Chiotte, encore un exercice de nécrologie au Fond du Tiroir.
Je pleure la disparition d’une amie musicienne, Florence Barthe.
J’ai eu la chance de la côtoyer une bonne vingtaine d’années, d’abord dans un cadre professionnel. Nous étions en quelque sorte voisins de bureau : elle à l’école de musique, moi dans la médiathèque.
Elle venait me chercher, très simplement, pour me dire « Viens, on va inventer quelque chose ensemble » : ainsi nous avons eu, à cheval sur les années 2000 et 2010, maintes occasions de travailler de concert sur ses contes musicaux (elle était autrice-compositrice-interprète), sur ses projets participatifs (je me souviens de son spectacle sur Edith Piaf que nous avons donné plusieurs fois, et Florence était elle-même un moineau qui chante), et surtout sur un atelier de comptines que nous avons co-animé quelque temps à la médiathèque, successivement nommé « Roule galette » (oui, car c’était l’époque où l’on utilisait des CD pour les animations…) et « Trempez-la dans l’huile ». Elle adorait demander aux mamans dans le public de chanter leurs chansons d’enfance, de leur pays, de leur passé, ce patrimoine d’ailleurs qu’elles transmettaient à leurs bébés, et elle les accompagnait à la guitare.
J’avais été sidéré d’apprendre, longtemps après qu’elle avait initié ces ateliers, qu’elle les donnait sur son temps libre, bénévolement. La beauté d’être gratuit !
Je me souviendrai, donc, de sa générosité, mais aussi de son énergie intacte jusqu’au bout, de sa joie, de ses idées en ébullition, de son enthousiasme à oeuvrer dans le « collaboratif » pas mal de temps avant que ce concept soit à la mode.
Elle était « inspirante » comme disent les millennials.
Inspirante aussi, et peut-être surtout, dans sa manière de mener sa vie : malade, elle avait choisi de prendre sa retraite de façon anticipée pour pouvoir non seulement se soigner, mais aussi consacrer le temps qu’il lui restait à ce qui lui tenait à cœur.
Elle a maintenu ses activités aussi longtemps qu’elle l’a pu, animant jusqu’à l’an dernier des stages, des chorales et divers ateliers de chants, voire d’écriture de chansons – c’est à ces occasions-là que je l’ai croisée pour la dernière fois en plein travail, à Solexine (Grenoble) ou aux Épicéas (Autrans).
La sachant hospitalisée, j’ai tenté de passer la voir hier. Fatalitas ! Je n’ai pas réussi à lui dire au revoir, elle est partie quelques heures avant ma visite.
Alors j’ouvre son site, pour mémoire : https://www.florencebarthe.net En l’explorant, on dénichera de bien jolies traces, dont une interview sur France Inter de 2012, où elle présente sa façon de travailler, qui était essentiellement une façon d’aller vers les gens, de les rassembler, « d’inventer quelque chose ensemble » exactement comme elle avait fait avec moi… Entendre sa voix fait un gros plaisir.
En 2021, Olivier Destephany et moi-même avions créé une lecture musicale adaptée d’une nouvelle « écologiste » de Jack London pour laquelle je nourris une passion, Construire un feu – ici la note d’intention.
Mise à jour 2026 ! Notre spectacle a été entièrement repensé, réécrit, recomposé. Il n’est plus désormais un duo mais un trio, puisque Delphine Lebaud et son violoncelle se joignent à nous, et la musique gagne en ampleur, en épique, en tragique. Ci-dessous, la nouvelle affiche (merci derechef à JP Blanpain pour la retouche), et ci-dessous les photos du trio lors de sa (re-) création, à Saint-Martin-en-Vercors (merci La Grange Ouverte).
Nous avions décrété que nous ne jouerions ce spectacle qu’en hiver, pour accroître l’empathie envers le protagoniste… Mais, bah, si vous nous invitez à le jouer en pleine canicule d’août, nous ferons un effort et miserons sur l’imagination du public.
Illustration : le roy sur sa chaise percée, au coin de la rue du Roi Doré, Paris 3e. Photo Laurence Menu.
Ah, et puis sinon je fais ça, aussi.
Le spectacle « Une journée à Versailles » raconte en musique une journée du roy Louis XIV, dit Soleil, les fastes et les ridicules du lever au coucher : les vêtements, les perruques, la galerie des glaces, la messe, les rencontres, les courtisans, les repas, les promenades dans les magnifiques jardins aux fontaines, la chasse, les affaires, la danse, etc. Je laisse la parole au clown en moi, qui s’en donne à coeur joie, clown blanc singeant la dignité et le respect de l’autorité. Mais l’intérêt du spectacle est naturellement le bouquet de splendide musique baroque française, Lully, Rameau, Marais, Charpentier, Mouret, Delalande… qui accompagne ma narration, heure par heure, de la journée du dictateur grand siècle.
Le Jardin Musical, autrement dit : Christine Antoine (violon et direction), Katia Lagresle (violon), Catherine Simon (alto), Philippe Badin (violoncelle et cor), Pierre Perdigon (clavecin) et Fabrice Vigne (valet de pied, huissier, grand chambellan, maître de gobelet et premier gentilhomme de la cour).
Prochaines dates : samedi 27 juin 2026, 11h au château (ben tiens, quoi de plus normal) de Seyssins ; ensuite, deux représentations le même jour, dimanche 20 septembre 2026 (Journées du patrimoine) à Sassenage.
Attention : ce spectacle contient des traces de Molière, de Saint-Simon, de La Bruyère, et même des extraits d’un texte attribué à Louis XIV lui-même, sorte de précurseur des guides de tourisme : Manière de montrer les jardins de Versailles. Mais comme ces noms prestigieux ne suffiront peut-être pas à faire venir le chaland, je précise à fin de réclame, sachant que certains lecteurs de cette page apprécient particulièrement la scatologie, que je n’omets point, dans mon délicat récit d’une journée ordinaire du roy dit Soleil, le moment solennel du royal caca :
« 8h15. Le roy s’installe sur sa chaise percée, sur laquelle il pousse. À la suite de quoi, le médecin et le chirurgien procèdent à l’examen du pot de chambre. Durant cette étape, quelques personnes supplémentaires sont entrées dans la chambre du roy. C’est un très grand privilège de pouvoir parler au monarque à ce moment-là, et l’on paye une fortune ce droit, qu’on appelle « brevet d’affaires » de même que la chaise percée est dite « chaise d’affaires ». Icy Le roy fait ses affaires. »
Photos ci-dessous prises par Jean-Claude Durand lors de la création, le vendredi 24 avril 2026 en l’Église Saint-Martin de Seyssins (38180).
