera très bien, même avec son gros défaut : deux ans de retard.

Allez, l’histoire avance, avec, et sans nous. « I’m on my way ! »

Je me souviens du film Dick Tracy de Warren Beatty, kitsch et clignotant comme un sapin de noël. Je me souviens d’une interview de Beatty, à qui un journaliste demandait quelle mouche l’avait piqué, pourquoi diable un type aussi sérieux que lui, acteur respecté, auteur capable de Dix jours qui ébranlèrent le monde, mais pourquoi donc le prestigieux Warren Beatty s’était-il entiché de cet héroïsme régressif de comic strip, de ce défenseur de la loi au premier degré pop, de cet archétype infantile en imper jaune ? Pourquoi ne sortait-il pas de vrais films, plutôt ? Beatty avait répondu un truc du style : « Poser un chapeau sur ma tête, enfiler un imper, regarder ma montre, m’exclamer I’m on my way !, et partir en courant à l’aventure, figurez-vous que ça m’excite. » Je cite de mémoire, mais j’ai parfaitement retenu l’esprit de cette explication alors que j’ai pour l’essentiel oublié le film lui-même.

I’m on my way, c’est suffisant, c’est optimiste tout de même, c’est énergique, c’est juvénile, c’est disponible, c’est solaire comme un ciré, c’est fort judicieusement naïf, c’est parfait, en guise de vœux pour un nouvel an.

La peau de la Mèche

18/09/2009 5 commentaires

la-primo-meche

Au départ, il y avait La Mèche, livre joyeux et crypté, délicieusement enluminé par Philippe Coudray, édité par les éditions Castells à l’automne 2006. Tout de suite après, les éditions Castells se sont évanouies dans l’éther, avant d’avoir jamais donné de distribution sérieuse à ses livres… et j’en ai le coeur brisé, parce que je considère La Mèche comme mon livre potentiellement le plus grand-public. Il n’a pas « trouvé son public », comme on dit pour se consoler. Je l’ai défendu autant que j’ai pu – cf. cette exégèse dont j’ignore si elle était judicieuse… Mais attention, si vous lisez ce mode d’emploi en entier, certains secrets vous seront dévoilés, tant pis pour vous… Il vaut mieux ne lire la résolution qu’après avoir lu La Mèche… Ce qui est difficile, puisqu’il est introuvable… Vous saisissez le truc ?

Je supposais que plus aucun exemplaire n’était en circulation, mais je viens de remettre la main sur 8 (huit !) exemplaires de la Mèche, des invendus qu’un libraire tentait depuis plus d’un an, le malheureux, de restituer à l’introuvable Castells… Si quelqu’un dans la salle est preneur, qu’il m’écrive. Bon, ce microstock tombé du ciel peut dépanner, souder pendant la disette, mais ce n’est pas lui qui va, à proprement parler, faire exister ce bel ouvrage.

Depuis trois ans, je frappe aux portes des éditeurs et j’essaye de les convaincre de la beauté, de la malice, et de l’originalité de ce conte post-moderne… Peine perdue. Personne, personne, personne n’en veut. Pire que la fin de non-recevoir ordinaire, on me déclare à l’occasion : « Oui, c’est très bien. Mais je n’en veux pas, parce qu’il a déjà été édité… Je veux de l’inédit, je suis un éditeur qui découvre, pas un recycleur… » Double peine, donc : les éditions Castells n’ont pas permis de faire vivre ce livre, mais l’empêchent, de facto et post-mortem, de renaître ailleurs.

Je me résous, non sans soupirs, à l’éditer au Fond du tiroir. Mais je sais pertinemment que c’est un contre-sens : le Fond du tiroir a été conçu pour des expériences confidentielles et underground, pas pour des romans jeunesse grand-public (ces romans fussent-ils eux-mêmes très expérimentaux, et bizarroïdes). Intégrer La Mèche au catalogue du FdT certes m’attire (revendiquer enfin pleinement la production de cet opus qui m’est cher), mais change mes plans… Pour bien faire, c’est-à-dire pour donner à ce livre la visibilité qu’à mon sens il mérite, il me faudrait travailler avec un distributeur… Modifier très sensiblement la structure et les ambitions du tiroir ailé… « Fond du tiroir distribué » est un oxymoron.

J’en suis là de mes réflexions ( « Vive l’oxymoron nom de Dieu ! »), qui achoppent sur l’aspect financier des choses… Un distributeur, ça coûterait cher… De toute façon, les caisses du FdT sont vides (la crise que voulez-vous, la crise partout partout), et si je réimprime, ce sera quelque part, loin, en 2010… En attendant cette résurrection fantasmatique, je remets une dernière fois le texte sur le métier, je relis et recorrige La Mèche… Puis une nouvelle dernière fois… Puis une autre dernière fois… Puis une quatrième… Je l’aime énormément, ce livre, comme si je l’avais écrit ce matin. Et j’échange quelques mails avec Philippe Coudray. Sa couverture (ci-dessus) me convenait parfaitement, mais Philippe me suggère (Patrick F. Villecourt abondant dans son sens) qu’un changement d’édition se marque plus naturellement et plus fermement par un nouvel emballage.

