De toute façon

18/09/2026 Aucun commentaire

« Il se produit dans le monde des choses extraordinaires, disait-il à Ursula. Pas plus loin que l’autre côté de la rivière on trouve toutes sortes d’appareils magiques tandis que nous autres continuons à vivre comme des ânes. »
(Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude, et José n’a encore rien vu, rien du tout, nous ne sommes qu’à la page 16, il en reste plus de 400…)

Le temps passe, de toute façon.

Je ne peux témoigner que de mon quotidien, c’est-à-dire de mes lectures de ce matin.

Primo, j’ai lu un article détaillé, documenté, accablant sur la folie spatiale et mégalomane d’Elon Musk qui bouche le ciel de ses satellites, sa « constellation », 15 000 satellites de merde au-dessus de nos têtes (il y en avait 600 il y a 20 ans ! Il y en aura 1,2 million dans 20 ans !), qui empêcheront bientôt de voir le ciel, tas de ferraille nous privant d’un patrimoine commun scientifique et poétique, et qui littéralement flinguent la couche d’ozone et l’atmosphère de polluants lorsqu’ils meurent et retombent en torche sur la terre (300 000 fois plus polluant que le CO2 émis sur le plancher des vaches).
Je lis ça et je suis épouvanté, amer, désespéré de croire que mon compost et mon tri sélectif de déchets vont faire la moindre différence.

Je me sens comment ? Je me sens dévitalisé.

Le temps passe de toute façon.

Secundo, fermant les écoutilles j’ai passé une heure plongé dans le roman que je lis en ce moment, Cent ans de solitude.
Bon dieu quel foisonnement, quelle énergie, quelle vie, quelles beautés et quelles horreurs !
Quelle opulence unique offre donc la lecture romanesque au long cours (comparable à rien d’autre sauf bien sûr à l’écriture) et je sais que j’en ai pour des semaines ou des mois, je me coupe du monde pour en visiter un plus intéressant et paradoxalement plus vrai, je lis et je suis requinqué.

Le temps passe de toute façon. Mais dans le livre il passe foisonnant, luxuriant, grisant, généreux comme un millier d’histoires mises bout à bout et qui n’en feraient qu’une, parce qu’elles feraient l’Histoire. La seule. La nôtre. Nous nous y perdons et quoi de plus normal.
« Cent ans » ? Voilà un centenaire s’écoulant jour après jour, heure par heure dans le sablier, chaque grain de sable plus chatoyant que le précédent ; « Solitude » ? Voici une solitude prodigieusement peuplée, et d’autant plus profonde, d’autant plus démultipliée par la foule.

Je me sens comment ? Je me sens revitalisé.

Le temps passe de toute façon.

De tous les livres que j’ai écrits, Reconnaissances de dettes est apparemment le plus important, j’en fais le constat a posteriori puisque c’est celui auquel je repense le plus souvent, le plus longtemps, en maintes occasions je le vérifie, pour ainsi dire, comme un pense-bête. Je me retiens de le retoucher, je ne le retouche pas car alors il faudrait le reprendre à zéro, mais il est là.

J’ai déployé là une recherche à la fois méthodique et désordonnée, une sorte de cartographie expérimentale de moi-même, pour comprendre ce que j’étais, ce que je suis, ce que je deviens, ce que je serai peut-être. L’ouvrant aujourd’hui, j’y explore à la fois les ombres de mon passé et certaines lumières de mon avenir. Dans ce livre figure une page (II, 49), écrite il y a près de 30 ans, où je raconte certaines circonstances qui m’engagent solennellement, un jour où l’autre, à lire Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, eh bien voilà, j’y suis, enfin.

La guerre des étoiles est finie

17/09/2026 Aucun commentaire

J’ai lu avec beaucoup de curiosité et un peu de nostalgie les tomes 1 et 2 (une suite est prévue) de Les Guerres de Lucas, scénario Laurent Hopman et dessins Renaud Roche.

Star Wars est une mythologie quasiment au sens où l’entendait Roland Barthes : une représentation partagée par le plus grand nombre. Il est fort intéressant de découvrir dans ces deux livres le récit de la fabrication, au fond très artisanale, de cette mythologie à l’usage de la masse démocratique mondialisée. Cette genèse devient une légende à son tour.
Génèse chaotique bien sûr, et « héroïque » ainsi que le sont tous les biopics, l’intrépide héros, George Lucas, ramant seul contre tous ceux qui lui disent ça marchera jamais, ton affaire, c’est complètement con.

Anecdote fameuse, on sait que Lucas écrivait des dialogues pompeux et neuneus, au point que Harrison Ford, dans le rôle de Han Solo, réécrivait et improvisait ses propres phrases, au prétexte que « On peut peut-être écrire ces conneries, George, mais pas les dire à voix haute » (tome 1).

Dans ce registre, j’aimerais rétablir un fait historique, qui n’est mentionné ni dans ce livre ni ailleurs. Durant le tournage de L’empire contre-attaque (1980) raconté par le détail dans le tome 2, au moment où Solo, trahi, se fait cryogéniser et peut-être même exécuter, la princesse Leïa, d’en bas, éplorée, impuissante, lui dit « Je t’aime » et il était censé, selon le script, répondre « Moi aussi » . Depuis 36 ans on salue la trouvaille formidable d’Harrison Ford qui, estimant à juste titre cette réponse banale, a répondu en lieu et place, ajoutant à la morgue, au panache et au machisme de son personnage : « Je sais » , avant d’être englouti par son destin.