Samedi dernier… Non seulement mes cinq camarades (Marie Mazille, Laurence Dupré, Patrick Reboud, Christophe Sacchettini, plus Thierry Ronget en coulisse) et moi-même avons représenté notre Alice, Charles & les autres dans l’auditorium du Conservatoire de Bourgoin-Jallieu… non seulement les conditions étaient optimales et nous n’étions pas mauvais non plus… non seulement le spectacle était fabuleux-bravo-merci… mais en plus, de nombreuses photos ont été prises qui permettront désormais de documenter ce spectacle en images.
Ci-dessous une petite sélection des meilleures et des plus avantageuses, mais dorzédéjà je propulse en tête d’article celle-ci qui m’épate : la photographe (Sandra Darnand, grand merci à elle) a déclenché la prise de vue au moment pile (l’instant décisif, disait Cartier Bresson) où mon oeil se trouvait encadré par mon index et mon pouce. Par la grâce de la légère surexposition on dirait que j’ai sur la face un bizarre tatouage en forme de doigts, voire de cornes, allez savoir. C’est beau. Si les règles administratives n’étaient pas si sévères j’en ferais ma photo d’identité. Crédit photos CHB CAPI
Pour la génération post-romantique à laquelle appartient Gustave Courbet, Victor Hugo reste un modèle d’engagement politique couplé à l’intégrité artistique. Courbet marche sur les traces d’Hugo puisqu’ils sont presque nés voisins : Hugo en 1802 à Besançon, Courbet en 1819 à Ornans, 25 kilomètres de distance, et lorsqu’il sera collégien à Besançon, Courbet logera fortuitement dans la maison natale du poëte. Pourtant ils ne feront, toutes leurs vies, que se croiser. Dans une lettre tardive mais révélatrice de son exaltation, datée du 28 novembre 1864, Courbet écrira à Victor Hugo pour lui proposer de peindre son portrait. Il se déclare prêt à aller visiter le « Cher et grand poète » à Guernesey où Hugo a choisi de s’exiler par opposition à Napoléon III. Courbet énumère ses propres déboires politiques pour souligner qu’ils sont faits du même bois. Courbet mise sur la connivence de leur supposée rudesse franc-comtoise commune :
« Vous l’avez dit, j’ai l’indépendance féroce du montagnard ; on pourra je crois mettre hardiment sur ma tombe […] : Courbet sans courbettes. […] Malgré l’oppression qui pèse sur notre génération, malgré mes amis exilés, […] nous restons encore 4 ou 5 assez forts, malgré les renégats, malgré la France d’aujourd’hui et les troupeaux en démence nous sauverons l’art, l’esprit et l’honnêteté dans notre pays. »
Hélas nous ignorons si Hugo a répondu, et Courbet ne peindra jamais son portrait. Ce n’est que bien plus tard, aux premiers jours de la Commune, que Courbet et Hugo auront l’occasion de se serrer la main…
Mais retenons l’expression Courbet sans courbettes, jeu de mots signature, qui frise la prétérition lorsqu’il s’adresse avec force flagorneries envers Hugo, mais qui révèle tout de même une attitude d’indépendance et d’irrévérence qui caractérisa toute la vie du peintre. Et qui nous tient, du moins me tient, lieu de modèle. Je suis ces temps-ci tellement imprégné de Courbet que je le vois partout – je m’efforce de repérer et saluer sa présence et son actualité, tout en évitant la vénération du fanboy.
I
Le désespéré, vers 1844-1845
Pour le coup, voici une histoire pleine de courbettes.
Le Désespéré, connu aussi sous les titres Désespoir (ce qui du reste est curieux, puisqu’on y ressent davantage d’angoisse que de désespoir) ou Autoportrait de l’artiste, est l’une des oeuvres les plus célèbres de Gustave Courbet. Elle décroche sans doute le deuxième rang de la notoriété juste derrière l’Origine du monde. Or elle est le plus souvent invisible et n’est montrée en France que sporadiquement, la dernière fois remontant à 2007. Elle est la propriété de Qatar Museums, organisme de développement des musées de l’émirat, dirigé par son excellence Cheikha Al Mayassa bint Hamad al-Thani, sœur de l’émir du Qatar, organisme qui en a fait l’acquisition auprès d’un propriétaire privé à une date et pour un montant inconnus… Le Qatar en effet n’achète pas en France que de l’immobilier ou des équipes de foot. Il développe tous azimuts sa stratégie de soft power y compris par l’acquisition de chefs d’oeuvres de l’Histoire de l’art (certes, pas l’Origine du monde, on se demande pourquoi… de toute manière celle-ci n’est pas à vendre) afin de devenir une destination touristique majeure, se faisant désirable jusqu’aux yeux de l’élite culturelle internationale : Le Désespéré sera l’une des pièces maîtresses du futur Art Mill Museum de Doha dont l’ouverture est prévue en 2030. Le Louvre n’a qu’à bien se tenir (ah, non, je confonds, au temps pour moi, le Louvre est déjà répliqué dans un autre émirat). En attendant ce jour, le Qatar, grand ami de la France puisqu’il est riche, a accepté de prêter Le Désespéré au Musée d’Orsay où l’on peut l’admirer depuis le 14 octobre dernier. Transaction qui nous vaut une magnifique photo de son excellence Cheikha Al Mayassa bint Hamad al-Thani aux côtés de Brigitte Macron et de Rachida Dati, toutes trois arborant de gigantesques sourires satisfaits, mains croisées sur l’entrejambe. Au centre de cette mise en scène, pour le coup pleine de courbettes, immortalisée par l’agence de presse Qatar News Agency, Courbet jurerait presque, chien dans un jeu de quilles. Il est le seul à ne point sourire et ses mains volubiles écarquillent son visage pour l’éternité. Son angoisse, son incrédulité, son regard tourmenté qui nous perce et nous brûle, irréductibles au bizness et à la diplomatie, sont intactes.
II
Hector Berlioz, Gustave Courbet, 1850.