Philippe : Le fait de changer la couverture est peut-être nécessaire si le livre a déjà été distribué (sinon les libraires risquent de le refuser parce qu’il reconnaîtront un livre qu’ils ont déjà vu). Maintenant, il faut trouver une idée de dessin de couverture. Je vais y réfléchir. Si tu as des idées, n’hésite pas !

Mézigue : Voilà la première idée qui me vient, brainstorming sous un crâne à moi tout seul. La mèche, c’est à la fois la bougie et le secret… Ce double sens m’évoque des jeux d’ombres et de lumière… Reprendre les deux personnages qui se font face, et jouer sur les secrets qui se cachent dans leurs ombres, de part et d’autre puisque la bougie est au centre… En outre, l’un des « secrets » en jeu dans le livre, c’est l’âge de Lila : au début, elle fait croire qu’elle est une petite fille, et à la fin elle avoue qu’elle est une adulte – or les ombres permettent des illusions sur la taille des personnages… Est-ce que cette improvisation te cause ?

Eh bien oui, elle lui a causé : en un rien de temps, ce grand professionnel m’adresse la maquette suivante :

la Mèche bis

J’émets des remarques : Effectivement, les ombres portées donnent à la couverture un aspect beaucoup moins premier degré. C’est intéressant, et pertinent pour une réédition : variation sur le même thème, mais avec une ambiguïté en plus… En outre, graphiquement parlant, j’aime bien l’ajout de la base bleue au sol.
J’ai toutefois une réserve, qui porte sur les deux « visages » des ombres :
– Lila « adulte » semble porter une coupe afro, et on se demande pourquoi. Je suggère qu’elle porte plutôt une queue de cheval, comme celle que porte sa maman telle que tu l’as dessinée. Ainsi, une autre ambiguïté s’ajoute, sous-jacente : le couple d’ombres, sont-ce les parents de Lila, ou alors Lila plus tard, avec son mari, qui sait ?
– Quant à l’ombre du visage du père Noël, je la préfèrerais de profil : ainsi, on pourrait voir en majesté le tarin proéminent (voire, les lunettes) qui est (qui sont) le (les) signe(s) distinctif(s) du papa.

– Mais surtout, je trouverais préférable que les deux ombres soient de profil pour qu’on ait l’impression qu’elles se regardent ! qu’elles partagent le secret, en silence, mais sans se quitter des yeux… une complicité père-fille, une relation « de mèche » dans l’ombre, au fil du temps… Qu’en dis-tu ?

Et cet immense professionnel de me renvoyer ceci, dans la foulée, intégrant scrupuleusement mes desiderata :

la-meche-ter

Cette fois, sans nous vanter, nous sommes bons. Plus qu’à.

Plus qu’à ronger son frein, oui, attendre Noël… Pour tromper l’impatience, intéressons-nous à autre chose. Le monde est si vaste. Philippe Coudray, authentique original, à l’ancienne, s’intéresse ainsi à la cryptozoologie, et en a fait le sujet de son dernier livre. Hé ben mon vieux.

Ou bien, pour faire le lien avec l’article précédent, on peut continuer de s’intéresser au sort des sans-papier et prendre dans ses bras le petit Chama Dieumerci, 6 ans. Comme Philippe Coudray (photo 10 du diaporama) ou moi-même (photo 30).

Le Fond du tiroir, deuxième époque

02/06/2009 un commentaire

tiroir sans fond (merci Cécile)

J’annonce un tournant dans l’histoire.

La première époque du Fond du tiroir est désormais close. Pour mémoire, elle aura duré un an et 5000 euros. Rappel de l’origine : une somme de 5000 euros m’échoit par surprise grâce à l’un de mes livres ; je décide d’engloutir la somme dans la conception d’autres livres, en un geste joyeux de flambante et flamboyante liberté. Mission accomplie : un an de consumation plus tard, mon bilan comptable établit grossièrement que les quatre ouvrages publiés par le FdT (toujours en vente), à savoir l’auto-crypto-portrait nocturne ; la carte de vœux tout-en-un/faire-part de naissance/avis de décès ; l’abécédaire en authentiques couleurs charnelles ; et le reportage viscéral en plein non-lieu, m’auront côuté quelques 8000 euros, et rapporté 3000. La cagnotte dépensée, passons à autre chose.