Sauf que pardon, un précédent existe ! Dans La guerre est finie (Alain Resnais, 1966, quatorze ans plus tôt), le dialogue est rigoureusement identique.
Yves Montand, debout dans l’encadrement de la porte, missionné pour porter une valise pleine de plastic, vit dangereusement et sait qu’il est surveillé, peut-être définitivement grillé. Ingrid Thullin, assise, éplorée, impuissante, lui dit « Je t’aime » . Montand, plein de morgue, de panache et de machisme, lui répond « Je sais » et file vers son destin. Vous pouvez vérifier, ça se passe 1h35 après le début du film.
Mais il y a davantage ! La guerre est finie qui est, lui aussi, un récit de la lutte de rebelles face à une dictature, espagnole celle-ci, emprunte son titre à une phrase que le général Franco a prononcée le 1er mars 1939, signifiant que la guerre civile espagnole avait pris fin et qu’il en était le vainqueur.
Or George Lucas place cette même phrase dans la bouche du sénateur Palpatine au moment où il prend le pouvoir et devient empereur galactique, à la fin de Star Wars, Épisode III : La Revanche des Sith (2005).

Pour Resnais et Montand, ainsi que pour les concepteurs de la mythologie Star Wars qui, même s’ils bossent dans l’industrie, ne sont pas forcément débiles, cette phrase était à comprendre à rebours. La guerre n’est jamais finie.

Carte postale envoyée par une pantoufle

30/08/2026 Aucun commentaire
Cénotaphe du Duc de Lesdiguières, Jacob Richier, début XVIIe s., Musée-Muséum départemental des Hautes-Alpes / Femme nue couchée de Gustave Courbet, 1862

Août 26 s’achève. Bien fait pour lui. Pas sûr qu’on le regrette, ce salaud, tant il a tout cramé et empoisonné l’atmosphère. Canicule et incendies, qui vont devenir la norme, ainsi que quelques autres facteurs convergents de crise partout-partout (économique, sociale, politique, diplomatique, culturelle, sanitaire…) ont progressivement et radicalement altéré le sens de mots qu’on croyait pérennes et consolants : août, été, vacances, loisirs… Peut-être même voyage. Peut-être même liberté.

En 1982, c’est au groupe Élégance que revenait de fredonner et faire fredonner le tube de l’été : Vacances j’oublie tout/ Plus rien à faire du Tout/ J’m’envoie en l’air ça c’est super/ Folie légère c’est fou. Paroles désinvoltes, impossibles aujourd’hui, scandaleuses ou simplement difficiles à comprendre. Adieu la légèreté et la récompense saisonnières, les insouciances bien méritées des congés payés, la légitime contrepartie de onze mois de turbin ! Mine de rien, encore un acquis du Front Populaire, ou du Programme du CNR baptisé optimistement Les Jours heureux, ou des Trente Glorieuses, qui s’effiloche. Vacances, j’oublie rien.

Cet août, on sue, on souffre, on déguste, on attend la rentrée et l’automne. Pour revitaliser un lieu commun : les temps sont durs. Que faire ?

Apprendre ! Et pour cela convoquer Yourcenar et Rabelais.

« Le meilleur pour les turbulences de ­l’esprit, c’est apprendre. C’est la seule chose qui n’échoue jamais. Vous pouvez vieillir et trembler, vous pouvez veiller la nuit en écoutant le désordre de vos veines, vous pouvez manquer votre seul amour et vous pouvez perdre votre argent à cause d’un monstre ; vous pouvez voir le monde qui vous entoure dévasté par des fous dangereux, ou savoir que votre honneur est piétiné dans les égouts des esprits les plus vils, il n’y a qu’une seule chose à faire dans de telles conditions : apprendre. » (Marguerite Yourcenar, Journal)

Pendant ce temps, quatre siècles plus tôt, le géant Pantagruel, que Rabelais décrit « amateur de pérégrinité et désirant toujours voir et toujours apprendre », encourage son précepteur Epistémon, qui hésite à entreprendre un voyage initiatique. Il lui assène cette forte question :

« Que nuit de toujours savoir, et toujours apprendre, fût-ce d’un pot, d’une guedoufle, d’une moufle, d’une pantoufle ? » (François Rabelais, Tiers Livre)

Car Rabelais était un humoriste scatophile, et c’est déjà bien, mais il était aussi un humaniste pionnier de l’encyclopédisme, et c’est presque mieux. Comme lui, je crois que cette leçon vaut en tout lieu et en tout temps, fût-il caniculaire ou apocalyptique : nous aurons toujours quelque chose à apprendre quelque part. Y compris et peut-être avant tout les uns des autres, nous qui sommes si pots, si guedoufles, si moufles, moi-même je me sens assez pantoufle. Quoique pas pantouflard.

C’est ainsi qu’en cet août maudit j’ai pris mon baluchon et je suis parti apprendre, oh, pas très loin de chez moi, dans le département voisin : les Hautes Alpes. Pas besoin de l’autre bout du monde pour voir merveille ou tirer enseignement.