Berlioz est une figure aussi fondamentale que Courbet dans l’idée, ou disons dans l’imaginaire, que depuis le XIXe siècle l’on se forge de ce qu’est un artiste : intransigeant, indépendant, anti-académique, travaillant obstinément puis imposant sa vision singulière face à un monde contraire (sans doute faudrait-il, pour compléter la triade fondatrice de cet archétype, adjoindre Flaubert).
Toutefois existait une différence majeure entre le peintre et le compositeur : Courbet écrivait à la va-comme-je-te-pousse, sans se relire, sans souci du style ni de l’orthographe, cultivant les particularismes pour surjouer son côté paysan franc-comtois… Tandis que Berlioz écrivait magnifiquement. Berlioz est pratiquement autant écrivain que musicien. Il écrit vif, imagé, drôle, parfois cinglant, toujours subtil. Même ses écrits théoriques sont agréables à lire.
Je cite pour exemple un extrait de son Grand traité d’instrumentation et d’orchestration. Je choisis (absolument par hasard, bien sûr) ce qu’il écrit à propos du trombone :
Le trombone est, à mon sens, le véritable chef de cette race d’instruments à vent que j’ai qualifiés d’épiques. Il possède en effet au suprême degré la noblesse et la grandeur; il a tous les accents graves ou forts de la haute poésie musicale, depuis l’accent religieux, imposant et calme, jusqu’aux clameurs forcenées de l’orgie. Il dépend du compositeur de le faire tour à tour chanter un chœur de prêtres, menacer, gémir sourdement, murmurer un glas funèbre, entonner un hymne de gloire, éclater en horribles cris, ou sonner sa redoutable fanfare pour le réveil des morts ou la mort des vivants. On a pourtant trouvé moyen de l’avilir, il y a quelque trente années, en le réduisant au redoublement servile, inutile et grotesque de la partie de contrebasse. Ce système est aujourd’hui à peu près abandonné, fort heureusement. Mais on peut voir dans une foule de partitions, fort belles d’ailleurs, les basses doublées presque constamment à l’unisson par un seul trombone. Je ne connais rien de moins harmonieux et de plus vulgaire que ce mode d’instrumentation. Le son du trombone est tellement caractérisé, qu’il ne doit jamais être entendu que pour produire un effet spécial; sa tâche n’est donc pas de renforcer les contrebasses, avec le son desquelles, d’ailleurs, son timbre ne sympathise en aucune façon. De plus il faut reconnaître qu’un seul trombone dans un orchestre semble toujours plus ou moins déplacé. Cet instrument a besoin de l’harmonie, ou, tout au moins, de l’unisson des autres membres de sa famille, pour que ses aptitudes diverses puissent se manifester complètement. Beethoven l’a employé quelquefois par paires, comme les trompettes; mais l’usage consacré de les écrire à trois parties me parait préférable. […] Outre cette vaste gamme ils possèdent, à l’extrême grave, et à partir du premier son de la résonance naturelle du tube, quatre notes énormes et magnifiques sur le trombone ténor, d’une médiocre sonorité sur le trombone alto, et terribles sur le trombone basse quand on peut les faire sortir. On les nomme pédales, sans doute à cause de leur ressemblance avec celui des sons très bas de l’orgue, qui portent le même nom. Il est assez difficile de les bien écrire et elles sont inconnues même de beaucoup de trombonistes. […] »
III
En visite à Lyon. Illustrations ci-dessus : le Musée des Beaux-Arts de Lyon peut s’enorgueillir de posséder quatre tableaux de Gustave Courbet, dont deux qui frôlent le sublime et que plus de vingt ans séparent : La Remise des chevreuils en hiver (1866) et Les Amants heureux, aussi connu sous le titre Les Amants dans la campagne (1844).
IV
Je rencontre La rencontre (Gustave Courbet, 1854, Musée Fabre, Montpellier). Fascinante, la posture hautaine que Courbet se donne à lui-même, dos cambré, tête renversée, menton levé, yeux plissés, tout pour regarder de haut son interlocuteur (et mécène), le rouquin Alfred Bruyas ! De passage dans ce Musée, naturellement je vais également saluer Clotilde de Surville, qui orne depuis 18 ans l’une des toutes premières pages de ce blog.
V
Screenshot
Encore une date qui tombe pour la tournée du spectacle Courbet : je fais comme la lumière… Une date, mais pas n’importe quelle date. Celle-ci, ce serait plutôt LA date. Nous avons été sollicités pour aller jouer au Musée Courbet, installé dans sa maison natale à Ornans (Doubs) ! Ou, plus précisément, dans l’annexe du musée, la Ferme Courbet à Flagey, aménagée en lieu de spectacle. Gloups. Moi qui suis assez sûr de mon fait, « assuré dans mon principe » ainsi que Courbet disait à propos d’un autoportrait bravache, et qui n’ai guère le trac pour ce spectacle que j’adore… Le voilà qui pointe, l’insidieux trac, je le sens là qui s’immisce doucement, prêt à tout contaminer. Dame ! Aller raconter Courbet à Ornans/Flagey est à peu près aussi outrecuidant que de prétendre donner à des Inuits une conférence sur la neige. Je crains de pérorer en transpirant devant une assemblée d’augustes courbetistes à lunettes et bloc-note qui vont fissa me remettre à ma place : Je ne peux pas vous laisser raconter n’importe quoi, Monsieur Vigne ! Ce tableau n’est pas de 1852 mais de 1854 ! Mais tu sais quoi ? Le trac, j’aime ça. Sinon à quoi bon. Ça m’avait manqué. Date : samedi 30 mai 2026, 16h.
VI
Anecdote puisée dans L’exemple de Courbet de Louis Aragon, qui reproduit intégralement le mémoire écrit par Courbet en prison.