La seconde époque s’ouvre aujourd’hui. Les statuts de l’association loi 1901 « Le fond du tiroir » ont été déposés à la préfecture la semaine dernière. La présidente de l’association est Laurence Menu (merci beaucoup madame la présidente – vous pouvez en cas de besoin lui écrire à l’adresse presidente(arobase)fonddutiroir.com) ; le secrétaire en est Laurent Vigne (tiens ? ce nom me dit quelque chose) ; et la trésorière Sylvie Villecourt (tiens ? celui-ci aussi).

Dès que l’association aura son compte en banque, nous pourrons déclarer ouvertes les adhésions. Mais oui, mesdames et messieurs, vous pourrez adhérer au Fond du tiroir, pour la somme dérisoire de 5 euros. À quoi bon ? Eh bien, l’adhésion vous procurera, outre la superbe carte de membre en relief confectionnée par l’habile factotum de la maison, outre les 5% de remise que l’on vous offrira désormais gracieusement sur les ouvrages du FdT (non, vraiment, je ne peux pas faire davantage, la loi Lang, vous comprenez, et puis la crise, partout-partout), vous en tirerez l’inappréciable satisfaction de soutenir cette jeune structure de création et d’encourager ses prochaines publications.

Quant à moi, je confie à l’association les stocks de livres, et je me retire. Je vais travailler un peu.

Je m’en vais, donc, sans annoncer de date de retour. Les interventions sur le blog seront rares dans les mois qui viennent. Je sais, j’ai déjà fait mes adieux plusieurs fois ici, pas la peine de me chambrer, hein ! J’ai le droit de m’en aller ET le droit de me contredire si jamais je reviens dans trois jours. Je vous f’rai dire que « Parmi l’énumération nombreuse des droits de l’homme que la sagesse du XIXe siècle recommence si souvent et si complaisamment, deux assez importants ont été oubliés, qui sont le droit de se contredire et le droit de s’en aller. » (Charles Baudelaire, Préface à sa traduction des Histoires extraordinaires de Poe.)

Un peu d’accordéon avant de nous quitter : connaissez-vous Chamboultou ? Ce n’est pas que le titre d’un album des Têtes raides, c’est aussi le nom d’un petit groupe de « punk champêtre » disent-ils, en Normandie, un peu comme les Glaviots dans une chanson des Wampas… Ils ont commis une jolie chanson au titre évocateur, très écoutable ci-dessous :

Réunion = séparation

04/04/2009 3 commentaires

Lewis Trondheim à propos de "Ile Bourbon 1730" : "Grâce à ce livre, je vais sûrement me faire ré-inviter par le festival de la Réunion."

Une cat’ de couv’, je tourne le dos, la page aussi, au revoir, adieu, brisons là, je vous quitte, je pars, je suis parti. J’aurai la tête et le reste ailleurs, et n’alimenterai plus ce blog durant au moins une quinzaine – sans doute bien davantage.

Joyeux Presqu’anniversaire ! 9 avril 2008 – 4 avril 2009. Presqu’un an de travail de Fond dans le Tiroir, quatre livres s’il vous plait. Presqu’un an de blog, presqu’une centaine d’articles.

J’aime beaucoup les boucles bouclées, mais je crois que je leur préfère encore les boucles presque bouclées. Les cercles légèrement cabossés et discrètement ouverts, amorces de spirale, par ma chandelle verte. C’est dire s’il est grand temps, à un an moins cinq jours, de faire une pause.

Paradoxalement, l’occasion de cette séparation est fournie par la Réunion. Je m’envole voyez-vous, et c’est inespéré, vers ce gros bout de roche volcanique en plein océan indien qui, pour d’intéressantes raisons historiques, est français, département 974. Jamais encore mes livres ne m’avaient porté si loin, je me sens plein de chance, aussi de gratitude, et de curiosités, je vais voir du pays…  Moi qui, parfois, lors de rencontres scolaires, pontifie aux mômes : « Pourquoi j’écris ? Pourquoi je lis ? Parce que les livres sont un contact entre moi et le monde… On n’a pas tellement le choix, à dire vrai, pour chopper ce contact : soit les livres, soit les vrais voyages avec baluchon. Puisque je ne voyage pas, je lis, j’écris... » Bon, eh bien  je voyage, cette fois.

Je pars grâce au dispositif A l’école des écrivains, des mots partagés piloté par la Maison des écrivains. Je rencontrerai des classes du collège Terre-Sainte, de Saint-Pierre de la Réunion. À tout de suite, jeunes gens, jeunes filles.

