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La moitié du chemin

Ma semaine de cinéma : j’ai vu en deux jours deux films qui n’ont rien en commun sinon d’aborder la relation d’un père à son enfant.

Le mal n’existe pas, qui aurait pu s’appeler Paternel mais c’eût été trop explicite, film de Ryūsuke Hamaguchi dont j’avais tant aimé les précédents, Drive my car, Contes du hasard et autres fantaisies, Senses… Celui-ci est moins urbain, moins bavard, plus rugueux, mais encore plus captivant.
J’ai adoré son déroulé extrêmement lent et contemplatif, dès la scène d’ouverture, ce mouvement presque abstrait, sans début ni fin qui fait perdre la notion du temps.
Pourtant, lorsque je suis parvenu au dernier quart d’heure, la perplexité m’a envahi. Je n’ai absolument rien compris de ce que j’avais sous les yeux. Je n’y ai vu que du feu. À la fin du générique, quand la salle s’est rallumée, je faisais la moue… Alors, j’ai tourné ma tête pleine de moue vers le fauteuil voisin et j’ai vu mon amie CLV (avez-vous lu les livres de CLV ? sinon qu’attendez-vous ?) en larmes, s’essuyant les yeux. C’est elle qui, une fois sortis de la salle, m’a expliqué cette fin qui l’a bouleversée pour des raisons sur lesquelles je ne puis m’étendre sans révéler le secret du film qui, après tout, est le sien, le mien désormais, et ne sera peut-être pas le vôtre… Ce que je peux dire, c’est que grâce à CLV, j’ai compris et j’admets que ce film est un chef d’œuvre, qui laisse énormément de choses dans l’ombre, parce qu’il compte sur le spectateur pour faire la moitié du chemin. Au boulot ! Mais tout le monde n’a pas la chance d’aller au cinéma en compagnie de CLV.

Paternel, un premier film français de Ronan Tronchot, avec Gregory Gadebois dans le rôle d’un prêtre qui découvre sur le tard qu’il a eu un enfant dans sa jeunesse. Je l’ai projeté au village, sinon je pense que je ne serais pas allé le voir. Voilà un film qui ne demande pas beaucoup d’effort, qui fait l’intégralité du chemin à notre place. C’est sympathique… Très sympathique… Le prêtre est sympathique, son fils aussi… Tout le monde y est ultra-sympathique… Il ne se passe rien de grave tout du long, tant tout le monde est méga-sympathique… On s’ennuie, alors on joue à prévoir ce qui va se passer de sympathique dans la scène suivante, et on y parvient sans mal… Chasuble cousue de fil blanc…
C’est ce film-ci (confortable) qui aurait dû s’appeler Le mal n’existe pas mais pas pour les mêmes raisons que l’autre (inconfortable), pas pour l’ambiguïté : pour son absence au contraire. C’est tellement sympathique que j’aurai oublié ce film en quelques jours, alors que je ne suis pas près d’oublier le film d’Hamaguchi.

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