Après la chute de la Commune, Courbet est emprisonné. Les motifs à charge sont très nombreux, en particulier on lui fait porter le chapeau de la mise à bas de la colonne Vendôme. On le condamnera, lors de son second procès, à une amende exorbitante pour la reconstruction de ce symbole de l’Empire, et cette dette impossible à rembourser abrègera sa vie. A sa mort Jules Vallès dira « La colonne Vendôme a perdu son otage ». En attendant il se défend comme il peut, explique qu’il n’a jamais voulu détruire cette foutue colonne mais seulement la « déboulonner » (il semble qu’il ait inventé ce mot) pour la déplacer aux invalides… Sur la demande de son avocat il rédige un mémoire en défense où il donne sa version des faits, et de son implication dans la gestion des monuments de Paris. Il raconte notamment cette anecdote à propos d’un projet de monument à la gloire des « quatre Césars », projet qui est parfaitement identifiable en tant qu’hommage à un Empire qui ne prend jamais fin. Dans ce mémoire, Courbet parle de lui à la troisième personne :
« Un jour, le sculpteur [Auguste] Clésinger, qui est son compatriote, envoya chercher [Courbet] par un camarade et le conduisit à Enghien un dimanche matin, résidence du sculpteur. Il ignorait le but de cette visite, mais bientôt après Clesinger le conduisit devant une espèce de monument qui était dans son jardin, projet qui était dans une réduction de 35 pieds de hauteur, ainsi conçu : Deux colonnes corinthiennes couplées reliées entre elles par un panneau, surmontées d’un chapiteau sur lequel était un guerrier à cheval, génie de la guerre. Ces deux colonnes reposaient sur un soubassement, piédestal carré, aux quatre coins duquel se trouvaient sur la partie supérieure quatre guerriers, assis ou debout, adossés aux colonnes jumelles. « Ce projet, lui dit-il, doit être exécuté sur une échelle de 160 pieds de hauteur, et sera le plus haut monument connu, destiné à occuper la place de l’Obélisque place de la Concorde. C’est un monument que je fais de participation de l’Empereur qui me préfère à tout sculpteur. Il vient ici m’aider de ses conseils presque tous les jours. » À son insu, le peintre avait été appelé comme critique, car ces deux compositeurs [Clésinger et Napoléon III] n’étaient pas très assurés de l’effet que pourrait produire leur composition. Tout en regardant ce projet, le peintre réfléchissait, puis enfin il dit : « Je ne comprends pas bien cette idée, à deux points de vue, d’abord pourquoi ces ruines grecques sur la place de la Concorde, on se croirait non pas en France, mais dans la campagne de l’Illyrie, ensuite pourquoi ce panneau qui les relie, menacent-elles ruine ? Puis après… Quels sont ces bonhommes qui semblent jouer au pot de chambre sur les quatre coins du piédestal ? Quant au génie casqué, lance au point, écumant, pour moi il ressemble aussi bien à Don Quichotte qu’à un génie. » Le camarade et le sculpteur se regardaient entre eux, pas très satisfaits, puis Clesinger dit : « Si l’Empereur t’entendait! – Ça m’est égal, dit le peintre, l’Empereur m’importe peu… Voudrais-tu m’expliquer votre idée ? Car je ne suis pas fort sur les allégories. – Hélas, ces quatre bonhommes, ces quatre grotesques comme tu les appelle, ce sont les quatre Césars, qui ont sauvé le monde. C’est Jules César, Charlemagne, son oncle [Napoléon Ier], et puis lui. – Votre idée me paraît mal digérée, dit le peintre, et si tu crois que ces quatre gaillard-là ont sauvé le monde, tu es aussi fort que l’Empereur sur l’histoire et la philosophie. Et moi, je crois qu’ils l’ont détruit. Vous voulez donc tourner la France en bourrique ? J’espère bien que vous n’allez pas mettre cette saloperie-là sur la place de la Concorde ? – je te demande pardon, il y tient. – On va rire, répond le peintre. Et l’Obélisque, qu’en ferez-vous ? – Nous la mettrons dans la cour du Louvre. – C’est cela ! Vous allez encore étouffer cette cour avec un morceau de pierre, comme on a étouffé la place Vendôme avec cet autre monument de sauvage. J’en ai assez, allons déjeuner. »
VII
L’actualité de Courbet, c’est aussi cela : Marine Carteron fait paraître le roman pour ados Les effacées (Rouergue, 2025). Courbet, qui fut l’inventeur du verbe déboulonner, se fait ici à son tour, sinon canceller, du moins remettre à sa place dans un contexte post#metoo.
Une fois passé outre les conventions et ficelles ordinaires du roman jeunesse (la jeune héroïne, lycéenne noire stigmatisée, en galère et en voyage scolaire, se bat les steaks de l’histoire de l’art lorsque débute le roman mais s’y intéresse par accident surnaturel, et elle offrira en miroir sa propre empathie à celle de la lectrice), l’écriture est enlevée, le point de vue inédit. Le personnage clef est Virginie Binet, qui fut la compagne de Gustave Courbet durant les années d’apprentissage du peintre à Paris, et la mère d’Émile, le fils qu’il ne reconnaîtra pas mais qui figure, petit bonhomme curieux, au centre de l’Atelier du peintre et a droite des Cribleuses de blé.
Virginie est morte vers 1865, Émile en 1872 à 24 ans, ses propres enfants meurent en bas âge, enfin Courbet en 1877, sans descendance…
Virginie a déjà fait l’objet d’un roman, pour adultes celui-là : Le modèle oublié (Pierre Perrin, Robert-Laffont, 2019). Ici, elle prend la parole depuis un tableau du Musée d’Orsay, L’homme blessé, puisqu’elle avait figuré sur la première version de celui-ci, intitulée La sieste champêtre, avant d’être effacée par le peintre vexé lorsque Virginie l’a quitté. Le peintre, par chagrin d’amour, orgueil ou égocentrisme, s’est concentré sur un autoportrait à l’agonie.
L’effacement de la femme sur le tableau retouché permet au roman d’aborder le thème de très contemporain de l’invisibilisation (des femmes, notamment celles ayant vécu à l’ombre des Granzommes, mais aussi des Noirs, des pauvres… des femmes noires pauvres), et c’est de bonne guerre.
Pourtant, Courbet qui passe ici pour le méchant misogyne abuseur lâche, assimilé pour les besoins de l’intrigue à un harceleur de lycée, avait peint Virginie maintes fois sans la cacher (c’est elle que l’on voit dans Les Amants dans la campagne, cf. ci-dessus), et s’était battu dans son oeuvre « réaliste » pour montrer les femmes telles qu’elles étaient – les ouvrières, les paysannes, les demoiselles de village, etc… Les nuances seront pour une autre fois, si jamais ce roman permet d’ouvrir le débat. En revanche si le débat n’est pas ouvert, il est dommage que de jeunes lecteurs n’ayant jamais entendu parler de Courbet retiennent seulement que c’était un salaud, son cas réglé, patriarcat à lui tout seul.
VIII
Le lundi 19 juin 2019, le président de la République Emmanuel Macron est descendu de son hélicoptère à Ornans (Doubs), ville natale de Gustave Courbet, pour y prononcer un discours remarqué sur les bienfaits de la culture en général, et du Pass Culture, dispositif gouvernemental alors flambant neuf, en particulier.