Et j’en délaisse mon blog. Un bilan, tant qu’on y est ? Au terme de ce presqu’an de pratique, mon sentiment sur la blogosphère a-t-il évolué ? Eh bien, presque. Voilà comment je me figure la chose. Un blog, au fond, c’est Speakers’ corner, la liberté de parole en preuves et en cause-toujours, mais exponentialisée dans l’espace infini du virtuel… Tous les jours en dimanche, et le vert du gazon… Un hurluberlu débarque dans Hyde Park, déplie son escabeau, grimpe dessus, et clame à la cantonade les choses qu’il croit devoir clamer. Qui l’écoute ? Les badauds désœuvrés, les promeneurs en quête d’une diversion, une poignée d’amis aux oreilles pré-acquises, à l’occasion quelques adversaires de fortune, ravis de croiser le fer parce qu’eux aussi aiment s’exprimer le dimanche, et surtout la foule de hasard, incertaine, distraite et sans visage, en pardessus et adresse IP. La blogosphère est l’impressionnante juxtaposition de  centaines, de milliers, de millions (allez savoir) de Speakers’ corners simultanés, et d’autant d’hurluberlus. Avantage sur le vrai Hyde Park : la possibilité d’établir un lien d’un hurluberlu à l’autre, un clic d’un coin du parc à un autre. Ah, et puis dans le virtuel il ne pleut jamais, aussi.

Je descends de mon escabeau.

Hasard objectif : j’avais repéré un autre hurluberlu avec un autre message que le mien, mais avec le même porte-voix, un autre blog qui s’appelait le Fond du Tiroir… Homonyme non apparenté, vitrine d’un styliste-designer. Eh bien cet autre FdT vient de replier son escabeau, on n’aboutit désormais qu’à une page vide qui prétend « LE FOND DU TIROIR IS DEAD ! »

Dead ? Ça me ferait mal. Je le saurais. Pour évacuer l’effet néfaste de ce que l’on pourrait prendre pour un présage, on peut relire d’anciens articles ici même, alive and kicking. Sur la centaine d’articles, certains étaient par nature périssables, contingents, emportés par le Flux, à jamais illisibles ; d’autres cependant vieillissent bien, ou alors ne vieillissent pas encore, et peuvent être lus longtemps après. J’aime bien celui-ci, par exemple. Je le trouve bien balancé.  Un écrit « de contact entre moi et le monde », pour le coup. Bon équilibre entre « je parle de moi » et « je parle du monde ». Équilibre précaire, toutefois. Pensez : un escabeau.

À plus tard. À l’aventure !

Miaou

16/03/2009 un commentaire

Namedropping

Le grand jeu, mesdames et messieurs : je dégaine ci-dessus la dédicace que m’a offerte Philippe Geluck. Regardez : il a même écrit « amitiés », mot rarissime dans les rituels de dédicace, comme chacun le sait !

Je peux donc tenter de vous faire croire que Geluck, c’est mon pote, que lui et moi entretenons une relation privilégiée, une complicité de longue date, faite de respect mutuel et d’inoubliables fous rires (ah, il est super sympa, si vous saviez), et qu’il m’encourage sans cesse à persévérer au Fond du Tiroir, « si je peux te faire un petit dessin pour ton blog, c’est avec plaisir ».

Tout ceci n’est absolument pas vrai. En revanche, comme tout le monde, j’aime bien le Chat de Geluck, son humour charmeur, malin (qui donne l’impression d’être intelligent parce qu’on a saisi la finesse), et consensuel. Si je l’appelle à comparaître aujourd’hui, c’est pour me faire chat moi-même. Je veux me montrer charmeur, malin et consensuel, parce que j’ai un truc à vous demander.

Voilà : il est plus que temps que je régularise la situation du FdT, et que je le dote d’un vrai statut. D’abord, parce que le flou fiscal finit par être embêtant, et le retour de bâton serait pénible ; ensuite, parce que je m’achemine, à moyen terme disons, vers l’édition d’un livre qui, contrairement à mes expériences underground antérieures, mériterait une distribution digne de ce nom – qui nécessiterait, si jamais on arrive jusque là, une véritable identité pour ma petite entreprise (si j’ose employer ces trois mots, un jour de deuil).

L’identité la plus raisonnable pour le FdT serait l’association loi 1901. Avec des statuts déposés, un président, un secrétaire, un trésorier – même si ces rôles ne sont pas indispensables. Or, moi, je n’ai guère envie de m’occuper de ces démarches qui me semblent un peu fastidieuses. Pour la faire courte, j’ai envie d’écrire des livres, pas des statuts.  (et si je voulais la faire longue, j’ajouterais que symboliquement ET materiellement, c’est bon d’être épaulé.) Quelqu’un se sent de prendre en charge l’affaire, dans la salle ? J’en appelle aux bonnes volontés ! « Faites comme le Chat de Geluck : soutenez le Fond du Tiroir ! »