Gap : voilà une ville que j’ai traversée trois millions de fois en lui jetant à peine un regard mais où je ne m’étais jamais arrêté. Or c’est très charmant, Gap. Je me suis pris de passion pour le petit Musée-Muséum départemental, pas seulement parce qu’il avait la clim, cabinet de curiosité fourre-tout où s’amassent tout ce qui a un jour mérité d’être conservé et regardé : animaux empaillés, dessins d’anatomie, squelette de cerf, peinture espagnole du XIXe siècle, poteries antiques et céramiques modernes, art contemporain et monolithe survivant d’un dolmen préhistorique…

Deux recoins m’ont particulièrement emballé.

1 – Un demi-étage complet est consacré aux objets du Queyras recueillis par des collectionneurs. Je songe que ce geste patrimonial de collectage est la contrepartie tangible de ce qu’a accompli le couple Alice & Charles Joisten dans le domaine de l’intangiblepour voir ce que mes camarades et moi-même avons fait de leur irremplaçable collectage de contes et chansons du Queyras, cliquer ici.

Face à une peinture commerciale reproduite ci-dessus signée Achille Mauzan (grand affichiste, notamment pour la réclame et le cinématographe), qui vante en 1937 Saint-Véran, station d’hiver et d’été, je vérifie que je suis bien seul dans la salle, coup d’oeil à droite, coup d’oeil à gauche, oui, ok, le musée est à peu près désert… et j’entonne, débordant de diphtongues, le chant qui fut en quelque sorte le générique de notre spectacle : « Meuhon Séhaint-Véréhin est un pays charméhint !« 

2 – Dans un angle du rez-de-chaussée de ce même musée se trouve le cénotaphe de François de Bonne, duc de Lesdiguières, pair et maréchal de France (1543-1626). Or, là d’où je viens, le duc est un héros patrimonial, une vedette odonymique : Grenoble compte une rue, une porte et une caserne de Bonne, ainsi qu’une rue, un stade, un lycée, un hôtel, un bar Lesdiguières… Son omniprésence mémorielle sur les panneaux rappelle qu’il fut un grand bâtisseur et peut-être même un grand seigneur. J’avoue avoir contribué à la légende dorée : je me souviens d’un atelier d’écriture de chansons mené il y a pile dix ans en compagnie de ma collègue Marie Mazille auprès d’un groupe de môme où nous avions composé un hymne au Grand Duc, sorte de bande-annonce de ses hauts faits, légendaires compris – il a joué un bon tour au Diable en personne.
Pourtant, sa dépouille est loin de la ville dont il fut le gouverneur. Il est mort à Valence, enterré à Saint-Pierre-de-Sassenage et, donc, je découvre que son tombeau se trouve ici, à Gap.

Sur le cénotaphe, une sculpture peu héroïque, plutôt triviale, le représente en armure, allongé et même alangui sur le côté, détendu, nonchalant et presque sensuel, une jambe pliée sur l’autre, la tête soutenue par sa main gauche. On le croirait sur sa serviette, à la plage. Comme je suis obsédé par autre chose, la posture du duc me fait bizarrement penser à une peinture de Gustave Courbet, la Femme nue couchée, 1862 – au fait, vous ai-je dit que la prochaine représentation du spectacle Courbet : je fais comme la lumière, aura lieu le samedi 19 septembre à 11h au château de Valbonnais, dans le cadre des Journées du Patrimoine ? Or ce château qui trônait au milieu de terres stratégiques conquises par le duc, mandement et seigneurie de Valbonnais, a été bâti en 1606 par le propre neveu de Lesdiguières, dingue, cette coïncidence, non ?

Mais je suis frappé par davantage, je découvre du maréchal autre chose qu’une effigie languissante. Si Lesdiguières est un héros indiscutable (au sens propre : n’essayez pas de discuter) de mon côté de la barre des Écrins, il ne fait l’objet d’aucun culte, ni vénération, ni respect, de l’autre côté. Changement d’aura, d’imaginaire.
Jouxtant Gap, le château de Tallard a été l’un des foyers ardents des guerres de religion, et Lesdiguières est bien sûr passé par là. Or il y est abondamment dénigré et ridiculisé, notamment par l’historien local Joseph Roman : une personnalité brillante mais pas un noble caractère, un sceptique ambitieux et un habile courtisan, vil opportuniste sans convictions qui changea de camp et de religion deux fois par pur calcul, et qui, loin du génie militaire qu’on nous fait miroiter dans les régions où l’idéologie fait de lui une star, a essuyé cuisantes défaites et mémorables déculottées. Sont racontées dans l’audioguide certaines d’entre elles, dont une fort amusante au cours de laquelle ses ennemis s’affublèrent de draps blancs pour faire croire à la superstitieuse armée du duc qu’elle était assaillie par des fantômes.

Héros ici, couillon là-bas.
Tout dépend comme on regarde.
Voilà qui donne à réfléchir.
Je me dis qu’on pourrait écrire la biographie de n’importe quel grand homme d’État pour en faire un loser. Ah ah ah ! Quel gros nul ce général De Gaulle, quel stratège pourri et quel militaire raté, de la raclée qu’il s’est prise lors de la campagne de Dakar en septembre 40 jusqu’à sa rouste électorale au référendum de 1969, il aura vraiment tout manqué !

Voilà, notamment, ce que j’aurai appris lors de ce mois d’août, qui n’aura donc pas été perdu.