Ce faisant, le président a rendu un vibrant hommage « aux terres du Doubs » et à leur « goût pour la liberté et l’utopie ». Il a en outre salué la mémoire de l’illustre enfant du pays dont on fêtait justement le bicentenaire : « Gaston Courbet ». Les images sont visibles ici.
Le lapsus présidentiel n’est pas qu’un épisode lamentable et burlesque. Il est le puissant révélateur d’une supercherie, il est la craquelure dans le vernis, il est la divulgation au grand jour des limites de la langue de bois ou des éléments de langage (qui pourrait croire sincèrement à un éloge macroniste du « goût pour l’utopie » ?), il est le rappel d’une profonde impossibilité, elle aussi bicentenaire, d’une incompatibilité entre l’irréductible et irrécupérable Courbet et toute velléité d’hommage découlant du pouvoir officiel.
Nul arrangement possible. D’un côté du ring, Courbet qui refusa la légion d’honneur, qui récusait à l’État la moindre autorité artistique (« L’État est incompétent en matière d’art. Son intervention est toute démoralisante, funeste à l’artiste, qu’elle abuse sur sa propre valeur, funeste à l’art, qu’elle enferme dans des convenances officielles et qu’elle condamne à la plus stérile médiocrité. La sagesse pour l’État est de s’abstenir. Le jour où il nous aura laissés libres, il aura rempli vis-à-vis de nous tous ses devoirs »), eût sans doute conchié le président ; de l’autre côté, Emmanuel Macron n’est autre que le dernier rejeton en date d’une république bourgeoise, marchande, banquière, militaire, verticale, brutale et fatalement plus oligarchique ou ploutocratique que réellement démocratique, cette république par défaut de 1871 née en écrabouillant à la fois la Commune et Gustave Courbet, incarnée à sa naissance par Thiers et Mac Mahon (deux ennemis personnels de Courbet) puis sans cesse réincarnée, d’avatar en avatar, jusqu’à l’actuel locataire de l’Elysée.
Pour ne plus jamais se tromper sur le prénom de Courbet ni, espérons-le, sur les enfumages politiques, ne manquez pas les prochaines représentations du spectacle « Gustave Courbet : je fais comme la lumière » par le trio Christine Antoine/Bernard Commandeur/Fabrice Vigne.
* le samedi 25 avril, 18h, à Corps d’Uriage (chez l’habitant, coordonnées sur demande) ;
* le samedi 30 mai 16h, à la Ferme Courbet de Flagey près d’Ornans (oui, nous marcherons intrépides sur les traces de comment-il-s’appelle-déjà, Ernest Macron) ;
* samedi 19 septembre (Journées du Patrimoine) au château de Valbonnais (Matheysine).
Figure A : le regard plein d’orgueil de Courbet, au Musée Courbet d’Ornans
Figure B : n’hésitons pas à soutenir le regard plein d’orgueil de Courbet, au Petit Palais (Paris)
Figure C : un timbre de 2019 qui semble nous dire Vazy lèche-moi le cul
Ci-dessus : trois icônes de l’angoisse affichées à la une.
– En 1972, pour la réédition en collection Folio de son roman Éducation européenne, Romain Gary demande à Chagall l’autorisation d’en orner la couverture de son tableau Guerre (1943, Musée National d’art moderne). – En 2025, Gérald Bronner utilise pour son dernier ouvrage À l’assaut du réel, consacré à la post-réalité, le terrible Saturne dévorant son enfant de Goya (1819, musée du Prado). – Quelque part entre les deux, en 2001, André Markowicz retraduit L’idiot de Dostoïevski et choisit pour les couvertures des deux tomes (livres 1 & 2 / livres 3 & 4) les deux moitiés du visage du Désespéré de Courbet (1843, coll. particulière).
Pendant ce temps, nos trois spectacles, Goya : démons et merveilles, Chagall : l’ange à la fenêtre et Courbet : je fais comme la lumière courent les routes. Les trois tableaux iconiques cités ci-dessus en font bel et bien partie et désormais, à chaque fois que je les croise, ils me font de l’oeil. Cette trilogie scénique a été conçue avec mes camarades Christine Antoine (violon) et Bernard Commandeur (piano et arrangements) pour évoquer la vie, l’oeuvre, et l’époque d’un peintre, y compris les bouleversements politiques que chacun a traversés : le renversement de la royauté et les guerres napoléoniennes pour le premier, la révolution russe et la Seconde guerre mondiale pour le deuxième, la Commune de Paris pour le troisième… Chacun des trois a pris son époque en pleine figure et c’est peu de le dire. Le principe du spectacle est d’entrelacer un récit écrit et dit par ma pomme aux projections d’oeuvres de l’artiste, et aux interprétations des musiques de son temps, de son pays, ou bien, tout simplement, de ses goûts. Aussi bien, les trois titres pourraient être : Goya : musique espagnole et latino-américaine ; Chagall : musique klezmer, russe, française, et l’opéra ; Courbet : musique romantique et chants de la Commune.
Nous apprécions de jouer ces spectacles dans de « vraies » salles équipées, avec scène, écran, fauteuils… mais nous adorons aussi les présenter chez les particuliers, dans l’intimité de leur salon, à un mètre des genoux du premier spectateur. Si cette offre-ci vous intéresse et que vous avez un grand salon, contactez-nous ! Les coordonnées de Christine : 06 30 20 59 43 / antoine.christine@gmail.com.
Prochaines dates : * Le Goya : vendredi 3 octobre 2025, 20h, à Bourg de Péage (26), salle François-Mitterrand. * Le Courbet : samedi 10 janvier 2026, 19h, chez l’habitant à Saint-Martin d’Uriage (38), demandez-moi les coordonnées.
