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Science inexacte

Le cinéma n’est décidément pas une science exacte.

2024 : Costa-Gavras lit l’ouvrage Le dernier souffle. Accompagner la fin de vie, un échange entre Régis Debray (philosophe) et Claude Grange (chef de service d’une unité de soins palliatifs).

Le cinéaste, touché par ce dialogue qui aborde l’éthique médicale, l’empathie, la mémoire, la fin de vie, les soins aux patients, les rapports à la famille et autres thèmes universels, décide de l’adapter au cinéma.

Il en tire un film de fiction, dont le titre ne reprend que la première partie de celui du livre originel, film didactique et balourd, en surplomb mais avec pléthore de guest-stars de luxe, platement littéral, à la frontière du ridicule, où même les angoisses de mort (sujet central) éprouvées par le philosophe, persuadé d’être atteint par un cancer incurable, sont artificielles et désespérément fonctionnelles.

Les deux personnages principaux parlent comme des livres, et plutôt des livres assommants.

Je n’en ai à peu près rien gardé.

2026 : Ryūsuke Hamaguchi lit l’ouvrage Soudain, je me sens mal, un échange entre Maoko Miyano (philosophe) et Maho Isono (anthropologue médicale).

Le cinéaste, touché par ce dialogue qui aborde l’éthique médicale, l’empathie, la mémoire, la fin de vie, les soins aux patients, les rapports à la famille et autres thèmes universels, décide de l’adapter au cinéma.

Il en tire un film de fiction, dont le titre ne reprend que la première partie de celui du livre originel, film gracieux et bouleversant, lumineux, complexe, long, lent et profond, éloigné de sa source, trahissant le livre mais le rejoignant par d’autres moyens, où les angoisses de mort (sujet central) éprouvées par la philosophe, atteinte par un cancer incurable, sont poignantes mais transcendées par une fébrilité, une amitié, un amour, un foisonnement thématique (médical mais aussi artistique, politique, économique, sociologique…), et une humanité de chaque seconde.Les deux personnages principaux sont des êtres humains qu’on a envie d’écouter parler toute la nuit et de serrer dans nos bras tout en massant leurs pieds.

Les deux actrices, Virginie Efira et Tao Okamoto, n’ont pas volé leur prix d’interprétation à Cannes, double et insécable. Comment les départager alors que le sujet et la structure mêmes du film nichent dans les liens qu’elles tissent entre elles ?

Je sors de la salle un peu meilleur et nourri pour longtemps.

En outre, à l’occasion de la sortie du film, Virginie Efira donne à la presse une interview avec, en guise de titre, cette citation géniale, mantra qui mériterait de figurer sur bien des Post-its, du moins au-dessus de mon bureau : « Se trouver nulle ou géniale, c’est de toute façon passer trop de temps avec soi-même ».

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