Paracuellos de Jarama

25/08/2026 Aucun commentaire

Durant les années 80 ou 90, je lisais Fluide Glacial pour me marrer un bon coup, comme tout le monde, puisque c’est à cela que sert cet increvable magazine depuis sa création en 1975, ayant hébergé quelques génies de l’humour et de l’absurde, Gotlib, Franquin, Binet, Edika, Goossens, Sattouf, Larcenet, Blutch…
Sauf que chaque mois, pendant quelques pages, je cessais de rire et me mettais à chialer. Car une série mélodramatique jurait avec le reste du journal, comme un trou noir au milieu d’un arc-en-ciel, ou comme une horde de féroces guerriers dissimulée à l’intérieur d’un cheval en bois : Paracuellos, de Carlos Gimenez.

L’auteur, né en 1941, pionnier de l’autobiographie en bande dessinée, y racontait son enfance, de 6 à 14 ans, dans les foyers de l’Auxilio Social (l’Assistance sociale), fondés par la Phalange, au temps de l’Espagne franquiste.
Paracuellos est devenu l’oeuvre de la vie de Gimenez, qui l’a entamée peu après la mort de Franco en 1975 puis y est revenu à intervalles réguliers jusqu’en 2022.
Ce temps très long (45 ans consacrés à chroniquer 8 ans de vie !) a bien sûr vu évoluer la narration (les chapitres, initialement de deux pages, se sont déployés sur quatre, puis six, puis huit) ainsi que le style de dessin, la dureté, la noirceur et les hachures du début cédant peu à peu la place à un trait plus dépouillé, codifié et caricatural. Mais l’essentiel, lui, n’a pas changé : une extraordinaire fresque de l’enfance, de la cruauté, du totalitarisme, sans équivalent.
Une fois posé les pinceaux, en 2024 Gimenez a transformé Paracuellos en roman, adressant cet ultime avatar « à ceux qui ne lisent pas de BD », affirmant ainsi à quel point le récit lui importait encore plus que la forme.

Cet été, je me suis lancé dans la lecture de l’intégrale de la bande dessinée, près de 600 pages, à l’occasion de la parution du 3e et dernier tome, toujours aux éditions Fluide Glacial. Je voulais mettre à l’épreuve mes souvenirs d’il y a 40 ans : l’oeuvre dans sa continuité, plutôt que par fragments, tient-elle toujours ?
Un peu, qu’elle tient.
On ne verra pas vraiment d’évolution dans la chronique, puisque les souvenirs, soit directement vécus soit recueillis par Gimenez, ne respectent pas la chronologie – du reste le franquisme avait bloqué la société, aucun changement perceptible, aucun espoir, durant des décennies.

Ce que la somme révèle, ce sont les leitmotivs et rituels qui s’y font jour, les brutalités ordinaires surtout (brimades, sadismes, humiliations, injustices, arbitraire, privations et faim constante…), répétitives comme l’est le rythme de vie dans un environnement fermé (environnement global selon Michel Foucault). Et les personnages deviennent récurrents : le double de l’auteur, « Pablito » Gimenez, qui veut devenir dessinateur quand il sera grand, côtoie d’innombrables petits garçons ou adolescents que l’on identifie bientôt à leurs surnoms, à leurs caractères, à leurs habitudes, parfois à leurs histoires familiales, souvent à leurs violences et à leurs vices, qu’ils répercutent sur leurs camarades pour purger celles qu’ils subissent. Quant aux adultes, ils sont presque tous ignobles, rouages de l’autorité, de l’oppression paramilitaire et religieuse. Le directeur de l’institut, le redoutable père Rodriguez, est l’inventeur de la « double baffe » qui permet de sonner un garçonnet sur les deux joues simultanément afin qu’il reste debout pour recevoir la suite…

Gimenez ajoute une préface au premier tome de l’intégrale où il dit cette chose essentielle :

« Il ne faut surtout pas imaginer ces foyers de l’Assistance sociale comme des institutions perverses, corrompues ou marginales, au sein d’un État rationnel, humain et démocratique. Non, il faut savoir que ces institutions étaient tout à fait intégrées dans la normalité d’une Espagne qui lui ressemblait. L’Espagne franquiste. (…)
Si l’on demandait à ceux qui vivaient à l’époque comment étaient les casernes, les prisons, les asiles d’aliénés ou les internats, ils raconteront pratiquement les mêmes histoires, sinon pires. (…)
Nous savons aujourd’hui que dans les années 40 et 50 en Espagne, la norme était que dans les casernes les sergents battaient les recrues ; dans les collèges les professeurs maltraitaient les élèves ; dans les ateliers les officiers et les patrons tabassaient les apprentis ; les maris violentaient les épouses et les pères frappaient les enfants. »

Voici le fin fond du message utile, l’avertissement, documenté par Paracuellos : un état fasciste, violent par structure, autorise de façon fractale la violence des rapports humains, le passage à l’acte, les injustices, à l’intérieur de chacune de ses cellules.

Au fait, la série tire son titre de Paracuellos de Jarama, ville à 20 kms au nord-est de Madrid, qui abrita l’un de ces fameux foyers, mais qui est devenue célèbre pour autre chose : un événement sanglant de la guerre civile, le massacre systématique de milliers de personnes… non par les franquistes mais par le camp des républicains, dans le cadre de la Terreur rouge. Entre le 7 novembre et le 4 décembre 1936, plus de 2500 hommes, femmes et enfants tenus pour des ennemis de la République furent sortis de prison en vingt-trois convois sous prétexte de les transférer loin de la ligne de front et fusillés sommairement. Dans ce pays où Goya grava les Désastres de la guerre, témoignant des horreurs perpétrées par l’armée napoléonienne puis par les Espagnols eux-mêmes, on sait que le massacre et l’inhumanité n’appartiennent pas qu’à un seul camp.