Voici pour mémoire d’où sort cet improbable tube : La fine équipe des fées-marraines penchées sur le berceau des chansons (Fabrice Vigne, aide à l’écriture/Marie Mazille, écriture, composition et chant/Patrick Reboud, arrangements, accompagnement, sonorisation) accepte à l’occasion quelques commandes publiques et mercenaires. Ainsi, nous avons accompagné fin 2024 un atelier de création chansonnante et trébuchante sur le thème du réemploi-recyclage-réparation-économie circulaire, pour le compte de la Métro, communauté de communes de Grenoble. Même si en pareil cas un délicat équilibre est à rechercher entre création artistique et com institutionnelle, j’affirme haut et fort qu’il n’est pas déshonorant d’accepter une commande lorsqu’elle n’interfère pas avec nos propres valeurs (c’est vachement bien et vertueux, l’économie circulaire ! En contre-exemple je n’eusse pas accepté de mener un atelier de création, disons, à la gloire d’une loi « visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » dite loi Duplomb). Environ quinze personnes ont participé à l’atelier d’écriture, que j’ai choisi d’orienter vers l’omniprésent préfixe re-, histoire de voir où il nous mènerait. Il nous a menés là où j’espérais : vers du sens très propre et du sens très figuré, intriqués et indissociables (car sont toujours à réparer nos amours, nos idées et nos gadgets), vers des slogans politiquement corrects aussi bien que vers des confidences infiniment plus personnelles et des envolées poétiques surprenantes.
Refrain Je reviens au re-re-re, je reviens au refrain Rengaine ritournelle je reviens, je reviens Seconde chance, seconde main Je re, je re-re, le monde est re-re ! Je reviens au re-re-re, je reviens au refrain Je recycle et je réemploie, je reviens, je reviens Seconde chance, ensemble enfin Je re, je re-re, le monde est heureux !
La chanson a été soigneusement ré-(sic)écrite par moi en respectant autant que possible les contributions de chacun, composée et chantée par Marie Mazille, enfin arrangée et enregistrée (avec plein de « re-re » comme il se doit) par Patrick Reboud, et a été créée sur scène par la plupart des participants initiaux venus chanter en choeur à l’occasion d’un « événement institutionnel » théoriquement ouvert au public mais où l’élue tutélaire était à peu près l’unique spectatrice extérieure, ce qui ne l’a pas dissuadée de faire un petit discours. Bref, cette chanson n’a quasiment jamais été entendue, et c’est dommage, elle est rudement bien troussée. Donc merci Soundcloud.
Image ci-dessus : fresque collective conçue puis inaugurée au même moment et au même endroit et dans le même esprit (work-in-progress participatif et écoresponsable, avec des matériaux de récup) que la Chanson du Rere. Atelier artistique animé par Nisrine Bahi, Pôle R, Grenoble.
Malgré tous les ennuis de notre monde, je n’ai jamais abandonné dans mon cœur l’amour dans lequel j’étais élevé ou l’espoir de l’homme dans l’amour. Dans la vie, comme sur la palette de l’artiste, il n’y a qu’une seule couleur qui donne un sens à la vie et à l’art : la couleur de l’amour.
Marc Chagall
Trilogie Un peintre en musique(s) – 2 (création 2023)
La biographie de Marc Chagall (1887-1985) est un voyage. Né au sein d’une famille juive dans un shtetl de Biélorussie, il fait ses études à Saint-Pétersbourg et dès 1910 rejoint Paris, alors capitale mondiale des arts. Il retourne en Russie pour participer à la Révolution et sera même promu « commissaire aux beaux-arts » de la jeune URSS, avant de fuir définitivement son pays natal pour Berlin, les USA, le Brésil… La dernière partie de sa vie s’ancre en France, qui reste son pays de cœur.
Nous évoquerons ses pérégrinations, son art et son époque, en mêlant le récit biographique, les images projetées… et bien entendu la musique, si présente dans son œuvre, avec un répertoire dominé par la musique russe mais s’autorisant, comme lui-même, des détours par le klezmer, la musique française du début du XXe siècle, et même l’opéra : l’une des dernières grandes œuvres de Chagall n’est-elle pas la fresque au plafond de l’opéra Garnier à Paris ?
Christine Antoine : violon Bernard Commandeur : arrangements et piano Fabrice Vigne : texte et voix
Durée approximative : 1h20
– Biographie des artistes –
Christine Antoine, violon Christine Antoine a fait ses études au CNR de Grenoble, dans un cursus complet couronné de plusieurs prix, dont celui de violon dans la classe de C. Munch. Elle se perfectionne à Paris auprès de Jean Lenert pendant 5 ans, puis entre à l’orchestre des Pays de Savoie. Après deux années avec de grands chefs, comme Patrice Fontanarosa, Tibor Varga ou Reinhart Goebel, elle se passionne pour la musique ancienne et entre au Conservatoire de Genève. Là, elle se confronte à la technique du violon baroque avec Chiara Banchini, Odile Édouard, Gabriel Garrido, Enrico Gatti, les frères Hantaî, Jaap Schrôder. Après son Diplôme mention très bien de musique ancienne, c’est tout naturellement qu’elle collabore avec divers ensembles baroques comme Ad Fontès (Allemagne), Swiss Consort (Genève) Anachronismes (Valence), l’Hôtel-Dieu (Lyon), Acorte Musicale (Lausanne). On peut l’entendre au Festival d’Ambronay, Royaumont, Sylvanès, Mont-Blanc, Jean de la Fontaine, souvent en duo avec la claveciniste Irène Assayag. Elle fonde en 2007 l’ensemble « Le Jardin Musical » qui promeut la musique ancienne et la musique contemporaine. Titulaire du C.A de violon, elle est actuellement professeur au Conservatoire d’Eybens et dirige l’orchestre symphonique « OSE ! » ainsi que le chœur « Vox Clamans ».
Bernard Commandeur, arrangements et piano Bernard Commandeur a eu un parcours musical diversifié: comme pianiste il a été l’élève d’Aldo Ciccolini au Conservatoire supérieur de Musique de Paris; comme chef d’orchestre il a travaillé avec Pierre Dervaux à l’Ecole Normale de Musique de Paris. Il est licencié en Philosophie de la faculté de Nanterre. Intéressé par toutes les formes de pratique musicale, il a composé des œuvres de styles contrastés: des mélodies pour voix et piano sur des poèmes de Prévert et Lorca ; Rap pour voix d’ados , cordes et saxophones ; des gingles pour diverses formations ; TANGONORA , pièce chorégraphique pour 6 instruments. APPELLATION CONTRÔLEE est sa 1ère musique de film publicitaire pour les « Côtes du Ventoux » qui a fait l’objet d’un prix. Il a écrit de nombreux arrangements pour différents spectacles. Il a été professeur de piano, puis directeur des Conservatoires de La Rochelle, Grenoble et Valence.
Fabrice Vigne, texte et voix Fabrice Vigne est écrivain. Son premier roman, intitulé TS, paraît en 2003 aux éditions l’Ampoule. Une vingtaine de titres suivront, les plus remarqués en édition jeunesse (Les Giètes, éditions Thierry-Magnier, prix du livre Rhône-Alpes 2008). En 2008 il dilapide ses revenus littéraires dans une structure d’auto-édition, Le Fond du Tiroir, où il invente librement et confidentiellement des livres avec divers artistes. Dernier titre paru : La théorie de la compote, éditions l’Atelier du Poisson Soluble, 2023. L’écriture lui est indispensable mais, exercice solitaire et de longue haleine, elle ne lui suffit pas. Aussi, il s’adonne aux arts de la scène, plus immédiats et plus collectifs : il est comédien, conteur, musicien, et conçoit divers spectacles soit à partir de ses propres textes, soit à partir d’autres. Il est en outre président d’un label de musique (MusTraDem). Parmi ses fertiles collaborations avec des musiciens, il co-anime régulièrement des ateliers d’écriture de chansons avec l’autrice-compositrice-interprète Marie Mazille. Dans le civil, il est également, parfois, bibliothécaire.
Programme de salle, verso (clic droit pour agrandir) :
Programme de salle, recto (clic droit pour agrandir) :
Ensuite [après Goya], commence la peinture moderne.
André Malraux, Saturne, le destin, l’art et Goya
Trilogie Un peintre en musique(s) – 1 (création 2022)
Espagne, crépuscule du XVIIIe siècle. L’époque regorge de splendeurs et d’horreurs. De fastes et de guerres. D’or et de sang. D’illusions et de désillusions. De rêves autant que de cauchemars. Un homme, familier de la cour puis paria, a tout vu de son temps, tout absorbé et tout sublimé dans sa peinture. Il s’appelle Francisco de Goya. Ses tableaux, qu’ils soient nés d’une commande au grand jour ou bien d’une recherche secrète et cachée, mais également ses gravures, les Caprices et les Désastres de la guerre, sont autant de témoignages sur une époque tourmentée, mais aussi sur un inconscient collectif qui est encore le nôtre :
« Le sommeil de la raison engendre des monstres… »
Au fil de ce spectacle, la vie, l’œuvre et l’époque de Goya (1746-1828) sont évoquées à la fois par le récit, par les images, et par la musique, sur une partition espagnole et latino-américaine.
Christine Antoine : violon Bernard Commandeur : arrangements et piano Fabrice Vigne : texte et voix
Durée approximative : 1h20
– Coupure de presse, journal Les Affiches, 2023 –
– Biographie des artistes –
Christine Antoine, violon Christine Antoine a fait ses études au CNR de Grenoble, dans un cursus complet couronné de plusieurs prix, dont celui de violon dans la classe de C. Munch. Elle se perfectionne à Paris auprès de Jean Lenert pendant 5 ans, puis entre à l’orchestre des Pays de Savoie. Après deux années avec de grands chefs, comme Patrice Fontanarosa, Tibor Varga ou Reinhart Goebel, elle se passionne pour la musique ancienne et entre au Conservatoire de Genève. Là, elle se confronte à la technique du violon baroque avec Chiara Banchini, Odile Édouard, Gabriel Garrido, Enrico Gatti, les frères Hantaî, Jaap Schrôder. Après son Diplôme mention très bien de musique ancienne, c’est tout naturellement qu’elle collabore avec divers ensembles baroques comme Ad Fontès (Allemagne), Swiss Consort (Genève) Anachronismes (Valence), l’Hôtel-Dieu (Lyon), Acorte Musicale (Lausanne). On peut l’entendre au Festival d’Ambronay, Royaumont, Sylvanès, Mont-Blanc, Jean de la Fontaine, souvent en duo avec la claveciniste Irène Assayag. Elle fonde en 2007 l’ensemble « Le Jardin Musical » qui promeut la musique ancienne et la musique contemporaine. Titulaire du C.A de violon, elle est actuellement professeur au Conservatoire d’Eybens et dirige l’orchestre symphonique « OSE ! » ainsi que le chœur « Vox Clamans ».
Bernard Commandeur, arrangements et piano Bernard Commandeur a eu un parcours musical diversifié: comme pianiste il a été l’élève d’Aldo Ciccolini au Conservatoire supérieur de Musique de Paris; comme chef d’orchestre il a travaillé avec Pierre Dervaux à l’Ecole Normale de Musique de Paris. Il est licencié en Philosophie de la faculté de Nanterre. Intéressé par toutes les formes de pratique musicale, il a composé des œuvres de styles contrastés: des mélodies pour voix et piano sur des poèmes de Prévert et Lorca ; Rap pour voix d’ados , cordes et saxophones ; des gingles pour diverses formations ; TANGONORA , pièce chorégraphique pour 6 instruments. APPELLATION CONTRÔLEE est sa 1ère musique de film publicitaire pour les « Côtes du Ventoux » qui a fait l’objet d’un prix. Il a écrit de nombreux arrangements pour différents spectacles. Il a été professeur de piano, puis directeur des Conservatoires de La Rochelle, Grenoble et Valence.
Fabrice Vigne, texte et voix Fabrice Vigne est écrivain. Son premier roman, intitulé TS, paraît en 2003 aux éditions l’Ampoule. Une vingtaine de titres suivront, les plus remarqués en édition jeunesse (Les Giètes, éditions Thierry-Magnier, prix du livre Rhône-Alpes 2008). En 2008 il dilapide ses revenus littéraires dans une structure d’auto-édition, Le Fond du Tiroir, où il invente librement et confidentiellement des livres avec divers artistes. Dernier titre paru : La théorie de la compote, éditions l’Atelier du Poisson Soluble, 2023. L’écriture lui est indispensable mais, exercice solitaire et de longue haleine, elle ne lui suffit pas. Aussi, il s’adonne aux arts de la scène, plus immédiats et plus collectifs : il est comédien, conteur, musicien, et conçoit divers spectacles soit à partir de ses propres textes, soit à partir d’autres. Il est en outre président d’un label de musique (MusTraDem). Parmi ses fertiles collaborations avec des musiciens, il co-anime régulièrement des ateliers d’écriture de chansons avec l’autrice-compositrice-interprète Marie Mazille. Dans le civil, il est également, parfois, bibliothécaire.