Protéger un livre, au moins un livre

24/08/2026 Aucun commentaire

Cette nuit, j’étais assis du bout des fesses dans un fauteuil d’avion, fébrile, trépignant. J’avais froid, en pantacourt, t-shirt et sandales, et j’aurais bien aimé connaître la destination de l’avion. C’est que j’étais à un moment charnière, je refaisais ma vie, sans retour en arrière possible je redémarrais à zéro, et j’avais embarqué sans savoir vers où, pas d’autre choix que faire confiance.
Soudain, les vibrations du moteur deviennent assourdissantes, il faut évacuer ! C’est le vacarme et la ruée dans les travées de l’avion, je me demande si tous les hommes et les femmes qui voyagent avec moi sont dans la même situation, changement de vie à l’aveugle et anonyme, mais chacun est enfermé dans sa propre histoire, nous n’avons pas échangé un seul mot, c’est malin, à présent nous échangeons des cris. Nous nous bousculons vers la sortie de secours. L’avion frôle la surface de l’eau, comme un Canadair, et nous sommes poussés dans un long toboggan pneumatique rouge qui va nous précipiter dans l’eau. Quoi ! C’était donc ça, l’équipée mystère pour soi-disant repartir de zéro, le terminus est au milieu de l’océan ? Impossible de faire demi-tour tant la pression est forte dans mon dos, je saute à mon tour dans le toboggan, et je glisse, et ça dure, et c’est long et soudain je me souviens, zut, j’ai un livre de poche, à couverture rouge, dans la poche droite de mon pantacourt, il va être trempé, l’eau de mer va lui être fatale, en approchant à grande vitesse de la surface de l’eau, je tente de protéger le livre de la paume de ma main mais je crains que ce ne soit pas suffisant. Plouf !
Ellipse. Je ne sais pas où j’ai échoué mais c’est paisible et sec. C’est une chambre à la lumière tamisée, où les seuls meubles sont un lit et une antique armoire normande. Je sais que je suis ici pour surveiller cette armoire, particulièrement le tiroir du bas. J’ouvre ce tiroir afin de vérifier que tout est en ordre. Oui, ça va, le livre de poche à la couverture rouge est bien là. Et au moins, ici, il fait chaud.
Je me réveille.

Trois fois la Bête

15/08/2026 Aucun commentaire

Ma lecture du torride été 26.

J’achève, longtemps après l’avoir entamée car c’est ainsi que je procède avec les oeuvres de grande amplitude (cf. Le Dossier M qui m’a réclamé deux ans), la trilogie si lumineuse et si noire de David Goudreault : La Bête à sa mère (2015), La Bête et sa cage (2016) et Abattre la Bête (2017).

Si Goudreault est lui-même un personnage fort singulier, travailleur social, slameur, intervenant dans les prisons, farouche défenseur de la langue française en son Québec cerné par les anglophones, champion du monde de poésie 2011 (oui, ça existe), chroniqueur télé percutant et juste se coltinant par conséquent quelques ennemis (cf. sa Lettre d’amour aux p’tits gars qui seront de grands hommes)… Alors que dire de son doppelgänger, le narrateur de sa trilogie, monstre inoubliable, chimère qu’il a modelée de toutes pièces quoiqu’avec ses propres obsessions, ambitions, addictions, palpitations – mais en pire ?

Cette Bête dont on ignore le nom (« Pas tes affaires ») est dotée d’une psyché complexe, crédible – à défaut, on le souhaite de tout coeur, d’être vraisemblable. Elle n’est pas sympathique, aussi sa fréquentation nous teste.
Bref rappel d’un mécanisme immémorial : un roman, surtout écrit à la première personne, invite à l’identification son lecteur, qui s’approprie, à ses risques et périls, les émotions et le récit d’un protagoniste, frotte son cerveau contre celui de la créature fictive, se compare, mesure ce qu’il a en commun ou de distinct.
Or, avons-nous encore la capacité littéraire, le second ou ixième degré, d’éprouver de la compassion pour un personnage non sympathique ?

La Bête est un meurtrier psychopathe et sentimental, bourré de préjugés et dénué d’empathie, imaginatif mais sans surmoi, idéaliste mais sans régulation des pulsions, autiste à main armée, marginal, asocial, junkie, manipulateur, sadique, raciste, misogyne y compris jusqu’au viol, homophobe, se rêvant gangstarapeur ou à la rigueur écrivain, pour la thune, mais gangstarapeur ce serait tout de même mieux, vocation vraie. Nous voyageons dans sa tête et, comme il le dit lui-même, c’est un endroit sale. Le fameux narrateur non fiable qui ouvre la littérature à une forme de modernité, c’est bel et bien lui, mais entendons-nous, il n’est pas fiable non au sens où il dirait des mensonges (hélas, il ne dit que sa vérité) mais au sens où, personnellement, je ne lui donnerais pas à garder mon animal de compagnie. Même s’il a travaillé à la SPA.