Programme de salle, verso (clic droit pour agrandir) :
Programme de salle, recto (clic droit pour agrandir) :
Toute l’histoire de l’art depuis cent ans peut être étudiée du point de vue du schisme qui s’y établit entre fidèles de Courbet et ennemis de Courbet. (…) La bataille pour Courbet, la bataille pour le réalisme, fait éclater cette vérité, qu’il n’y a pas deux choses distinctes, l’histoire et l’histoire de l’art, qu’il n’y a que l’histoire. Louis Aragon, L’exemple de Courbet
Le fou de peur, vers 1844, musée national d’Oslo (bouche en cul de poule, figure A)
« Gustave Courbet : Je fais comme la lumière » (note d’intention du spectacle)
Gustave Courbet, géant de la peinture aux yeux (encore) plus grands que le ventre, a toujours été en décalage, plus moderne que son époque ou, peut-être, que la nôtre. Jamais consensuel, on l’a dit scandaleux, humaniste, vulgaire, socialiste, orgueilleux, violent, prétentieux, outrancier, radical, provocateur, obscène, libre… Il était surtout pétri de contradictions : paysan de Paris, féministe misogyne, matérialiste athée saisis d’élans mystiques, égocentrique obsédé du bien commun, âpre au gain et infiniment généreux, solitaire en perpétuelle quête de reconnaissance, ne jurant que par la révolution de l’art mais s’engageant dans la Commune de Paris, persuadé que l’art ne s’enseigne pas mais ouvrant un atelier pédagogique, profondément français mais plaidant pour la création des États-Unis d’Europe en pleine guerre franco-allemande, né trop tard pour le romantisme et mort trop tôt pour l’impressionnisme… Une seule chose réconcilie ces paradoxes : Courbet ne fut peut-être rien d’autre que peintre, passionné.
“Je n’ai jamais eu d’autres maîtres que la Nature, et mon sentiment.”
Notre spectacle, entrelaçant les toiles de Courbet, le récit de sa vie et les musiques de son temps, entre mélodies romantiques et chansons de la Commune, vient conclure une trilogie d’art, de musique et de politique débutée avec « Goya : démons et merveilles“ et poursuivie avec ”Chagall : l’ange à la fenêtre ». Christine Antoine : violon Bernard Commandeur : arrangements et piano Fabrice Vigne : texte et voix. »
Sans atteindre les sommets de morgue et de fatuité de Courbet lui-même, homme le plus fier et le plus orgueilleux de France, j’avoue éprouver un enthousiasme délirant pour ce spectacle, volet le plus long, le plus politisé, et le plus personnel (personne ne s’en rendra compte, mais j’y ai copié-collé une page entière du blog du Fond du tiroir, consacrée à la Commune, et j’y récite Le Temps des cerises comme dans Les Giètes) de notre trilogie.
Représentations : * Vendredi 27 juin, 19h, au château de Seyssins * Samedi 28 juin, 11h, chez Mme Evelyne Reinhart, Claix (coordonnées par MP) * Dimanche 21 septembre, deux séances : 16h & 18h (dans le cadre des journées du patrimoine), en l’église Notre-Dame des Vignes, Sassenage … d’autres à venir.
Addendum juillet 2025
De gauche à droite : moi ; L’homme à la pipe (autoportrait de Courbet, 1849, Musée Fabre, Montpellier) ; Christine (bon anniversaire) ; Bernard (invisible, caché derrière son piano)
Le spectacle a beau être enfin créé et avoir trouvé sa forme définitive (ah ah ah ah !) je ne puis m’arrêter de bûcher, je continue d’engranger compulsivement les informations sur l’affreux réaliste et communard. Je dévore l’essai de Louis Aragon, L’exemple de Courbet (1952), excellent, malgré l’obsolescence de sa vaine et stalinienne tentative de valider une filiation problématique entre le réalisme de Courbet et le réalisme soviétique qui n’était absolument pas réaliste, mais idéaliste et idéologique, tout ce que Courbet détestait. Je prélève et approuve l’épigraphe placée en entête du présent article. Et aussi, je complète ma collection d’injures endurées par Courbet. Cette somme d’indignités est fascinante, y compris en tant que moteur d’un destin. Courbet s’en est longtemps régalé, avant d’en être détruit. Depuis L.-F. Céline, je ne m’étais pas passionné pour un artiste à ce point couvert de crachats, de pissats, de diarrhée. Aragon cite ce bijou d’anthologie écrit par Alexandre Dumas fils, le jour même (quelle classe) où Courbet est déchu, à terre, emprisonné :
De quel accouplement fabuleux d’une limace et d’un paon (…) peut avoir été générée cette chose qu’on appelle Monsieur Courbet ? De quelle mixture de vin, de bière, de mucus corrosif et d’œdème flatulent a pu pousser cette courge sonore et poilue, ce ventre esthétique, incarnation du Moi imbécile et impuissant ?
Aragon commente :
Quel principe pouvait être celui de ce genre d’écrivain, sinon la haine basse, la bassesse dans l’injure ? Il y a aura longtemps qu’on ne lira plus La Dame aux camélias, que ces phrases resteront dans la mémoire des hommes à titre d’exemple de la critique bourgeoise, pour montrer jusqu’où peut descendre le porte-monnaie enragé.
Prochaine représentation : 21 septembre, 16h puis 18h en l’église Notre-Dame des Vignes, Sassenage (dans le cadre des Journées du patrimoine).
Pendant ce temps (1), rincez-vous bien l’oeil avec le tableau ci-dessous, La femme aux bas blancs (1864, Coll. de la Fondation Barnes, Philadelphie) qui NE FAIT PAS partie du spectacle puisque je ne saurais citer ni toutes les audaces, ni toutes les insultes. Pendant ce temps (2), le précédent spectacle du trio formé par Christine Antoine, Bernard Commandeur et moi, Chagall : l’ange à la fenêtre, court toujours. Trois dates à l’automne : samedi 20 septembre 11h au château de Valbonnais (38) ; dimanche 21 septembre 11h à Venon (38) ; vendredi 3 octobre 20h, à Bourg de Péage (26), salle François-Mitterrand.
La femme aux bas blancs, Fondation Barnes de Philadelphie (bouche en cul de poule, figure B)
Éditeur et blogueur depuis avril 2008.
Treize livres au catalogue. Deux épuisés, onze en vente. Tous remarquables, achetez-les en lot.
Près de 800 articles à lire gratuitement en ligne. Pas tous indispensables, choisissez soigneusement.
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