Son monologue est d’une nervosité inouïe, gorgée de court-circuits, de bascules, de comparaisons qui laissent pantois (Mon coeur s’est emballé comme un cadeau de Noël), de références distordues. Car ce narrateur a beau être un dangereux taré, il est aussi un fin lettré, qui a beaucoup lu, puis tout mêlé. Il cite d’abondance les auteurs mais rarement avec exactitude, obligeant en permanence le lecteur à relever le nez et se souvenir qu’il ne faut rien prendre pour argent comptant : il indique par exemple qu’il aimerait se replonger avec bonheur dans ce bon vieux Bukowski et ses nymphettes (hein pardon quoi ?) alors même qu’à la radio Metallica chantait Highway to Hell (hein quoi pardon ?), ou alors il se souvient que Lorsque la voie du destin paraît bloquée, il faut frapper dans le tas et frapper fort, dixit Gandhi, un avocat indien spécialisé dans les citations sur Internet (pardon hein quoi ?), et D’ailleurs Zachary l’a dit : Travailler c’est trop dur et voler c’est plus simple (pardon quoi hein ?).

De même, les proverbes ou locutions sont allègrement bistournés ou approximativement extrapolées : Il n’y a pas de sot métier mais il y a des connards professionnels, selon le principe que c’est en mélangeant qu’on invente. Ce flot de faux est là pour brailler le vrai, et on se demande si ce réagencement étourdissant ne serait pas une métaphore de la fiction elle-même, en plus d’être un avertissement : voyez, braves gens, la culture générale ne protège pas de tout.

Ses tics de langages eux-mêmes sont d’une précision d’horlogerie déraillée : régulièrement, après avoir proféré quelque idée reçue dégueulasse ou une calme énormité, il conclut par C’est documenté. Or oui, voici exactement ce qui est documenté : la banalisation de la violence sous couvert de liberté d’expression. Et voilà ce que la prose scandaleuse et drôle de David Goudreault révèle, politiquement parlant : en notre époque grouillante de bêtes en liberté même si heureusement ne passant pas toutes à l’acte, les agressions verbales, les horreurs décomplexées puis forwardées, les paroles de bêtise ou de haine, les pré-supposés biaisés, les opinions de réseaux sociaux (on disait autrefois de comptoir) qui s’alimentent en vase clos, sont abondamment documentés.

Avertissement : ici les mots québécois fourmillent, quoique davantage dans les dialogues que dans les narrations, et il est préférable de posséder quelques bases, savoir par exemple qu’un dépanneur n’est pas un mécanicien mais une épicerie ouverte la nuit (ami franchouille, le savais-tu ? Si oui, bravo, le test est passé, tu as le niveau, lis Goudreault). Mais au lecteur français non averti, cette couche de langue dépaysante ne sera pas un obstacle, elle ajoutera au contraire à l’étrange, au décalage qui fait largement le sel. En outre, l’édition française, chez 10-18, est augmentée d’un lexique à l’usage des égarés transatlantiques. Tandis que l’édition originale, chez Stanké, comportait d’éclairantes préfaces, dont l’une signée Fred Pellerin, bien placé pour reconnaitre un conteur de génie.
(Pour explorer quelques facettes de la parlure québécoise, on lira cette archive au Fond du Tiroir.)

Les bonheurs d’écriture, par conséquent, vus d’ici, les bonheurs de lecture, sont innombrables. Je prends une page presque au hasard, dans le troisième tome, celui que j’ai en tête puisque je viens de le refermer (même si, cela va sans dire, il est impératif de lire les trois volumes dans l’ordre). Je souligne ces deux phrases :

À l’instar des doigts de la main, c’est souvent le plus vulgaire qui sort du lot.

Ça me donnait envie de jouer à la roulette américaine. C’est comme la roulette russe, mais le barillet est plein et on tire dans le tas.

Dans la même page ! On se figure le feu roulant de l’invention langagière, qui est le personnage lui-même, puisque Le style c’est l’homme disait Céline. Tiens ? D’ailleurs je relève que Céline est convoqué au passage, tout discrètement, p. 115, lorsque le narrateur tente une approche de drague auprès d’une fille qu’il a étiquetée intello, et lui adresse un trait d’esprit alambiqué dont le sens risque d’échapper à ceux qui ne possèdent pas une minimale culture à la fois québécoise et française :

Céline est écoutée davantage qu’il n’est lu.

Du reste, il se prend un bide, la fille tourne les talons. Qu’espérait-il ? Sa blague sophistiquée ne s’entendait pas, n’était compréhensible qu’à l’écrit. Il est bien un écrivain.

Mais voici un plus long extrait que je donne in extenso puisqu’il me touche spécialement. Il se situe p. 50, alors que la Bête erre dans les rues de Montréal.

L’important quand on va nulle part, c’est de savoir s’arrêter. Alors que je suivais un petit cul bombé sous le nylon distendu d’un legging parfaitement trop ajusté, l’oasis m’est apparue. Une immense bibliothèque se dressait devant moi, la Bibliothèque nationale. C’était écrit, en grosses lettres de bronze payées par les contribuables qui n’y mettront jamais les pieds. Bibliothèque et Archives Nationales du Québec. Ému, j’ai aussitôt abandonné l’attraction des muscles fessiers pour aller me river le nez dans la porte vitrée de ce havre littéraire. C’était fermé, mais ouvrirait dans quelques heures. Et ce le serait à longueur de semaine. J’avais trouvé la planque, la B.A.N.Q. Des livres, des cubicules où m’isoler, des livres, des toilettes où consommer, des livres, des étudiantes à reluquer, des livres, des ordinateurs pour retrouver la trace de ma mère, des archives, des bandes dessinées et encore des livres, tout ce dont j’avais besoin. C’était un signe ! La vie me semblait si belle que je ne la reconnaissais pas.

Et après ? Un de ces jours ou un de ces étés je lirai Maple, roman subsidiaire qu’en 2022 Goudreault a consacré à un personnage secondaire, quoique clef, de sa trilogie. Son surnom éponyme signifie Érable.

Plus tard, voire beaucoup plus tard, n’étant ni pressé ni systématiquement avide de nouveauté, je lirai peut-être et enfin Traumathys, nouveau roman que l’auteur fait paraître ces jours-ci et qu’il tient pour son meilleur.

A Different Film

14/08/2026 Aucun commentaire

Que de drouille sur Netflix ! Quelle cataracte en zettaoctets de niaiseries calibrées ! Quel défilé uniforme de produits industriels nés d’algorithmes et de cases cochées sur des tableurs, tout ce qu’il faut où il faut, des girls & des guns, serial killer au coin de la rue et gags juste après et traumatismes enfouis qui ne seront révélés qu’en flashback et trahison en cliffhanger à la fin du 4e épisode !

Aussi, quand sur la plateforme à forme plate on découvre une pépite en relief, sur un film qui ne ressemble à rien et certainement pas à Netflix, on se frotte les yeux et on dit merci.

A Different Man de Aaron Schimberg a beau avoir écumé les festivals (Berlinale 2024 : Ours d’argent de la meilleure interprétation pour Sebastian Stan), il n’est jamais sorti en salle chez nous. Il surgit cet été directement sur Netflix, espérons que ce ne soit pas trop discrètement.

Je nuance illico ce que je viens de dire : ce film ne ressemble certes à rien mais m’a évoqué nombre d’autres excentricités qui émaillent l’histoire du cinéma : car les bizarreries s’enchainent et s’engendrent en farandole, solidarité et souterranéité des freaks, nous consolant du tout-venant.

En premier lieu, j’ai pensé à The Substance de Coralie Fargeat, sorti cette même année 2024 (cf. cette archive au Fond du Tiroir), qui partage avec A Different Man certaines thématiques, le souci des apparences, le regard des autres, la normalité et la monstruosité, etc., ainsi que certains partis pris formels, l’humour noir, le conte moral passé au prisme du body horror et de l’art de la performance (le héros d’A Different Man est comédien comme l’héroïne de The Substance était animatrice télé)…

Mais j’ai pensé également au trop mésestimé Better Man de Michael Gracey (toujours cette même année 24 ! et cette fois la similarité des titres crève les yeux), au Locataire de Polanski, à Elephant Man de Lynch, à The Hole de Tsai Ming-liang, à Cronenberg (titre au choix), au clip Da Funk des Daft Punk… et encore au Double de Dostoievski ou à la Métamorphose de Kafka, c’est dire si tout cela vient nous fouiller loin dans les troubles de l’identité et du miroir.

Parmi les acteurs : Sebastian Stan, bogosse par excellence ici extrêmement maltraité et défiguré… et en contrepoint Adam Pearson, acteur naturellement difforme, souffrant d’une neurofibromatose, on dirait qu’il porte en permanence un affreux masque de latex sur le visage, sauf que lui, c’est pour de vrai. Voilà d’ailleurs le sujet caché, si on le cherchait : sous nos yeux le vrai et le faux se battent dialectiquement comme des chiens.

Et je me suis souvenu d’avoir déjà vu autrefois la tronche terrible d’Adam Pearsons dans Under the skin (Jonathan Glazer, 2013) qui est l’un de mes films préférés de tous les temps (pas moins).

Je n’ai rien dit de l’intrigue pour ne spoïler personne. Juste vas-y.

Science inexacte

12/08/2026 Aucun commentaire

Le cinéma n’est décidément pas une science exacte.

2024 : Costa-Gavras lit l’ouvrage Le dernier souffle. Accompagner la fin de vie, un échange entre Régis Debray (philosophe) et Claude Grange (chef de service d’une unité de soins palliatifs).

Le cinéaste, touché par ce dialogue qui aborde l’éthique médicale, l’empathie, la mémoire, la fin de vie, les soins aux patients, les rapports à la famille et autres thèmes universels, décide de l’adapter au cinéma.

Il en tire un film de fiction, dont le titre ne reprend que la première partie de celui du livre originel, film didactique et balourd, en surplomb mais avec pléthore de guest-stars de luxe, platement littéral, à la frontière du ridicule, où même les angoisses de mort (sujet central) éprouvées par le philosophe, persuadé d’être atteint par un cancer incurable, sont artificielles et désespérément fonctionnelles.

Les deux personnages principaux parlent comme des livres, et plutôt des livres assommants.

Je n’en ai à peu près rien gardé.

2026 : Ryūsuke Hamaguchi lit l’ouvrage Soudain, je me sens mal, un échange entre Maoko Miyano (philosophe) et Maho Isono (anthropologue médicale).

Le cinéaste, touché par ce dialogue qui aborde l’éthique médicale, l’empathie, la mémoire, la fin de vie, les soins aux patients, les rapports à la famille et autres thèmes universels, décide de l’adapter au cinéma.

Il en tire un film de fiction, dont le titre ne reprend que la première partie de celui du livre originel, film gracieux et bouleversant, lumineux, complexe, long, lent et profond, éloigné de sa source, trahissant le livre mais le rejoignant par d’autres moyens, où les angoisses de mort (sujet central) éprouvées par la philosophe, atteinte par un cancer incurable, sont poignantes mais transcendées par une fébrilité, une amitié, un amour, un foisonnement thématique (médical mais aussi artistique, politique, économique, sociologique…), et une humanité de chaque seconde.Les deux personnages principaux sont des êtres humains qu’on a envie d’écouter parler toute la nuit et de serrer dans nos bras tout en massant leurs pieds.

Les deux actrices, Virginie Efira et Tao Okamoto, n’ont pas volé leur prix d’interprétation à Cannes, double et insécable. Comment les départager alors que le sujet et la structure mêmes du film nichent dans les liens qu’elles tissent entre elles ?

Je sors de la salle un peu meilleur et nourri pour longtemps.

En outre, à l’occasion de la sortie du film, Virginie Efira donne à la presse une interview avec, en guise de titre, cette citation géniale, mantra qui mériterait de figurer sur bien des Post-its, du moins au-dessus de mon bureau : « Se trouver nulle ou géniale, c’est de toute façon passer trop de temps avec soi-même ».

Au fait, le contraire de science exacte, ce n’est pas science inexacte mais science humaine.

C’est parti, ça recommence demain

22/06/2026 Aucun commentaire

Aujourd’hui, c’est l’été !
Alors d’un coeur joyeux nous préparons l’automne.

Après plusieurs mois de report, suite à la lente rééducation de Marie Mazille (attention : ce mot de rééducation ne décrit pas une quelconque brimade politique qui obligerait ma collègue à suivre des stages d’endoctrinement politique afin de se montrer orthodoxe quant à la ligne d’un Parti ou d’un líder máximo, mais bien, en clinique, une thérapie de recouvrement d’usages organiques et corporels dégradés après accident – en l’occurence un malencontreux événement domestique qui l’avait privée d’un dixième de ses doigts), notre duo, et parfois trio, est ravi de proclamer que ses fameux stages de création de chansons sont prêts à reprendre, dès septembre.

Premiers stages de la nouvelle saison afin de créer sa chanson d’automne (ou d’une autre époque, hein, c’est comme vous voulez), deux sessions prévues, visez l’une, ou l’autre, ou les deux :

1 – Week-end des 12-13 septembre 2026, encore chez nos amis de Solexine, à Grenoble.

2 – Week-end des 10-11 octobre 2026, toujours chez nos amis de Solexine, à Grenoble.

(NB : les stages à trois, incluant l’enregistrement de votre chanson en studio aux bons soins du magnifique Patrick Reboud, sont pour le moment suspendus, faute de trouver une solution économique satisfaisante…)

Merci à Véronique Stouls pour l’affiche de réclame ci-dessus.

Tous les détails, tarifs, références… à réviser ou à découvrir ici.

Et des exemples de chansons créées lors de précédents ateliers, là.

Chaleur d’enfer pour la fête de la musique

21/06/2026 Aucun commentaire

Le saviez-vous ? Le signe des cornes, cette expression d’enthousiasme qui consiste à invoquer le diable en dressant index et auriculaire tout en repliant les autres doigts, appartenant aux rituels du rock n roll et particulièrement aux tribus du métal, trouve son origine dans une superstition importée de Sicile : Ronnie James Dio, chanteur de Black Sabbath, ajouta ce geste à son répertoire scénique en 1979 en hommage à sa grand-mère sicilienne qui usait de cette passe magique pour, selon les cas, attirer ou éloigner le mauvais oeil, le malocchio.

Certes on voit John Lennon faire ce même geste dix ans plus tôt sur la pochette de Yellow Submarine mais dans le rock on se demande ce que les Beatles n’ont pas inventé.

Steve Ditko a enseigné ce geste signature aux deux personnages les plus emblématiques qu’il a créés : Spider-Man (c’est ainsi qu’il lance sa toile) et Doctor Strange (c’est ainsi qu’il défouraille sa magie noire). Pour en découvrir davantage sur l’énigmatique Steve Ditko, cf. cette archive au Fond du Tiroir.

Mais revenons au hard rock. Dans la langue des signes, ce geste désigne également la lettre H et d’ailleurs en ce moment comme de par hasard se tient le Hellfest.À quiconque programme des concerts de métal et/ou des messes sataniques, je fais la proposition suivante.Après avoir appris par coeur l’intégralité du Bateau Ivre de Rimbaud (cf. cette archive au Fond du Tiroir), je me suis demandé quel poème je pourrais m’incorporer dans la foulée. J’ai jeté mon dévolu sur les Litanies à Satan de Baudelaire :

Ô toi, le plus savant et le plus beau des Anges
Dieu trahi par le sort et privé de louanges
Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !
[etc.]

Je reconnais que celui-ci est moins foisonnant et profond que le Bateau Ivre, moins vertigineux et plus potache (Baudelaire lui-même, assez peu courageux, indiquait dans un avertissement qu’il blaguait, qu’il n’était pas sataniste pour vrai, qu’il n’avait commis qu’un exercice de style). N’empêche que c’est beau, c’est ample, c’est de l’alexandrin français qui gronde et roule et trompette et fait son petit effet : en 1979 (l’année même où Ronnie James Dio « inventa » le geste, comme de par hasard te dis-je) Diamanda Galás interprète ces litanies sur scène et c’est un happening politique sans précédent à côté duquel n’importe quel groupe de thrash metal égorgeant un poulet est un jardin d’enfant. Elle l’enregistre en 1982 et c’est toujours à glacer le sang.